SAL


Salaire, du latin salarium (“solde”), partie de la solde des troupes romaines, versé en sal “sel”.
Le salaire est donc une rémunération pour un travail. L'emploi de salaires bien ou mal distribués, contribue beaucoup à la prospérité ou à la dégradation d'un système, d’un pays, d’un royaume, à la régularité ou au dérèglement des mœurs d'une Nation, et à l'accroissement ou à la diminution de la population. Si le mot « salaire », au sens propre, peut se comprendre comme la récompense d’un service, car toute peine mérite salaire, au sens figuré, c’est une punition, un châtiment qui mérite une mauvaise action, comme avoir le salaire de ses crimes. Le salaire se transforme en punition, lorsqu’un.e employeur.e estime qu’un.e employé.e ne mérite pas son salaire. Il peut être saisi, diminué ou supprimé. L’employé.e peut avoir des dettes, s’endetter. L’employeur.e doit toujours motiver une saisie sur le salaire et l'employé.e doit être averti et passer devant un juge au tribunal. Dans les cas de harcèlements et de discriminations, ces étapes sont rapidement évitées. Les stratégies de l’évitement des « indésirables » sont multiples et ont pour but de diminuer le sel de la vie. Selon certain.es employeurs, il y a des vies qui ne valent pas la peine d'être sauvegardées, protégées et considérées. Il y a des vies jugées faibles et non dignes d'être pleurées.
Ainsi, on peut l'observer, l’emploi de salaires mal distribués contribuent à la dégradation d’un système, d’un pays, au dérèglement des mœurs d’une nation. Dans le déclassement d'un pays, son déclin, on observe un rapport au travail qui entretient des inégalités de salaires, de l'esclavage, une corruption au niveau les plus hauts des gouvernances. Les inégalités continuent de croître, tandis que le pays décline, et les conflits sociaux prennent la forme du racisme, du sexisme, de la xénophobie, de l’homophobie, mais sont habilement moins visibles et donc, difficiles à dénoncer.
Les gouvernances d’un pays corrompu salissent les salariés et leurs attribuent leurs saletés. Elles leurs font payer leur ingérence.
Le masque du racisme s’effectue par des motifs administratifs, qui illustrent La banalité du mal, dont Hannah Arendt (politologue, philosophe et journaliste allemande naturalisée américaine), en 1963 en a conceptualisé une philosophie (dans son ouvrage Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal) Ce concept a été l’objet de controverses, d’opinions hostiles à l’égard d’Arendt, par de nombreuses incompréhensions. Elle évoque les mécanismes, ou les logiques, qui sont à l’origine de la destruction des populations civiles et qui caractérisent le comportement d’une grande quantité d’exécutants bureaucrates. Arendt parle de crime administratif, appuyant sa nature bureaucratique, et largement accompli par ce qu’elle nomme des criminels de bureaux. Dès les premières observations d’Eichmann, Arendt fut surprise de découvrir qu’il ne portait pas les traits d’une brute, ou d’un monstre, comme le laissait présager l’imaginaire populaire, alors convaincu que seuls ceux-ci étaient capables de tels crimes. Certains pensaient que cette notion revenait à déresponsabiliser les responsables nazis de leurs crimes, de les innocenter, ce qui n’était pas l’intention de la philosophe. La chaîne des agissements malveillants d'apparence neutre sont toujours exercés dans les administrations.

Samuel Tanner, « Réflexion autour de la banalité du mal inspirée d’une conversation avec Jean-Paul Brodeur »,  2012, Extraits :
École de criminologie et Centre International de Criminologie Comparée - Université de Montréal (Canada).

