2017

We are not surprised

We are artists, arts administrators, assistants, curators, directors, editors, educators, gallerists, interns, scholars, students, writers, and more—workers of the art world—and we have been groped, undermined, harassed, infantilized, scorned, threatened, and intimidated by those in positions of power who control access to resources and opportunities. We have held our tongues, threatened by power wielded over us and promises of institutional access and career advancement.

We are not surprised when curators offer exhibitions or support in exchange for sexual favors. We are not surprised when gallerists romanticize, minimize, and hide sexually abusive behavior by artists they represent. We are not surprised when a meeting with a collector or a potential patron becomes a sexual proposition. We are not surprised when we are retaliated against for not complying. We are not surprised when Knight Landesman gropes us in the art fair booth while promising he’ll help us with our career. Abuse of power comes as no surprise.

This open letter stems from a group discussion about sexual harassment within our field, following the recent revelation of Knight Landesman’s sexual misconduct. The conversation has branched out further and internationally. Harder work to advance equity is often expected of and performed by women of color, trans, and gender nonconforming people. Our efficacy relies on taking this intersection very seriously and not excluding other corroborating factors that contribute to bias, exclusion, and abuse. These additional factors include, but are not limited to, gender identity, ability, religion, class, and immigration status. There is an urgent need to share our accounts of widespread sexism, unequal and inappropriate treatment, harassment and sexual misconduct, which we experience regularly, broadly, and acutely.

Many institutions and individuals with power in the art world espouse the rhetoric of feminism and equity in theory, often financially benefitting from these flimsy claims of progressive politics, while preserving oppressive and harmful sexist norms in practice. Those in power ignore, excuse, or commit everyday instances of harassment and degradation, creating an environment of acceptance of and complicity in many more serious, illegal abuses of power.

The resignation of one publisher from one high-profile magazine does not solve the larger, more insidious problem: an art world that upholds inherited power structures at the cost of ethical behavior. Similar abuses occur frequently and on a large scale within this industry. We have been silenced, ostracized, pathologized, dismissed as “overreacting,” and threatened when we have tried to expose sexually and emotionally abusive behavior.

We will be silenced no longer.

We will denounce those who would continue to exploit, silence, and dismiss us. Your actions will no longer be a secret, whispered amongst us for fear of ostracization, professional shunning, and recrimination. Where we see the abuse of power, we resolve to speak out, to demand that institutions and individuals address our concerns seriously, and to bring these incidents to light regardless of the perpetrator’s gender.

We will no longer ignore the condescending remarks, the wayward hands on our bodies, the threats and intimidations thinly veiled as flirtation, or the silence from ambitious colleagues. We will not tolerate being shamed or disbelieved, and we will not tolerate the recrimination that comes with speaking out. We will not join “task forces” to solve a problem that is perpetrated upon us. We provide a definition of sexual harassment, for those who may feel powerless so that they may point to a document that supports a safe work environment for all.

We, the undersigned—those who have experienced abuse and those standing in solidarity with them—call upon art institutions, boards, and peers to consider their role in the perpetuation of different levels of sexual inequity and abuse, and how they plan to handle these issues in the future.

We are too many, now, to be silenced or ignored.
With all we have experienced and witnessed, this letter should come as no surprise.

This letter is dedicated to the memory of feminist art historian Linda Nochlin (1931-2017), whose activism, spirit, and pioneering writings have been an inspiration for our work.

Image: Jenny Holzer, Abuse of Power Comes As No Surprise (1982)

Sans surprise

Nous sommes artistes, administratrices, assistantes, curatrices, critiques d’art, directrices, éditrices, étudiantes, galeristes, chercheurs, stagiaires et universitaires travaillant dans le monde de l’art contemporain, et nous avons été attouché.e.s, rabaissé.e.s, harcelé.e.s, infantilisé.e.s, méprisé.e.s, menacé.e.s et intimidé.e.s par celles et ceux en position de pouvoir et qui contrôlent les moyens, les ressources et les opportunités de notre milieu. Nous avons tenu nos langues, paralysé.e.s par ce pouvoir brandi au dessus de nos têtes et leurré.e.s par les promesses d’avancement professionnel et d’accès au monde institutionnel.

Nous ne sommes pas surpris.e.s d’apprendre que des curateurs proposent des expositions ou un soutien en échange de faveurs sexuelles; ni lorsque des galeristes idéalisent, minimisent et dissimulent des comportements sexuels abusifs des artistes qu’ils ou elles représentent. Nous ne sommes pas surpris.e.s lorsque, lors d’un rendez-vous avec un collectionneur ou un mécène potentiel, celui-ci se permet de nous faire des avances. De même, nous ne sommes pas surpris.e.s des conséquences qui suivent un refus de notre part. Dès lors, nous ne sommes pas surpris.e.s lorsque Knight Landesman (éditeur démissionnaire du magazine Artforum ) se permet de nous peloter sur un stand de foire en nous promettant qu’il nous aidera dans nos carrières. Les abus de pouvoirs ne nous surprennent pas.

