Vol d'un lapin blanc (Photographie © Sonia Marques)

« Un lapin traverse une route de nuit et est pris dans les phares d'une voiture : pétrifié, figé, tétanisé, incapable de réagir, il se laisse écraser par la voiture. »


Mois de mai 2016 : les actualités



Une jeune femme se suicide en direct sur une plateforme de vidéo, téléphone en main, se jettant au dessus d'un pont sur les rails de trains, évoquant un viol dont elle était victime.
Un groupe de femmes dénonce des pratiques archaïques, le harcèlement sexuel, dans des cercles de pouvoirs, depuis des années impunis.

Plusieurs victimes isolées dévoilent leur viol, du patron, au ministre, au collègue, parfois des dizaines d'années plus tard.

Un président voile sa compagne et elle le tait bien.

Depuis la fin du 20e siècle de nombreuses affaires d'abus sexuels sur mineurs commis par des prêtres et des religieux sont rendues publiques mais étouffées par la hiérarchie ecclésiastique.

Depuis le début du 21e siècle, de nombreux diocèses reconnaissent publiquement leurs torts sur les crimes sexuels dans les églises.

Ils violent des milliers d'enfants, au nom de Dieu.

Depuis sa reconnaissance par une jurisprudence de la Cour de cassation en 1990, le viol entre époux est enfin reconnu et le consentement à la sexualité doit être exprimé, ou le refus respecté.

Les chiffres alarmants révélés par certaines enquêtes, estiment jusqu'à 50% le pourcentage de femmes ayant subi un ou plusieurs viols conjugaux dans leur vie maritale.

Il y a 75 000 viols par an en France ce qui fait 206 viols par jour et concerne une femme sur 6.

80% des victimes sont des femmes.

Les viols collectifs concernent 7% des cas.

63% des femmes violées l'ont été dans l'enfance ou à l'adolescence par des connaissances.

Le viol concerne toutes les catégories sociales.

Les hommes violents coûteraient 2.5 milliards à la société entre les services de santé, de police, de justice mis à contribution ainsi que les pertes productives occasionnées.

Pour soigner les violeurs, il y a l'injonction de soin ou l'obligation de soin.
L'injonction est difficile à suivre car les médecins coordinateurs sont débordés.

En 2010, 32 tribunaux de grande instance, 16 départements n'avaient pas de médecin coordinateur.

49 % des viols sont commis sans aucune violence physique.

Le viol est un acte de domination qui commence souvent par de la peur, un sentiment que l'on trouve dans nombre de témoignages de victimes.

Une peur qui paralyse totalement la victime, ou la sidère selon le terme utilisé en psychologie.

«La victime se retrouve dans la même situation qu'un lapin traversant une route de nuit et qui est pris dans les phares d'une voiture: pétrifié, figé, tétanisé, incapable de réagir, il se laisse écraser par la voiture.»

La difficulté à réagir peut venir de la nature soudaine et brutale de l’événement, mais aussi pour des raisons psychologiques liées au fait que l’agression ne correspond pas à l’image que l’on a de l’agresseur, qui peut être une personne que l’on pensait de confiance.

La victime peut aussi ne pas réagir violemment pour ne pas causer du tort à l’agresseur, ou à cause du statut de celui-ci.

Dans d’autres cas, l’ascendant moral de l’agresseur ou la surprise va suffire à empêcher toute réaction de la victime.

