Chloé Fontaine et Victor Habchy, sont les deux artistes à l’origine du film "Je suis ordinaire"

Ce court-métrage a été imaginé par Chloé Fontaine. La jeune femme a été confrontée à des propos hallucinants de la part d’amies. Elle explique au Huffington Post : « Faire ce film est devenu une nécessité pour moi après avoir eu une conversation avec une amie, au sujet d’un garçon avec qui elle avait passé la nuit quelques jours auparavant. Elle m’a dit: ‘J’en avais pas envie non, mais alors pas du tout. Mais je voyais pas d’autre moyen pour qu’il me laisse tranquille alors… » Une autre amie lui fait des confidences similaires : « Et là je me suis dit qu’il y avait un problème. Réel. J’ai commencé à faire des recherches sur internet. Je suis tombée sur des témoignages poignants de jeunes (ou moins jeunes) filles qui se posaient les mêmes questions. ».

  • Chloé Fontaine résume l’enjeu de ce film avec cette phrase :

« Si rien ne vous choque, c’est que vous êtes l’un d’eux… »

 J'avais déjà écrit un petit article dans ce blog, sur ce que j'estime être le plus tabou, dans cette culture du viol : Les viols conjugaux. Bien des articles dans tous les sens sont rédigés au sujet des viols, sur la typologie des agresseurs et la typologie des victimes. De plus en plus, les articles s'orientent et la justice française les oriente, sur ce que serait "une victime parfaite". Il y aurait un canon de beauté de la victime admise comme victime et toutes celles qui ne correspondent pas à ce canon (de beauté) seraient donc exclues, ne seraient pas des victimes de viols. Le terme employé de "canon de beauté" est une caricature, empruntée des diktats de la mode, mais aussi des règles fondées par des hommes, sur le corps des femmes, que nous pouvons observer à travers l'histoire de l'art et ses œuvres exposées (celles admises), dans n'importe quel Musée ouvert au public. C'est-à-dire qu'il y aurait une "bonne tenue" à avoir, des gestes très normés pour que la justice reconnaisse une victime de viol. L'article récemment publié de Cheek MAgazine, en français, fait référence à un autre article publié sur le Harper's Bazaars, en anglais : "Sometimes You Make Your Rapist Breakfast", et résume assez bien la question. La chroniqueuse américaine Marissa Korbel, déconstruit le mythe de la victime parfaite, cette femme imaginaire qui lors d’un viol ou d’une agression sexuelle réagirait comme il le faut, sous-entendu comme la société l’exige. Avocate bénévole pour le Victim Rights Law Center, une association américaine qui aide les victimes de crimes sexuels à mener une action en justice, Marissa Korbel revient sur le concept de zone grise, les viols conjugaux, ou les agressions à domicile pour passer en revue les multiples raisons, toutes valables, qui peuvent pousser des femmes à ne pas se débattre, à céder face à un violeur, voire à lui préparer le petit déjeuner. Dans la réalité, un violeur n’est que rarement un inconnu planqué dans un parking, et une femme n’est jamais responsable des violences qu’elle subit, même lorsqu'elle connait l'agresseur, même lorsque c'est son conjoint. Dans la grande majorité des viols, les agresseurs (majoritairement des hommes) connaissent leur victime.

"La victime parfaite est un mirage auquel sont opposées toutes les autres victimes (normales, imparfaites, humaines), et croyez-moi, nous ne sortons jamais gagnantes d’une telle comparaison. La victime parfaite dit ‘non’ distinctement et régulièrement, se bat comme une lionne contre son agresseur et, si elle ne peut pas s’échapper, elle continue de proférer son non-consentement tout au long de l’agression, idéalement en hurlant ‘non’ à tout bout de champ, tout en continuant à se débattre du mieux qu’elle peut. La victime parfaite a le courage d’une équipe de quaterbacks amateurs. La victime parfaite griffe et mord. La victime parfaite crache et pleure. La victime parfaite n’abandonne pas. La victime parfaite ne mouille pas. La victime parfaite ne prépare pas le petit déjeuner à son violeur."(extrait de Cheek MAgazine)

