Birdhouse for a Bird That Is Near and a Bird That Is Far et Title Drawing 1978 Deux éléments
Objet : bois, peinture, métal 70,1 x 94 x 28 cm Dessin: encre sur papier 24,1 x 15,2 cm
Exposition sur Mike Kelley - Centre Pompidou -Paris 2013 (photographies © Sonia Marques)


Le Centre Pompidou présente la première rétrospective française consacrée à l’œuvre de Mike Kelley à travers un parcours d’une centaine d’œuvres réalisées entre 1974 et 2011. Décédé prématurément en janvier 2012, l’artiste américain (né en 1954 à Detroit) a laissé derrière lui une œuvre complexe, protéiforme et dérangeante, puisant tout à la fois dans la culture savante et dans la culture populaire. Après une première étape au Stedelijk Museum d’Amsterdam, cette rétrospective, conçue en collaboration avec la Mike Kelley Foundation for the Arts, sera ensuite présentée au PS1 de New York et au MoCA de Los Angeles. Chaque ville constitue un rendez-vous spécifique puisque chaque présentation est reconfigurée par le commissaire du lieu d’accueil. Ainsi, le parcours de l’exposition au Centre Pompidou s’articule autour des temps forts de la production de l’artiste. Les grandes installations, telle The Poetics Project (avec Tony Oursler), 1977-1997, sont confrontées à des ensembles de travaux plus intimistes, en particulier sur papier, issus de collections européennes et américaines. Des premières performances réalisées à CalArts, la célèbre école d’art de Los Angeles, à l’œuvre graphique d’une richesse étonnante et aux dispositifs spectaculaires dans lesquels l’artiste recourt à toutes les techniques (vidéo, photographie, objets hétéroclites...), le travail érudit et teinté d’irrévérence de Mike Kelley se déploie dans un parcours visuel et sonore saisissant.

Ceci est l'introduction du livret distribué au Centre Pompidou (impossible à trouver sur place, mais accessible en pdf sur Internet) Une chance de visiter cette exposition la veille du concert de The Knife, car dans les deux univers artistiques, je me suis sentie bien à ma place.

Exposition sur Mike Kelley - Centre Pompidou -Paris 2013 (photographie © Sonia Marques)
La salle d'exposition dédiée au centre Pompidou, la galerie Sud est petite pour une oeuvre si généreuse, mais l'espace a totalement été ré-agencé et c'est plutôt réussi. J'ai fait des recherches également sur la rétrospective au Stedelijk Museum d’Amsterdam, car les "House of birds" que j'ai découvertes, dès l'entrée à la galerie Sud, n'étaient pas au complet. J'ai pu ainsi, grâce aux photos, voir les maisons des oiseaux exposées à Amsterdam. Et, c'est une partie de son travail que je ne connaissais pas du tout et qui me parle beaucoup.

Mike Kelley - Bird Houses. Photo GJ.van Rooij

Dans la réalisation de ses maisons d'oiseaux, j'ai vu des différences avec ses travaux suivants. Si elles révèlent les influences de ses professeurs conceptuels, John Baldessari, David Askevold et Douglas Huebler, elles n'en sont pas moins singulières. Même s'il est écrit que son travail, comme beaucoup d'artistes, a seulement commencé à mûrir après avoir terminé l'école d'art et lorsqu'il a été laissé à lui-même, ces oeuvres racontent beaucoup de l'idée de la maison, de la solitude, de la protection et de la transformation d'un habitat, de ses accès. Il y a là quelque chose proche du design, même si Mike Kelley ne s'arrête à aucun domaine, pouvant être un bon graphiste, sculpteur, dessinateur, vidéaste... Et un collectionneur. Un intellectuel, que l'on a souvent taxé d'anti-intellectuel. Et bien, pour reprendre ses propres termes, il existe des académies de fainéants qui écrivent sur les artistes, mais au final, qui fait quoi ? Et j'ajoute, qui pense quoi ?