Cette lettre ouverte émane d’un groupe de discussion sur le harcèlement sexuel dans notre champ professionnel, créé à la suite des récentes révélations sur la conduite déviante de Knight Landesman. Les conversations se sont ensuite étendues à un réseau international. La tâche de faire avancer l’égalité est souvent encore plus lourde à porter pour des femmes de couleur et des personnes LGBTQ ou au genre non défini. Historiquement, les luttes en faveur de l’égalité raciale ont souvent fait avancer les luttes féministes, sans toujours bénéficier en retour du soutien de toutes les femmes blanches. Notre démarche repose sur une volonté très sérieuse de prendre en considération ces critères intersectionnels afin de défendre tous ceux qui sont victimes de préjugés, exclu.e.s ou abusé.e.s. Parmi ces critères on peut inclure l’identité sexuelle, l’aptitude, la religion, la classe sociale et le statut d’immigration. Il est urgent de partager nos témoignages sur le sexisme normalisé, les traitements inégaux, les conduites inappropriées, et le harcèlement sexuel dont nous faisons l’expérience régulièrement, de manière généralisée et avec intensité.

De nombreuses institutions et personnes en position de pouvoir dans le monde de l’art contemporain adhèrent en théorie et sans sourciller à la rhétorique féministe et au principe d’égalité. Souvent, ils ou elles tirent profit de cet engagement de façade en faveur de politiques progressistes, tout en préservant, en pratique, des conventions sexistes néfastes et oppressantes. Chaque jour, celles et ceux qui détiennent le pouvoir font le choix d’ignorer et d’excuser, quand ils ou elles ne commettent pas eux-mêmes des actes de harcèlement et d’humiliation. Ils ou elles créent ainsi un climat arrangeant, voire complice, envers des abus de pouvoir illégaux et potentiellement plus graves.

Une démission au sein d’un magazine d’art contemporain de renommée internationale ne résout ni l’étendue ni le caractère insidieux du problème: celui d’un milieu professionnel perpétuant des structures de pouvoir vétustes au détriment d’un comportement éthique. De tels abus se produisent fréquemment et à grande échelle dans le monde de l’art globalisé. Nous avons été réduit.e.s au silence, mis.e.s à l’écart, considéré.e.s comme malades, congédié.e.s p our cause de “réaction disproportionnée” et menac.é.e.s lorsque nous avons tenté de rendre public des comportements sexuellement et émotionnellement abusifs.

Nous ne serons plus silencieu.x.s.e.s.

Nous dénoncerons celles et ceux qui persisteront à nous exploiter, à nous faire taire ou à nous discréditer. Vos actions ne seront plus jamais ces secrets que nous chuchotons entre nous par peur de la réprimande, de l’isolement ou de la mise au ban professionnelle. Dès lors que nous serons témoins d’abus de pouvoir, nous nous engageons désormais à parler, à exiger que les institutions et leurs dirigeant.e.s nous prennent au sérieux, et à exposer ces incidents au grand jour quel que soit le sexe de leurs auteurs.

Nous n’ignorerons plus les remarques condescendantes, les mains baladeuses, ni les menaces et les intimidations subtilement déguisées en flirt, ni le mutisme de nos ambitieu.x.se.s collègues. Nous ne tolérerons plus d’être couvert.e.s de honte ou peu pris.e.s au sérieux, ni d’être montré.e.s du doigt lorsque nous oserons enfin prendre la parole. Nous ne rejoindrons pas les “groupes de travail” formés pour résoudre un conflit perpétré contre nous. Ainsi, nous proposons une définition du harcèlement sexuel à l’usage de celles et ceux qui se sentiraient impuissant.e.s, auquel se référer pour mieux construire un environnement de travail sûr et confortable pour toutes et tous.

Nous, signataires —celles qui ont été abusées et celles qui en sont solidaires—, appelons les institutions artistiques, les instances gouvernementales culturelles ainsi que tous nos collègues à s’interroger sérieusement sur la manière dont ils ou elles ont joué, ou ont pu jouer, un rôle dans la perpétuation des inégalités entre les sexes et des abus précités, et surtout, à la façon dont ils ou elles comptent gérer ces problèmes dans le futur.

Nous sommes trop nombreu.x.s.e.s, désormais, pour être ignoré.e.s et réduit.e.s au silence. Avec tout ce que nous avons subi et dont nous avons été les témoins, cette lettre ne devrait pas vous surprendre.

Cette lettre est dédiée à la mémoire de l’historienne d’art féministe Linda Nochlin (1931-2017), dont l’esprit, l’activisme et les écrits précurseurs ont inspiré nos travaux.

Ndt: Pour la traduction de cette lettre de l’anglais qui est une langue aux terminaisons en majorité non genrées, il a été décidé d’utiliser le genre féminin pluriel pour parler d’un groupe inclusif de personnes plutôt que le traditionnel masculin pluriel, en combinaison à l’écriture inclusive, dans le but de tenter de restituer au mieux le ton de la missive originale.


2015-2016

Quelques temps avant...

