Concert de Christophe à l'Opéra de Limoges (Photographie © Sonia Marques)

Nous sommes allées voir Christophe en concert à Limoges. Une belle histoire nous a rassemblé ce soir là. Il y a un an, je découvrais son affiche, il passait dans ma ville. Désoeuvrée j'étais, les places à l'Opéra sont coûteuses. Puis l'année 2017, telle qu'elle fut jetée passait, j'écrivais, j'avais le temps, mais plus d'argent. Une matrone avait souhaité ma démission et avait déployé une armada à son service, pour en déléguer les menaces exécutives. C'était pour montrer que l'égalité entre hommes lourdingues et femmes lourdingues prenait forme dans nos écoles, kif-kif bourricot, harceleurs et harceleuses, tandis que les #balancetonporc avaient omis les #balancetatruie, histoire de maintenir les inégalités. Arriva la fin d'année, nous décidâmes de ne point nous offrir de cadeaux de fin d'année, mais de réserver tout pour nos acceuillants et hébergeants. Une idée venait, et si nous nous offrions pour cadeau ce concert ? La fin d'année nous a emportée de la banlieue parisienne au Nord de paris, au centre de la France, heureux de nos retrouvailles, c'était l'essentiel.

2018, la nouvelle année et son lot déplorable des mal aimé.es dans nos journaux, nous empêchant de parler d'amour et ramènant tout au sexe et à la violence, me faisaient penser à cette perte de vitesse de la consommation par le sexe et la violence. On n'en veut plus, de toute cette culture post-68, de toutes ces directions moches et débiles. La tendresse écrivais-je...
Vendredi, mon ami jeta au hasard un coup d’œil averti sur le Bon Coin, le célèbre site web d’annonces commerciales sur lequel le dépôt et la lecture d’une annonce sont gratuits. Il est le plus utilisé des sites de ce type en France, (créé en 2015) Il y trouva 2 places pour le concert de Christophe à un tarif dégressif par rapport à leur bon emplacement. En téléphonant, mon ami conversa avec une femme, qui se disait "d'un certain âge". Elle avait acheté ces places en avril 2017, et s'était trompée, c'est assez compliqué à expliquer. Elle en a acheté une puis une autre en oubliant qu'elle en avait déjà acheté une… Bref, ne pouvant s'y rendre, une amie plus jeune, dit-elle, lui conseille à la dernière minute de les disposer sur le Bon Coin, dont elle ne connaissait pas l'usage ni la portée. Son amie réalisa la mise ne ligne à sa place. Le rendez-vous pris, elle nous klaxonna heureuse et elle descendit de sa voiture, mal garée, un jeune homme derrière fâchée de notre transaction attendait. Elle dit : "Oh, il m'emmerde, il ne peut pas passer à côté ?" Elle n'était pas d'un certain âge, alors c'était amusant. Nous avons fait une rencontre sympathique et elle a fait des heureux ce soir. Elle nous a remerciés et nous a dit penser trouver un homme aux cheveux blancs. Elle avait mal compris : "Mais ils sont blonds ?" Nous dit-elle, "Je me disais bien que la voix était celle d'un jeune homme" Affaire d'âge, de rencontre, nous avons discuté, elle avait l'habitude de prendre des places précises à un certain endroit. Nous nous sommes quittés.

Concert de Christophe à l'Opéra de Limoges (Photographie © Sonia Marques)


