Photographie de l'exposition dédié au mouvement psychédélique, de la collection de Frédéric Jaïs Elalouf, en lumière Blacklight.
Centre Culturel Jean Gagnant, Limoges (Photographie © Sonia Marques)

Ce sera sous le mot psychédélisme que cet article s'ouvre. Ce mot n'était pas intégré dans mes interprétations, alors-même qu'un esprit créatif pouvait se dégager avec ce mot, de plusieurs réalisations (voir mes derniers dessins "Mouvance"). J'assiste à un vernissage autour d'une exposition sur le psychédélisme au Centre Culturel Jean Gagnant de Limoges.

PSYCHÉ

Photographie de l'exposition dédié au mouvement psychédélique, de la collection de Frédéric Jaïs Elalouf, ici un tableau de fils.
Centre Culturel Jean Gagnant, Limoges (Photographie © Sonia Marques)

J'ai redécouvert l'art du tableau de fils, présenté dans l'exposition faste de Frédéric Elalouf, que nous avons rencontré entre autres. Un tableau présenté m'a fait penser à tous les tableaux de fils que mon père réalisait, et que nous admirions avec ma sœur, avec différentes formes géométriques et des fonds de tissus variés (aussi du velours) parfois très grands. Son sens artistique était ingénieux, je me souviens de palmiers et de noix de coco, d'un orange... Celui que j'ai pris en photo de l'exposition, était un peu poussiéreux. Nous trouvons là des œuvres d'artistes de cultures différentes, comme l'américaine Dorothy Iannone et le japonais Keiichi Tanaami, aussi la bande dessinée illustrée par le belge Guy Peellaert, du film Jeu de massacre (film français réalisé par Alain Jessua en 1967) dont j'avais beaucoup apprécié la réflexion sur le processus de création artistique entre réalité et fiction. De cette soirée de rencontres et de souvenirs foisonnants, je décide le lendemain, d'emmener des étudiantes voir cette exposition, avec lesquelles, le dessin s'engageait suite à des films animés de ma sélection. Je suis passée d'une direction (desseins) sur la ligne noire, dépouillée, avec le vide faisant partie des dessins, à un dessein orienté sur la profusion de couleurs, la saturation, le plein qui rempli tout l'espace. Nous sommes arrivées dans les fleurs, le peace and love (avec le psychédélisme) en sortant dehors, alors que nous étions dans des notions plus âpres à aborder, d'espaces rigides, la discrimination, l'exclusion, le racisme. Dans ces paradoxes, le cours fut complet, avec une part d'improvisation assez agréable et une inscription locale. 

     