"En effet, Eichmann – comme tout bureaucrate – effectuait des tâches dans un horizon restreint impliquant un travail segmenté, dépersonnalisé, bref de routine. Certes, dans son cas, la bureaucratie nazie tout entière poursuivait une entreprise criminelle qui n’apparaissait pas, ou n’était jamais présentée comme telle. Les victimes n’étaient jamais évoquées pour ce qu’elles étaient, c’est-à-dire des êtres humains, mais plutôt identifiées comme des colis dont il fallait organiser le flux. Ainsi, l’attention des bureaucrates et fonctionnaires nazis, Eichmann compris, bien qu’eux-mêmes impliqués dans le convoyage et la déportation des Juifs vers les camps de la mort, était toute mobilisée et concentrée à établir des listes, dresser des horaires de transport, bref à réaliser un ensemble de tâches techniques en vue de coordonner ces flux. En conséquence, l’action s’évaluait en termes de rendement et d’efficacité plutôt qu’en vertu de ses conséquences humaines – et de facto morales – ultimes. La banalité du mal évoque la civilisation industrielle sous sa forme pervertie et sa version criminelle paroxystique. Elle implique une rupture radicale entre gestes techniques bureaucratiques quotidiens et conséquences – aussi extrêmes soient-elles – en bout de chaîne. C’est parce qu’Eichmann était mû par un zèle tout particulier dans l’application des directives technico-juridiques que requiert la bureaucratie, sans qu’il eût jamais été en contact avec l’horreur des conséquences de ses gestes, qu’il était particulièrement redoutable dans le processus de destruction des Juifs. Le crime administratif, ou moderne, qui évoque un fonctionnement bureaucratique, implique une distance entre le producteur et le consommateur, entre l’agent et la victime. Poussée à son comble, la thèse de la banalité du mal évoque l’Iliade et renvoie au crime de Personne, puisqu’il n’aurait jamais été possible sans les centaines de milliers de fonctionnaires agissant sur le même mode qu’Eichmann au sein d’une bureaucratie qui déresponsabilise et rend les actions anonymes.
Ce qui choque dans cette thèse tient au fait qu’Eichmann ne soit pas le monstre auquel on s’attend dès lors qu’il entre dans le box des accusés. Plutôt, il est le produit du fonctionnement bureaucratique, et ce, à deux égards. Premièrement, il s’agit d’un être qui ne pense pas, c’est-à-dire qu’il ne considère pas la nature de l’action, ou l’entreprise, à laquelle il participe, ni les conséquences inhumaines qu’elle implique. De fait, il agit en l’absence de tout jugement moral. Eichmann n’a envisagé cette entreprise – pourtant criminelle – que sous un angle technique, administratif et bureaucratique plutôt qu’en vertu de cette disposition à vivre avec soi et être engagé dans un dialogue silencieux entre « moi et moi-même », action précisément qualifiée de penser par Arendt. Cette mobilisation par la nature technique des tâches prévient, in fine, l’individu de répondre à la question suivante : « serais-je capable, une fois les événements terminés, de vivre avec le tueur en moi » ? Pourtant, met en garde la philosophe, il serait faux de croire qu’Eichmann ne faisait qu’obéir aux ordres. En réalité, affirme-t-elle, il consentait aux ordres.
Ce consentement est caractéristique de toute bureaucratie moderne, indépendamment de la tâche dans laquelle celle-ci est déployée. C’est une dimension importante de la banalité du mal : Eichmann, tout comme l’ensemble des fonctionnaires, s’est approprié l’esprit du contexte situationnel – tant social que politique – et l’organisation dans laquelle il évoluait. Il a soutenu l’entreprise, bien plus qu’il n’a obéi à ses supérieurs, et son dévouement s’explique en grande partie par un objectif carriériste.
Chaque initiative, qu’elle provienne de la base ou du sommet de la bureaucratie nazie, était appuyée en haut lieu dès lors qu’elle cadrait avec les objectifs absolutistes d’Hitler, définis pour la plupart du temps en termes généraux, s’inscrivant dans l’idéologie nationale-socialiste et à forte saveur émotionnelle. L’initiative est à la base même des dynamiques de radicalisation conduisant à l’extermination des Juifs. Pour autant qu’elle fasse la promotion directe des objectifs du Führer, elle permettait une promotion de carrière immédiate. Compte tenu de la rivalité qui existait entre les différentes instances de la bureaucratie nazie en vue de s’attirer les faveurs du Führer, la « bonne » initiative, celle qui cadrait avec les vues d’Hitler et qui s’intégrait pleinement dans le système bureaucratique nazi, constituait un avantage certain dans la promotion de carrières des fonctionnaires nazis, Eichmann compris. Dès lors, la banalité du mal évoque ce fonctionnement technico-bureaucratique de soutien du système d’avancement de carrière et des rôles attendus par ses représentants."



