Photographie © JD - 2016 (sélection Sonia Marques)

L'espace de la mer, lieu de narration, lieu du rien et du vide : il n'y a rien à dire. Un espace d'absence de nouveauté, où la répétition des marées rythme cet absence. Un interlude entre deux moments, la terre et la mer. L'ordre météorologique décrit cet espace, le vent, la température, les vagues, leur taille, les poissons qui arrivent, ce que l'on voit du gouvernail (son regard, celui du bateau, du nageur, de la nageuse…)
- Le voyageur est-il authentique ?
Moins je prends de vacances, plus on m'envoie des photographies de vacances.
La mer. Mes voyages par procuration. Un peu comme un imaginaire scindé, comme si partir ailleurs était synonyme de vacances, d'évasion. On croit toucher les Indes et on rapporte des motifs exotiques, hors on ne touche que soi, soi et son regard inchangé, soi et son image dans le monde, on se trompe, on prend les Indes pour les terres d'indiens, mais ce sont des américains qui n'ont jamais vu les Indes qui habitent en Amérique. Les voyages sont fait de duperies ancestrales et de découvertes déviées, avortées, racornies aux cartes vieillies comme des feuilles automnales. On voudrait que vous ne bougiez plus, que vous soyez malade à en mourir que vous ne pouviez plus même faire vos courses à côté, mais votre imagination vagabonde et s'enivre d'images et d'imaginaires, de paysages que vous n'aviez jamais vus, et peut-être que vous ne verrez jamais de votre vivant.
Les représentations étaient confondues, les américaines, les mots ont figé cette confusion indienne. On a cru découvrir, mais ce n'était pas la bonne direction. On a maintenu la découverte, et on a assigné un nom préconçu à cette découverte pour faire bonne figure laisser une trace fidèle aux à priori dans l'histoire. Ne sommes-nous pas toujours dans ces déviations, fausses routes, afin de relire notre histoire telle que nous la souhaitions écrite ?
Sédentarité luxueuse qui regarde le nomadisme douloureux, ses déplacements, ces voyageurs incertains, dont nul retour n'est possible.
On dit, rencontrer l'autre, mais c'est aveugle que se passent ces rencontres. Entre myopes, entre côlons avec une encyclopédie à la main face à des ennemis sauvages, on souffre lorsque l'on voyage, on n'y comprend rien, on se regarde dans une flaque d'eau comme narcisse croyant voir son image.

Photographie © JD - 2017 (sélection Sonia Marques)


Compétition, on ramène ce que l'on a cru voir, des images, ce sont des souvenirs auxquels on doute au fur et à mesure : était-ce ainsi ?
Quadrillage mental de mes espaces imaginés, ramener un souvenir et augmenter un cabinet de curiosité. Je suis "le curieux" celui qui ne voyage pas, celui qui n'a d'ailes que dans ses souvenirs. Entre naturels et artificiels, ces curiosités forment mes voyages mentaux. Mon déplacement spatial est digne d'une handicapée physique aux ouvertures d'un oiseau rapace, dont l'acuité visuelle est décuplée, je vois loin.
Cette volonté de miniaturiser le monde, celui qui est dans ma main, à proximité, c'est celui qui est le plus doux, le plus indocile, je ne puis fermer ma main.
Condensés de vies humaines et inventées, ne serait-ce que voir le jour pointer son nez est un nouveau voyage, une nouvelle journée, les maussades et les belliqueuses, les maternelles, les maquerelles, rares paternalistes, car du père dans les journées point d'image. Elles sont liée à la Lune ces journées, liées à la nuit, liées à des rythmes qui n'ont aucune stabilité et pourtant peuvent être profondément ennuyeuses.
J'étais dans cette houle angoissante happée par des monstres marins dont j'ignorais la couleur, la texture, l'humeur et la force. Alors tout devenait si fantastique, que dormir me paraissait être une aventure toute inédite. Ainsi je ne pourrai la dire. Je ne savais quel outil, quel navigation allais-je opérer mais le nouveau jour arrivé, j'étais si pleine de ces épopées, qu'auprès d'un humble thé mérité, et de sa fumée silencieuse, j'avais ce sourire sage et si coquin, d'être revenue de mélopées radieuses et diaboliquement ravageuses. Je revoyais ces prairies sous-marines vertes, si riche dans cette tasse à café du même vert céladon.
L'espace, merveilleuse création de mon imaginaire oscillait si imprévisible qu'il ne pouvait se partager avec les érudits voyageurs et leurs sponsors.
Chaque nuit me séparait davantage du jour et chaque jour me ramenait à la rive des ennuis des vies des autres si besogneuses et sans éclat, si marchandes et si procédurières.
Espaces étendues infinis lieux d'histoires, visiter tant de contrées sans même sortir de sa chambre, dans ce divertissement plus sage, celui de connaître ce que le divin nous apporte, nous tous fainéants.
J'ai vu la face du despotisme est-elle noire ? est-elle blanche ?
Elle fut si blanche que sa démesure a encore cours, propice à une structure patriarcale qui a du mal à cacher sa mauvaise foi, son désir clivant, sa jalousie, sa laideur si biscornue.
Dans ces tromperies de fastueuses et barbares coutumes, elle justifie la tradition de l'esclavage. Les trousseurs de domestiques sont à présents maquillés, ce sont des femmes immondes qui disposent des clés de la maison.
Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas dans son usage. C'est le problème de la dissemblance, tout ce qui n'est pas d'ici, n'est pas qualifiable, insignifiant au mieux.
On fait du pâté en déclarant que c'est bien de chez nous et que toutes celles et ceux qui sont bien de chez nous doivent s'empâter et ne pas moufter de la recette. Ce sera du plaisir pour eux, du pêché pour d'autres. Pêché de tuer la bête, pêcher de manger celle que l'on a si mal nourrie et élevée au rang des cochoncetés.
Les gens sans amours serait ainsi celles et ceux qui ne savent accueillir et prétendent que leurs mets imposés seront ceux que les oies gavées les fois éclatés accepteront, sans maux dire.

Photographie © JD - 2016 (sélection Sonia Marques)

Photographie © JD - 2016 (sélection Sonia Marques)

Photographie © JD - 2017 (sélection Sonia Marques)

Photographie © JD - 2016 (sélection Sonia Marques)

Photographie © JD - 2017 (sélection Sonia Marques)