Portraits de Keiichi Tanaami avec sa collection
Designer graphique, illustrateur, peintre et plasticien, réalisateur de films expérimentaux, figure mythique du film d'animation japonais et de la scène pop d'après-guerre au Japon, Keiichi Tanaami est célèbre pour ses œuvres psychédéliques au style singulier, mêlant couleurs flamboyantes, érotisme sous-jacent, poissons d'or géants et références surréalistes. Keiichi Tanaami est né en 1936 il avait 9 ans quand Tokyo a été bombardée pendant le Grand Raid Tokyo Air de la Seconde Guerre mondiale en 1945. Les principaux motifs de ses œuvres d'art: bombardiers, projecteurs balayant les cieux, bombes incendiaires larguées d'avion, la ville en feu, des masses en fuite, les poissons rouges souvenirs de ce moment...
« Je me précipitai loin de mon enfance, un temps qui devrait être celui de manger et jouer était celui alors de la monstruosité énigmatique de la guerre, mes rêves étaient un tourbillon de peur et d'anxiété, de colère et de résignation. Dans la nuit du raid aérien, je me souviens regarder des essaims de personnes qui fuient. Quelque chose s'est produit en moi : Est-ce réel ? Rêve et réalité sont tous mélangés dans mes souvenirs, enregistrées en permanence de façon ambiguë ».
Tanaami appris à dessiner très jeune et a passé du temps dans l'atelier du caricaturiste Kazushi Hara avec l'intention de devenir un dessinateur lui-même. Après la mort soudaine de Hara, il se tourna vers le nouveau champ artistiques des mangas, des romans graphiques, et a continué à étudier pour devenir un artiste professionnel à Musashino Art University. Ses parents ne voyaient pas bien son souhait dans l'art, mais l'nvisageaient mieux dans le design, cela afin qu'il puisse trouver du travail. Son talent s'est propagé rapidement en 1958, étudiant en deuxième année, il a reçu un prix lors d'une exposition sur l'illustration. Après ses études, il a travaillé dans une agence de publicité, mais a démissionné au bout d'un an, en raison des nombreuses commandes privées qu'il recevait. Pendant les années 60, il devint illustrateur et graphiste, tout en participant activement au Neo-Dada, l'un des mouvements artistiques qui définissent l' après-guerre au Japon. Dans la seconde moitié des années 60, il se plongea dans l'art vidéo, le nouveau milieu dans la scène artistique à l'époque. En 1967, Tanaami a fait son premier voyage à New-York. Là , il se trouva face à face avec les œuvres d' Andy Warhol qui brillait au milieu d'une tempête prospère américaine consumériste, et Tanaami a été frappé par les nouvelles possibilités de l' art dans le monde du design.
«
Warhol était en train de passer d'illustrateur commercial à l'artiste, et j'ai vu sa méthode incisive dans le monde de l'art. Ses stratégies étaient identiques aux stratégies employées par les agences de publicité. Il a utilisé des icônes contemporaines comme motifs dans ses œuvres et pour ses films, ses journaux et des groupes de rock. En d'autres termes, seule Warhol recevait les recettes de la vente de ses œuvres au marché de l'art. J'ai été choqué par cela, et en même temps, je l'ai admiré comme le modèle parfait. Comme Warhol, j'ai décidé de ne pas me limiter à un seul médiums des beaux-arts mais d'explorer de nombreuses méthodes différentes.»
A la hauteur de la culture psychédélique et le pop art, le kitsch, les illustrations colorées et la conception des travaux de Tanaami sont de haute renommée au Japon et à l'étranger. "No more war", sa pièce primée de 1968 fut contre la guerre, en plus de son art il a réalisé des couvertures d'albums pour des groupes légendaires The Monkees et Jefferson Airplane et autres travaux, et a laissé une empreinte importante pour l'introduction de l'art psychédélique et pop au Japon. En outre, sa série de peintures érotiques mettant en vedette des actrices d'Hollywood effectuées dans les années 70, est devenue un important corpus de travail qui a déclaré Tanaami comme artiste japonais avec un œil plein d'humour sur ​​la culture américaine. En 1975, Tanaami est devenu le premier directeur artistique de l'édition japonaise de Playboy Magazine et est allé à New York... En 1981, à l'âge de 45 ans , il a subi un œdème pulmonaire et a plané entre la vie et la mort. Tout au long des années 80 et 90, Tanaami a créé de nombreuses œuvres centrées sur le thème de "La vie et la mort", qui proviennent d'hallucination qu'il a vécu pendant sa maladie. De même, les grues, les éléphants et les femmes nues qui apparaissent lavec des spirales et les formes architecturales miniatures, les jardins sont caractéristiques de ses œuvres de cette période.



Image tirée d'un de ses livres, d'une de ses animations : Portrait Keiichi Tanaami + DVD (Japonais) Tankobon relié – 8 septembre 2010
Puis la biographie de Dorothy Iannone, j'ai retrouvé un portrait d'elle plus jeune et un plus récent, avec ce même siège en osier.

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Ode joyeuse à une sexualité débordante, prônant l’union extatique et l’amour inconditionnel, l’œuvre de Dorothy Iannone a fréquemment été confrontée à la censure et notamment dès 1969, lors de l’exposition Friends organisée par Harald Szeemann à la Kunsthalle de Bern, Dorothy Iannone a d'ailleurs restitué entièrement cet évènement dans son livre d’artiste The Story of Bern, un «roman graphique», Iannone relate abondamment cet épisode au cours duquel la censure officieuse lui a fit de toute évidence perdre le goût des couleurs – le roman parut en noir et blanc. Irrésistible générosité d’une artiste rare et profondément attachée au concept philosophique d’Eros. À la question de savoir comment elle souhaitait entrer dans l’histoire, Dorothy Iannone répondit :

« Comme une amante, [puis elle pensa en elle-même] une brillante amante ». Elle ajouta : « Ma vie a déterminé et détermine encore aujourd’hui le type d’amante que je suis. Peut-être que je ne connais pas encore le mot pour le décrire, néanmoins, je suis là, comme vous, vibrant dans ce monde que nous savons à présent composé de billions de galaxies, et mes attentes, tout comme les vôtres, sont de trouver le centre de moi-même et de rejoindre le jardin de la joie, tel est l’unique attribut de l’amant à travers lequel je peux, sans certitude absolue, mais cependant avec un désir ardent, me définir. »