Notes de l'Unité de recherche migrations et société CNRS Paris 7 et 8 (racisme et discrimination dans le travail) :

L’inégalité de rémunération, l’accès à la promotion, à la formation professionnelle, entre étrangers et français est lisible. L’existence est attestée dans ce que certains auteurs américains nomment « racisme institutionnel », phénomène totalement ignoré en France. Le bénéfice de divers droits dérivés de la qualité de salarié est souvent difficile à obtenir pour les « immigrés » (étrangers, Français d’origine étrangère, Français de « couleur »). Particulièrement pour l’obtention d’un logement. Aux confins des discriminations légales et illégales se situent les différences instaurées par l’administration publique au regard des buts de service ou d’intérêt publics tels qu’ils sont fixés par la loi. Le pouvoir discrétionnaire, c’est-à-dire de libre appréciation, dont dispose de fait l’administration, est le plus souvent conforté par les tribunaux qui statuent sur l’absence de détournement de pouvoir, plus que sur le principe d’égalité. Les actions en justices et les jugements des tribunaux ne constituent pas une source de renseignement. Car il est aisé de laisser entendre que ce sont les « prétendues victimes » qui mésinterprètent ou exagèrent les faits. Les discours sur le monde du travail les excluent presque toujours. Tout ce passe comme s’il n’existait que des cas isolés, condamnables et parfois condamnés, résultant d’actes ramenés à des comportements individuels qualifiés de maladroits, imbéciles et rabaissés au rang d’anecdotes. Les employés sont accusés de ne pas être soigneux, de porter préjudice à l’établissement par leur attitude inadmissible, de salir les équipements, que ce soit de façon volontaire ou non, d’avoir des dettes ou d’être en retard, absents des réunions où ils sont exclus. Tout cela forme des motifs suffisants pour manipuler les salaires, et compromettre l’avenir professionnel des employés. La non prise en compte des actes racistes produite par la culture nationale bloque toute évolution du travail. Les contournements de la loi du travail et de l’égalité des droits deviennent des stratégies de l’évitement des « indésirables ».

UNE VIE BONNE

"Ce qui est ici en jeu, c'est un type d'enquête consistant à se demander quelles vies sont déjà considérées comme n'étant pas des vies, ou considérées comme des vies ne vivant que partiellement, ou comme des vies déjà mortes et envolées, et ce avant toute destruction ou abandon explicites. Bien sûr, cette question devient très douloureusement tangible pour qui se comprend déjà comme une sorte d'être dispensable, un être qui enregistre à un niveau affectif et corporel que sa vie ne vaut pas la peine d'être sauvegardée, protégée et considérée. Il s'agit de quelqu'un qui comprend qu'il ne sera pas pleuré s'il perd la vie, et donc de quelqu'un pour qui l'affirmation conditionnelle "Je ne serais pas pleuré" est vécue concrètement au moment présent. S'il s'avère qu'aucun réseau social, aucune institution ne me prendrait en charge en cas d'effondrement, alors j'en arrive à relever de la catégorie du "qui-n'est-pas-digne-d'être-pleuré. Cela ne signifie pas qu'il n'y en aura pas certains pour me pleurer, ou que celui qui n'est pas digne d'être pleuré n'a pas de manières d'en pleurer un autre. Cela ne signifie pas que je ne serai pas pleuré à un endroit et pas à un autre, ou que la perte ne sera pas enregistrée du tout. Mais ces formes de persistance et de résistance interviennent toujours dans une sorte de pénombre de la vie publique, faisant occasionnellement irruption pour contester ces systèmes par lesquels elles se voient dévaluées en affirmant leur valeur collective. Alors, oui, celui qui n'est pas digne d'être pleuré participe parfois à des insurrections publiques de grande tristesse, raison pour laquelle il est difficile dans tant de pays de distinguer la procession funéraire de la manifestation. "