Le soir, nous découvrîmes ses places, très bien situées au premier balcon, dans ce bel Opéra de Limoges, la salle pleine de gens d'un certain âge, un peu comme elle, c'est-à-dire, pas vieux, tous ayant la possibilité de se payer des places assez régulièrement à l'Opéra, donc pas vraiment de jeunes gens. À Paris, j'ai assisté à nombre de représentations de danse contemporaine, de concerts, d'expériences artistiques. Ici, à Limoges, notre sélection est plus aguerrie de nos cultures partagées et l'offre moins excitante, et pourtant, ici, nous avons vu nos cher.es artistes de plus près, parfois avec peu de public, savants privilégiés, car sachant où aller et qui voir, les priorités, les sélections. Je n'ai jamais croisé un seul ou une seule personne de l'école d'art dans nos sélections, comme si, ici, à Limoges, il n'y avait rien d'ouvert vers l'imaginaire et la création. Pourtant, chercher, aimer, trouver.
À l'école de Bourges, j'avais souhaité voir le spectacle de Wim Wandekeybus, mais le personnel en charge de bénéficier de tarifs dégressifs de cette salle de spectacle partenaire de l'école, m'avait affirmé ne pas pouvoir m'intégrer et que c'était complet. Le soir, après une journée pleine de cours sur le dessin en grands formats (j'avais aidé une étudiante à rattraper son retard, en associant la technicienne en photographie, et les tirages étaient excellents) je partais à pieds à la recherche de cette salle, assez loin, très très loin. J'arrivais et je trouvais une place aussitôt et juste devant. En sortant, j'ai pu voir de loin, plusieurs membres du personnel de l'école me regardant interloqués, comme si je ne devais pas être là. Tous avec leurs places réservées. Peu d'étudiants et aucun professeur.es. Parfois, je pense qu'il y a des habitudes, celles que les institutions favorisent leurs personnels pour l'accès aux représentations, aux créations, mais excluant les artistes, enseignants et dont les créateurs et créatrices, très concernés par la création justement, pourraient bénéficier, ou d'autres, non spécialisés. Les entre-soi, cercles de cercles de cercles clôts. De cette épopée, la secrétaire générale m'a raccompagnée en voiture, et de nos échanges, nous découvrîmes notre goût pour la danse contemporaine, sa fille ayant participé de cours et moi participé de scénographies (en tant que scénographe) et spectacles de danse (en tant que danseuse) Heureux dénouement. Les lendemains, toujours à accompagner les étudiants, j'avais pu avoir de bons échanges avec la technicienne en photographie, car nous avions assisté au spectacle. Le jour s'était déroulé sur nos émotions et notre expérience des différentes évolutions du chorégraphe. ce spectacle était sur l'amour. J'ai écris un article frais, sur ce blog, de cette retrouvaille, sans savoir ce qui allait m'arriver les jours suivants dans cette école. Ce fut mon premier et dernier spectacle de danse pendant que j'enseignais à Bourges, les lendemains, je fus empêchée de poursuivre mon enseignement, un peintre malveillant m'importunant, me menaçant. Les harcèlements en école d'art sont durs et structurels, n'en déplaise aux Catherine Millet-Deneuve qui souhaitent que cela continue ainsi. D'ailleurs, "Art Press", comment cette revue a-t-elle eu un tel monopole en France, si inintéressante ? Ha oui, la patronne des partouzes a fait son business et a tenu en laisse des années des artistes et commissaires et critiques... Drôle de milieu, en marge du monde.

Concert de Christophe à l'Opéra de Limoges (Photographie © Sonia Marques)

D'or et d'argent, en paillettes et brillants d'espoir, nous nous sommes installés à la place d'une autre et le reste s'est offert à nos oreilles, nos yeux, nos sens, pour un délicieux moment que nous n'oublierons pas.

Failles, ce sont nos failles qui nous font avancer.

Christophe avait une anecdote : son piano acheté à Aix en Provence il y a 2 ans pour réaliser sa tournée. L'homme qui accorda son piano ce soir-là, à l'Opéra, lui apprit en enlevant une touche du piano qui portait son nom, que celui-ci venait de Limoges. Ce qui m'a fait sourire, c'est lorsque Christophe nous saluait, les limougeauds, tentant de trouver une connivence avec son public : "J'aime la campagne, les paysans, Limoges, la province, c'est toujours la campagne, j'aime la terre" Face à la bourgeoisie de Limoges très urbaine, et habituée à se déplacer, comme lui. Je cherchais les paysans à côté de moi, mais je ne les ai pas trouvés. Nos racines ne sont-elles pas toutes les mêmes ? De notre terre ? Nous venions du Bon coin, ni de la bourgeoisie, ni des paysans du coin, ni des âges certains. Limogés de tous clichés, stéréotypes, libres, dans un petit coin, minuscules fourmis.