C’est pourquoi la loi française précise qu’un viol est une pénétration commise par «violence, contrainte, menace ou surprise».
La difficulté à réagir au début du viol peut entraîner une sorte de cercle vicieux de l’engagement: la victime se retrouve pendant l’agression à éprouver un sentiment de honte ou de culpabilité pour s’être retrouvée dans cette situation.
Pratiquer une fellation non consentie peut entraîner des séquelles psychologiques particulières, qui viennent s’ajouter aux symptômes habituels chez les victimes de viol que sont la culpabilité, la honte, le sentiment d’impuissance et la grande difficulté à parler de ce que l’on a subi.
Mais le sentiment de culpabilité pour une situation qu’on ne contrôle pas n’est pas spécifique aux victimes de viols.
C’est même un symptôme classique du stress post-traumatique.
On le retrouve chez les personnes ayant subi d’autres types de traumatismes, comme des agressions physiques gratuites ou des accidents.
Face à un niveau de stress très important, il existe plusieurs réactions instinctives: fuite, contre-attaque, paralysie etc.
Mais il est impossible de prévoir la réaction d’une victime, et même une personne sûre d’elle et de ses droits peut connaître une paralysie.
En France, une femme sur six est victime de viol ou de tentative au cours de sa vie, soit 206 viols chaque jour.
Le violeur peut être le père, le frère, le collègue, le voisin, le conjoint.
Celui dont on ne se méfie pas.
La plupart des victimes ont moins de 18 ans et la majorité des filles et femmes violées le sont par quelqu’un de leur entourage, familial, professionnel ou amical.
Pour violer, nul besoin de couteau ou de pistolet.
Un viol sur deux est commis sans violence physique.
Peur, sidération, menaces suffisent à pétrifier la victime.
La justice française a ouvert une enquête préliminaire visant l'armée française, après une nouvelle accusation de viol en Centrafrique.
Des enquêteurs du Fonds des Nations unies pour l’enfance ont recueilli, mi-mars, les témoignages d’une centaine de filles en République centrafricaine affirmant avoir été abusées sexuellement par des soldats des forces internationales.
« des soldats envoyés pour protéger les habitants ont au contraire plongé au cœur des ténèbres ».
Disparus de la mémoire de la Libération, les viols de masse commis au printemps 1944 par les troupes françaises restent une plaie ouverte dans le cœur des Italiens du Latium.
Sept décennies plus tard, la France ne s’est jamais excusée et les victimes n’ont pas oublié.
En 2004 le gouvernement italien a reconnu comme avérées les violences et les viols commis par les troupes marocaines en Italie en 1944 en Ciociarie.
Ces exactions ont reçu en Italie l’appellation de marocchinate (littéralement « maroquinades »).
Ces viols en masse et homicides ont été commis sur les populations civiles par des membres du corps expéditionnaire français.
Plus de 2 000 femmes et enfants ont été violées, ainsi que 600 hommes.
La Commission Néerlandaise à l'Euthanasie (CNE) a autorisé l'année dernière une jeune femme victime d'abus sexuels à mourir grâce à l'assistance de médecins.
Ce cas vient seulement d'être rendu public par la commission, soulevant un vif débat quant à l'opportunité d'une telle décision
Les spécialistes ont estimé que son traumatisme était incurable, et que l'euthanasie serait pour elle une forme de libération.
La jeune femme, âgée d'une vingtaine d'années mais dont l'identité n'a pas été révélée, avait subi plusieurs abus sexuels alors qu'elle avait entre cinq et 15 ans.
Selon plusieurs psychiatres, qui ont longuement examiné la jeune femme, son traumatisme était "insupportable" et "incurable" comme l'explique CBS News.
La jeune femme souffrait d'anorexie, de dépression chronique, de tendances à l'auto-mutilation, d'hallucinations et restait alitée en permanence.
Conformément au droit hollandais, qui a légalisé l'euthanasie en 2002, la jeune femme a donc reçu une dose létale de médicament.
Selon les juristes de la CNE, lui refuser l'euthanasie aurait été illégal, la loi de 2002 autorisant l'euthanasie pour les personnes dont les souffrances sont jugées "sans solution".
Si aux Pays-Bas la nouvelle est passée quelque peu inaperçue, elle a relancé un débat difficile au Royaume-Unie ou les pro-euthanasie réclament une loi de longue date.
Un député a balayé cette idée, en argumentant que ce cas était l'exemple type de ce qu'il refusait.
Il a expliqué que c'était comme dire aux victimes de viol "vous devez être punie par la peine de mort".
À Nuit Debout comme ailleurs, les femmes se font agresser, insulter, emmerder.
100% des femmes ont été victimes, au moins une fois dans leur vie, de harcèlement dans les transports en commun.
Le harcèlement sexiste ou sexuel dans la rue et les espaces publics et le harcèlement dans l'espace politique sont les 2 faces d'une même médaille : les harceleurs disent que l'espace public et / ou de pouvoir appartient aux hommes, les femmes doivent payer pour y avoir droit de cité.
Les politiques qui harcèlent les femmes à l'assemblée nationale sont les mêmes machos que ceux qui se frottent à elles dans le métro.
La culture patriarcale conquérante, c’est-à-dire guerrière, est étayée sur les valeurs matérielles d’extension des territoires, d’accumulation des biens et de compétitivité.
La culture guerrière postérieure, qui est toujours la nôtre et qui a démonisé le féminin et chassé le spirituel (l’être et l’âme) de ses préoccupations, pour se consacrer au monde matériel de l’avoir, a progressivement réussi, presque partout, à effacer cette « première culture » ou culture du féminin divin, en se faisant alors passer pour le Commencement.