En France :
Souvenir des dessins des étudiantes de l'école nationale supérieure des arts de Bourges, avec lesquelles j'ai développé un studio nommé "Il pulcino nero", un programme pédagogique précis et bien encadré, artistique et complet, contre le harcèlement, les discriminations, les violences, le racisme... Il était à visée de recherche mais aussi d'initiation aux outils numériques dans des dimensions diverses. Des centaines de dessins ont été réalisés, et redessinés, par plusieurs étudiants et étudiantes, des jeunes années, et même des premières années des écoles d'art, avec soin et application, des centaines de formes, de traits, de pleins et de vides, que nous avions commentés, enrichis de mots, d'expériences, que nous avions montrés, affichés, ensemble, (dans les couloirs de l'école avec : Farce) avec joie et concentration, assidus nous étions. Leurs évolutions graphiques et plastiques furent très rapides, mon enseignement pointait là quelque chose de plus évident dans mon parcours de professeure, depuis une vingtaine d'années, et mon expérience a su aller droit au but.
L'ensemble de ces travaux devaient être rendus publics lors d'une exposition dans une chapelle classée, j'enseignais à plein temps, depuis un an dans cette école, en détachement de l'école d'art de Limoges (où j'enseignais depuis sept années). Elle ne sera jamais rendue possible. J'ai reçu des menaces, en particulier d'un professeur, un peintre, en relation avec l'école de Limoges, qui usait de "la rumeur" pour me décrédibiliser. Il est toujours en poste, et, sans surprise, il s'occupe des cours de nus. Le directeur témoin de cette menace n'a jamais fait autorité. J'ai appris bien plus tard qu'il y avait une douzaine d'étudiantes qui avait porté plainte contre ce professeur, à la direction, pour des propos déplacés dans le cadre de ses cours. Auparavant, "Il pulcino nero", dans sa démarche philosophique et de pratique du dessin à l'aide de logiciels de création, avait été développé avec des étudiants de l'école nationale supérieure des arts de Limoges, dès 2014-2015. Son déroulé a été amputé par les directrices (générale et des études) et rendu impossible, malgré des étudiantes motivées. Selon ces directrices, je devais être l'assistante des professeurs masculins, mais pas réaliser de cours (sic !) avec l'expérience de ma pratique artistique (ce que font tous les professeurs) Les professeurs ont été complices du harcèlement, en laissant faire toutes les actions violentes de la direction, ils avaient besoin de mes compétences techniques qu'ils n'avaient pas. Sabotages et manque de courage, harcèlements, saisies sur mon salaire, convocation au tribunal, aux faux motifs médiocres et sales, en toute impunité, mutismes et complicités des fonctionnaires, remplacements de mes cours par des garçons, récemment diplômés, not surprised. Si les étudiants apprennent que ces comportements sont normaux avec l'absence de consentement, dans ce contexte de l'éducation, l'absence de consentement devient un outil normal pour celles et eux qui détiennent et exercent le pouvoir Nous n'étions pas en avance, avant le relais médiatique ces temps-ci, des gros poissons pris dans les mailles du filet, dans le monde, toutes les affaires de harcèlement, avant même qu'en France, la ministre de la culture visite ces jours-ci, l'école nationale supérieure des beaux-arts, dont le directeur a peu d'estime pour les femmes artistes, et donc, pour les étudiantes en art... Une visite sans sanctions (malgré des plaintes en lice d'étudiants) Les directions des écoles d'art sont dans le déni, le ministère de la culture et ses services aussi, tous laissent impunis ces modes structurels de harcèlements, moraux et sexuels, jusqu'à faire partir celles et ceux qui dénoncent ces pratiques (étudiant.es, professeur.es, personnel...) et laisser en poste les agresseur.es. Et quand j'écris "partir", c'est par la force, sachant que des étudiants restent sans diplômes, des professeures, sans emploi, d'un seul coup. Ces institutions déciment au nom du silence. Elles ont choisi de brûler leurs enseignements, écritures et lectures. Je me suis aperçue, que dans ces situations, plus personne ne sait lire, ni écrire. Et surtout, les relais se taisent (le journalisme perd sa fonction première, celle d'informer). Dans le même temps, une poignée de coqs en pâte choisis pour nous donner la perspective des écoles d'art "sexy" avec la photographie d'une poule sans le sou, plumée, donc, non consentante, pour modèle (22/10/2017) Et c'est bien dans un cadre "journalistique" que l'on peut trouver ce relais d'information. En fait, ils nous donnent les limites de leur enclos, plutôt que des écoles ouvertes sur le monde. Non, nous ne sommes pas surprises. Non, nous n'étions pas en avance : ils sont en retard, très en retard, et des chartes de bonne conduite ne pourront rien y faire. Témoins au grand nombre de mauvaises conduites au nom de l'État, des intouchables au nom de l'art, et au nom de la transgression.
C'était sans surprise qu'un cours bien développé sur ces questions de harcèlements, à destination des étudiants en école d'art soit censuré. Si des étudiants se trouvaient apprendre leurs droits, sur ces sujets, et exprimer, trouver des formes artistiques à leurs projets personnels, qu'une étudiante décide de dessiner une femme, et avec l'acquisition de savoir-faire numérique, plutôt qu'elle soit dans l'obligation de dessiner des modèles nues choisies par les hommes professeurs, qui ne savent pas se servir d'outils numériques, est inconcevable pour les directions, l'ensemble des us et coutumes, de la tradition des beaux-arts. Et qu'une femme artiste puisse enseigner, selon son expérience, encadrer et partager ses connaissances, inviter d'autres personnes, cet acte de "transmettre" n'est pas concevable. Imaginez le bouleversement des pratiques artistiques. Des étudiantes seraient en capacité de développer une pensée critique et pouvoir manipuler des outils différents, techniques, nouveaux, des savoir faire artistique indépendants des modèles habituels et autorisés et à leurs tours, les enseigner, avec humour et un esprit critique. Bouleversement des critiques d'art autorisés, qui font encore autorité.

