Reprise des oeuvres (Photographie © Sonia Marques)

Petite pause (Photographie © Sonia Marques)

Feux sur le sable (Photographie © Sonia Marques)

Feux sur le sable (Photographie © Sonia Marques)

Green and blue (Photographie © Sonia Marques)

Green and blue (Photographie © Sonia Marques)

Smiley (Photographie © Sonia Marques)

Cirque turquoise (Photographie © Sonia Marques)

Panda des bois (Photographie © Sonia Marques)

Bird skating (Photographie © Sonia Marques)

Murmures (Photographie © Sonia Marques)

Désolés (Photographie © Sonia Marques)

Feux sur le sable (Photographie © Sonia Marques)

Enfant je regardais les feux d'artifice de mon balcon avec ma sœur et ma mère. Ils étaient situés loin au bord de la Seine, et, par chance, ma chambre avait un petit balcon, sur lequel, petites, nous pouvions nous asseoir avec des coussins et contempler ou tenter d'atteindre le regard tendu vers le ciel étoilé, un petit jet coloré, afin de viser où celui-ci pouvait éclabousser, au dessus de quel toit. Au loin une cheminée d'une usine, des lampadaires, mais rien ne pouvait cacher ces palmiers exotiques, en banlieue, même s'ils demeuraient en partie non visibles, notre imaginaire recouvrait la totalité d'un spectacle à chaque fois intacte et festif. Parfois mon père faisait un saut nous voir, mais nous prenions toute la place. Décharge d'énergie dans l'obscurité. Cinématographiques, ces projections de lumière dans le noir, sont restées imprimées comme les premières œuvres d'art contemporaines, dont l'accès restait rare, périlleux, aux vues imprenables. Nous étions déjà intrépides et sauvages.
Marquée par les feux d'artifice, ces formations synesthésiques convoquent une certaine confusion des sens, entre la guerre et la fête. Les feux d'artifice des festivités locales au mois d'Août, au Portugal étaient très inventifs et joyeux dans ma mémoire et très différents de ceux rendus majestueux en France. De petits feux suspendus sur des dispositifs tournants, comme des parasols de feux, de fumées roses et nous entendions de milles accents différents, fogetes, fogetes. Sur les bas-côtés, en déambulant dans la nuit, nous assistions, noctambules, lors de ces soirées sacrées, à des manifestations de lucioles improvisées, dans nature sombre et incertaine, étoilées sur des surfaces inclinées, comme des tapis clignotants. Leur bioluminescence révélait un phénomène magique, vert jaune lumineux. Leurs noms devenait multiple, chacun avait sa version:
Vaga-lumes, pirilampos, caga-lumes, caga-fogos, cudelumes, luzecus, luze-luzes, lampírides, lampírios, lampiros, lumeeiras, lumeeiros, moscas-de-fogo, noctiluzes, piríforas, salta-martins, uauás, lumicus...
Les procédés sculpturaux et performatifs de l'artiste suisse Roman Signer trouvent aussi leurs inspirations dans son enfance et son observation des feux d'artifice, surtout dans la phase de préparation, de construction.
Au XVIIIe siècle, dans l'article « Feux d'artifices » de l'Encyclopédie de Diderot et D’Alembert, Jean-Louis Cahuzac emploie, pour décrire le travail des artificiers, le terme de « peinture par action ». Les premiers spectacles pyrrhiques qui apparaissent en Europe dans l'Italie du XVIe siècle étaient conçus comme des installations. Selon Biringuccio (La Pirotecnia, Venise, 1540), ce sont les Siennois et les Florentins qui, les premiers, inventèrent d'illuminer des théâtres en bois peint et de les orner de statues qui jetaient du feu par les yeux et par la bouche. Dans le livre, Sketches. Histoire de l’art, cinéma, et sa partie « Stylistique des fantômes », Philippe-Alain Michaud illustre son propos avec des gravures, et, dans un autre chapitre, étend son étude sur les mouvements et surfaces d'un tapis, de son décor, son ornement, sa vibration...
Ces effets spéciaux rappellent les célébrations de batailles, par des guerres d'étoiles, de bombes et de serpentins. Le son de ces péplums anachroniques sont des films de combat moderne, aux dispositifs savants.
Selon les origines, les feux artificiels sont liés à l'invention militaire de la poudre à canon (fin du XIIIe siècle), en Occident. En Orient, l'origine des feux d'artifice est festive. Les villes françaises ont vu leurs dépenses augmenter avec ces illuminations. Paris avec un coût de 700 000 euros, Marseille (300 000 euros), Toulouse (96 000 euros), Montpellier (90 000 euros) et Lyon, avec 80 000 euros. Je ne sais à combien se résume celle de la Saint Amour sur l'île de Vassivière, mais elle avait tout d'un petit Versailles, d'un micro Las Vegas.

Feux sur le sable (Photographie © Sonia Marques)

Feux sur le sable (Photographie © Sonia Marques)

Feux sur le sable (Photographie © Sonia Marques)

Feux sur le sable (Photographie © Sonia Marques)

Artiste : Roman Signer, Tisch mit Raketen, 1999 © Stefan Rohner