RAPE CULTURE



Image tirée d'une leçon de cuisine : savoir râper le fromage

2006 : souvenir d'un livre


Parce que l’idéal de la femme blanche, séduisante mais pas pute, bien mariée mais pas effacée, travaillant mais sans trop réussir, pour ne pas écraser son homme, mince mais pas névrosée par la nourriture, restant indéfiniment jeune sans se faire défigurer par les chirurgiens de l’esthétique, maman épanouie mais pas accaparée par les couches et les devoirs d’école, bonne maîtresse de maison mais pas boniche traditionnelle, cultivée mais moins qu’un homme, cette femme blanche heureuse qu’on nous brandit tout le temps sous le nez, celle à laquelle on devrait faire l’effort de ressembler, à part qu’elle a l’air de beaucoup s’emmerder pour pas grand-chose, de toute façon je ne l’ai jamais croisée, nulle part. Je crois bien qu’elle n’existe pas.

C’est tout de même épatant, et pour le moins moderne, un dominant qui vient chialer que le dominé n’y met pas assez du sien… Il y a une fierté de domestique à devoir avancer entravées, comme si c’était utile, agréable, ou sexy. Il faut minorer sa puissance, jamais valorisée chez une femme : « compétente » veut encore dire « masculine ». C’est en fait un moyen de s’excuser, de rassurer les hommes. J’ai les moyens de vivre autre chose, mais je décide de vivre l’aliénation via les stratégies de séduction les plus efficaces. Les femmes adressent aux hommes un message rassurant : n’ayez pas peur de nous. Soyons libérées, mais pas trop. Nous voulons jouer le jeu, nous ne voulons pas des pouvoirs liés au phallus, nous ne voulons faire peur à personne.

Les femmes se mettent en position de séductrices, réintégrant leur rôle, de façon d’autant plus ostentatoire qu’elles savent que, dans le fond, il ne s’agit plus que d’un simulacre. Depuis toujours, sortir de la cage a été accompagné de sanctions brutales. C’est l’idée que notre indépendance est néfaste qui est incrustée en nous jusqu’à l’os. La révolution féministe des années 1970 n’a donné lieu à aucune réorganisation concernant la garde des enfants. Nous manquons d’assurance quant à notre légitimité à investir le politique. Délaisser le terrain politique comme nous l’avons fait marque nos propres réticences à l’émancipation. Il faut oublier d’être agréable, serviable, il faut s’autoriser à dominer l’autre, publiquement. Quand Sarkozy réclame la police dans l’école, ou Royal l’armée dans les quartiers, ça n’est pas une figure virile de la loi qu’ils introduisent chez les enfants, mais la prolongation du pouvoir absolu de la mère. Nous régressions vers des stades d’organisation collective infantilisant l’individu. Les corps des femmes n’appartiennent aux hommes qu’en contrepartie de ce que le corps des hommes appartiennent à la production, en temps de paix, à l’État, en temps de guerre. Car la virilité traditionnelle est une entreprise aussi mutilatrice que l’assignement à la féminité.
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Sur le viol, en France, on ne tue pas les femmes à qui c’est arrivé, mais on attend d’elles qu’elles aient la décence de se signaler en tant que marchandise endommagée, polluée. Toujours coupables de ce qu’on nous fait. Créatures tenues pour responsables du désir qu’elles suscitent. Le viol, l’acte condamné dont on ne doit pas parler, synthétise un ensemble de croyances mentales concernant la virilité.
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King Kong Girl : Pourquoi les mères encouragent-elles les petits garçons à faire du bruit, alors qu’elles encouragent les filles à se taire ? Pourquoi continue-t-on à valoriser un fils qui se fait remarquer quand on fait honte à une fille qui se démarque ?

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Être complexée, voilà qui est féminin. Effacée. Bien écouter. Ne pas trop briller intellectuellement. Juste assez cultivée pour comprendre ce qu’un bellâtre a à raconter. Bavarder est féminin.

Parmi les choses qu’on a bien inculquées aux hommes, il y a la peur d’être PD, l’obligation d’aimer les femmes.

Les femmes sont des lascars comme les autres, et les hommes des putes et des mères, tous dans la même confusion. Les femmes de pouvoir sont les alliées des hommes, celles d’entre nous qui savent le mieux courber l’échine et sourire sous la domination.



Extrait de l'essai Kingkong Theorie de Virginie Despentes, (2006)

« Je n’ai pas vraiment mené un combat féministe, je ne suis pas très militante. Parce qu’écrire est trop prenant, et parce que j’ai encore beaucoup de mal avec les groupes. Moins je vois de gens et mieux je me porte. Donc ça ne va pas trop bien avec une activité politique. »

(Extrait d'une interview)

1982 : souvenir d'une œuvre


Protect me from what I want, 1982. Artiste américaine : Jenny Holzer, Times Square, New York