J'ai lu que des biologistes lors de l'exposition à Amsterdam ont demandé aux programmeurs si l'artiste avait réalisé que dans la cage de son oiseau, se référant au catholicisme avec une petite porte pour la voix la plus dure et une grande pour la voix la plus facile, pour les vrais oiseaux les deux sont faciles. La petite porte est utilisée par les petits oiseaux. Leurs échanges à ce sujet ont continué pendant des jours par courrier électronique. J'ai été bienheureuse de trouver ce petit bout de réflexion. Je me suis dit exactement la même chose en voyant la maison destinée à ces mots écrits au-dessous, que les oiseaux pouvaient rentrer dans les deux. Puis je suis repartie sans y repenser plus.
Mais, il me semble que c'est une clé dans un tel travail, si on réalise que pour les oiseaux, les entrées dans les maisons sont faciles, que l'on soit catholiques ou pas.
Bref, c'est un sujet de réflexion qui enlève l'aspect douloureux attribué au passé de Mike Kelley, car il me plait à imaginer que oui, il y avait pensé et qu'effectivement les oiseaux n'ont que faire de la religion inventée par les humains. C'est un peu ce que j'imagine de son état d'esprit. J'ai remarqué que la grande sculpture intrigante faite de bijoux était également fabriquée à l'aide d'os de seiche et de graines pour oiseaux (réalisée en 2000) d'où son nom en anglais, cuttlebone (os de seiche) Je n'en sais pas plus sur cette belle sculpture, si ce n'est, d'après mon analyse que l'os de seiche s'utilise aussi pour de petites sculptures ou des moules destinés à fondre des bijoux métalliques, outre le fait que je l'utilise pour mes oiseaux, pour l'apport de calcium et autres oligo-éléments dont ils ont besoin.

SS Cuttlebone
2000 Pâte à papier, acrylique, bois, graines pour oiseaux, os de seiche, bijoux, chevalets 185,4 x 269,2 x 111,7 cm.
Exposition sur Mike Kelley - Centre Pompidou -Paris 2013 (photographies © Sonia Marques)

Le 1er février dernier, au Stedelijk Museum d’Amsterdam, ce fut la plus grande rétrospective à ce jour de Mike Kelley, présentée justement après rénovation du bâtiment qui a fait couler beaucoup d'encre (l'architecture), tant par ses dépenses que son esthétique. En sachant qu'elle fut conçue avec Mike Kelley, de son vivant, cela fait froid dans le dos, car il s'est suicidé un mois plus tôt. Avec élégance, mais un brin dans le déni, les institutions écrivent "mort prématurément".

« Il est resté un jeune homme en colère, toujours furieux contre quelque chose, qui voulait mettre en pièces ce passé terne, bigot et contraint de l'Amérique puritaine et sectaire. En même temps, il ne cessait de revenir sur l'enfance, ses rêves, ses peurs.Tout son art est imprégné de cette dualité profonde » explique Patricia Marshall.

« Il avait poussé loin ses études d'art, au Californian Institute of Arts, avec pour maîtres les grands artistes que sont John Baldessari et Laurie Anderson. Il mêlait la grande culture et la culture populaire, les matériaux nobles et les matériaux de récupération, inventant à chaque fois un langage formel. Sa série de poupées tricotées, criardes et déchues était à la fois un rejet de l'enfance et un souvenir d'enfance », raconte cette globe-trotter de l'art.

Elle a découvert Mike Kelley chez un avocat de Los Angeles fou de ses installations hantées, dessins, sculptures, a ressenti un vrai coup de foudre devant «ce langage original, mystérieux, touchant», puis l'a défendu en Europe, inlassablement. Le Centre Pompidou était, dit-on, en train de négocier l'acquisition d'une de ses pièces lorsque la nouvelle de sa mort est tombée. No comment, comme de rigueur. La grande maison parisienne de l'art moderne et contemporain garde confidentielles pareilles négociations. En revanche, l'artiste laisse un «grand vide» chez les commissaires qui travaillèrent avec lui pour l'exposition «Esprits de Paris» et sa pièce «Sonic Process».