Bien des femmes n’osent pas s’exprimer sur le sujet. Dans une société bien trop sexualisée, refuser un rapport sexuel avec son amoureux signifie être coincée. Mais non. Il faut garder à l’esprit que tout le monde a droit de ne pas avoir envie. Et ce droit doit être respecté et non pas ignoré. 31% des auteurs de viols ou de tentatives de viols sont les conjoints des victimes. Le petit film est à destination des jeunes femmes, évidemment, nous pouvons penser que bien des femmes plus âgées, des mères, des grands-mères, ont subit des viols conjugaux et tout est resté caché dans les familles, et même, jamais les mères à leurs filles, leurs fils, n'ont pu transmettre la vérité, tant celle-ci leur est enlevée par la société patriarcale. Et mieux : jamais les pères à leurs fils, les pères à leurs filles, n'ont pu transmettre la vérité. Ce qui change, c'est notre société devenue, où le corps de la jeune femme, de la fille, du petit garçon, sont des marchandises. Toutes les publicités valorisent le corps comme un potentiel à valeurs marchandes, pour vendre n'importe quoi, sexualisent ces corps pour satisfaire des pulsions (d'achat et sexuelles) Ces personnes aux jeunes corps (qui seraient, selon notre société, désirables), se retrouvent représentées par d'autres. Et les gestes, les attitudes, les formes en image, sont d'autant plus d'injonctions à se plier à ces représentations. Le corps (jeune et désirable) doit se plier aux (vieilles) règles marchandes, il doit se vendre, en échange de tout, de l'amour, du travail, de la famille.... En ce qui concerne la zone grise des violences conjugales, un couple se confrontera très tôt, dans son adolescence (ou dès sa petite enfance), à ces formes véhiculées par la société. Un jeune homme malveillant, pense qu'il peut marchander la sexualité de la jeune femme, dans un couple hétérosexuel (exemple du clip ci-dessus). Le chantage opère dès qu'il obtient satisfaction, pour son seul plaisir sexuel, et que la femme n'a ni le choix de s'exprimer, ni la force, ni le droit, devant lui, d'ailleurs, qu'elle reste muette lui semble tout à fait normal. Dans une société où l'on impose le silence aux femmes, où elles doivent se taire, la répétition des actes, par le seul chantage psychologique, une pression peut revêtir différents aspects : regarder un film ensemble, écouter de la musique ensemble, sortir ensemble, habiter ensemble, faire un enfant ensemble, travailler ensemble, voir des amis ensemble, réaliser un projet professionnel, familial, etc. Les occasions ne manquent pas pour marchander du sexe, déguisé en devoir conjugal, ou en autre principe sociétal, et du "vivre ensemble" convivial, comme, "être" décomplexé dans la sexualité, et faire passer des viols (imposés) pour l'amour, la liberté sexuelle, et à la cadence désirée par l'homme, puisqu'il est décomplexé, lui, et ne sacralise pas trop l'amour. Le corps de la femme devient un objet. Sur plusieurs années, on observe une passivité extrême installée, chez la femme, et le culte de la toute puissance chez l'homme, très confiant, d'ailleurs, il brille en société, tandis que la femme s'est éteinte d'un coup. L'homme n'a pas l'impression d'user de la force, il n'y a aucune trace physique, pas de coups, c'est presque magique, tant et si bien, que durant des années, celui-ci aura l'âme, dans le privé, d'un violeur expérimenté dans l'art de travestir la vérité, et, publiquement, il sort vainqueur, et peut jeter son dévolu sur une autre femme, lorsque celle-ci sera usée, et, dans l'incapacité de comprendre, ce qui, durant des dizaines d'années l'a murée dans le silence et lui a enlevé toute possibilité, ne serait-ce que de jouir du bonheur d'être en vie, puisque psychiquement c'est sa mort, que ces crimes répétés, dans le lit conjugal, ont déclarés. L'homme pourra à loisir décrire la femme comme frigide, et elle de le croire, et même lui conseiller d'aller voir un médecin spécialisé, car lui, il en est sûr, c'est un homme virile. Il jouit surtout de voir la femme détruite. Il la tue, à sa façon, car il est doué de stratèges. Dans ces situations, la société se charge de le protéger. Les familles, les amis, le réseau social, le secret est partagé. On sait, mais on tait, parce qu'on tait car on sait. Et les secrets se transmettent dans les familles, ils sont parfois non vus, non connus, mais toujours là, ils empêchent de reconnaître ce que l'autre ressent, ce qui est ressenti en soi.
Au moment où cela est dit, cela se dit en soi, tous les comportements doivent changer, tous les liens sont modifiés. La séparation avec le mal peut alors s'effectuer. Rien ne sera plus jamais pareil, car oui, les choses peuvent changer et ces maux peuvent être soignés.