"Chaque jour, celles et ceux qui détiennent le pouvoir font le choix d’ignorer et d’excuser, quand ils ou elles ne commettent pas eux-mêmes des actes de harcèlement et d’humiliation."

La symbolique du harcèlement et de la discrimination a été très loin et a sonné le glas (de ma participation à ces systèmes d'enseignements misogynes dans les écoles d'art), tandis que je travaillais justement et enseignais aux étudiants sur ces sujets sociaux. Je me suis retrouvée, la veille du jour de la rentrée scolaire, au tribunal de ma ville, convoquée par la directrice de l'école où j'enseignais (dans ma ville donc) pour avoir rendu un ordinateur dans "une saleté remarquable" et tant d'autres adjectifs lié au sale et au déchet (avec les fautes d'orthographe et de conjugaison c'est plus ludique, j'ai pu y lire un second degré involontaire... car le premier degré, aïe aïe aïe). Ce qui venait justifier, pour cette direction, que je ne prenais pas soin des outils de l'école, et donc me disposait en faute professionnelle, car je suis enseignante en multimédia depuis une quinzaine d'années, donc incompétente. Ce jugement fut celui d'une directrice qui venait d'être nommée par le ministère de la culture (encore en poste) et sommait le tribunal que je paye. Elle n'avait et n'a toujours (vu les remplacements effectués sur mon poste) aucune connaissance en multimédia, vraiment aucune, ni artistique, ni technique et encore moins sur les médias et leurs évolutions, et, de toute évidence, l'obsolescence programmée n'était pas une donnée apprise, et ni comprise. Le dialogue a été empêché et je n'ai eu aucun droit à la parole, ni, il y a eu de lecture de ma parole écrite. J'étais jugée au tribunal parmi des violeurs, des jeunes hommes qui violentaient des femmes gravement. Et pour parfaire le jugement, le juge fut une femme. Ma réflexion a dû étendre son spectre jusqu'aux femmes que j'ai vues capables, et assez compétentes, dans le sexisme, reprenant la misogynie comme outils de violence faites aux femmes, en se faisant juges et désignant la femme comme saleté à exclure de l'école, comme un paria, et en laissant les hommes complices innocentés gardant leur poste. Non seulement le qualificatif de "salir un ordinateur" fut utilisé, mais c'est aussi mon outil de travail, et c'est ainsi me le supprimer. Me convoquer au tribunal de ma ville et me demander de payer une réparation inventée, car l'ordinateur fonctionnait parfaitement bien, c'était pour insister sur la caste sociale, aussi inventée, celles des pauvres et sales qui ne méritent ni salaire ni emploi, ni fonction, ni mission, ni intégration dans la société, et celles des riches qui ordonnent de payer et s'octroient le soutien d'une justice faites pour eux. D'ailleurs le tribunal est à côté de la prison. Il fallait bien que la scénographie soit complète, je méritais la prison.

"De nombreuses institutions et personnes en position de pouvoir dans le monde de l’art contemporain adhèrent en théorie et sans sourciller à la rhétorique féministe et au principe d’égalité. Souvent, ils ou elles tirent profit de cet engagement de façade en faveur de politiques progressistes, tout en préservant, en pratique, des conventions sexistes néfastes et oppressantes."

Les écoles nationales supérieures d'art sont en piteux état. Mais chaque ministre validant aveuglément tous ces agissements, signant même les saisies sur votre salaire en toute impunité vient conforter les formes de corruptions de ses représentants. Il ne manque plus qu'à réaliser une petite exposition d'affiches toutes préparées, "contre les violences faites aux femmes", ce qui a été réalisé dans l'école d'art, pendant que j'étais violentée. Et le mieux, c'est que ce soit un professeur, un homme qui la chapeaute, et le petit tour est joué. Ainsi les étudiantes, et les étudiants peuvent s'asseoir à terre et écouter "Le" professeur debout, qui présente une collection d'affiches, qu'il n'a pas réalisé, et dont le sujet, pour se mettre ainsi en avant, n'a pas été étudié une fois dans sa vie. On scelle la violence et on interdit de s'y opposer par une bienséante exposition formatée, aux arguments féministes. C'était parfait, car ainsi personne n'y trouve rien à dire, puisque c'est une directrice qui décide. Sauf que par ces formes de harcèlements, ma vision de ces systèmes d'enseignement a évolué, et je n'y adhère plus. Je ne collabore plus à ces procédés diaboliques et ces écrans de fumée à durée déterminée qui ensevelissent des années de luttes et d'histoires féministes sans savoir allier l'expérience du passé à celle du présent. Et c'est malheureusement de ces agissements, par des femmes au pouvoir, complaisantes et violentes, que nous ne pourrons jamais faire évoluer ces écoles d'art en France. Si l'observation d'une telle collaboration peut mener en enfer avec tant de collègues connivents et complaisants, lorsque l'on sort de ce système, on peut s'estimer "rescapé.e".

