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Le blues du sandwich club
2010, Huile sur bois © Guillaume Pinard

Une conférence de l'artiste Guillaume Pinard à la médiathèque de Limoges a eu lieu ces jours-ci. Il faisait partie d'une exposition au Frac Limousin. L'occasion d'écouter et apprécier, en peu de temps, la formulation d'un parcours, étudiant, étudié, enseignant, artiste, médiateur qui donne les clés afin d'aller plus loin dans son œuvre. C'était très rigolo que cela soit situé dans cette médiathèque, car avant que je ne commence mes cours à l'école d'art de Limoges, il y a déjà 5 années (sbigrr !) je lui avais parlé de cette médiathèque et mon idée des ailes du désir de Wim Wenders... que ce serait le meilleur endroit pour faire une conférence, je venais de terminer Cendrillon. Ne reste que des cendres.

Une médiation douce

(Pour reprendre ses mots)

Son analyse critique des différents niveaux de l'exposition, de l'artiste exposé, exposant, entre galeries commerciales et institutions, témoigne d'une souplesse dans la fabrication de ses œuvres questionnant leurs réceptions, et de sa navigation libre entre différents médiums. Une étonnante application, à l’œuvre patiente et de fulgurantes épopées qui simulent le pilotage automatique (mise en garde des endormis ;.) Cette analyse, pour permettre l'exposé, faisait une grande part au retrait : aux moments de non exposition, au questionnement de la réception des œuvres et du système qui les fait transiter. Transit, souvent, dans ses dessins animés, accidents, calme apparent, précision, maîtrise du temps et de la contemplation, du rythme… Les déplacements et ce qui serait de la recherche en art, ici questionnée, s'amorçaient, entre autres, par son activité sur son blog et sa nouvelle édition issue de ces écritures, collection d'images. Amor. Bref de l'intelligence, c'était  bien de le voir à Limoges, de longs voyages, que de drôles de vie. Drôle de communications pour les artistes, pour si peu d'audience. Mais les réceptions, si rares, d’œuvre à œuvre, sont les plus fédératrices. Étincelles.

J'ai hésité à illustrer mon article de ses œuvres... Je n'ai gardé qu'un sandwich club, car j'apprécie l'ensemble de son œuvre, mais ne souhaite pas qu'elles deviennent des illustrations vignettes de ce texte. Il fallait être là ;.)
Et puis, ce blues est bien pour unique illustration de mon post, car c'est aussi une image qui m'a accompagnée souvent, en transport. Ce fut bien l'unique sandwich dans cette journée bien remplie et sans pause du professeur iconographe... C'était très bon monsieur Pinard ;.) D'habitude je visite toutes vos expositions, mais cette fois-ci je ne pourrai voir celle à Quimper, alors je fantasme un peu. Mais qui sait... avec un billet magique. Je crois que cet espace d'art est menacé de fermer...

Mes cours très animés sur cette pluridisciplinarité, si disciplinée, en fait, avaient de quoi être nourris de futurs plans sur la comète pédagogique. Discrète apparition, disparition, petit nuage de santé. C'était bien de quitter l'effet Caliméro.

