Superbe photographie de © Brian Reffin Smith (Ensa Bourges - avril 2016) et Jean-Michel Ponty en rouge

Alors j'ai déjeuné avec Brian Reffin Smith, régent du Collège de 'Pataphysique (Catachimie & Métallurgie computative), qui m'a invitée, puis j'ai assisté à sa conférence et, il le sait à présent, j'étais aussi un zombie. Je lui ai parlé un peu de mon Monstrum ("il y avait du monde... des habitants..."), je viens de retrouver mon poème Zombinoscope, une analyse des artistes. Il m'a raconté son histoire du computer art et de toutes ses investigations pédagogiques. C'est très amusant, nous nous sommes croisés surement. J'avais du papier toilette autours de ma tête et des lunettes rouge et bleue pour voir des images en trois dimensions. Entre temps je faisais des dessins avec mes étudiants et je faisais une démo d'un grand tigre bien installé devant tous. Il trônait tranquille. Puis je décidais de faire une autre démo d'un dessin de nu, une Olympia aussi installée très tranquillement devant nous, elle trônait, à poil.

Demos dessins (© Sonia Marques)
« Quand, lasse de songer, Olympia s'éveille
Le printemps entre au bras du doux messager noir ;
C'est l'esclave, à la nuit amoureuse pareille,
Qui vient fleurir le jour délicieux à voir ;
L'auguste jeune fille en qui la flamme veille... »
(Zacharie Astruc )

Personne ne le sait, mais pourquoi ces dessins improvisés sont si bien installés devant nous, si sereins ? Je l'expliquerai une autre fois, n'oublions pas que nous sommes rivés sur le noir. Le soir j'avais mes sacs et mes cadeaux, je préparais un anniversaire dans une autre ville, la mienne. J'assistais à une lecture entre deux écrivains poètes, Laura Wasquez et Olivier Cadiot. Mais c'était superbe ! C'était ma famille de mots.

Alors quelques jours plus tard, j'ai retrouvé mon poème de zombie… On est en train de faire quelque chose avec un tas de mes mots, un tas de mes road movie mots. Retourner dans cette période et tous ces personnages est fantastique. C'est ma mathématique. Mon ami plonge dans ma tête, mes labyrinthes de pensée, il visualise l'impossible, les abstractions et dessine des lignes. Dans le même temps j'apprends à dessiner… à des étudiants, aux jeunes années, des lignes noires. Nous faisons des gammes. En fait, ce que personne ne sait, c'est que nous dessinons les partitions que nous allons jouer.

Le directeur de l'école d'art m'a dit que c'était de la transgression, je faisais du dessin dans une école d'art, et il y en avait partout dans une salle, sur les tables et parterre et en plus avec des crayons, des feutres, des stylos  ! Nous avons bien ri. Je leurs apprends à dessiner pas vraiment comme dans l'ancien temps... ni le nôtre...
En fait je dessine avec les étudiants, en même temps, et c'est bien agréable. Les artistes le faisaient bien avant, quand les femmes étaient interdites d'entrer et d'étudier dans une école d'art, il y avait plein d'hommes au chevalet avec le maître artiste, tous devant une femme nue. Et bien je fait de même, je suis l'artiste qui apprend à dessiner aux étudiants, et là il y a plusieurs genres d'étudiants, et mes modèles sont aussi spéciaux, cela peut être des animaux à poils, mais nous dessinerons aussi des hommes et des mathématiques nus… à la souris, toujours une affaire animale, minimale. Mail le poil c'est très important !

J'improvise, ma devise : inventer sur place, faire et composer, se concentrer, regarder, prendre modèle...




06/06/2006

zombinoscope

mon zombi
le vaudou au regard ailleurs
je l’ai connu
reconnu
tombée amoureuse
j’en ai reconnu d’autres
des zombis sans pareil dépareillés
en proie
aux dézombifiants
mon zombi
a pris du poids
maître de lui-même il marche tout seul
parfois empreint de panique
il se jette dans mes bras
je le console
il en raffole
puis il s’en va
loin
loin
je le perds de vue suffisamment
pour aller voir d’autres zombis
je parcours des cimetières
de valeurs
d’art et de culture mortifères
quand quelques uns sortent de terre
charmants ils titubent
se chahutent
je les reconnais
ce sont des artistes
ils sont très attachants
mais il y a les dézombifiants
et les zombis courent devant
droit devant
ils se font dézombifier sur le champ
les zombis au regard ailleurs
eux ne sont pas pris
car les dézombifiants ne les voient pas
ils ne sont pas assez spectaculaires
souvent très discrets
et très étranges
je parle leur langage
« le zombi »
ils ne tardent pas à me reconnaître
je les emmène ailleurs
heureusement
ils ont le réflexe de ne pas me suivre
ils s’en vont
moi aussi
dans une autre direction
de vrais zombis autonomes
nous venons d’ailleurs
nous repartons ailleurs

y a-t-il un zombi qui meurt ici
pour me consoler
dans mes terres froides ? 







Photographie © Sonia Marques
Des radio-radio… dans une petite rue... un chat rouge...



La ’Pataphysique : La plus vaste et la plus profonde des sciences, celle qui d’ailleurs les contient toutes en elle-même, qu’elles le veuillent ou non, la ’Pataphysique ou science des solutions imaginaires a été illustrée par Alfred Jarry dans l’admirable personne du Docteur Faustroll. Les Gestes et Opinions du Docteur Faustroll, pataphysicien écrits en 1897-1898 et parus en 1911 (après la mort de Jarry) contiennent à la fois les Principes et les Fins de la ’Pataphysique, science du particulier, science de l’exception (étant bien entendu qu’il n’y a au monde que des exceptions et que la « règle » est précisément une exception à l’exception ; quant à l’univers, Faustroll le définissait « ce qui est l’exception de soi »). Cette Science, à laquelle Jarry avait voué sa vie, les hommes la pratiquent tous sans le savoir. Ils se passeraient plus facilement de respirer. Nous trouvons la Pataphysique dans les Sciences Exactes ou Inexactes (ce qu’on n'ose avouer), dans les Beaux-Arts et les Laids, dans les Activités et Inactivités Littéraires de toutes sortes. Ouvrez le journal, la radio, la télévision, explorez l’Internet, parlez : Pataphysique ! La Pataphysique est la substance même de ce monde.

Chaque domaine de l’expérience humaine, en effet, a le droit de bénéficier de la pataphysique. Premier né, le célèbre OuLiPo, (Ouvroir de Littérature Potentielle), suivi de près par l’OuLiPoPo, (Ouvroir de Littérature Policière Potentielle), apporte à la littérature française le souffle dynamisant de nouvelles solutions créatrices. La peinture, considérée dans sa plus vaste extension, bénéficie aussi de son ouvroir, l’OuPeinPo.

Présentation de la conférence de Brian Smith :
Zombies - les zombies philosophiques, et non pas les mangeurs de cerveaux chers à Hollywood - sont une transgression. Ils ne sont pas les morts-vivants ni les vivants-morts, mais vivants et morts, oui et non, 1 et 0, plus proche de la physique quantique qu’à un cimetière. Un(e) zombie est tout comme nous, mais n'a pas de vrais sentiments. Ce qui est intéressant pour l'art, la créativité par ordinateur, pour l'intelligence artificielle, et surtout comme une raison de demander divers "et si ..." questions dans un contexte artistique. L’assistance sera zombifié, et invité à participer à diverses expériences artistiques, psychologiques et intellectuelles. Bandages de Zombie et lunettes stéréoscopiques rouge-bleu seront fournis.




Demos dessins (© Sonia Marques)