« But when I did mean it, I watched men, magnificent, grown men, not know the difference. Whether I meant it, or was just sort of half-protesting as flirtation, men treated both the same: they didn’t stop. Were they really more skilled at knowing what I meant than I was, or were they just overconfident ? »

(« Que je le pensais ou que je protestais à moitié c'était pareil : ils ne s'arrêtaient pas. Étaient-ils vraiment plus doués pour savoir ce que je voulais dire que j'étais, ou étaient-ils juste trop confiants ? )

"Quand il s'agissait de mon désir, les hommes savaient, ou étaient censés savoir, mieux que moi"

"Les femmes ont tendance à refroidir, à apaiser, à se lier d'amitié. J'ai réagi aux menaces, j'ai quitté mon corps. J'ai essayé de négocier, en disant oui aux gestes que je pourrais supporter. Je me suis dit que les expériences que je n'ai pas appréciées ou même techniquement acceptées n'étaient pas, en fait, des violations; que ce n'était pas si mauvais. J'ai tenté de réécrire des expériences après qu'elles se soient produites, une forme de logique inverse: aucune femme ne ferait son petit-déjeuner à un violeur. Si elle lui fait le petit déjeuner, il n'est pas un violeur. S'il n'est pas un violeur, elle n'est pas une victime. Elle n'a pas été violée. Elle va bien. Elle va bien."

Sometimes when I said no and he kept going, it was okay. I mean, I was okay. I mean, I didn’t cry or anything. It wasn’t that bad. Sometimes I said no, and he kept going, and I... left. I mean, my body stayed, but the rest of me went floating up and to the right. Dissociation sounds scary, but it doesn’t feel bad. Sometimes it feels like sliding into a warm, cozy bed. A secret, safe place where I can stay as long as I want. It’s the coming back that breaks me open. That’s when I always cry.

(Harper's Bazaars)


Dans notre société patriarcale et sa culture du viol, ces règles (de bonnes conduites) sont produites, écrites et conduites par les hommes, assistés de femmes. La perversité la plus aboutie est lorsque des femmes elles-mêmes érigent ces règles, comme des principes essentialistes. En France, au début de cette année, une femme critique d'art, qui dirige une revue mensuelle internationale de référence dans le monde de l'art contemporain, est allée même parcourir tous les médias, à l’étranger, afin de transmettre la parole (à la place des autres) de ce que serait la femme libérée : une femme qui se tait, se laisse importunée et ne se débat pas lors de viols, une femme qui ne fait pas la différence entre un viol subit et l'agression d'une personne sur le corps d'une autre personne, qui ne sait ce qui est un crime. Bref une femme non cultivée, idiote, mais une femme qui prône le féminisme, et qui, grâce à ses gestes et sa pensée (se taire, se laisser importuner, ne pas reconnaître les crimes) peut devenir une référence dans l'art contemporain, ce domaine inventé par les hommes et orienté par les hommes, car elle transmet la parole de ces hommes. Ce n'est pas sans se poser de questions sur ce domaine de l'art et comment il fonctionne, qu'est-ce qui le motive, qu'est-ce qu'il transmet, à travers quels écrits, quelles revues, quelles écoles même accueillent ces écrits, les conférences de cette femme qui s'est exposée fièrement, comme porte-parole féministe et, par ses fonctions, porte-parole du fonctionnement d'un certain milieu de l'art contemporain. Dans un domaine où majoritairement, ce sont les hommes qui invitent, exposent, jugent les artistes et les œuvres, publient, commentent, récompensent, honorent, il n'est pas étonnant que des propos qui valident les hommes dans leur toute puissance, leur domination sur les femmes, puissent être montrés et publiés comme la norme. Une façon de sceller le secret.
Ne serait-ce pas ces femmes qui disent doucement : Non, ce n'est pas encore le moment de dire, nous ne sommes pas prêtes, gardons notre secret, sinon je vais perdre mon travail, mon honneur, car je l'ai obtenu en gardant secret ces règles... Ne serait-ce pas toutes ces femmes, en France, qui empêchent que la parole soit libérée, à observer tant d'omerta dans les lieux culturels, chez les intellectuelles et les artistes ? Ne serait-ce pas toutes les femmes qui ne souhaitent pas que la société évolue, ou qui trouvent qu'elle évolue trop vite, que d'autres femmes, plus jeunes devraient se taire aussi, tout comme elles l'ont bien fait, afin de vivre sereinement et d'être exposée de temps en temps, de publier un peu, mais pas trop afin de ne pas éveiller les pulsions... Car il faut que les règles soient établies par eux, en majorité, avec notre consentement, mais pas par elles en majorité, avec l'avis des hommes.
Dans cet esprit, seule, une "typologie" de femmes, valideraient ce qui doit être acceptable comme comportement de femme (pour trouver un travail, rencontrer des amis, fonder une famille, voyager, publier, réaliser une conférence, participer de séminaires...) Mettre en valeur ces femmes et leurs donner même l'illusion qu'elles dirigent quelque chose (une revue, une école, un Musée...) c'est avoir réalisé une bonne sélection, selon notre société patriarcale, baignée dans la culture du viol. Si une critique d'art française est venue nous tirer les oreilles en ce début d'année 2018, comme une maîtresse de cérémonie sur fond de #metoo et # balancetonporc, c'est qu'elle s'inquiète alors de la réelle valeur de ses écrits, ses livres, mais aussi de sa revue sur l'art contemporain.