« Mike Kelley était un vrai personnage, un artiste à la forte personnalité. Il inventait une nouvelle forme, un nouveau style avec chaque nouvelle idée. Les bannières de rue, les poupées, les formes souterraines, les installations mêlant le spectaculaire, le conceptuel, les rituels et la vie de tous les jours, les vidéos et les performances, il sortait toujours du lot. On ne comprenait pas toujours tout de suite ce que l'on ressentait d'emblée. Il fallait chercher un peu. Mike Kelley défiait le spectateur de l'art », souligne Christine Van Assche, conservatrice en chef, responsable des Nouveaux Médias au Centre Pompidou.

« C'est extrêmement choquant qu'un artiste avec tant de renom, de succès et d'avenir, décide d'en finir ainsi », a réagi à Artinfo son ancienne galerie Metro Pictures de New York.

Mike Kelley, artiste penseur, l'un des plus contemporain et talentueux qui dissèque la mémoire et déterre les moments historiques difficiles, n'avait aucun médium prédilectif et c'est ce qui fait son extrême ouverture, il me semble avec l'aspect psychologique (Portraits, jeune et vieux ici)

La série des peluches cousues, amalgamées, sous le tapis, toutes ces choses interpénétrées, liées les unes aux autres, formant des positions sexuellement provocantes, sont surement la base de son regard sur la marchandise, sur le fait que des personnes se retrouvent souvent avec des objets inutiles et indésirables. Dans la société américaine, les réactions, sur ses oeuvres, ont été très féroces, et cela a été généralement mis sur le compte que Mike Kelley avait eu une enfance perturbée, qu'il était 'foutu'. Et pourtant ces réalisations critiques envers la consommation de masse, 'doucereuses', sont ce qui a fait qu'il est devenu ce que l'on connaît. Un artiste sans peur et sans vergogne, qui se plonge dans des sujets tels que les traumatismes et les pertes de mémoire.

Membre de Sonic Youth, et Jim Shaw, clés de la subculture, avec qui il fonde en 1973 le groupe Destroy all Monsters, (merci mon ami pour le lien ;.) collectionneur compulsif d’objets primitifs et low culture dont celle, qui s’affiche en couverture de la pochette de l’album "Dirty" de Sonic Youth. Il a contribué à exporter la scène californienne et ses sources : la BD, les comics, la musique punk. C’est un artiste majeur de sa génération. Une exposition sur ce groupe a eu lieu, et avec lui, en novembre 2012 et la spéciale édition, Return of the Repressed: Destroy All Monsters, 1973-1977 de Dan Nadel, Mike Kelley. Membres de DAM (Mike Kelley, Cary Loren, Niagara, Jim Shaw)

Ahh... Youth !
1991 Huit photographies Cibachrome 60 x 41 cm chaque
Exposition sur Mike Kelley - Centre Pompidou -Paris 2013 (photographie © Sonia Marques)


Ce qui m'a marqué, dans cette exposition, c'est la place, telle que je l'ai ressentie, sans le lire à priori (puisque pas de livret) de l'éducation. C'est à dire que Mike Kelley s'empare des médiums de mémoire (la vidéo, fausse documentaire, la photo d'archive, les affiches de magasines…) pour exagérer le côté angoissant ou sordide de la morale. Tous les édulcorants sociaux sont utilisés et mimés dans des aspects grandiloquents et burlesques, borderline, comme si nous étions redevenus des enfants et que le monde des adultes prend d'un coup des proportions qui nous rappelle que nous avons bien été des enfants, dominés par le monde des adultes, des grosses barbes et sexes et des peluches et des apprentissages, qui tous deviennent douteux, limites.

L'Educational Complex
de 1995, présente les institutions, ainsi que la maison de sa mère, dans lesquels Mike Kelley a grandi. Tout est d'un blanc immaculé et les espaces entre eux doivent être interprétés comme des blancs de mémoire, des places vides où le traumatisme a pu se produire.

Son père était en charge de la maintenance d’établissement scolaires et sa mère cuisinière au sein de la Ford Motor Company. D'où cette fascination tourmentée pour les institutions collectives et les dérives qui vont avec.
Son érudition artistique et intellectuelle se marie aux rebuts de la culture populaire américaine, mettant à mal les préceptes moraux et les vertus de l'innocence enfantine.

