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BEAUX ARTS L'ÉCOLE ABRITE LE RACISME : Affiche réalisée par les étudiants de l'école nationale supérieure des beaux-arts de Paris (mars 2018)

« Les noirs ne sont pas propres »

« Vous faites reculer la France en faisant trop d’enfants »

« Est-ce que ta femme est propre, comment elle a préparé ça ? »

« Elle ne nous serre pas la main parce qu’on “pue”, elle ne touche pas la anse de la bouilloire après nous, quand on ramène des baguettes pour le petit déjeuner, elle coupe la partie qu’on a touchée. »

« Vous êtes des animaux, vous ne devriez pas être en France. »

« Il ne me reste plus qu’une seule personne dont je dois me débarrasser, c’est la vieille. » 

« Les Sri Lankais c’est des connards, vous êtes sales. Ta bouche pue car tu bois de l’alcool. »

« Les noirs sont tellement feignants, sont tellement connards, sont tellement des bons à rien. »


« Est-ce que tu te sens toi-même ? Tu sens quoi ? Tu sens le noir. Va travailler ! »

«Tout est propre à part la couleur de ta peau »

Cela se passe aujourd'hui dans une école nationale des beaux-arts à Paris

Bon nombre des étudiants, indignés, attendent aussi une réponse ferme de leur école. Le soir du vernissage de l’exposition « Images de mai 68 », en février, ils ont ainsi distribué 3.500 tracts pour alerter. Un collectif s’est monté, qui veut interpeller la ministre de la Culture. (Article du 12 mars 2018)

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Affiches des étudiants de l'école nationale supérieure des beaux-arts de Paris (mars 2018)

Cela me rappelle mon histoire :

J'ai été harcelée moralement par la direction de l'école nationale d'art de Limoges et envoyée au tribunal pour avoir rendu un ordinateur portable dans "une saleté remarquable", avec des "déchets", de la "terre", selon la directrice, ce qui justifiait que je ne "prenais pas soin des équipements de l'école"... Des étudiantes de l'école d'origine étrangère n'obtenaient pas leurs crédits comme les autres étudiants, car elles présentaient leurs installations sur le sol "sale" de l'école. Hors, le sol est le même pour tous, dans cette école, ce que j'ai toujours défendu. La symbolique du sol est celle de notre démocratie. Elle se trouve salie selon certain.es et il faut désigner des coupables : les pauvres. Ce qui est une richesse pour notre pays, des étudiants d'horizon divers et cultivés, comme des professeurs, des employés, se transforme en souillure pour les racistes (et à tous niveau de poste) . Silence du ministère : la directrice serait une débutante, il faut la laisser continuer insulter qui elle veut. Les sociétés de nettoyages sont insultées, renvoyées, sous pression, rien n'est jamais trop propre pour valoriser une architecture (l'école) que même Catherine Millet est venue saluer lors d'une conférence publique, une référence que l'on ne nomme plus, rejointe dans ses propos récents en début d'année par des politiciens des extrêmes droite de notre pays. Ces écoles forment à l'exclusion par ces modèles institués, et hissent le déchet social comme norme, pendant qu'elles font nettoyer par d'autres toutes traces de leurs sévices. Honte !
Je soutiens ces employés dévalorisés dans leurs fonctions, à l'école nationale supérieure des beaux-arts de Paris (où j'ai étudié également), moi professeure artiste ayant subis des discriminations, humiliations, racisme et sexisme dans une autre école nationale du même réseau, dans ma ville, sur les mêmes thématiques de la saleté. J'ai réalisé des cours artistiques et philosophiques afin d'enseigner sur ces problèmes de racisme dans les écoles d'art, j'ai été exclue, mise à l'écart et actuellement l'école a mis mon poste en vacances. Silence du ministère, des collègues, "tout le monde savait", "tout le monde se tait"
Ces méthodes racistes sont légions et il est bien plus à la mode de faire des affiches pour les droits des femmes dans une école supérieure d'art le 8 mars afin d’effacer que ces droits sont bafoués dans l'enceinte de l'école, tout comme réaliser, dans une autre, une exposition sur mai 68 dans le même temps où ces pratiques quotidiennes du racisme qui semblent d'un autre temps sont impunies. Des expositions contreproductives et aveugles, dans la bienséante ambiance nostalgique du communisme quand des professeurs s'inventent révolutionnaires en lisant l’insurrection qui vient et en embrigadant les jeunes filles en fleurs, sélectionnées pour leur aptitudes à faire la cuisine et la bonne communication pour graisser les tuyaux, une école où souffle un vent de liberté... et de poésie proprette mais surtout pas sale ! Et comble de la bonne décoration : obligation d'utiliser l'écriture inclusive, au cas où "les autres" pourraient s'apercevoir que l'exclusion sert à l'affichage d'une sélection réussie, entre-soi.