"Ils ou elles créent ainsi un climat arrangeant, voire complice, envers des abus de pouvoir illégaux et potentiellement plus graves."

Je me demande même si ce que j'ai connu de pire comme situation ce n'est pas de me retrouver converser avec des femmes professeures, dans ces écoles, qui représentaient des communautés de féministes et qui, si elles ne daignaient lever le petit doigt dans de telles situations pour vous soutenir, vous regardaient d'un air indifférent, afin que vous ne puissiez qu'incarner "la saleté" désignée par une misogyne, celle qui doit dégager. Car dans ces obscures représentations des droits, ces enclaves et chasses gardées, il ne faut pas qu'une femme soit plus féministe que celles qui ont été élues pour représenter "la lutte pour l'égalité des droits entre femmes et hommes". Et ainsi, certaines affaires sont savamment non ébruitées, car il y a des femmes qui peuvent perdre leur place, celle-ci, si longuement acquise parfois pour une éternité comme un panthéon matriarcal. On préfère ainsi le plus souvent parler des affres des hommes, dans les écoles d'art, et ne jamais remettre en cause les femmes, ni regarder de plus près leurs sourds agissements, des officieux passerelles des officiels. Plus cruel encore, lorsque des représentants du personnel, au passif syndical et au pouvoir, ne sont pas du tout formés sur ces questions de harcèlements dans les écoles, et au contraire, jouent le jeu des directions qui harcèlement et abusent de leur fonction. C'est ainsi qu'en se tournant vers des syndicats, les représentant.es, vont, à l'inverse de défendre les droits des salariés, permettre aux directions d'avoir accès aux informations personnelles des victimes d'abus, afin de les fragiliser davantage pour les faire partir des écoles et ne pas nuire aux prédateur.es en place, souvent aux échelons supérieurs (le parcours et la promotion étant très bien conservés entre prédateur.es, et les évolutions par force, garanties) Il n'est pas surprenant de lire les revendications syndicales, concernant les écoles d'art, éluder toutes les observations réelles sur la souffrance au travail et des harcèlements dans les écoles, et déroger à la règle de l'inspection, qui sont pourtant structurels au pouvoir en place, mais insister sur la promotion et l'évolution des statuts, bien amorties déjà, par les garants de ces rapports de force et de harcèlements. Car syndicats et représentants et directions et pouvoir, sont toujours bien plus concernés par la recherche de "plus" de pouvoir et de promotions, que sur l'amélioration des conditions de travail et des relations humaines et de santé pour les fonctionnaires, et les plus précaires (souvent qui n'atteindront jamais les échelons et statuts gratifiés de ces représentants)
J'ai beaucoup appris, et c'est le décès d'une amie et collègue à l'école d'art de Bourges qui a éclairé les parties obscurcies. Cet article lui est dédicacé, m'ayant demandé de faire quelque chose de lumineux, sachant ses jours comptés. Je peux à présent sans compter, que les jours des autres ne sont plus à commenter, mais que notre expérience vécue est à relater, afin d'incarner vraiment les mots et les phrases qui peuvent à un moment, nous représenter, ainsi les relativiser, lorsque nous sentons ce moment présent, et non venir. Le "je" devient impératif quand trop de slogans neutralisent notre singularité. Je n'aime pas les pétitions, je n'en signe aucune, l’anonymat me déplait. Signer pour être en compagnie d'artistes m’horripile, ou par culpabilité de n'avoir rien à dire et faire. Alors si je signais ce texte, il me fallait inscrire une expérience qui pouvait ainsi éclairer ce sur quoi, j'avais vérifié des mots, phrases et slogans, dont le sens résonnait présentement. Car ceux-ci, celles-ci, les mots, les phrases, peuvent neutraliser, de nouveau, notre présence au monde. Ainsi ma désagréable expérience, peut-être rédhibitoire pour les écoles d'art (?) l'avenir le dira, a ouvert un champs plus théorique. Je suis ainsi très perplexe sur les énoncés féministes qui ne représentent plus rien, les visuels, les actions, toute forme et tout geste récupéré politiquement, trop de buée sur le pare-brise.
Lorsqu'il n'y a plus d'enseignements dans une école, ne reste que les rumeurs comme outils de travail, provoquant l'ébruitement, les brisures de nos capacités intellectuelles à étudier, comprendre, apprendre, transmettre et l'exclusion comme seul apprentissage bien reçu, in fine. Je réalisais ainsi que les écoles d'art, en France, sont devenus des systèmes de pointe à exclure. Elles ont longtemps communiqué sur leur élitisme, mais aujourd'hui, elles se trouvent complètement décalées, vis-à-vis du manque d'emploi et de leurs formations caduques avec de telles pratiques basées sur exclusion. Leur élitisme douteux, tout comme les critères d'évaluation destiné à une élite de l'art contemporain (avec si peu de femme artiste exposée, élue) quand les jeunes femmes sont majoritaires, étudiantes en école d'art et les femmes professeure minoritaires, dans ces cadres de sélections sexistes, si ce n'est de castes sociales, deviennent très visibles et "on est grave dans la genance" (langage utilisé par les plus jeunes pour exprimer le malaise moral, le trouble, mais plus la confusion de quelqu'un dans la situation où il est placé face à l'autorité qui viole le droit) Des institutions de gènance, qui apprennent à violer les droits et à se rapprocher des impunis. Il y a du dégoût de ces pratiques, il y a de l'amertume chez des jeunes étudiants. Je l'ai plus constaté ces dernières années, l'imagination et la création sont voilées (violées) par ces méthodes d'abus de pouvoir, non sanctionnés (dans mon expérience personnelle, je fus seule sanctionnée dans l'école d'art où j'enseignais, et convoquée au tribunal de ma ville, pour des motifs inventés (une pauvre femme sale) c'est-à-dire humiliants, et... mineurs, car une femme reste mineure, dans ces systèmes). Il n'y avait aucune inscription de ma fonction, être professeure et artiste à l'école d'art de Limoges fut supprimé par la direction et son administration gargantuesque, sur la convocation au tribunal. La greffière a toujours pensé c'était une entreprise qui a effectué une demande de saisie et qui m'avait convoquée au tribunal, mais elle ne pouvait croire avec les documents reçus que c'était une école et encore moins sous tutelle de l'État. Très intéressant, en mode "libéral" et non, un établissement public d'État. J'ai évidemment informé des collègues et même ayant une place de coordination, très étonnés de ces agissements, me garantissant ne pas être du tout informés par cette direction, avec laquelle ils dînent, partent en voyage, se réunissent... Hum, hum. Silence radio (en mode : Si elle est attaquée par la direction, ce ne sera pas nous et tant mieux). Je ne pense pas que l'on puisse faire, de la France, un pays d'innovations et d'inventions avec ces règles tacitement distribuées pour certains. Cela ne marche pas... même si le président aime la marche.