Extraits de : Qu'est-ce qu'une vie bonne ? | Judith Butler, philosophe américaine /
> En 2012, au moment de recevoir le Prix Adorno, Judith Butler se demande s’il est possible de vivre une bonne vie dans une mauvaise vie. Que peut donc signifier mener une vie bonne, une vie vraie quand la plupart sont exposés dans leur chair à la vulnérabilité d’une mauvaise vie ? Comment penser la résistance de la vraie vie à la fausse ? Cette ancienne question de la philosophie morale prend un sens neuf si on la pose dans les conditions concrètes de nos existences.

"La raison pour laquelle quelqu'un ne sera pas pleuré, ou a déjà été jugé comme n'ayant pas à être pleuré réside dans l'inexistence d'une structure d'appui susceptible de soutenir à l'avenir cette vie, ce qui implique qu'elle est dévaluée, qu'elle ne mérite pas d'être soutenue et protégée en tant que vie par les systèmes de valeur dominants. L'avenir même de ma vie dépend de cette condition de soutien. Si donc je ne suis pas soutenu, alors ma vie est jugée faible, précaire, et en ce sens indigne d'être protégée de la blessure ou de la perte, et est donc une vie qui n'est pas digne d'être pleurée. Si seule une vie digne d'être pleurée peut être considérée, et considérée à travers le temps, alors seule une vie digne d'être pleurée pourra bénéficier d'un soutien social et économique, d'un logement, de soins médicaux, d'un emploi, de la liberté d'expression politique, de formes de reconnaissance sociale, et d'une capacité de participation active à la vie publique. On doit, pour ainsi dire, être digne d'être pleuré avant d'être perdu, avant que se pose la question d'être négligé ou abandonné et on doit être capable de vivre une vie en sachant que la perte de cette vie que je suis serait déplorée, et donc que toute mesure sera prise afin de prévenir cette perte."


I AM A MAN


I AM A MAN > Memphis Sanitation Workers Strike (1968)

Martin Luther King a été assassiné le 4 avril 1968, à Memphis, dans le Tennessee. Le chef de file du mouvement en faveur des droits civiques était venu manifester sa solidarité avec les 1300 éboueurs en grève, principalement des Afro-Américains, qui protestaient contre leurs pénibles conditions de travail, leur salaire de misère et le refus de la ville de reconnaître leur syndicat. Même si les États et les municipalités ne pouvaient plus invoquer les lois « Jim Crow », en 1968, pour imposer la ségrégation raciale, comme ils l'avaient fait pendant des dizaines et des dizaines d'années, les Noirs dans le sud du pays éprouvaient encore les plus grandes difficultés à trouver de bons emplois.
À Memphis, le ramassage des ordures était souvent leur seule option. Les conditions de travail étaient pénibles et souvent dangereuses. Les éboueurs s'étaient mis en grève en février 1968, suite au décès de deux de leurs collègues qui étaient morts écrasés par le compacteur d'ordures défectueux de leur camion alors qu'ils cherchaient à se protéger contre la pluie.
«Le règlement de la ville interdisait aux employés noirs de se mettre à l'abri des éléments ailleurs que dans le bac arrière de leur camion, avec les ordures», explique l'historien Taylor Branch.
Martin Luther King était à la tête d'une manifestation à Memphis, en mars, qui avait prit une mauvaise tournure lorsqu'un petit nombre de manifestants avaient cassé des vitrines et que la police avait répondu par la force. Lorsqu'il revint dans la ville en avril, il était déterminé à ce que la nouvelle manifestation se déroule dans le calme.
« Nous devons redescendre dans la rue, dit-il, et forcer tout le monde à voir qu'il y a ici 1.300 enfants de Dieu qui souffrent, qui ne mangent pas toujours à leur faim, qui passent les nuits à se morfondre en se demandant comment va finir cette affaire. » (Pendant la grève, les éboueurs n'étaient pas payés.)
Le lendemain, le 4 avril, Martin Luther King fut abattu par un tireur isolé. Les éboueurs et des milliers d'autres personnes défilèrent ensuite dans les rues, dans le calme, en mémoire du pasteur et pour soutenir la grève. Le président Lyndon Johnson dépêcha un responsable du ministère du travail chargé de faciliter les négociations entre les grévistes et la municipalité, et la grève prit fin vers la mi-avril lorsque la ville de Memphis accepta d'augmenter le salaire des éboueurs et de reconnaître leur syndicat.
« Ce groupe d'ouvriers américains ordinaires s'engagèrent de manière extraordinaire en faveur de la justice sur le lieu de travail », déclara l'actuelle ministre du travail, Mme Hilda Solis, en avril 2011, en inscrivant les éboueurs au « Hall d'honneur » du monde du travail.
« Ils s'engagèrent en faveur de la dignité humaine par quatre mots simples : I AM A MAN », le slogan qui figurait sur les pancartes brandies par bien des grévistes.