Dorothy Iannone fut pour la première fois confrontée à la censure en 1961, lorsqu’elle s’opposa à l’interdiction de publication du roman «Tropic of Cancer» de Henry Miller – et qu’elle obtint finalement gain de cause devant un tribunal américain. Depuis le début des années 1960, l'artiste Dorothy Iannone (née en 1933 à Boston, vit et travaille à Berlin) se consacre de diverses manières (à travers peintures, dessins, collages, sculptures vidéo, dispositifs sonores, objets et livres d'artistes) à la représentation d'expériences amoureuses extatiques et, à travers elles, à l'idée d'un amour absolu. Bien que la conception de la sexualité se soit inscrite dans l'esprit de la rupture sociale des années 1960 et 1970, ses représentations se trouvaient en contradiction avec les notions de morale courante. Dans son art, Iannone se soustrait à toutes frontières sociales, normatives ou artistiques, ainsi qu'à toute tentative de classification. Son langage pictural, entre pop art et art brut, n'est pas sans rappeler l'esthétique de certaines bandes dessinées. Les caractéristiques sexuelles schématiques sont particulièrement mises en avant et appliquées à des corps stylisés, tout en étant souvent combinées à des textes sans équivoque (Let Me Squeeze Your Fat Cunt, 1970-1971).
La dimension mythique de l'œuvre de Iannone est d'une importance primordiale. Iannone développe son propre monde d'images qui gravite autour de la notion philosophique de l'Éros. Ce terme implique l'idée que l'homme est envahi par son désir. Le désir est considéré comme une force naturelle animée par l'amour, l'extase et la déliquescence du Moi, cette aspiration à une union du physique et du psychique. L'authenticité et l'originalité de l'œuvre de l'artiste ont contribué, depuis les années 1960, à la libéralisation de la sexualité et à l'affirmation de l'autonomie féminine. En présentant publiquement ses travaux, Iannone fait preuve d'une approche lucide et pertinente d'une thématique souvent traitée, aujourd'hui encore, dans la gêne et la controverse.

Elle est représentée à Paris par la galerie Air de Paris.


Dorothy Iannone : An Explosive Interlude (1979 - Extract from 13 drawings, ink on Bristol board each 40 x 30 cm)

Dorothy Iannone : Ms Liberty (1972/2007 framed gouache and acrylic on board 83,5 x 66 cm)
J'ai revu une partie de mon parcours et de mes collaborations, et le psychédélisme a éclairé quelques unes de mes aventures graphiques. Je me suis souvenue de bien de mes présentations. Je dors dans une pièce, où n'ayant pas de place, ni pour la prendre encore en photo, règne une grande tenture que j'ai réalisée d'un grand saltimbanque, jusqu'au plafond, d'un textile souple. Lorsque je suis rentrée chez moi, bien que cela fait des mois qu'elle est là, je fus surprise de la voir tout autrement, suite à l'exposition sur le psychédélisme. Elle domine l'espace et surement mes rêves et son nom, comme par enchantement c'est "Domino". Très étonnant.
Le psychédélisme révèlerait l'âme (du grec ancien ψυχή = psychẽ « âme », et δηλοῦν = dẽloun « rendre visible, montrer ») C'est un mouvement de contre-culture apparu dans le milieu des années 1960. Toujours merveilleux de rencontrer des personnes différentes dont la vie se concentre sur une passion, qui s'élargit à une société, une histoire, des pratiques et des interactions et qui arrivent dans notre contemporain avec une résonance singulière. Jaïs Elalouf qui préfigure un musée dédié à ce patrimoine du mouvement psychédélique et ses amis, veulent transmettre et préserver leurs valeurs, au-delà de l'art portées par la génération de la contre-culture, des valeurs humanistes d'égalité entre les femmes et les hommes, de protection de la biodiversité, de la nature, d'arrêt de destruction des ressources naturelles. Jaïs Elalouf dit  :
"Nous sommes dans un système basé sur une croissance infinie dans un système fini. Aberration mathématique ! Comment nos politiques peuvent-ils continuer dans cette voix ? Voici 45 ans que naissaient les premières considérations écologiques. Les gens de la contre-culture avaient déjà compris que ce système était voué à sa perte. Depuis rien n'a changé".