Il disait :

« Je voulais que mon art soit dur à avaler même s'il était bas de gamme, qu'il ne soit pas drôle. Cela vient certainement de mon éducation catholique : tout doit se faire dans la douleur. »

Ses installations multimédia sont souvent multi-facettes et rassemblent les idées de Mike Kelley dans des installations grotesques et des images en mouvement. Le film avec les barbiers transpirants contraste avec les anges blonds de noël en costume, la salle devient vite inquiétante et provoque un malaise. Les expériences cauchemardesques écrasent la vision idyllique d'une société de consommation qui fonctionne à plein régime. Il y a plastiquement, toujours un débordement, très construit, analytique, mais un excès qui n'a que faire des limites. En même temps, il réussi assez bien à synthétiser, à conceptualiser ce qui n'est pas conceptualisable, la dérive des émotions, le malaise, le pathologique. Les masques, les dessins sont proches des esthétiques punks des fanzines mais agrandis à des échelles d'oeuvres d'art. Parfois, les couvertures de mauvais magazines pornographiques sont juste redisposés dans un panorama élégant, faisant une oeuvre visuelle édifiante et critique sur une culture en circulation acessible à tous, de mauvais goût.
Les derniers travaux, et animations restaient prometteuses et actuelles, ses caissons lumineux lenticulaires, ses vidéos... Il n'a absolument pas relié des choses qui auraient pu participer de l'Internet, mais il faut dire, qu'à l'époque de l'utopie virtuelle, il était inscrit dans un circuit capitaliste qui n'absorbait pas encore l'open source.
Je voyais dans ses dessins une relation directe entre les intestins et le cerveau, comme si tout était lié. Même ses bouts de tissus, collés, sont liés. L'interrelation est le principe plastique même de son travail. C'est organique, cela transpire, mais cela reste très graphique, classé, organisé. Les univers, parfois différents selon les années, on peut facilement s'y frayer un chemin rétrospectif, voir introspectif. Certaines vidéos scatologiques et très choquantes, réalisées avec Paul McCarthy, autre artiste sociopathe, je les avais vues lors de l'exposition éponyme  "Hors limites - L'art et la vie 1952-1994 " au Centre Pompidou en 1995, une étape importante de la redécouverte de l'histoire du Happening, de l'event et de la performance. Comme d'autres plus jeunes artistes, enfants terribles et successeurs (Harmony Korine et son film culte "Gummo", la claque lorsque je l'ai vu à sa sortie en 1997…, après son dernier film que je n'ai pas vu de cette année est complètement mainstream nul) il nous offre souvent une plongée en apnée au coeur du cauchemar américain, comme un mauvais rêve éveillé, transgressif dans une Amérique pavillonnaire.
On oublie assez vite, vu d'ici, que cela pourrait s'appliquer à nos banlieues, et que l'identification se fait assez facilement. La seule différence, c'est que la ceinture parisienne est bien scellée et que trop rares sont les personnes réussissant à la percer pour y réaliser des études d'art et ainsi avoir la possibilité de dialoguer avec ses pairs, intellectuellement parlant, autrement qu'à travers des magazines d'art, revivifiant l'art et ses concepts, apportant ses percepts, ce que les jeunes font souvent repoussant leurs plafonds de verre. Pourtant l'énergie et les espaces si singuliers existants dans nos banlieues pourraient être le renouvellement de la bulle cocon du milieu artistique français, si elle n'excluait pas ses enfants terribles des études élitistes, justement, qui ont dû mal à se révolutionner. Mais trop rares aussi, sortent de cette bulle et se déplacent, artistiquement parlant. C'est une différence, qui fait qu'il n'y a pas d'émergence d'autres cultures dans l'art, ici, de mixité, mais aussi que nous devons faire avec l'obsolescence, et les dénis.
Le revers de la médaille, c'est le risque d'être projeté devant dans ce qui devient mondialisé, alors que Mike Kelley fut un certain temps invisible tout en continuant à être si productif. Ces américains...