Scénographie de lumière élégante, espaces sonores extatiques, les mots doux, la retenue, les instruments, le piano, l'ombre et la lumière, le rouge, le rose, le bleu, le blanc, la séduction, la nostalgie, l'amour, le flirt, le souvenir, les vestiges, la fragilité, l'électronique, l'organique, le sensuel, les fausses notes, l'humour, le désir, la santé, la subtilité, la douceur, le calme, le slow,les douches de lumières, les frétillements, les projections, les phares de voiture, la nuit, les lunettes bleues, la crinière blonde, les santiags, le velours, l'Italie, les femmes, les hommes, la drague (pas la lourde ;.) la douleur, les larmes, les remerciements, la félicité…


Concert de Christophe à l'Opéra de Limoges (Photographie © Sonia Marques)


Et puis la recherche de Silvano Agosti, son documentaire "D'amore Si Vive" (On vit d'amour) de 1982, qui est revenu dans ma mémoire avec la voix de ce garçon philosophe...
Cet entretien ci-dessous avec Franck est un extrait du film documentaire "D'Amore Si Vive" tourné par Silvano Agosti et monté en 1982. Celui de Lola est disponible en ligne.

Silvano Agosti, réalisateur indépendant optant pour l'autogestion de sa production artistique depuis les années 60, censuré par le Vatican et interdit de diffusion en Italie, ce fascinant personnage présente pour la première fois au public bordelais son cinéma singulier. Compagnon de route de Marco Bellochio et d'Ennio Morricone, soutenu par Ingmar Bergman, Silvano Agosti nous parle sans cesse d'une « vérité qui bouge en sous-sol et ne peut être dite à haute voix. »

D'AMORE SI VIVE
Réalisé et monté par Silvano AGOSTI - documentaire Italie 1983 1h35mn VOSTF -

D'AMORE SI VIVE

"La tendresse sans sexualité ni amour engendre l’hypocrisie.
La sexualité sans tendresse ni amour engendre la pornographie.
L’amour sans tendresse ni sexualité engendre le mysticisme.
En fait, nous avons affaire à une société hypocrite, pornographique et mystique. "
Silvano Agosti


L'amour, la tendresse et la sexualité. Durant trois années, Silvano Agosti a rencontré et interrogé la population de Parme sur ces trois éléments constitutifs du sentiment amoureux. Il en a extrait 7 portraits poignants, 7 témoignages parfois bouleversants nous permettant d'approcher cette exigence qui porte chaque être humain à aimer malgré tout. Cette recherche au plus vif de multiples vérités sur la nature humaine se transforme pour nous, spectateurs conviés au partage, en une fructueuse et singulière expérience. À travers ces fragments de vie, au plus près de l'intime, le réalisateur fait émerger les violences souterraines issues de l'éducation, de la religion, de la négation d'une sexualité propre à l'enfant. Agosti nous met à l'écoute de l'énigme des corps aux prises avec le désir et le besoin insatiable de tendresse amoureuse. Besoin bouleversant dans la sublime séquence-épilogue toute de silence vivant : là, comment s'accommoder de ce terrible regard qui, soudain, en une dernière image, fait face à notre oeil-caméra pris en flagrant désir de (sa)voir…?

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Concert de Christophe à l'Opéra de Limoges (Photographie © Sonia Marques)

Daniel Bevilacqua, dit Christophe, est un chanteur français, né le 13 octobre 1945 à Juvisy-sur-Orge (Essonne). Il a 72 ans. Le père de Daniel, Georges Jacques Bevilacqua est un entrepreneur italien, il tient une entreprise d'installation de chauffage central qui prospère assez pour s'étendre à la vente d'électroménager ; sa mère est couturière. Il a grandi dans la grande banlieue parisienne, dans l'Essonne... tout en rêvant d'Amérique. Rebelle comme James Dean, son idole, il s'est fait virer d'une dizaine de lycée, avant de se lancer dans la musique et de connaître un succès fulgurant avec Aline, à seulement 20 ans.   

Dans l'art contemporain, il a été re-découvert lorsque l'artiste Dominique Gonzalez-Foerster (D-G-F.) réalisa la scénographie de son concert de Christophe à l'Olympia en 2002, à l'occasion de la tournée La Route des Mots.  

Ce que j'aime dans sa musique ce sont ses sons, et aussi les quelques mots posés. Il n'y a rien d'intellectualisé et pourtant tout est pensé et très technique. Ses références musicales sont les miennes aussi, Lou Reed et Laurie Anderson, Alain Bashung... Le beau bizarre, dernier dandy, nuits blanches et autodidacte. Ayant composé quelques morceaux, conçu des albums musicaux et travaillé avec d'autres musiciens d'autres planètes, d'autres langues, mon écoute est très réceptive aux sons, à la technique, à la précision. Et puis cette synesthésie entre son et lumière arrive à maturité, et oui pas besoin de rappels. À fleur de peau. Les paradis retrouvés.