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La reine (© Sonia Marques) - 2016, techniques mixtes - 100 x 100 cm

"Il y avait des orphelinats de jeunes filles par vraiment de jeunes femmes tenues par des femmes plus vraiment toutes jeunes. Ces jeunes filles très peu éduquées et cultivées, étaient livrées par des familles afin de recevoir quelques notions, du bon maintien de la maison et de sa décoration, afin d'être mariées. Elles y apprenaient le travail domestique, les arts appliqués. Les tenancières les circoncisaient autours d'elles et leurs rappelaient ce que c'était être des femmes soumises à la souillure. Elles recevaient l'ordre de se laver, de porter des gants si elles avaient leurs règles de protéger tous les outils qui seraient en contact avec elles lors de ses périodes. Quelques garçons parfois restaient auprès des matrones, ils n'étaient pas devenus des hommes, avaient été formés par ces femmes, mais ne sortaient que très peu de l'orphelinat. Les matrones ne leurs transmettaient aucune discipline, ils étaient livrés à eux-mêmes et pouvaient, au loisir éduquer les jeunes filles, se servir dans les arrivées. Toutes les insoumises avaient un traitement spécial. Elles étaient soumises au vote des garçons pas devenus des hommes validés par les jeunes filles les moins douées, cultivées. Le vote était toujours en leur défaveur jusqu'à ce qu'elles finissent pas partir d'elles-mêmes, ou soient torturées in vivo.
Ces orphelinats sectaires avaient habilement inventé une publicité avantageuse, où de jeunes femmes sortaient les plus belles et éduquées, obéissantes, afin de servir de bonnes familles. Les hommes de ces bonnes familles avaient la garantie qu'elles ne révèleraient rien de leur expérience, aussi terrifiante soit-elle, car, à leur tour, ils leurs promettaient des cadeaux et des parures, des expositions, et une publicité sans égal, auprès du beau monde.

Les orphelinats étaient soutenus par plusieurs villes, plusieurs hommes dirigeants d'entreprises ou d'institutions vénérables. Pas une ombre ne pouvait alors entacher la réputation de ces établissements très dotés. Et surtout pas les insoumises. Leurs étaient réservés le cachot ou la prostitution à vie.

Dictateur, gouvernant le pays par le viol des femmes, ne pouvait être élu sans la complicité et en premier lieu des femmes devenues matrones, qui livraient leurs jeunes filles. À leurs tours, les femmes violées devenaient des matrones. Toutes les femmes devenaient des taiseuses, au service d'un roi et élevaient les fils du roi, futurs rois dictateurs. Les femmes devenaient des esclaves et les autres hommes des policiers."

(Orphelinat - 2014)


J'avais réalisé une œuvre, une photographie avec un redesign de peinture. Aujourd'hui je peux nommer cette action de "Resign", pour laquelle j'ai déjà réalisé un catalogue de photographies en noir et blanc. Je l'avais nommée "La reine". Et puis il y avait un texte que j'avais écrit bien avant, sans rapport avec cette réalisation. La reine était restée sans aucune information dans mon portfolio mais intriguait. Je viens de relire mon texte nommé "Orphelinat" et je pense bien que cette réalisation, des années après, a pu matérialiser (si je puis dire étant donné mes immatérielles créations) cet ornement, cette idée d'une matrone, son rôle dans une société, un patron contemporain qui collabore aux dénis de l'histoire. Ma réalisation s'est effectuée à partir d'un mannequin pour le luxe aux antipodes de sa transformation. Mais le modèle et le nouveau modèle ne font qu'un. C'est une lignée dans un même projet : gouverner.

Il y a des jours comme ça, les choses s'articulent avec une évidence déconcertante. Malgré le brouhaha des informations violentes sans aucun sens, où rien ne fait œuvre de rien, tout se commente et s'évide de penser. Et dans le chaos, ou en deçà, à distance, des personnes pensent et créent, parce que leur route n'est pas tracée par d'autres et ne le sera jamais. Imprévisible. Tout arrive, tout se coordonne et ouvre un pan entier de créations nouvelles. J'ai juste frotté mes plantes mais pas de lampe d'Aladin, feuille par feuille, elles me sont si reconnaissantes qu'elle se gorgent de soleil et s'étirent vers le ciel. Je les remercie infiniment de me montrer cette nouvelle exploration imaginaire.