Kandor 15
2007 Installation audiovisuelle, verre, métal, tubes fluorescents, matériaux divers 243 x 313 x 216 cm
Exposition sur Mike Kelley - Centre Pompidou -Paris 2013 (photographies © Sonia Marques)
Il y a un espace caché que l'on peut manquer, situé derrière une des salles, (comme quoi, le moindre espace de la petite galerie Sud a été utilisé) luminescent et fantastique, comme un laboratoire de textures sensuelles et d'univers métaphoriques sous cloche ou en fermentation, avec des couleurs cosmiques. C'est une surprise agréable que circuler dans ces Kandors, avec une esthétique plus douce et apaisée. Basé sur la ville Kryptonian de l'enfance de Superman, qui a été miniaturisé et capturé dans une bouteille, Mike Kelley a créé des versions différentes qui illuminent la salle avec un éclairage presque magique et une lueur douce. J'ai intitulé ce billet, Forteresse de la solitude, car il est représentatif du parcours de Mike Kelley dans cette exposition post-mortem, et qui fut d'ailleurs le titre choisi de l'un de ses derniers projet (Exploded Fortress of Solitude) à la galerie Gargosian.

La série « Kandors », lancée en 1999, est constituée de sculptures représentant Kandor, la ville natale de Superman sur la planète Krypton. Superman est un extraterrestre envoyé sur Terre enfant afin d’échapper à la destruction totale de sa planète. Cependant, il s’avère que Kandor n’a pas été détruite, mais rétrécit par un adversaire du héros. Plus tard, la ville futuriste est sauvée par Superman et protégée sous une cloche de verre dans son sanctuaire, la Forteresse de Solitude. En examinant les comics de Superman et les représentations de Kandor, Kelley a été frappé par le caractère incohérent de sa représentation permanente. Kelley a ainsi créé Kandor en trois dimensions et a travaillé sur ses variantes. Dans l’exposition de la Gagosian Gallery, Kelley a choisi de dépeindre la forteresse de solitude de Superman comme une sorte de bunker en ruines. La pièce maîtresse Kandor 10B est un tas de roches sombres avec des dalles formant une grotte. Une échelle invite le spectateur dans la forteresse interdite. Au fond de la grotte se situe une ville de couleur rose mise sous cloche. L’exposition comprend également deux vidéos se concentrant sur un groupe de pervers sadiques qui résident dans une grotte comme Kandor 10B, cela rappelle les films d’horreur produits au Royaume-Uni des années 1950 aux années 1970.

Dans l’exposition de la Gagosian Gallery, Kelley a choisi de dépeindre la forteresse de solitude de Superman comme une sorte de bunker en ruines. La pièce maîtresse Kandor 10B est un tas de roches sombres avec des dalles formant une grotte. Une échelle invite le spectateur dans la forteresse interdite. Au fond de la grotte se situe une ville de couleur rose mise sous cloche. L’exposition comprend également deux vidéos se concentrant sur un groupe de pervers sadiques qui résident dans une grotte comme Kandor 10B, cela rappelle les films d’horreur produits au Royaume-Uni des années 1950 aux années 1970.

(extrait de l'article Art media Agency)


La générosité de l'exposition est évidemment celle du travail de Mike Kelley, incroyable producteur. Son association avec Tony Oursler dans l'une des salles, forme une superbe multimédiathèque de formes projetées et de toiles, de projection, de volume, dont on voit la figure de Laurie Anderson, un hommage sans doute à l'une de ses professeures.

mike Kelley, tony oursler
The Poetics Project
1977–1997 Installation Quatorze peintures à l’acrylique sur bois, trois objets/sculptures, onze projecteurs,
six haut-parleurs, un orgue de son, un CD audio, onze bandes vidéo de 5’ à 226’, couleur, son.
Exposition sur Mike Kelley - Centre Pompidou -Paris 2013 (photographies © Sonia Marques)


Extrait du livret du Centre Pompidou :