I AM A MAN > Memphis Sanitation Workers Strike (1968)

FAIRE DU SALE

Nouvelle expression issue de la jeunesse des banlieues et de la musique hip-hop. Là où les codes sont inversés.
Dans un tel univers, « faire du sale » s’apparente à quelque chose de positif. « It’s a good shit » comme disent les américains pour signaler un morceau de qualité. Il en va de même du « Smell that shit » pour proposer l’écoute d’un morceau qui nous a plu.
« Faire du sale » ou « salir autrui », c’est quelque chose dont on peut se réjouir et qui est approuvé par son groupe, sa bande, son crew. Il y a quelque chose de jouissif à faire des choses « interdites » avec légèreté et insouciance. C’est comme imposer indirectement sa domination aux autres.
L’expression « faire du sale » a deux visages, l’un exprime la réussite au sens propre :
Farid a eu 15 au contrôle de d'arts plastiques, Pedro s’exclame : « Whaou, il a fait du sale !  »
La classe répond : « Graaaaaaave l’enculé  »
Et l’autre dans un sens moins propre :
Martin-Emmanuel revient de sa skin party, Pierre-Antoine lui demande : « Alors la soirée ? »
Martin-Emmanuel répond : « J’ai fait du sale l’ami, je suis carbooo  »

"On va commencer par faire du sale" est une phrase du groupe Marin Monster feat. Maître Gims - Pour commencer, dont les paroles ainsi :

Meugiwarano, du nine, je n'ai pas changé depuis
Je n'ai juste plus le time, de m'poser oui la j'en pâli
Et à l'heure où j'te parle, j'suis pt'être dans un autre pays
J'vais vous raconter ma life, en commençant par faire du sale (la-la-la-laaa)

[Maître Gims]
La la la la la, Meugiwarano, Yanslo du Ni-Ni-Niiiine , on va commencer par faire du sale

...


Dans les inversions et les codes à décrypter des bancs de la société, Booba : 92i Veyron (Clip Officiel) de son album "Nero Nemesis"

On trinque à nos balafres, à nos crochets tous les soirs
Noir c'est noir ont-ils dit, y'a donc vraiment plus d'espoir
Les vainqueurs l'écrivent, les vaincus racontent l'histoire
Les vainqueurs l'écrivent, les vaincus racontent l'histoire
Personne dans le monde ne marche du même pas
Leurs règles ont toutes une tombe
C'est ça qu'ils ne comprennent pas
Des allers-retour en prison certains n'en reviennent pas

...