Ce qui est visible demeure "invisible" pour certains, certaines. Honte !

Il est bien plus à la mode de réaliser des pétitions pour des personnalités artistiques de renommées internationales licenciées, signées par un name dropping de noms de personnalités, afin de se montrer "sur le marché" du capitalisme, que de soutenir des employés aux basses tâches. Je suis professeure et j'ai été associée à ces employés de ménage bien souvent dans les écoles d'art. J'ai dédiée une œuvre d'art (Cendrillon) à une employée à l'école de Limoges, la seule qui me disait bonjour le matin, la femme de ménage. Nous travaillions dans les cendres, avec des couleurs et les nuances brunes pour la peau et le biscuit en céramique, afin de révéler les véritables icônes à l’œuvre.

Et puis le salaire, va avec la saleté, il faut le saisir et le supprimer pour les sales pauvres (ce qui m'est arrivé) Étonnant non, je n'ai jamais eu le droit aux tickets restaurants contrairement aux autres employés administratifs, cela me faisait penser aux femmes de ménage de l'Assemblée, dont Ruffin a communiqué leurs conditions de travail le 8 mars dernier. Cette communication m'a mise mal à l'aise, car (pas encartée "France insoumise", ni d'un autre partis politique) cet exemple est un peu "facile", et nombre d'intellectuels que je connais ont relayé cette vidéo, du haut de leurs principes de familles socialistes (et non de leur éthique), et pour vite passer à autre chose, c'est-à-dire, se taire lors d'injustices sociales véritables entre collègues de la même profession. Cet exemple rentre bien dans la case. Chacun son groupe, pas de mélange de genre. Non ce qui est plus difficile à dénoncer, ce sont ces situations de services, dans lesquels, aujourd'hui, les exclusions et discriminations ne se font pas seulement avec les employés de ménage, mais aussi, avec les professeur.es, avec toute personne qui ferait un peu trop d'effort pour être intégré et qui, malgré les injustices, aurait réussi à s'intégrer, si bien, que cela est devenu, pour de petits chefs, des cheftaines, des directions, insoutenable, pour toutes ces personnes qui n'ont aucune qualité pour diriger les autres et leurs donner des directives, des directions. Non, ce n'est pas la bonne direction que notre pays doit prendre, mais c'est celle-ci que des directions s'arrogent le droit de prendre par force, par abus de pouvoir et sans aucune sanction, avec la complicité des exécutifs. C'est moche. Il n'y a plus d'art, mais je ne vois que des politiques de l'extrême se fondre dans les écoles. Cela m'a inquiété, beaucoup, des nuits d'insomnies. Aujourd'hui, je ne suis plus étonnée, car il n'y a plus de justice. Il y a la moitié de la France qui votait extrême droite, tous éparpillés, et dans nos écoles à des postes divers. Employés, directions, professeurs, théoriciens, artistes, oui, la pensée raciste s'est immiscée partout, dans une conversation, un mail, untel n'est pas de "chez nous", "ils viennent d'ailleurs", "ils sont toujours ensemble car ils ont les mêmes origines, ils s'isolent, ils complotent, il faut les exclure", "untel n'est pas artiste, cet écrivain est mauvais, ses références sont mauvaises, elles sont étrangères", "on se comprend", "ils ne sont pas compréhensibles", "il faut supprimer leurs références de leur mémoire, diplôme", "il y a des vols de livres, c'est eux", "le sol est sale, ils doivent le nettoyer pour tous", "on leur enlève la caution", "on ne leurs donne pas leur bourse", "il ne faut pas aller dans cette ville étrangère, elle pue", "il ne doit pas mettre de tongs à l'école", "il doit changer de tenue pour sa soutenance", "note-le, moi je ne perds pas de temps à corriger les étrangers", "ils vous donnent des cadeaux, ils sont tellement soumis", "son travail artistique vient des îles, des prostituées", "c'est comme ça chez eux, il ne sont pas cultivés", "elle vient d'un milieu pauvre, elle n'a aucune ressource, une année de plus, elle mérite un redoublement", "regardez comme ce dessin est sale", "comme elle écrit mal, venez voir", "ils n'ont pas d'expositions majeures dans leurs pays", "ils viennent étudier ici pour nous piquer nos références et puis s'en aller dans leurs pays avec", "ils ont appris à dessiner sous la dictature, ils n'ont aucune sensibilité", "ils ne sont pas aussi libres que chez nous", "ils ne s'expriment pas, on ne comprend rien", "il est insoumis, il a répondu, il a critiqué, il mérite le redoublement", "elle est prostrée quand je vais la voir, elle doit avoir un problème psychiatrique, il faut la renvoyer dans son pays", "c'est une menace pour nous, on a prévenu l'ambulance", "il est parano et croit que nous sommes racistes parce qu'il est noir", "il est agressif, il veut plus nous voir, cela tombe bien", etc. etc. Toutes ces phrases quotidiennes finissent par vous sculpter un cerveau qui acquiesce à tout, c'est un lavage. Nombre de collègues commencent à être d'accord, c'est facile, ce sont les autres désignés, puis après ils s'y mettent chacun à leur tour, et les administratifs aiment à faire un peu de zèle. La délation, les procès, les rumeurs, les accusations, les fautes, les avertissements, les menaces, puis les exclusions, la fin de la carrière, et parfois de la vie. Au fur et à mesure s'installe sur plusieurs années une vraie collaboration à la pensée raciste qui a trouvé un terreau fertile dans notre pays, dans ces terres où plus rien ne se passe, et les idées ont disparues. Les belles idées, les inventions, la sensibilité, la solidarité...

