Photographies © Sonia Marques

Notre-Dame-la-Grande l'église romane de Poitiers, peinte, avec des polychromies byzantines, inspirées par les croisades. J'avais déjà visité celle-ci en 2015. Le concert alors de Koudlam au Confort Moderne était bienvenu. Depuis, cet espace fut fermé pour travaux et sa réouverture ce week end, au public, avec une exposition collective d'artistes et une pelleté de concerts gratuits. Il y a 2 ans déjà, le temps passe vite. Trop de monde pour cette réouverture, d'un inconfort certain, l'humain n'est pas pensé dans l'architecture, pas de sièges, froideur générale, tout en vrac, le froid, le monde, la fumée et l'alcool des gens des mêmes, pas de métissage, manger debout, personne ne se parle vraiment, des groupes, des niches. J'ai trouvé le nouvel espace peu convivial et la thématique de l'exposition "d'art contemporain" creuse, le texte du commissaire est pathétique. L'accès reste aussi impensé, tant d'argent dans cet espace mais quelles démarches pour le public ? L'open space et le style brut hangars s'est banalisé, c'est triste. Mais quelques pièces m'ont semblé intéressantes dans le lot exposé, quoique mal installées. Il y avait des priorités, artistes cachés derrière avec manque de recul, ou artistes sur une scène et sans plasticité... La mode, les vestes partout, les textiles qui pendent, combien encore en a-t-on vu ces temps-ci ? Ils sont durs les temps de l'art pour artistes perdus et maltraités. Aucune critique n'est souhaitée, la communication marche à plein turbines, il faut faire des annonces partout, plus de critique d'art, l'entre-soi fait sa loi, c'est pour nous, pas pour vous, cela n'est ni engagé, ni surprenant, ni bien fabriqué, c'est juste la tendance, un seul mot d'ordre : se taire. Pourquoi tant de vrac, pour quel public ? Les jeunes gens seraient si creux entre eux, sans idées pour faire quelque chose ensemble ? Fumer et boire et parler Youtube et Facebook. Déceptives ces expositions. Déjà au centre de Vassivière, j'y avais vu aussi d'anciens amis exposants, mais ce fut si mal installé et là des médiatrices fatiguées des mêmes remarques, un lieu si grand avec si peu de générosité, venir de loin sur une île pour de si pauvres expositions sans sens, ni complétude, ce n'est pas dit, mais le public est déçu, toujours déçu, inaccessibilités. Alors se taire, ne rien dire, la communication fait le reste : il y avait du monde, il y a des photos de la foule sur Instagram. Ces preuves irréfutables des réseaux sociaux, on photographie une foule et c'est bon. On comptabilise les entrées, d'espace on passe à centre d'art, et là c'est le jackpot, pas pour les artistes évidemment. On se demande si exposer a encore un sens dans ces compétitions fatiguées, assez déconnectées de ce que nous vivons, le désenchantement est oppressant. Je peine à voir de la singularité et des savoir faire. Le petit texte de l'exposition qui ne décrit aucun artiste ni œuvre est consternant. Une exposition sans médiateurs : débrouille toi le public, pour venir, pour trouver, pour partir, car nous, on a déjà fait le point presse, et invité tout le ministère, les élus et les journalistes avant, c'est blindé, et toi, public, démer* toi ! Après le punk dans tout cela... Si c'est paupériser les artistes, oui c'est déjà le cas : rester dehors et comme les sdf, pas de sièges, assis-toi à terre par zéro degré l'hiver et regarde-nous à travers la vitre : nous travaillons chauffés. Vu aucun concert, trop full, trop de prétention. Et puis les artistes doivent circuler dans les mêmes réseaux, les mêmes se refilent leurs petits, et de petits en petits, on voit les mêmes exposés, les petits des petits commissaires, avec un gros égo. On ne voit que cela la petitesse d'esprit et des écharpes qui ne nous réchauffent plus.

Mais c'est Noël et les églises sont froides mais accessibles et y méditer est encore possible. La fumée qui sort de nos bouches, c'est la flamme fragile qui côtoie le silence des morts. Ils veillent. Il n'y a pas d'alcool, ni de cigarette pour te donner une contenance, ni de diktats rassemblement post-Johnny, vroum-vroum président. Dans cet inconfort pas moderne du tout, il y avait des reliques de blousons noirs, cela rappelle cette débauche d'argent pour le défunt interprète ami du président, lui qui a été accusé de viols sur mineures, célébrer sa mort juste après le discours interminable du président soufflé au théâtre pour la journée des violences contre les femmes... On y croit. Prières.

Si tu n'es pas Johnny, pas Charlie, pas Cantat, pas... la liste est longue, tu n'es pas français. On ne veille pas sur toi, on te surveille. Tu ne dois rien dire, tu peux à présent dénoncer afin que l'on t'inscrive sur une liste administrative à désintégrer. Tu perds ton emploi, on t'enverra à l'hôpital psychiatrique avant même que l'on ne sache qui es-tu. Si tu parles, tu deviens un danger pour les institutions, de l'argent est en jeu, beaucoup d'argent.
Les Marie c'est pour la pénitence, elles ne doivent pas survivre dans ce pays, prendre des coups et savoir qu'on les aime fort, quand elles se taisent, et plus quand elles se taisent pour toujours. Prières.

Mais comme l'écrit le commissaire de l'exposition, la mode est à la prédation et l'égo, et un paquet de femmes artistes fait bien l'affaire pour illustrer les trophées choisis. Sauvez-vous les filles !

Il fait trop froid pour guérir dans ces contrées de l'art à la cible trop jeune, trop cool, trop sexy, trop uberisé, trop crevards. Merci au confort moderne de nous avoir tendu la perche, nous avions besoin de réconfort, après les cadavres, les sacrés réchauffés dans leurs tanières.

Nicole Wermers, The violet Revs, 2016
Chaises en plastique, vestes en cuir

We are the painters, 2015-2017 (Gardienne, La muse de l'eau, La muse de la montagne, La muse du musée, La fée, Brune aux reflets bleus, La fermière, Gardienne)
Tissus, peintures, cheveux synthétiques

Lise Hailer Baggesen, Refuseniks (2017, textiles trouvés.
Dommage qu'il n'y avait pas la pancarte Refuse Abuse

Celia Hempton 2017

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C'est une photographie d'un parking, cela me faisait penser aux architectures dédiées à l'art contemporain dont les architectes sont portés aux nues. Et des écoles d'art aussi... Mais nous ne sommes pas des bagnoles !

Photographies © Sonia Marques