Les prix nobels, en littérature, les génies déclarés, l'histoire de l'art, les musiciens et toutes ces œuvres admises, dans notre société, sont arrivées à notre connaissance par les mêmes motifs, les mêmes moteurs, du privé au public, par un savant déguisement, des truchement qui cachent des crimes.
Chaque fois que l'on me montre une œuvre, si soutenue et si publiée par diverses institutions, je ne peux que douter très sérieusement de sa légitimité.

Est-ce que les œuvres entretiennent les zones grises ? Ne seraient-elles que du divertissement ? Afin de détourner l'attention ?

Les révélations explosives ces derniers temps, sur les agressions aux corps des femmes et de jeunes enfants, les traques qui n'en finissent pas sur les agresseurs présumés toujours innocents, sur les différentes justices dans différentes zones territoriales qui n'aboutissent pas ou se font oublier, les effets d'annonces du gouvernement pour faire passer la pilule, inventée par les hommes, la pilule des droits des femmes toujours bafouées, les inégalités salariales dont les syndicales manifestations sont inaudibles au quotidien (pourtant femmes et hommes continuent de travailler ensemble), reprennent le plus souvent des attributs liés aux corps et aux apparences. On le mesure dans la discrimination, le sexisme, etc.
Il y a un angle mort, de mon point de vue, qui est celui de la pensée. Ces visions gonflantes ou dégonflées des corps et de leurs gestes, empêchent de lire une pensée, d'accéder à l'intelligence des femmes, à leurs réflexions, à pouvoir même la partager, qu'elles deviennent, ces pensées, aussi multiples soient-elles, des références et des moteurs, pour tous. Ce n'est jamais par leurs idées qu'elles sont entendues, regardées, respectées, mais par leur corps, cet objet du désir qui serait, lui seul, l'objet de tous les tracas du monde. Même lorsque des femmes prennent la parole, pour donner un avis, faire un commentaire, elles ont suivi, sans réfléchir, la vague énorme de cet appel aux corps meurtris, aux cris, quand certaines au pouvoir se sont arrogés le droit de supprimer la pensée des femmes, leurs idées, pour les attaquer au corps, à ce qu'elles estimaient sale (voire d'autres articles à ce sujet) et abject, afin de les exclure de tous médias officiel, toute possibilité que leur pensée soit relayée. Il n'y a plus que ces ministères dédiés à la famille, ou pour l'égalité des droits des femmes, pour reléguer la parole des femmes, qui ne doivent s'exprimer qu'à travers leurs corps et donc, à leurs corps défendant. Ce brouhaha, ces fumées, ont de belles volutes devant elles. Nous l'avons remarqué lorsque notre président réalisait ces temps-ci, pour nous, une interview, face à deux journalistes briscards français. Quelques minutes avant la fin, près de 2 heures plus tard, quelques phrases liminaires ont été citées sur les violences faites aux femmes, tandis que notre pays fume chaque jours, de faits divers transversaux à toutes les couches sociales de notre société, comme une cocotte minute, une bombe à retardement et nous assaillent les réseaux d'horreurs, de terreurs. Cela nous terrorise. Ce sont des attentats terroristes psychologiques quotidiens, si l'on se connecte aux médias, qui provoquent de gros stress post traumatiques, rappelant les vécus des femmes et des hommes, abandonnés par la justice (et le gouvernement). Mais c'était sans compter que ces quelques phrases laminaires, seraient balayées par le final : les résultats du foot, pour lesquels, les 3 hommes, au sommet de l'état et des médias, se sont mis d'accord, rien ne serait changé et que la fumée embaume nos esprits ! Voilà ce à quoi ressemblent les avancées féminines dans notre pays, à rien. En tous cas, elles ne sont pas relayées, elles existent évidemment, mais sont rendues inaudibles, invisibles, ou remplacées par des épouvantails. Et au gouvernement, ces épouvantails-femmes épouvantent tant, qu'elles sont les premières à être décriées, puis remplacées. Le bal à la culture est devenu une danse macabre. Aucun artiste français, aucune artiste française ne s'en est jamais offusqué, et contrairement à ce que disent les artistes officiels, non les artistes ne sont pas morts, ni en danger, vous ne les entendez tout simplement plus, ni ne les voyez. Dans ces atteintes aux corps, notre gouvernement n'a qu'une petite voilure. Aucun oiseau libre n'accepterait cette voilure. Aucun artiste. Et ce n'est pas la vente de gros avions qui fera avancer les choses, car les oiseaux continuent de disparaître, sans raison disent les experts...