Design paradigm. Ces agissements s'opéraient comme un principe de poupées-russes, une systémie : un objet à l'intérieur d'un objet similaire. En informatique on peut comparer ce principe à une fonction récursive. Car dans l'expérience du harcèlement d'une direction, on l’appellera la matriochka (corpulente et robuste), elle applique une solution rapide et efficace (ex : l'homme est majeure, la femme est mineure) afin de résoudre les problèmes de directions rencontrés, en commençant par une petite portion du problème (ex: l'homme est propre, la femme est sale), et en appliquant le même raisonnement sur le reste du problème (ex : l'homme présente son regard, la femme représente le regard de l'homme) À imaginer dans une école, dans un cadre de transmission, cette fonction récursive va marteler et conditionner les étudiants. Infantilisations : la femme sera toujours une mineure et si elle parvient à l'égalité, restera mineure, dans ses choix de directions lorsqu'ils sont ainsi rabattus et non élevés. Minables quoi !

Résultat, je ne suis plus admise à enseigner dans ces écoles d'art dont la tutelle est le ministère de la culture, telle est la perspective des écoles d'art : nous plumer, nous empêcher de travailler, d'enseigner, avec la volonté d'arrêter notre carrière. La perspective est de laisser les comportements de harcèlements se transmettre dans ces enclos, afin que perdure le système d'élection et d'exclusion de l'art, avec l'argent public. Et la folie des grandeurs de mauvais goûts, dans ces temps de précarité, a gagné tous les secteurs de la culture. Ainsi je ne crois plus aux effets d'annonces, ni aux directions des écoles, femmes ou hommes, qui ne soutiennent pas les artistes et professeures engagés dans leur recherche, la pédagogie et l'art. Je ne crois plus non plus aux rhétoriques féministes dans ces écoles et au principe d'égalité, pour ces engagements de façade qui préservent les conventions sexistes néfastes et oppressantes et radient les femmes artistes de l'enseignement. Ni même, ces chartes diffusées, dont les protagonistes n'ont que faire et dont les graphismes sont ratés. Ainsi je fais partie de ces signataires de ce texte "not surprised" (ci-dessus en intégralité, anglais et français), dont voici un extrait :

"De nombreuses institutions et personnes en position de pouvoir dans le monde de l’art contemporain adhèrent en théorie et sans sourciller à la rhétorique féministe et au principe d’égalité. Souvent, ils ou elles tirent profit de cet engagement de façade en faveur de politiques progressistes, tout en préservant, en pratique, des conventions sexistes néfastes et oppressantes. Chaque jour, celles et ceux qui détiennent le pouvoir font le choix d’ignorer et d’excuser, quand ils ou elles ne commettent pas eux-mêmes des actes de harcèlement et d’humiliation. Ils ou elles créent ainsi un climat arrangeant, voire complice, envers des abus de pouvoir illégaux et potentiellement plus graves. "

Mais les dessins sont là, les pensées échangées, nos dialogues, nos attentions aux uns, aux unes et aux autres ont été les meilleurs que j'ai pu connaître, car les plus en phase avec notre temps, la fragilité de notre vie et aussi la marque de notre engagement à poursuivre, notre lutte, que nous soyons exclues pour ces expressions artistiques, ces réflexions, ces libertés de penser, que nous soyons congédiées, mis à l'écart, que des rumeurs malsaines se propagent sur ce qui est exprimé, dit, écrit, dessiné, pensé, sur notre parole.

Il y a encore d'autres dessins et des très beaux, que je ne peux ici afficher, j'espère que vous allez bien, où que vous soyez. Merci à mes parents pour m'avoir soutenue dans des moments difficiles, merci à mon amoureux et mes étranges bêtes, de plus en plus nombreuses à m'emmener gracieusement vers l'éthologie.