NERO

Cette réponse, qui s'exprime souvent dans le domaine artistique (musique, clip, peinture, performance, écriture...) dans le langage populaire, est celle donnée, en miroir ou copie, aux mauvais agissements effectués par des dominants ou en position de pouvoir agir sur le sel de la vie, qui font du sale pour asseoir leur domination sur autrui.
« Faire du sale » ou « salir autrui », c’est quelque chose dont les dominants se réjouissent et qui peut être approuvé par un groupe, une société. Il y a quelque chose de jouissif à faire des choses « interdites » lorsqu'elles passent inaperçues et ne sont jamais dénoncées, surtout lorsqu'elles s'effectuent avec légèreté et dont les actes paraissent anodins.
C’est imposer indirectement sa domination aux autres, son pouvoir, en discriminant les plus faibles, les précaires, tout en ayant l’adhésion d'un plus grand nombre pour le faire (un groupe, un système) Lorsqu'un système se dérègle, entre en crise, il peut se passer un demi-siècle, des siècles avant de rendre justice aux opprimés ou reconnaître les génocides, les dégâts collatéraux des colonisations, des exterminations des peuples. Mais aussi, il peut se passer que la reconnaissance n'arrive jamais.
Les réponses artistiques peuvent choquer ou provoquer, bien qu'elles représentent un miroir déformant ou caricatural, ou poétique, fantaisiste, de fiction ou de science-fiction... de ces agissements, surtout lorsque les modèles érigés en gouvernance de pays, de nations, de pouvoirs, de dominations sur les opprimés, sont parsemés d'actes répréhensibles jamais jugés, jamais arrêtés, ni pénalisées (emplois fictifs, détournements de fond, viols, harcèlements, esclavages, tortures, exploitations de populations, etc...). Ce sont ces gouvernances qui sont les plus répressives envers l'humour ou les réalisations artistiques, toute expression, tous lieux culturels, médias, journaux, canaux de diffusion artistiques..., toute pédagogie ou médiation qui revisite l'Histoire et ses civilisations, et communique sur les guerres et les massacres, rencontre des obstacles, et ses négations, car le miroir doit refléter de bonnes images surtout lors de dictatures, et faire taire ses agissements. Ce que ne peut réaliser un gouvernement, la guerre dans son pays, il le réalise dans d'autres pays, afin de décharger chez d'autres, les pulsions de destruction, et non chez "les siens" (problématique des colonisations, des guerres et conflits de politique extérieure...)

Lors d'une conférence publique en mai 2016, à La Fondation Calouste Gulbenkian (institution portugaise privée) à Paris, organisée par le Collège d'Études Mondiales, de la Fondation des maison des sciences de l'homme, et pour la chaire Global South(s) (qui aborde les Sud(s) comme des espaces et des temporalités qui se croisent et interagissent)
Françoise Vergès (titulaire de la Chaire, politologue et féministe) échange avec Achille Mbembe, enseignant universitaire et philosophe, théoricien du post-colonialisme, sur son ouvrage "Politique de l'inimitié".

Achille Mbembe dit de l'impur :

Il n'y a d'humain que dans notre disposition et notre volonté de vivre exposé les uns aux autres.
Pour rendre la terre habitable il faut vivre avec des personnes que l'on n'aime pas.
Il faut partager avec toutes les figures du vivant au delà d'un rapport anthropocentré.
Accepter l'impureté.
Au fond nous sommes tellement impurs.
Les recherches récentes nous informent que notre corps, une grosse partie de qui nous sommes c'est de l'eau.
Un énorme pourcentage de nous c'est un tissu de microbes.
Nous sommes composés de microbes, nous sommes biologiquement impurs.
Nous voulons nier de façon radicale notre étant impur et nous pensons que nous pouvons penser avec notre état de pureté en coupant tout lien avec autrui qui constituait une menace.
Il faut inventer un mode de relation à nous-même qui passe par Autrui.
C'est autrui qui nous confère à nous notre identité.

Le fantasme : tuer l'autre, le disséquer.
Il n'y a pas d'autre en dehors de cette phénoménologie.
Quel type de fantasme hante notre époque ?
La vie fantasmatique de notre époque menace l'idée du politique, l'idée de la relation.