J'ajouterai un extrait d'un texte de l'artiste Lili Reynaud-Dewar, (in Monographie - Véronique Rizzo, édition 02, Paris, 2006) au sujet du psychédélisme. J'avais été invitée à la HEAD de Genève par l'artiste Camille Tsvetoukhine à ce moment, l'une de ses étudiantes, et également, qui fut, une de mes anciennes étudiantes de l'école des beaux-arts d'Angers où j'ai enseigné neuf années auparavant. Dédicace à nos rencontres :

On pourrait réduire et organiser les utopies esthétiques du siècle dernier en deux grands pans d'avant-gardes successives : l'utopie moderniste, l'utopie psychédélique. Elles partagent notamment l'objectif de réformer l'espace social et individuel par l'art et de proposer une conception radicalement nouvelle du monde, débarrassée de ses scories figuratives et de ses à priori représentationnels : l'abstraction comme le vecteur d'une harmonie nouvellement possible entre l'homme et le monde.
« Pour la Nouvelle Plastique, la nature est cette grande manifestation au travers de laquelle notre moi le plus profond est révélé et assume son apparence concrète. (…) Plus nous percevons l'harmonie de manière pure, plus nous pourrons exprimer plastiquement de manière pure la relation de la couleur et du son. »
«Le psychédélisme équivaut à une conscience de l'esprit grand ouvert. Psychédélique signifie extatique, ce qui veut dire se tenir en dehors des repères normaux. Cela signifie sortir de votre esprit, de votre monde habituel de contingences, espace et temps coordonnés. Et le point primordial : tout ce qui existe en dehors existe ici à l'intérieur.» Equivalence globale du projet : retrouver une conscience 'pure' du monde, développer les moyens concrets de l'exprimer.
« La recherche de l'expression de la vastitude a entraîné la recherche de la plus grande tension possible : la ligne droite ; parce que toutes les lignes courbes se résolvent dans une droite, il ne reste plus de place à la courbe. »
« L'art psychédélique est généralement cinétique, vibrant, et animé par un mouvement d'incessante ébullition. »
L'importance des drogues dans l'expérience psychédélique n'explique qu'en partie la rupture caractéristique avec l'esthétique construite du modernisme. C'est également à un certain héritage moderne que s'attaquèrent les beatniks puis les hippies. Porteurs d'une utopie collective rejetant en bloc l'individualisme de la société bureaucratico-familiale des années 50/60 (de la même manière que le modernisme proposait un modèle collectif nouveau, en rupture avec le conservatisme de la société libérale bourgeoise du début du XXème siècle), ce qu'ils ont dénigré le plus frontalement était le rationalisme intégré et oppressant, hérité entre autres d'une certaine conception/déviance du modernisme. Enfin, pris dans son ensemble, du moins à partir des années 60, le mouvement psychédélique est anti-élitiste, de masse, et intègre à son projet esthétique tout un tas de motifs issus de la culture populaire, de la rue, de la musique pop, du folklore fashion, des croyances philosophico mystiques, des drogues hallucinogènes, de références à une culture visuelle éclatée (des tendances ornementales de l'Art Nouveau aux imprimés sériels orientaux), etc… Un double mouvement de dilution dans le mainstream et de diffusion vers le mainstream qui pose les conditions de la post-modernité et d'une autonomie réévaluée de la création. Face à la pureté - du moins revendiquée- du projet moderniste, le mouvement psychédélique est une idéologie esthétique et critique corrompue par son rapport massivement libéré à la culture populaire ; c'est un bâtard…

(...)