"Nous ne serons plus silencieu.x.s.e.s."

DEFINITION OF SEXUAL HARASSMENT

Sexual harassment is a type of personal or institutional abuse that uses sexual behavior to alarm, control, demean, intimidate, bully, belittle, humiliate, or embarrass another person.

Sexual harassment can occur between anyone, regardless of sexual or gender orientation.

Sexual harassment is rarely purely related to sexual desire. It is often a misuse and abuse of power and position, whose perpetrators use sexual behavior as a tool or weapon.

It is predatory and manipulative, often used to assert the superiority or dominance of one person over another person.

Sexual harassment is any unwelcome behavior of a sexual kind and can take many forms, including making unnecessary, unwanted, or unsolicited physical contact; complimentary or derogatory comments; unwelcome comments about a person’s physical appearance or clothing; commenting on a person’s sexual orientation or gender identity; asking questions about a person’s sex life; engaging in unwelcome sexual propositions, invitations, and flirtation; making somebody feel uncomfortable through displaying or sharing sexual material; giving unwelcome personal gifts; wolf-whistling; catcalling; following; leering or stalking.

Sexual harassment does not always occur in person. It can take the form of emails, visual images, social media, telephone, text messages, or any other media. The abuser need not recognize their own actions or words as sexual harassment in order for it to be considered as such.

The victim of sexual harassment may know the perpetrator well, or may have only just met them. The behavior may occur once, or numerous times over a long period. The victim may encounter the perpetrator at work, socially, or through personal connections. The victim may engage in a professional or social relationship with the perpetrator. The victim may outwardly appear to consent or agree to the act (of harassment), and may be, or appear to be, maintaining a relationship with the abuser. The victim may participate in an encounter that may not be welcome, and may constitute harassment, even if victim and abuser had previous consensual encounters.

This does not mean the sexual behavior was welcomed or solicited. If the behavior is unwelcome, uninvited, or unsolicited, it is sexual harassment, regardless of the circumstances of their meeting, or type of relationship. The victim should never have to offer any kind of reason for refusing to participate.

Sexual harassment is highly destructive to the victim and can cause serious psychological damage. If it occurs in a work, school, or institutional environment, it can be detrimental to their ability to perform their work, and harm the victim’s achievements, career, and reputation. Diminishing a person’s value to their sexuality undermines their professional skills and contributions.

Victim shaming, blaming, and outright dismissal of the victim’s experience, often by the very people the victim turns to for help, contributes to a culture of silence and secrecy. Such an environment enables the continuation of the original abuse of power.

Sexual harassment is often used by those in power to assert dominance and control over subordinates. For this reason, it can be difficult and risky for the victim of sexual harassment to speak out. Because of the sexual nature of this type of abuse of power, this risk is often compounded with shame or embarrassment.

Sexual harassment may not be reported for months or years, if ever, and victims may not feel able to come forward by name for fear of backlash. Length of time passed since the harassment has no bearing on the validity of their claims.

Les desseins sont là.

Não nos surpreende.

Somos artistxs, administradorxs de artes, assistentes, curadorxs, diretorxs, editorxs, educadorxs, galeristxs, estagiárixs, estudiosxs, estudantes, escritorxs e mais — trabalhadorxs do mundo da arte — e somos manuseadxs, delibitxs, assediadxs, infantilizadxs, desprezadxs, ameaçadxs e intimidadxs por aqueles que estão em posição de poder e controlam o acesso a recursos e oportunidades. Nos mantivemxs caladxs, ameaçadxs pelo poder exercido sobre nós e pelas promessas de êxito institucional e crescimento profissional.

Não nos surpreende que curadores nos ofereçam exposições em troca de favores sexuais. Não nos surpreende quando galeristas idealizam, minimizam e escondem o comportamento abusivo dxs artistas que representam. Não nos surpreende quando uma reunião com um colecionador ou um potencial patrono se converta em uma proposta sexual. Não nos surpreende que sejamos reprendidxs quando não nos ajustamos a suas demandas. Não nos surpreende que Knight Landesman nos toque em uma feira de arte enquanto nos promete ajuda em nossa carreira.

Essa carta aberta tem como origem uma discussão coletiva sobre abuso sexual em nosso campo de atuação, seguindo as revelações recentes de conduta sexual inapropriada (um segredo conhecido há muito tempo). A conversa se expandiu mais e internacionalmente. Um esforço maior para a equidade é esperado de e realizado por mulheres negras e pessoas trans ou não binárias. Historicamente, as lutas pela igualdade racial frequentemente adotaram uma agenda feminista, sem receber apoio das mulheres brancas. Nossa eficácia apoia-se em tomar muito seriamente essa intersecção e incluir outros fatores corroborativos que contribuem ao preconceito, exclusão e abuso. Há uma necessidade imperativa de compartilhar nossos depoimentos sobre sexismo, tratamento desigual e inadequado, assédio e comportamentos sexuais inapropriados que experimentamos de modo regular, intenso e amplo.