La force de ce fantasme, ce qui nourrit ce fantasme c'est en partie qu'il nous dispense de réflexion critique.
Beaucoup d'entre nous ne veulent pas réfléchir de façon critique.
Une responsabilité, il n'y a pas de démocratie là où il y a capitulation de l'exercice critique.
Tout nous pousse à ne plus penser, à ne plus réfléchir.
C'est un refus de la pensée complexe.
Penser est remplacer par la foi, la religion.
Un enthousiasme par les idées toutes faites, typique de l'ère néo-libérale.
Les discours politiques dans le monde, les nouveaux entrepreneurs politiques se sont les gens qui diviseront le plus. Ils vous diront l'immigration est un danger existentiel.
Ils diront, j'ai une solution, je vais construire un mur entre les États-Unis et le Mexique.
Il y a une foule de gens qui croient à cette idée.
Il y a une ferveur aux idées simples.
Cela se passe maintenant aux États-Unis (Mois de mai 2016, date de la conférence)

La force du fantasme vient du renoncement à la faculté critique.
La pulsion autoritaire se trouve partout y compris dans l'Europe, le désir de fascisation.

Dans 50 ans, la grande majorité des gens viendrons de l'Asie et l'Afrique.
Les jeunes porteurs du futur seront des africains.
Point de vue démographique, le futur de la planète se joue ailleurs que dans l'Europe.

Alors que l'Europe ferme ses portes, l'Afrique doit faire exactement l'inverse.
Il n'y a aucune raison pour que les africains se noient en mer.

L'éthique du passant.
L'histoire des humains est très courte, une parenthèse dans la géologie.
Le monde a commencé avant nous et le monde se poursuivra longtemps après nous.
Nous sommes fondamentalement des passants.
Notre destinée est de passer.
L'éthique du passant : à partir du détachement qui implique le lien avec ce qui est essentiel, on peut imaginer d'autres formes du politique qui vont au-delà du cercle dans lequel l'état nation nous a enfermer.
Relativiser les concept de nation, d'état, de citoyens.

Crise de la phallocratie

Ce n'est pas uniquement une affaire d'hommes, ça l'est mais, il y a des femmes phallocrates aussi.

La phallocratie c'est l'adhésion à un modèle d'existence qui repose sur le virilisme entendu comme vertu.
Le virilisme impliquant en grande partie la capacité à s'imposer.
Le projet de suprématie sur tout ce qu'il n'est pas soi.
Exercice qui consiste à bombarder des gens.
Économie phallocratique et nihiliste qui caractérisent les conflits contemporains.

L'objet perturbateur (dans The society of Enmity / Radical Philosophy, décembre 2016, par Achile Mbembe)

Le terme «mouvement» implique nécessairement la mise en mouvement d'une pulsion qui, même impure, est composée d'une énergie fondamentale. Cette énergie est enrôlée, consciemment ou non, dans la poursuite d'un désir, idéalement un désir-maître. Ce désir-maître - comprenant à la fois un champ d'immanence et une force composée de multiplicités - est invariablement dirigé vers un ou plusieurs objets. «Nègre» et «Juif» étaient autrefois les noms favorisés pour de tels objets. Aujourd'hui, les Noirs et les Juifs sont connus sous d'autres noms: l'Islam, le Musulman, l'Arabe, l'étranger, l'immigré, le réfugié, l'intrus, pour n'en citer que quelques-uns. 

Le désir (maître ou autre) est aussi ce mouvement par lequel le sujet - enveloppé de tous côtés par un fantasme spécifique (qu'il s'agisse de toute puissance, d'ablation, de destruction ou de persécution, peu importe) - cherche à se retourner sur lui-même L'espoir de se protéger du péril extérieur, tandis que d'autres fois il atteint en dehors de lui-même pour faire face aux moulins à vent de l'imagination qui l'assiègent. Une fois déracinée de sa structure, le désir se propose alors de capturer l'objet perturbateur. Mais puisque, en réalité, cet objet n'a jamais existé - n'existe pas et n'existera jamais - le désir doit l'inventer continuellement. Un objet inventé, cependant, n'est toujours pas un objet réel. Il marque un espace vide et enchanteur, une zone hallucinatoire, à la fois enchantée et maléfique, une demeure vide hantée par l'objet comme par un charme.