L’exposition s’ouvre sur les premières performances de la seconde moitié des années 1970, réalisées du temps des études de l’artiste à CalArts, et dans lesquelles l’humour et la dimension sonore sont omniprésents. Cet intérêt pour le son et la culture musicale populaire se retrouve avec l’évocation du groupe punk rock que Mike Kelley fonde avec Tony Oursler en 1977, The Poetics, dont l’histoire, restée confidentielle, est remise en perspective dans une magistrale installation présentée initialement à la Documenta X de Cassel en 1997 puis acquise par le Centre Pompidou. La réhabilitation des histoires « mineures » est l’un des thèmes essentiels du travail de Mike Kelley. Une importante section de l’exposition est consacrée à ce qui rendra Mike Kelley célèbre - non sans un parfum de scandale – au début des années 1990 : la série d’œuvres intitulée Half a Man. Elle comprend de grands dessins de parties du corps (poumons, intestins, cerveaux...) associés à des dessins de sacs poubelles ou de poupées de chiffons, ainsi que des petits tapis tricotés, au sol, mettant en scène animaux en peluche trouvés ou poupées rembourrées faites main. Mike Kelley y fait dialoguer les registres psychologiques et artistiques, le régressif et la critique du minimalisme.
Une autre section s’articule autour du thème de l’éducation, avec en particulier Educational Complex, gigantesque maquette blanche constituée de la somme des établissements scolaires qui ont jalonné la vie de Mike Kelley. Les parties lisses, où l’architecture n’est pas détaillée, correspondent aux zones que la mémoire n’a pas su restituer, symptôme, selon l’artiste, de l’occurrence d’un traumatisme.
La question de la mémoire refoulée et la création de souvenirs écran innerve tout un pan du propos de Mike Kelley, depuis cette œuvre majeure jusqu’aux installations du corpus Day is Done, fictions créées à partir d’images d’activités extra-scolaires de lycéens ou d’étudiants, telles les fêtes déguisées ou autres rituels compétitifs hors norme. Le parcours s’achève sur une salle consacrée à un ensemble autour de la série Kandors, inspirée par la ville mythique de Superman. Mike Kelley a décliné les représentations multiples de la cité fictive sous d’innombrables formes, depuis les grandes installations lumineuses jusqu’aux microcosmes colorés.


Dans une interview filmée de lui, réalisée en 2010, sur la définition qu'on lui a trop souvent donnée, le "bad boy" il se défend, mais très calmement, comme plutôt un grand-père, que l'étiquette du mauvais garçon qu'il n'a jamais été ou représenté.

Son art prend ses sources dans l'art populaire et la culture des masses inférieures et s'il a été critiqué souvent dans un moment de son parcours sur ce fait, d'être un col bleu, il a atteint une renommée internationale et est devenu une icône, par sa disparition tragique également et ce que cela soulève dans l'utilisation de son oeuvre. On peut donc en tirer philosophiquement leçon, disons pour les artistes, car pour le système, la machine capitaliste ne réfléchie pas en termes philosophiques. Comme il l'explique, le genre de réalisation qu'il présente aujourd'hui, n'avait pas sa place il y a une quinzaine d'années dans les galeries de New York. Cela a bien changé, de l'underground, de ce qui était montré comme négatif, il est passé à l'artiste le plus demandé et cela n'est pas sans difficulté, sans pression. Comme il le dit, à présent, chaque galerie a son truc, du négatif c'est devenu positif d'avoir un truc comme ça. Les conversations de fainéants sont une académie lorsqu'il s'agit de qualifier un travail artistique qui passe du rejet à l'adulation en quelques années. Et j'imagine que ce n'est plus la même bataille que de voir des milliers de petits Mike Kelley, exposant des réalisations proches du kitch, très à la mode dans de chics espaces. Tournicoti dans la tête.

Surnommé le Marcel Duchamp de la Californie, l'artiste, lunatique, mélancolique depuis des mois et fortement ébranlé par une rupture sentimentale, s'est suicidé en associant gaz et somnifères. À 57 ans, sans famille ni enfants, laissant une lettre-testament. Retrouvé mort dans sa baignoire, il était sur le point de réaliser et participer à plusieurs grandes expositions…

Voici les grands titres lors de sa disparition. Sa dernière interview parlait bien de son souhait de faire une pause, d'arrêter de faire de l'art ce qui évidemment devait déplaire à tout un système qui vivait bien de son art. J'imagine le luxe qu'il s'est permis, de partir, le carnet alors rempli de commandes, qui ne semblaient pas l'aider à survivre. Bon, il ne nous reste qu'à jeter notre carnet de commandes, afin de mieux penser ce système (et même le carnet de commandes vide ;.)

