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© Tara Booth : Kim Kardiashian tape trick

Corps imparfaits, grassouillets, poilus

 «Au moment où je commence à me sentir gênée ou à avoir peur de partager une illustration, je dois la diffuser» Tara Booth, illustratrice américaine, réalise depuis 3 ans des dessins audacieux. Elle défie les représentations conventionnelles des fantasmes érotiques des femmes à travers ses personnages attachants. Son prochain livre "Nocturne" raconte l'histoire d'une jeune femme avec des difficultés de sommeil qui prend trop de médicaments pour dormir et qui entre par conséquent dans un état de rêve surréaliste. "Je ne quitte pas beaucoup ma maison, donc je ne peux pas dire que j'ai une très grande expérience. Mais je suppose que mon expérience personnelle est partagée car plus de personnes partagent leur vie personnelle". L'illustration est un outil puissant car elle supprime la barrière du langage - c'est simple et direct. 

A girl struggles with procrastination, pimples, and socks in this painted comic by Tara Booth.

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© Tara Booth : How to be alive

Entre dessins et peintures, le travail de Tara arrive à nous lier d'amitié, avec ses personnages, nous devenons leur copine. Elle décrit souvent son expression artistique résultant de l'anxiété et la dépression chroniques, en prenant appuis sur les expériences de sa vie qui la laissent sans espoir ou hors de contrôle. Elle les transforme en choses stupides à travers la peinture, comme une thérapie. Pour autant, je trouve que son art de la narration rime avec un art du motif, proche du textile. Son expression peut très bien devenir picturale avec les masses du corps de son personnage nu et ses fines bretelles noires par exemple, dans son rêve érotique, ou bien avec ses galipettes faire un pied de nez à la peinture et l'art traditionnel féministe, avec ses "nanas" d'aujourd'hui, connectées à Instagram, qui n'attendent pas de faire un lourd et laborieux jardin-Musée à la Niki de Saint Phalle en suprématie des femmes. Non ici, la légèreté et l'accessibilité de son travail se passent de toute institution.
Les différentes poses que ses personnages adoptent (affalés dans un lit, dans la baignoire... nus mais avec des chaussettes...), font, de ses caractères, des gestes de l'enfance que les adultes cachent mais pratiquent dans leur maison.
D'ailleurs, cette illustratrice préfère travailler seule à une table à dessin dans sa chambre plutôt que dans un studio partagé: «Je suis une personne socialement anxieuse, dessiner ou peindre quelqu'un d'autre n'est vraiment pas une option»
Elle utilise de la gouache. Par sa formation en peinture (BFA à la Tyler School of Art) elle a l'habitude de travailler sur de grandes toiles. Avec une distance critique, elle raconte de ses études et comment elle a trouvé une certaine autonomie, malgré ce que l'on n'autorise pas dans les écoles d'art : "Produire du travail à l'école d'art n'était pas un problème pour moi, mais je n'étais pas une bonne élève. Il devenait de plus en plus difficile de se connecter aux idées enseignées dans mes cours de peinture et de théorie de l'art, plus axés sur l'abstraction et l'art conceptuel que la représentation directe ou narrative, ce qui a toujours été mon intérêt. Le langage et les concepts que nous avons étudiés me semblaient vraiment inaccessibles et détachés de mes expériences de dramaturge et d'ivrogne de 21 ans. J'ai commencé à me concentrer davantage sur l'art populaire, Lowbrow et les artistes autodidactes. J'ai commencé à lire plus de bandes dessinées et j'ai décidé que je voulais faire des peintures directes, accessibles et peu coûteuses à produire. J'ai donc commencé à travailler sur papier avec de la gouache, avec l'ambition de créer ma propre bande dessinée."
On retrouve souvent les mêmes difficultés, en occident, dans ces formations artistiques. Combien de fois ai-je observé de très bons étudiants, jeunes femmes et jeunes hommes, s'estimer mauvais dans le cadre de ces formations où le cloisonnement est propice à exclure tous talents, et d'autant plus aujourd'hui, où des réseaux d'artistes fonctionnent avec de riches influences inédites et non connus des institutions (dans lesquelles, le plus souvent, l'art conceptuel des hommes est dans l'incapacité de faire de bonnes sélections avec de bons critères) C'est ainsi que ce mauvais ménage exclu également les artistes qui sont parvenus, malgré tout, à enseigner avec l’expérience de leurs pratiques sans citations d'une histoire dépassée par les genres qui se chevauchent dans des médiums diversifiés. Si l'on ajoute à cela, un bon usage du partage et de la diffusion de son travail, on supprime d'un coup, le rôle des institutions, dont c'était le rôle, et qui ne comprennent plus rien à la création actuelle. On ne peut ainsi qu'assister aux exclusions multiples des artistes joyeux, laissant les costumes d'historiens cloisonner ce qui ne peut plus l'être, et inventer des règles limitées à ne pas dépasser, pour satisfaire les formulaires politiques devenus de l'art officiellement acceptable. Il faut du temps pour apprendre, du temps pour désapprendre et ne pas se laisser embobiner par des enseignements politisés, et du temps pour apprendre sa politique à travers la pratique de ses savoirs-faire. Superposés, ils deviennent singuliers, par la transparence de leur accumulation, par l'histoire de leurs usages, et tant d'erreurs si justes finalement.
Sur le format pas formaté de son travail pour la bande-dessinée, elle explique ceci : "Pendant longtemps, je me suis sentie vraiment ralentie par mes antécédents en peinture traditionnelle. J'ai acheté un tas de bandes dessinées, et j'ai essayé de reproduire les techniques que j'ai vues, mais travailler dans des cases me semblait toujours très gênant. J'avais peu d'expérience avec Photoshop, la narration, les principes du design ... Cinq ans après l'obtention du diplôme, je n'avais toujours rien produit de solide. J'avais fini par abandonner, et finalement décidé que faire une bande dessinée merdique valait mieux que ne rien faire du tout - que je devrais m'inquiéter moins de ce à quoi je pense qu'une BD est censée ressembler, et plus à peindre dans le domaine de mes compétences. Une fois que j'ai jeté toutes mes idées préconçues par la fenêtre et que je me suis forcée à me mettre au travail, j'ai commencé à obtenir une reconnaissance pour ce que je faisais plutôt rapidement. Adopter une partie de ma naïveté et me concentrer sur les qualités picturales de mon travail a compensé les obstacles techniques qui se dressaient sur mon chemin..." Elle utilise ses personnages comme des poupées de papier qu'elle habille avec des vêtements qu'elle souhaiterait porter. D'autre part l'attrait autobiographique et confessionnel de ses histoires visuelles, humiliantes ou embarrassantes, provoquent des effets comiques. Son humour et sa fantaisie peuvent masquer des situations tristes et les transformer en gentilles scènes colorées surréalistes. Elle est inspirée par les artistes Marie Jacotey (artiste française) et Aidan Koch (artiste multimédia américaine), dont le travail artistique transcende le monde de la bande dessinée.
Mais aussi, d'autres artistes de différents âges et nationalités  :
> En peinture / Misaki Kawai (Artiste japonaise), Austin Lee (Artiste américain), Mogu Takahashi (Artiste japonais)-, Katherine Bernhardt (Artiste américaine), et Danny Fox (Artiste anglais).
> En illustration / Aart-jan Venema (des Pays-bas) et Monika Forsberg (de Suède))
> En céramique / Benjamin Phillips (Anglais), Janie Korn (américaine)

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© Tara Booth : Vase shirt