Les intégrations réussies et irréprochables sont, pour certains, certaines et tant de racistes qui s'ignorent, impensables, elles ne doivent plus exister et doivent être rendues invisibles, il faut les masquer, les dénier, les dévaloriser, les raturer, les supprimer, par tous les moyens. Cela se nomme le tri collectif et individuel, d'où l'importance des déchets et de la qualification de ce qui est une saleté remarquable. Il faut inventer des motifs pour rendre incompétents les compétents, il faut leur supprimer leurs outils de travail, leur lieu, leurs liens professionnels, leurs attachements affectifs, leurs lieux de vie, leurs résidences. Il faut les désunir, surtout quand ils unissent trop facilement, il faut saboter, saboter lâchement, par derrière, toujours à l'insu et par surprise. Il faut terroriser. Le mot est lâcher : le modèle terrorisant. Il faut les désigner "fous", les enfermer, les envoyer chez les psychiatres, ceux de chez nous, sous nos valeurs. Quand la pensée a totalement disparu des écoles au niveau supérieur, il faut se rassurer quotidiennement, et entre-soi, des critères de sélections et d'exclusions, par rumeurs, humiliations, harcèlements. Afin que le tri s'opère de façon tacite collective, sans laisser aucune trace visible. Il faut punir celles et ceux qui alertent encore et les mettre en prison, ou soustraire les esprits critiques, supprimer les analyses et les bonnes actions. Ne pas révéler tout ce qui serait sain, salvateur, les soignés, soignants, soigneux. Comment poursuivre son œuvre, son travail, son engagement dans de telles situations malsaines ? Comment continuer à étudier, se concentrer ? Trop de temps passé à éviter les mines, les bombes, les insultes, enlève du temps au sel de la vie, comme le décrivait Françoise Héritier.
- Sommes nous dans l'obligation de militariser nos vies ?
- Oui
, avait répondu le gouvernement antérieur, nous sommes en guerre.

Non, réponds-je, artiste et pacifiste.

Pour info, mes articles sur la saleté :



À méditer :

« Vous êtes des animaux,
vous ne devriez pas être en France. »