Quelques photographies de mon dernier cours ce semestre à l'école de Limoges, l'occasion de réaliser une exposition manifeste en quelques heures avec les étudiantes qui se sont inscrites à mon projet pédagogique et ont réalisé chacune des dessins multimédias. Avec 3 jours dédiés seulement de réalisations, et trois jours il y a un mois d'études et recherches. Je développe un studio avec les mêmes recherches pédagogiques à l'école de Bourges, de façon plus soutenue. Selon les expressions, les idées et le langage plastique de chaque étudiante, leur parcours singulier, leurs acquis, je les forme à réaliser des recherches dessinées après avoir dialogué sur des analyses de films et dessins d'animations, de cultures et d'histoires de différents continents. Un jeu graphique s'opère lorsque l'on dessine à la ligne, les masses, les pleins et vides s'agencent et cartographient un langage à définir, et de façon plus technique à redessiner et agrandir. La mise en espace apporte un autre jeu (je) collectif et le travail en binôme ou l'indépendance peut ainsi délimiter des territoires éphémères, dans lesquels tout est possible et en dehors desquels l'imaginaire continue de dessiner des chemins de traverses.


Il y a souvent, dans cet enseignement, une méthode que je transmets, elle devient une méthodologie de la recherche. Elle commence assez librement mais passe par une discipline enseignée plus technique, afin de préciser et acquérir de meilleures définitions, un regard sur l'image de l'ordre du macro, du micro. Ensuite la prise de distance et la vue de l'ensemble, voir l'orchestration de formes et formats différents arrive et devient également un exercice pour l’œil. De ces 2 actions (regarder de près et de loin), assisté d'outils infographiques et de périphériques d'impressions, les allers et retours se font de plus en plus naturels et mon accompagnement peut laisser place à une certaine autonomie de travail. La mise en espace est vraiment une sortie de la page, de la feuille, sans être totalement dépaysante. Elle fait travailler une autre fonction de l’œil, cette fois avec le corps entier et ne concerne plus les écrans, hormis pour une éventuelle diffusion, publication (entre le Web et le Print). La kinesthésie entre les tracés les gestes des corps et ceux représentés s'articulent. Le travail sur le sens, bien en amont, puisque la pensée motorise tous ces dessins et ces gestes, prend vie avec les agencements, les déplacements ou les accointances des feuilles les unes avec les autres, les différences, les soustractions ou les dominances. C'est comme une danse. J'ai particulièrement apprécié voir ces étudiantes s'organiser et décider de comment elles agissaient sur l'espace disponible en fonction des accès et des contraintes que nous avons rencontrées. C'est ce que j'appelle, après la discipline, l'indiscipline retrouvée des premières esquisses de la pensée. Mais tout dépend de la prise d'initiatives personnelles, de la conscience au groupe ou bien de sa séparation assumée. Chaque groupe apporte une énergie différente de l'autre, je compose avec les différences.

Parler, crier, tirer la langue, se lécher les lèvres ou les babines, montrer sa langue pour un examen médical, mordre, tourner sa langue 7 fois dans sa bouche, chanter... On ne le voit pas ci-dessus, mais la langue qu'a dessinée l'étudiante Narae Shin, a plein de petites étoiles, ronds, carrés, autant de signes, de papilles gustatives. Le jeu anthropomorphe des signes, lorsqu'il est conscient et conduit le geste dans un dessin d'une genèse des formes, interroge notre façon de percevoir, et de dire ce que l'on voit. Sexes féminins et masculins, mollusques marins bivalves, fleurs et feuilles, nervures et pulpes... Grains de maïs en dentitions...



Je ne publie pas de traces photographiques de mes cours sur ce blog, pourtant nombreux, mais ce dernier cours a impulsé quelques photographies, quelques marques du temps. Professeurs, nous sommes voués à laisser le temps travailler et laisser nombre d'étudiants partir avec nombre de nos recherches, de concert, travaillées. Et parfois ce sont les professeurs qui sont amenés à partir. Considérant que le noir est toutes couleurs, j'espère que cet enseignement noir laissera la place aux couleurs, aux couleurs du temps.