Pour revenir à ce petit clip, il a le mérite de proposer une fiction adaptée aux gestes de l'amour, aujourd'hui désacralisés, tels que nous le montre notre société (une partie majoritaire liée à la société de consommation, d'ailleurs il y a un "DVD", objet à consommer dans ce film) Il nous montre plus une scène, où tout est imbriqué et va très très vite, et où la jeune femme n'a pas le temps de réfléchir, et souhaite prendre ce temps, le temps de ressentir. Hors le jeune homme sait exactement ce qu'il veut obtenir et prend de court cette jeune femme. L'espace exigu du lit, où tout se replie (la couverture enferme la scène taboue) devient un espace de négociation rapide et d'arguments pauvres, dans lesquels l'amour n'a plus de place, et n'est pas partagé. La perte de sens est assez bien formulée dans cette fiction, en faisant d'eux, de jeunes personnes ordinaires. La scène est ordinaire, le temps de ne rien voir, ni comprendre, juste le temps d'être violé.e., et de maquiller le viol en une scène d'amour, alors que le malaise a supprimé la voix de la victime et a faussé celle d'un homme en agresseur. Ces gestes et cette voix très en confiance de cet homme, d'autres hommes ne peuvent s'y reconnaître, mais aussi, ne peuvent nier que cela existe au quotidien, car ils sont invités, sollicités sans arrêt, par notre société à de tels comportements. Tout comme les femmes, elles ne peuvent nier l'existence de tels comportements, ou juger ces femmes de soumises, au seul prétexte que cela ne leurs est jamais arrivé, ou qu'elles sont parvenues à sortir de telles situations ou se sont insurgées contre et ont fait justice (elles-mêmes ou accompagnées) Les mères et les pères, souvent épargnés par de tels clips pédagogiques, puisqu'ils sont destinés aux jeunes, oublient que se sont leurs enfants à l’œuvre, ou que ces enfants deviendront père et mère, oncle et tante... Pour ces parents, ce sont toujours les enfants des autres, mais pas les leurs. Celles et ceux qui sont au pouvoir d'écrire des lois, de légiférer, sont aussi assez habiles pour fermer les yeux sur ces gestes de notre société, et les tenir à distance de leur foyer. Car si cette réflexion était bien là, dans le privé, notre société et ses lois décidées démocratiquement, avanceraient en faveur des victimes et non des agresseurs. Hâtivement, je pourrai conclure que la démocratie est faite pour les uns mais pas pour tous. Mais, comme dans ce clip, il appartient à toutes et à tous de reconnaître ses propres gestes, passifs et actifs, dans le feu de l'action, puisqu'en dépend notre action commune et à venir.

Ces masturbations solitaires dans le corps des femmes ne pourraient se résumer à "une misère sociale", mais bien à des comportements tolérés dans notre société contemporaine, c'est-à-dire, à l'usure, des fémicides organisés, des crimes. Dans l'exemple de ce film, la responsabilité de l'homme et de la femme sont questionnés, du laisser faire au taire, du passage en force au viol, surtout lorsque cette scène, dans la réalité, se répète, durant toute la "conjugaison" du couple, et sous différentes manières de faire et de taire.

Les solitaires ne peuvent prétendre à faire œuvre commune.