S... (Photographie © Sonia Marques)

"Ce qui est ici en jeu, c'est un type d'enquête consistant à se demander quelles vies sont déjà considérées comme n'étant pas des vies, ou considérées comme des vies ne vivant que partiellement, ou comme des vies déjà mortes et envolées, et ce avant toute destruction ou abandon explicites. Bien sûr, cette question devient très douloureusement tangible pour qui se comprend déjà comme une sorte d'être dispensable, un être qui enregistre à un niveau affectif et corporel que sa vie ne vaut pas la peine d'être sauvegardée, protégée et considérée. Il s'agit de quelqu'un qui comprend qu'il ne sera pas pleuré s'il perd la vie, et donc de quelqu'un pour qui l'affirmation conditionnelle "Je ne serais pas pleuré" est vécue concrètement au moment présent. S'il s'avère qu'aucun réseau social, aucune institution ne me prendrait en charge en cas d'effondrement, alors j'en arrive à relever de la catégorie du "qui-n'est-pas-digne-d'être-pleuré. Cela ne signifie pas qu'il n'y en aura pas certains pour me pleurer, ou que celui qui n'est pas digne d'être pleuré n'a pas de manières d'en pleurer un autre. Cela ne signifie pas que je ne serai pas pleuré à un endroit et pas à un autre, ou que la perte ne sera pas enregistrée du tout. Mais ces formes de persistance et de résistance interviennent toujours dans une sorte de pénombre de la vie publique, faisant occasionnellement irruption pour contester ces systèmes par lesquels elles se voient dévaluées en affirmant leur valeur collective. Alors, oui, celui qui n'est pas digne d'être pleuré participe parfois à des insurrections publiques de grande tristesse, raison pour laquelle il est difficile dans tant de pays de distinguer la procession funéraire de la manifestation. "

(Qu'est-ce qu'une vie bonne ? | Judith BUTLER)

Photographies de Robert Mapplethorpe / Vues exposition Grand Palais par Sonia Marques)

Peinture sacrée (Photographie © Sonia Marques)

Bijoux des hommes (Photographie © Sonia Marques)

Peinture sucrée (Photographie © Sonia Marques)

Soleil roux (Photographie © Sonia Marques)

Soleil jaune (Photographie © Sonia Marques)

Avril (Photographie © Sonia Marques)

A cuca (Oeuvre de Tarsila © 1924)

Soleil bleu (Oeuvre de Kumi Sugaï © 1969)

Qui ? (Photographie © Sonia Marques)

Tulipes oui (Photographie © Sonia Marques)

Volé (Photographie © Sonia Marques)
La raison pour laquelle quelqu'un ne sera pas pleuré, ou a déjà été jugé comme n'ayant pas à être pleuré réside dans l'inexistence d'une structure d'appui susceptible de soutenir à l'avenir cette vie, ce qui implique qu'elle est dévaluée, qu'elle ne mérite pas d'être soutenue et protégée en tant que vie par les systèmes de valeur dominants. L'avenir même de ma vie dépend de cette condition de soutien. Si donc je ne suis pas soutenu, alors ma vie est jugée faible, précaire, et en ce sens indigne d'être protégée de la blessure ou de la perte, et est donc une vie qui n'est pas digne d'être pleurée. Si seule une vie digne d'être pleurée peut être considérée, et considérée à travers le temps, alors seule une vie digne d'être pleurée pourra bénéficier d'un soutien social et économique, d'un logement, de soins médicaux, d'un emploi, de la liberté d'expression politique, de formes de reconnaissance sociale, et d'une capacité de participation active à la vie publique. On doit, pour ainsi dire, être digne d'être pleuré avant d'être perdu, avant que se pose la question d'être négligé ou abandonné et on doit être capable de vivre une vie en sachant que la perte de cette vie que je suis serait déplorée, et donc que toute mesure sera prise afin de prévenir cette perte.
(Qu'est-ce qu'une vie bonne ? | Judith BUTLER)

Jorindas resa (film de Liselotte Wajstedt © Music Video: The Knife © Rabbit Records, 2014

Jorindas resa (film de Liselotte Wajstedt © Music Video: The Knife © Rabbit Records, 2014

Royal Iris (Photographie © Sonia Marques)

Photographies de Robert Mapplethorpe / Vues exposition Grand Palais par Sonia Marques)

Photographies de Robert Mapplethorpe / Vues exposition Grand Palais par Sonia Marques)

De loin (Photographie © Sonia Marques)

De près (Photographie © Sonia Marques)

"Si en effet la résistance doit entraîner une nouvelle manière de vivre, une vie plus vivable s'opposant à la distribution différentielle de la précarité, alors les actes de résistance diront non à une manière de vivre dans le même temps où ils diront oui à une autre. L'action concertée qui caractérise la résistance se trouve parfois dans l'acte discursif verbal ou dans le combat héroïque, mais elle se trouve également dans ces gestes corporels de refus, de silence, de déplacement, de refus de bouger, caractérisant ces mouvements qui promulguent des principes démocratiques d'égalité et des principes économiques d'interdépendance en en appelant à une nouvelle manière de vivre plus radicalement démocratique et plus substantiellement interdépendante."

(Qu'est-ce qu'une vie bonne ? | Judith BUTLER)

Ring (Photographie © Sonia Marques)

Night ring (Photographie © Sonia Marques)

NP (Photographie © Sonia Marques)

BL (Photographie © Sonia Marques)

WK (Photographie © Sonia Marques)

L'amour (Photographie © Sonia Marques)

République (Photographie © Sonia Marques)

NP (Photographie © Sonia Marques)
"J'ai tenté de montrer que la précarité est cette condition contre laquelle luttent plusieurs mouvements sociaux nouveaux ; de tels mouvements ne cherchent pas à surmonter l'interdépendance, ou même la vulnérabilité, lorsqu'ils luttent contre la précarité ; ils cherchent plutôt à produire les conditions dans lesquelles vulnérabilité et interdépendance deviennent vivables. "
(Qu'est-ce qu'une vie bonne ? | Judith BUTLER)

Rose corbeau (Photographie © Sonia Marques)
Merci Judith, merci Paris, merci fabuleux Minya pour ces cadeaux et le soutien.