Young hoopoe chicks peek their heads out of their tree nest to get a snack from papa bird. (Photo © Bildagentur Zoonar GmbH/Shutterstock)

Le château d'Excideuil (Photographie © Sonia Marques)

Découverte d'un festival sympathique qui projette un développement ambitieux. Il se nomme le Hoopp Festival, dans le Périgord : créé par quatre amies (Sophie-Olynde Le Barbier, Nolwenn Le Marhollec, Margot Dorel, Margot Maumy) des jeunes femmes diplômées de Paris, dont l’une originaire d’Excideuil. Liées par la même sensibilité pour les arts, le spectacle vivant, l’événementiel et la découverte de nouveaux talents, elles décident de s’engager ensemble. L’aventure commence en 2015 par un projet pédagogique de fin de Master dont le sujet est de  "Dynamiser le tourisme culturel à Excideui". Après plus d’un an et demi de travail et de rencontres, l’association décide de concrétiser son projet en organisant une première soirée : La Hoopette. Cette dernière est un avant goût du Hoop’ Festival qui se tiendra à l’été 2017 et reviendra chaque année sur la commune.

Communication du festival (Nathanne Le Corre pour le graphisme, Charlotte Le Glatin et Audrey Klaus pour le web design )

Nous sommes allés à la Hoopette, et cet avant goût fut très agréable, en espérant que ce projet ne deviendra pas une grosse machine à festival. À cette échelle, sans arrogance, ni prétention, accessible à tous, avec une exigence, sans tomber dans le piège de l'amateurisme, une qualité sonore, de l'espace et une liberté de circulation avec un bon encadrement, une sécurité appréciable en ce moment, non autoritaire. Petit bémol, les espaces pour se nourrir, trop succincts, le festivalier à faim et soif, ils et elles ont besoin de sucre, quand ils dansent toute la nuit. Mais nous avons rencontré les parents d'une des organisatrices en grignotant des frites un peu trop grillées, très attentifs à ce projet. Des soutiens de toutes parts, c'est très encourageant.



Rentrer un long ballon dans son corps... Mais que devient-il après ? (Photographie © Sonia Marques)

Jouer, jouer, jouer, j'ai entendu une belle improvisation d'un joueur de guitare, la musique me faisait penser à King Krule (Photographie © Sonia Marques)

Oiseaux à la mode, magie, animations sur les murs du château, Vj set exotique qui transforment l'espace en garden party, grande boom, et nombre d'enfants aux spectacles qui gambadent partout.

Pour le son et les vidéoprojections, nous pouvions nous rappeler nombres de soirées parisiennes ou bien dans des châteaux ou ailleurs, des années auparavant, plus exigeantes et en avance sur leurs temps, mais sans cette organisation, plus ouverte et généreuse. Avant, les organisateurs, n'étaient pas des jeunes femmes, et je me souviens avoir dormi avec une couverture de survie à même le sol d'un château lors d'une de nos démos, seule jeune femme dans toute la programmation… Ce qui n'arriverait pas dans ces nouveaux cadres super friendly et pacifistes.

Night bird  (Photographie © Sonia Marques)
Après plusieurs discussions autours des festivals et autres lieux de rassemblements électroniques, à tendance berlinoise, à composante majoritairement masculine, avec aussi des amis musiciens sur ce constat alarmant, il y a effectivement des différences quand c'est pris en main par des femmes (communication, graphisme, chanteuses… bénévoles…)

La commune d'Excideuil est partagée, à la fois enthousiaste, et réservée, le premier habitant qui tenait une boutique de chaussure en bas du château était charmant et soutenait cette initiative. Il m'a bien dépanné, j'ai de nouvelles chaussures espagnoles confortables et sexy, typiques du coin. Marcheuse et danseuse, je trouve toujours un moyen de chausser localement mes nouveaux véhicules de pèlerin au féminin. La deuxième qui tenait un bar, avec une cour agréable, plus en retrait, ne connaissait pas les conditions du festival et craignait de rester enfermée dans le château sans pouvoir sortir librement. En lui expliquant qu'il y avait un ticket lui permettant de sortir, nous l'avons retrouvée la nuit en plein dancing, certainement une fois sa boutique fermée, me faisant un coucou. Super chou !

Cela change un bourg, et comme ils disent : c'est moderne et de qualité !

Sous les tilleuls  (Photographie © Sonia Marques)

Les peintres  (Photographie © Sonia Marques)

Au Château d’Excideuil, l’oiseau Huppe Fasciée (Hoopoe en anglais) a proposé "un voyage culturel enivrant sous la forme d’une guinguette artistique", festive et décalée.

Pour cette Hoopette j'ai particulièrement apprécié "Vingt-deux", le mix du jeune artiste bordelais émergent, éclectique, rêveur entre deep, disco et house, aux sonorités downtempo et electronica, avec un Jacques Brel revisité.