Muitas instituições e indivíduos com poder no meio da arte apoiam a retórica do feminismo e igualdade em teoria, beneficiando-se dessas informações fracas para sustentar uma política progressista, ao mesmo tempo em que na prática preservam normas opressivas e prejudiciais. As pessoas que estão no poder ignoram, desculpam-se ou cometem assédio e degradação, criando um ambiente de aceitação e cumplicidade em muitos abusos de poder mais sérios e ilegais.

A renúncia de um editor de uma revista proeminente não resolve um problema maior e mais insidioso: um mundo da arte que possui estruturas de poder à custa do comportamento ético. Abusos similares frequentemente ocorrem em nível internacional e a larga escala dentro desse meio. Fomos silenciadxs, condenadxs ao ostracismo, patologizadxs, demitidxs por “exagerar” e ameaçadxs quando tentamos expor comportamentos sexuais e emocionais abusivos.

Não seremos mais silenciadas.

Denunciaremos os que continuarem nos explorando, silenciando e desconsiderando. Suas ações não serão mais um segredo, sussurrado entre nós por medo de que nos condenem ao ostracismo, de que nos excluam profissionalmente ou nos recriminem. Onde vemos abusos de poder, estamos decididxs a falar, pedir para que as instituições e os indivíduos abordem nossas preocupações com seriedade e tornem esses incidentes públicos independentemente do gênero dos responsáveis.

Não vamos ignorar observações condescendentes, mãos obstinadas em nossos corpos, ameaças veladas e intimidações como o flerte ou o silêncio de colegas ambiciosos. Não toleraremos que nos envergonhem ou questionem e não toleraremos a recriminação por falar. Não nos juntaremos às “forças especiais” criadas para resolver um problema que nos impõem. Fornecemos um código de conduta (veja abaixo) para aquelxs que se sentem desempoderadxs, para que possam apontar para um documento que suporte um ambiente de trabalho seguro para todxs.

Nós, abaixo assinadxs, chamamos nossas instituições, conselhos e colegas para que pensem bemo sobre como pode desempenhar, ou ter desempenhado, um papel na perpetuação de diferentes níveis de desigualdade e abuso sexual e como planeja lidar com essas questões no futuro.

Agora somos muitxs para que nos silenciem e ignorem.

Com tudo que experimentamos e presenciamos, esta carta não é uma surpresa.

Je fus non surprise de lire si peu d'artistes femmes françaises signer ce texte, ou travaillant dans le domaine de l'art, en 2017. Mais je fus surprise d'être signataire parmi mes deux icônes américaines artistes, Laurie Anderson et Jenny Holzer. La phrase not surprised fut tirée de l'une des œuvres de Holzer - Abuse of Power Comes As No Surprise - 1982)  Leurs références, dans mes cours, auprès de mes collègues étaient toujours inconnues, de Paris en Province. C'est ainsi seule, étudiante, alors que j'étudiais à l'école nationale supérieure des beaux-arts de Paris, par mes recherches, que j'ai appris et étudié leurs œuvres. Aucun professeur, aucune professeure, n'avait alors prononcé leur nom, aucun des étudiants. Je découvrais un livre en anglais, de Jenny Holzer, dans une librairie de soldes, remplis de poèmes et de mots, de phrases qui interrogeaient le privé, mais dans l'espace public. J'ai compris comment l'espace public pouvait être le lieu de l'art à cet instant et surtout, comment je pouvais le comprendre depuis mon espace intime, c'est-à-dire, ce que nous décrivons comme harcèlement de rue aujourd'hui, pouvait être écrasé par l'autorité d'un poème sur la voix publique, comme un slogan, mais sans vendre aucun produit et sans femme dénudée pour le vendre aux imbéciles. "Protect me from what I want" illuminé au-dessus des rues américaines et cinétiques, sonnait comme ce que je pensais tout bas, intimement, et qui se trouvait annoncer pour tous. Ce fut l'un de mes chocs artistiques et conceptuel, comprendre le texte et son impact dans une ville, comme si, parmi tant d'anonymes nous étions seules à décrypter le message. Les longues études terminées, c'est une nuit, en résidence en Alsace à l'Espace multimédia Gantner (réalisation : "Gamme Cluster" et un blog), avec le collectif que j'ai co-fondé en 1999, Téléférique, dont j'étais la seule femme parmi des hommes, qu'un membre et ami, informaticien et scientifique me fit écouter toutes ses K7 enregistrées des albums de Laurie Anderson, sachant que j'avais réalisé une chanson "Singing with a little robot..." inspirée de "Pale blue eyes" (de son amoureux Lou Reed, 1969) La nuit, je conduisais ces jeunes hommes, de mon collectif, avec la voiture de la résidence, car aucun d'eux ne conduisait ou n'avait le permis. Et évidemment entre "Big science" et "O Superman" des années 1981, c'est bien la voix de Laurie Anderson qui nous accompagnait, tandis que je dirigeais le groupe vers sa voix dans la nuit étoilée, comme un téléférique en pleine montagne, jusqu'en haut des cimes féériques. Ce sont des moments magiques et partagés, inoubliables. Et ce n'est pas de la science-fiction. C'est en dehors de toute institution, toute école. Et rien n'était visible, ni énoncé comme obligation de voir. Ni musée, ni exposition, ni discours, ni médaille. Du son, du noir, des étoiles et encore, un animal peut-être.
Ainsi la solitude rejoint la multitude.
Le chuchotement, le cri.