Alors qu'émerge aux Etats-Unis la pensée psychédélique, une scission s'opère au sein des artistes concrets, en Argentine et au Brésil, sous l'influence d'Hélio Oiticica et de Lygia Clark, et plus tard en France, au travers des expérimentations plastico-sociales du Groupe de Recherches d'Art Visuel. A Sao Paulo et à Rio, l'esthétique rationaliste de l'art concret regroupe deux tendances : la tendance 'paulista', plus intellectuelle, et la tendance 'carioca', plus intuitive, à laquelle appartient Lygia Clark. « Moi, si je travaille, Mondrian, c'est pour me réaliser, au plus haut sens esthétique et religieux. Ce n'est pas pour faire des surfaces. Si j'expose, c'est pour transmettre à d'autres ce moment d'arrêt dans la dynamique cosmologique que l'artiste peut capter ». Sans rejeter en bloc la pensée de Mondrian, Lygia Clark et quelques 'néo-concrets' souhaitent lui donner une épaisseur cosmique qu'on pourrait considérer aux antipodes du projet rationnel de De Stijl (n'étaient ce les ambiguïtés associées à la quête d'absolue vérité du gourou du néo-plasticisme). Pour Lygia Clark, l'abstraction ouvre deux voies : « Lorsque l'artiste a aboli la figure et qu'il est entré dans l'abstraction, il y eut comme toujours, deux positions, l'une romantique, l'autre construite. Deux tendances différentes mais valables, car nécessaires à l'expression. » C'est l'alternative romantique que semble privilégier alors Lygia Clark, qui définit son rapport au monde comme « panthéiste ». Alternative qui fait écho à la bourgeonnante conception psychédélique de la création : traversée par le désir d'immersion dans le sublime et de communication avec l'univers, par le mythe d'une origine perdue et de la rupture (sociale, intellectuelle) indispensable pour fusionner à nouveau avec elle. Dans cette quête de l'expérience absolue, il faut voir le préliminaire à une réévaluation du réel, à une volonté de transformation effective des rapports sociaux. Il n'y a pas contre-culture qui ne veuille agir « en tant qu'opposition à ce qui est là ». Lygia Clark fera évoluer son art vers une renonciation de sa condition d'auteur, pour proposer uniquement « des situations dans lesquelles l'autre traverse des expériences, peut-être même pas esthétiques, mais plutôt sensorielles et psychologiques. » Paris post 68, le GRAV pose les principes d'une abstraction perceptuelle et de l'effectivité de nouveaux modèles relationnels entre oeuvre et spectateurs. « En même temps que l'art à évolué du figuratif vers le réel, de la fiction vers l'événement, il s'est dépouillé de son lourd fardeau métaphysique. A partir de maintenant, il fait partie de la vraie vie (…) Il est, par-dessus tout, un facteur d'activation de nos sens. Je fais un art de sensations primaires. » Exit la dimension métaphysico cosmique de l'art, le sublime : le GRAV s'appuie uniquement sur les effets transmissibles au nerf optique par les moyens cinétiques. Des effets psychotropes sans la consommation de psychotropes… Peut-être est-ce de là qu'il faudrait partir pour tirer les conclusions de la brièveté du moment du GRAV. « L'Op Art, plus que n'importe quel autre mouvement artistique, semble finalement avoir obéi à la lettre à son principe d'obsolescence planifiée. » Sans doute faudrait-il aussi prendre en compte son intégration ultime à l'intérieur même des structures de l'establishment libéral et de la planification sociale, manière d'accomplir intégralement (d'achever) le projet de fusion (!) avec la réalité (quoique sans l'ampleur requise pour la pérennisation de l'alliance). Ailleurs, dans les années 70, Lygia Clark propose des situations et des objets transactionnels thérapeutiques…

Semaine particulièrement enrichissante car elle m'a fait me souvenir de nos expériences sensorielles dans le collectif Téléférique. J'ai repensé à Phosphène en particulier, hypnotique et sonore et quel phénomène cela a produit début des années 2000, dans un cercle réduit artistique, qui prônait aussi des valeurs humanistes. Le GRAV fut d'ailleurs une des premières références d'une étudiante à l'université dont le sujet de son mémoire fut notre collectif. Lorsque l'on enseigne dans le multimédia, il y a toute cette histoire, que nombre de collègues ne connaissent pas et qui réduit considérablement la possibilité de développer un enseignement engagé dans l'art. Il faut dire que nombre de postes qui s'ouvrent dans ce domaine (performance oblige, être à la pointe des nouvelles technologies) élaguent complètement et l'histoire et les directions possibles dans ces domaines, ne trouvant également aucun membre de jury apte à sélectionner des professeurs ouverts, et pas vraiment de professeure au féminin, par à priori. Je vois beaucoup de possibilités se fermer par méconnaissances et une orientation sur des formations techniques dans tous les sens, sur des logiciels déjà dépassés, dans la course marchande aux nouveaux standards.
Nous sommes dans un système basé sur une croissance infinie dans un système fini. Aberration mathématique !

Fractals. Il y avait un choux romanesco dans l'exposition. Mon chou-fleur préféré, romain. La vedette de mon installation limousine, une inauguration bien pensée.