Au château, "Vingt-deux" (Photographie © Sonia Marques)




La version originale de Jacques Brel

Ces gens-là est une chanson écrite et interprétée par Jacques Brel, (1966) dont le thème est le désespoir d'un amour impossible. C'est une chanson très sombre sous forme d'invective, au texte corrosif, dont la musique est un trois temps lent à thème répétitif.

Cela m'a fait pensé que Jacques Brel est aussi un auteur dont j'ai interprété "Ne me quitte pas" dans l'une de mes compositions ("Orient"), de l'album "Pépino" (2011) et aussi récemment présenté à ma conférence à l'école d'art de Bourges. Mais pour une installation sonore artistique, plus expérimental, ce n'est pas un mix.
Là pour danser, ce qui était agréable c'est de redécouvrir ces paroles, le ton était donné, car "Ces gens là" est une description, dans le texte, d'un "Monsieur" et décrit les différents membres d'une famille, dont l'existence est particulièrement médiocre et mesquine. Il fustige en particulier leur immobilisme.

Pour ma reprise, j'expliquais ce même processus en tension dans le texte (du "Ne me quitte pas") que j'ai associé à la dictature, au Printemps Arabe, composé au moment des premiers émois de libération.

La vérité progressive du texte de "Ces gens là" est très forte.

Je me souviens que mes parents l'écoutaient et commentaient le texte, comme Brassens, j'ai tellement roulé la nuit que je me souviens de tous ces voyages de nuit avec la radio et la musique enfant, lorsque l'on me conduisait dans un autre pays, d'autres gens-là, comme dans ce festival, il était question des gens là et de l'électronique qui rassemblent tous ces gens là avec leurs racines là.

Voici les paroles :

D'abord il y a l'aîné, lui qui est comme un melon
Lui qui a un gros nez, lui qui sait plus son nom
Monsieur tellement qui boit ou tellement qu'il a bu
Qui fait rien de ses dix doigts mais lui qui n'en peut plus
Lui qui est complètement cuit et qui se prend pour le roi
Qui se saoule toutes les nuits avec du mauvais vin
Mais qu'on retrouve matin dans l'église qui roupille
Raide comme une saillie, blanc comme un cierge de Pâques
Et puis qui balbutie et qui a l'oeœil qui divague
Faut vous dire Monsieur que chez ces gens-là
On ne pense pas Monsieur, on ne pense pas, on prie

Et puis, il y a l'autre des carottes dans les cheveux
Qu'a jamais vu un peigne, qu'est méchant comme une teigne
Même qu'il donnerait sa chemise à des pauvres gens heureux
Qui a marié la Denise, une fille de la ville
Enfin d'une autre ville et que c'est pas fini
Qui fait ses petites affaires avec son petit chapeau
Avec son petit manteau, avec sa petite auto
Qu'aimerait bien avoir l'air mais qui n'a pas l'air du tout
Faut pas jouer les riches quand on n'a pas le sou
Faut vous dire Monsieur que chez ces gens-là
On ne vit pas Monsieur, on ne vit pas, on triche
Et puis, il y a les autres, la mère qui ne dit rien
Ou bien n'importe quoi et du soir au matin
Sous sa belle gueule d'apôtre et dans son cadre en bois
Il y a la moustache du père qui est mort d'une glissade
Et qui regarde son troupeau bouffer la soupe froide
Et ça fait des grands *shllls* et ça fait des grands *shllls*
Et puis il y a la toute vieille qu'en finit pas de vibrer
Et qu'on attend qu'elle crève vu que c'est elle qu'a l'oseille
Et qu'on écoute même pas ce que ses pauvres mains racontent
Faut vous dire Monsieur que chez ces gens-là
On ne cause pas Monsieur, on ne cause pas, on compte

Et puis, et puis, et puis il y a Frida
Qui est belle comme un soleil et qui m'aime pareil
Que moi j'aime Frida même qu'on se dit souvent
Qu'on aura une maison avec des tas de fenêtres
Avec presque pas de murs et qu'on vivra dedans
Et qu'il fera bon y être et que si c'est pas sûr
C'est quand même peut-être, parce que les autres veulent pas
Parce que les autres veulent pas
Les autres ils disent comme ça, qu'elle est trop belle pour moi
Que je suis tout juste bon à égorger les chats
J'ai jamais tué de chats ou alors y a longtemps
Ou bien j'ai oublié ou ils sentaient pas bon
Enfin ils ne veulent pas parfois quand on se voit
Semblant que c'est pas exprès avec ses yeux mouillants
Elle dit qu'elle partira, elle dit qu'elle me suivra
Alors pour un instant, pour un instant seulement
Alors moi je la crois, Monsieur
Pour un instant, pour un instant seulement
Parce que chez ces gens-là Monsieur, on ne s'en va pas
On ne s'en va pas Monsieur, on ne s'en va pas
Mais il est tard Monsieur
Il faut que je rentre chez moi



Du foin !  (Photographie © Sonia Marques)