Le désir d'un ennemi, le désir d'apartheid, de séparation et de clôture, le fantasme de l'extermination, aujourd'hui hantent l'espace de cette zone enchantée. Dans un certain nombre de cas, un mur suffit à l'exprimer. Il existe plusieurs types de mur, mais ils ne remplissent pas les mêmes fonctions. On dit qu'un mur de séparation résout un problème de nombre excessif, un surplus de présence que certains considèrent comme la raison principale des conditions de souffrance insupportable. Restaurer l'expérience de son existence exige en ce sens une rupture avec l'existence de ceux dont l'absence (ou disparition complète) est à peine vécue comme une perte du tout - ou alors on voudrait croire. Cela implique également de reconnaître qu'entre eux et nous, il ne peut y avoir rien qui soit partagé en commun. L'angoisse de l'anéantissement est donc au cœur des projets contemporains de séparation.

Partout, la construction de murs et de clôtures en béton et d'autres «barrières de sécurité» est en plein essor. Outre les murs, d'autres structures de sécurité apparaissent: des postes de contrôle, des enclos, des tours de guet, des tranchées, toutes sortes de démarcations qui, dans de nombreux cas, n'ont d'autre fonction que d'intensifier le zonage de communautés entières sans jamais réussir à écarter celles considérées comme menace.


Dans un article, ​The age of humanism is ending, daté de décembre 2016, il écrit ceci /


La position anti-humaniste croissante qui va de pair avec un mépris général pour la démocratie. Appeler cette phase de notre histoire fasciste pourrait être trompeur à moins que par fascisme nous entendons la normalisation d'un état social de guerre.

Un tel état serait en soi un paradoxe parce que, si quelque chose, la guerre conduit à la dissolution du social. Et pourtant, dans les conditions du capitalisme néolibéral, la politique deviendra une guerre à peine sublimée. Ce sera une guerre de classe qui nie sa nature même - une guerre contre les pauvres, une guerre de race contre les minorités, une guerre de genre contre les femmes, une guerre religieuse contre les musulmans, une guerre contre les handicapés.
Le capitalisme néolibéral a laissé dans son sillage une multitude de sujets détruits, dont beaucoup sont profondément convaincus que leur avenir immédiat sera celui de l'exposition continue à la violence et à la menace existentielle.

Ils aspirent sincèrement à un retour à un sentiment de certitude, le sacré, la hiérarchie, la religion et la tradition. Ils croient que les nations sont devenues semblables aux marécages qui doivent être drainés et le monde tel qu'il est doit être mis fin à. Pour que cela se produise, tout doit être nettoyé. Ils sont convaincus qu'ils ne peuvent être sauvés que dans une lutte violente pour restaurer leur masculinité, la perte qu'ils attribuent aux plus faibles parmi eux, les faibles qu'ils ne veulent pas devenir.

Dans ce contexte, les entrepreneurs politiques les plus réussis seront ceux qui parlent de manière convaincante aux perdants, aux hommes et aux femmes détruits de la mondialisation et à leurs identités ruinées.

Dans un monde qui vise à objectiver tout le monde et tous les êtres vivants au nom du profit, l'effacement du politique par le capital est la véritable menace. La transformation du politique en entreprise soulève le risque de l'élimination de la possibilité même de la politique.

La question de savoir si la civilisation peut donner naissance à toute forme de vie politique est le problème du XXIe siècle.


Et pour finir en beauté :

Charles - Vicomte (clip officiel)

Columbine, collectif d'artistes composé de 8 membres (Yro, Foda C, ChamanBeats, Sacha, Lujipeka, 3W., Larry Garcia et Chaps)

"Les pauvres ne savent pas.
Je veux bien lâcher un billet mais qu'ils ne réclament pas.
On est des vicomtes, on roule sur l'or et en Vespa."