Des étudiants qui oeuvrent au dessin, avec tous les outils, me communiquent leur difficulté de faire exister leurs espaces dessinés dans l'école, comme si cet espace était exclu, rejeté. Je comprends et en même, temps, me souvenant, étudiante, j'ai toujours recréé l'espace que je jugeais manquant (discrète apparition, disparition, petit nuage de santé) Et il en sera ainsi tout le temps, n'est-ce pas ainsi que l'on questionne l'art et le métier d'artiste, s'il en est un. Des artistes questionnent les réseaux de ce métier qui a ses côtés très professionnalisant, d'autres les questionnent parce qu'ils ne se préoccupent pas, ou plus de ces réseaux réduits professionnalisant. Au-delà de ces espaces dédiés et imposés, il y a des familles, de formes et de pensées. Je me situe dans des familles bien évidemment et le plus souvent, mes amis, et plus proche, mon conjoint, nous sommes dans des familles de pensées et de formes. Que dire à ces étudiants qui sont sous pression de tuyaux imposés ? Le fossé générationnel et de l'usage des outils fait que l'on catégorise, par à priori, une distinction entre ce qui serait des artistes dessinateurs et des animateurs du dessins avec l'infographie. Ce distingo ne permet plus de faire émerger et d'accompagner les artistes créateurs, mais les divise de façon artificielle. L'émancipation de Guillaume Pinard face à sa formation (diplômé de l'école de Rennes) était assez visible dans les travaux qu'il nous a projeté, à sa sortie de l'école. Et en même temps, sa progression s'est faite directement avec l'animation du dessin. Renversement, avec humour il a bien décrit son intervention à Rouen et son projet de cathédrale au fusain, qui était aussi l'objet d'un workshop avec des étudiants en école d'art (si j'ai bien suivi), mais qui les a fait fuir littéralement. Se retrouvant à dialoguer plus avec des personnes qui se sont posées des questions à travers l'espace d'exposition et l’œuvre en train de se faire, et des passants demandant ou interrogeant la possibilité de dessiner aussi des cathédrales. Si la notion de l'amateur est ici considérée à bien, c'est qu'elle fait participer à des questionnements toutes celles et ceux qui ont encore le désir d'apprendre et de reconfigurer l'expérience du sensible et du voir, plutôt que celles et ceux qui s'appuient sur des normes données d'emblée. Peut-être que les activités de pensée des artistes se situent plus sur des déplacements, car c'est en voyageant que l'on peut mieux regarder. Transit. Peut-être, et ce n'est qu'un point de vue que me transmet cette rencontre partagée des esprits sensibles, ce soir là. Si les élégances pouvaient travailler ensemble plus librement et non pas devenir des variables d'ajustements isolées, dans ces crises de l'enseignement, des moments de bonheur seraient plus proches des uns des autres, plutôt que les attendre dans nos solitudes artistiques. Le positif, c'est que ce soir, c'est à Limoges que cela se passait et il fallait être là, faire une halte, pour celles et ceux qui aiment le dessin. En réalité, on constate que ce sont celles et ceux, dont l'imaginaire les transporte, ailleurs, à laquelle se destinent de telles conférences... Ainsi, peut-être y-a-t-il bien des destinataires à cet art ? Pas dans les tuyaux évidemment ;.) Habiter un lieu, une nouvelle ville, ce n'est jamais, être empêché de se déplacer, même dans une précarité matérielle. Le travail de l'esprit, l'humour, la férocité des idées, la douceur des formes, l'intégrité des artistes et la sincérité à exprimer leurs voyages dans le temps, même mental, c'est aussi ce qui est en formation dans des études artistiques. Ce soir, il n'était pas question d'explorer cette dimension, mentale, mais elle est très présente dans le travail de Guillaume Pinard. Pour cela il faut certainement, un climat de confiance et un temps plus long, afin d'explorer l'essence de ces jeux d'esprit. Libre à tous d'aller explorer, à présent que les clés ont été largement bien données. Merci. Et à bientôt, ailleurs.

Avec mon ami, nous prenions notre navette et nos créations étaient nourries de Tomate, Tétraphobie, Vandale. Ce soir, notre cerveau passait librement d'un tableau à un autre. Aurait-il été possible de le faire autrement qu'avec celles et ceux qui appréciaient vraiment son travail ? Il faudrait inventer un réseau de connaisseurs afin de profiter plus librement des prestations publiques et échanger plus librement sur les images. Des praticiens amoureux. Des éclairés avec un son spécial ! Mon souvenir sera celui de descendre sous terre et d'appuyer sur le bouton, pousser des cris, glisser sur des montagnes. Lorsque j'enseignais à Angers et que j'étais sans arrêt dans le train pour rejoindre la capitale, je m'imaginais être ce triangle sandwich regardant par la fenêtre, fondu. Ce soir j'avais le blues de plein d'autres histoires vécues et enseignées et presque l'envie de reprendre le train rejoindre mes amis afin de laisser fondre un peu de douce solitude. Nous le vivons, il est des jours en province où l'isolement se fait sentir, un peu loin des émulations artistiques et des intelligences douces. De nos amitiés intellectuelles.
Paris invivable, nous sommes tous dispersés sur le territoire national.
Vivement reprendre son cheval.
Décapitalisés, dépaysons-nous !

Des liens présentés :
Sur documents d'artistes Bretagne :
http://ddab.org/fr/oeuvres/Pinard
TOMATE :
http://ddab.org/fr/oeuvres/Pinard/Page2
VANDALE
http://ddab.org/fr/oeuvres/Pinard/Page3
TETRAPHOBIE
http://ddab.org/fr/oeuvres/Pinard/Page4
Le retourne (durée 15,39 minutes) > super de l'avoir vue en entier
http://ddab.org/fr/oeuvres/Pinard/Page4
Le blog de Guillaume Pinard
http://unartsansdestinataire.blogspot.fr/
En ce moment son exposition au Quartier (Quimper) :
Un trou dans le décor
http://www.le-quartier.net/Guillaume-Pinard
Son site : http://anthroprophete.free.fr/
Sa galerie :
http://www.galerieannebarrault.com/

J'avais vu Tomate, mais déjà à Sémiose, plus d'éditions de dispos ! À quand la ré-édition ? En ligne ?
Le mot dérivé de "question" est en répétition. Après une journée de "questions" et "questionnements" posées par les étudiants...
Parfois les réponses arrivent en dehors de l'école, mais pas si loin que cela.

Le mot œuvre aussi... Ouvrage sera envisageable pour aller de pair avec l'amateur (celui qui aime et aime encore)

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À écouter : Conversation enregistrée avec Guillaume Pinard dans son exposition au Quartier à Quimper (Un trou dans le décor)