Aujourd'hui j'ai reçu une invitation de la ministre de la culture à aller à une soirée Vj en l'honneur des enseignements de Nathalie Magnan. La première phrase est celle-ci :
...travaux et recherches de nombreux artistes, chercheur.es, (h)acktivistes et étudiantes qui continuent à labourer les territoires qu'elle explorait.
Et bien la ministre de la culture ne doit pas être au courant que son équipe à mis fin à la carrière d'une enseignante (qui labourait ?), successivement à sa disparition, parce qu'elle était trop pauvre et trop sale, ou trop migrante. Et que nombre de faux procès en un temps rapide furent intentés sur ma personne par une femme médaillée de la légion d'honneur ! Peut-être qu'une terroriste aurait eu le même traitement ? Est-ce qu'il y en a d'autres, en a eu, est-ce que cela va continuer ainsi ? C'est l'effet du respect des droits des femmes ou bien pour l'égalité des salaires entre hommes et femmes, ou bien pour les mesures contre le harcèlement moral, sexuel, contre les discriminations, politiquement correct sur l'écran, mais en réalité ? C'est moche.

Le 8 mars est moche en fait, il sonne faux, il faudrait le boycotter. Le 9 mars, cela va déjà un peu mieux, on respire.

Nathalie m'entends-tu ? Est-ce lumineux comme tu le souhaitais ce qu'il se passe dans le monde de l'enseignement d'où tu viens ?

Je réfléchis beaucoup en ce moment à la parole que l'on appose aux morts et aux mortes en particulier, car le particulier ici résonne. Une partie du tout. C'est une parole que l'on a jamais donné aux mortes de leur vivant, qui fait autorité. J'ai remarqué aussi cela d'un autre enseignant qui n'était pas encore retraité et dont sa disparition, à peine son esprit quittait notre monde, que des annonces très officielles sont apparues. Vie d'artiste et d'enseignants officieux > Disparition/Apparition d'un nouveau discours officiel. C'est comme effacer l'essentiel. Pourquoi tous ces efforts ? Pourquoi les morts ne pourrait-ils-elles pas vivre leur vie après leur mort comme bon leur semble. Il y a eu tant de morts et de jeunes morts dans mon métier de l'enseignement en art, que l'on oublie de les compter ensemble. Pourtant, ils et elles faisaient tous partie du même corps, de métier, de ces fonctionnaires, liés au ministère de la culture.

Comme ces morts, j'ai quitté mon enseignement, sans l'avoir décidé, ni prémédité,  parce que l'on ne me voyait pas assez, je n'étais pas assez en représentations officielles, j’œuvrais trop discrètement, je n'avais pas d'amis avocat, ou bien d'autres criaient plus fort, pas spécialement mieux mais plus fort. Leurs cris étaient relayés. On préfère le brouhaha au discernement, on préfère le divertissement à l'apprentissage de la concentration. Agitez-vous, montrez que vous êtes important.
Parce qu'en fait personne ne l'est.

Quitter c'est aussi accepter et espérer que d'autres seront mieux compris, mieux intégrés et c'est tenter de trouver une autre place, aussi précaire ou moins ou meilleure. Cela ne peut être que cela : meilleure. Car d'où je serai, je communiquerai avec tous ces morts qui m'ont appris à ne pas accepter ces représentations officielles toutes ces annonces qui valideraient que soit prolongée la parole des morts. Non, les morts ne prolongent rien dans le monde des vivants, ils s'en vont, ils nous quittent, et nous les quittons.

Quitter son enseignement, c'est savoir qu'il ne sera pas prolongé. Et de son vivant, qu'il sera enterré vivant, officiellement.

Quand la terre ne peut plus être labourée et qu'on ne reçoit plus le sel de la vie, on ne laboure plus. On passe pour des morts, mais on est encore vivant. On fabrique le sel de notre vie, on invente son paradis ailleurs loin de l'enfer que l'on a semé à votre place.