Aussi quelques phrases lâchées ici qui expriment une lassitude :

« J'ai travaillé sans arrêt pendant des années et des années, et maintenant je ne suis pas d'humeur à faire de l'art. Je suis en train de ralentir .... Je veux juste arrêter pour plusieurs années ».

Sur sa famille il raconte :

« Ma famille ne m'a pas soutenue dans mon intérêt pour les arts. Mes parents étaient tous les deux vraiment contre cela. Mon père m'a pratiquement désavoué .... Dans ma famille, l'art était considéré comme ce que les communistes et les homosexuels ont fait .... Alors j'étais un martien. Un martien, un coco, et un pédé ».

Il a quitté sa maison pour faire de longues études d'art, déjà tout jeune, être artiste, sinon il devenait fou, il allait mourir, dit-il. Il a choisi l'art, car à l'époque, choisir d'avoir une vie d'artiste c'était ne pas réussir. C'était donc un métier qu'il a choisi spécifiquement car c'était un échec dans son contexte. C'était donc déjà un choix suicidaire, mais il a trouvé sa voix. On peut comprendre qu'à un moment où ce métier devient une réussite, pour lui, proche d'une retraite (que les artistes n'ont pas), c'est un processus inversé au final qui opère. Comme beaucoup d'artistes préssurisés à la course aux expositions (seulement une poignée en vivent), l'engagement diffère tout de même, et il faut subsister avec ses souvenirs, puiser dans sa mémoire, à moins d'être avalé sur commande. Les artistes dans son passé (proche) étaient vraiment rebelles et iconoclastes, pas des marionnettes axées sur leur carrière, comme l'explique sa dernière interview. 

« J'étais intéressé par la culture hippie anarchiste à Detroit d'Ann Arbor, dont le White Panther Party Ils mettaient des concerts et des lectures de poésie, ils ont écrit des manifestes sur l'ampleur capitaliste, j'ai lu les écrits de John Sinclair, et je me suis dit, ces gens sont comme moi, je ne suis pas fou! » 

Il a exploré l'avant-garde et a été profondément influencé par Dada.

« J'ai décidé que je devais être un artiste comme ça ou un écrivain. J'ai été particulièrement inspiré par les écrits de William Burroughs ». 

Plus jeune, il a trouvé un mentor dans une de ses écoles d'art, qui était homosexuel, enseignant enfermé, au placard, comme on dit, donnant des cours d'artisanat, ce qu'il ne faisait pas dans la réalité. On n'était pas autorisé à enseigner dans une école publique à l'époque, étant homosexuel (un autre de ses professeurs dans la même école publique était, selon ses termes, "un vrai mec macho, ses peintures ressemblaient à celles de Francis Bacon") C'est donc l'autre enseignant placardisé qui fut son père de remplacement. Et lorsqu'il a gagné un prix artistique et qu'il a dû le chercher, lors de la cérémonie, tout le monde a ri quand il a présenté son tuteur, car tout le monde était censé être là avec ses parents.

Un journaliste lui demande s'il était issu d'une famille dysfonctionnelle. 

« Toutes les familles nucléaires sont dysfonctionnelles, c'est ma conviction », lui répondit-t-il. 
Puis il s'arrêta. 
« Ma famille n'était pas dysfonctionnelle dans le sens d'avoir été battu ou maltraité, mais ma mère était une maniaque du contrôle complet. Elle voulait contrôler la vie de chacun, et elle a causé beaucoup de dégâts psychiques. Je dirais que ma mère était une mère phallique, et mon père était juste à l'arrière-plan ».
Son parcours donc est à revisiter, était-il voué aux restrospectives ? Avait-il déjà décidé qu'il avait dit tout ce qu'il avait à dire ?
Il travaillait sur un long projet très personnel (Mobile Homestead). Au départ, souhaitant racheter sa maison d'enfance à Détroit pour en faire des labyrinthes et jeux de donjons au sous-sol, sans le montrer au public, tout a évolué. Le propriétaire ne voulait pas la vendre et autre contradiction à gérer, un gros mécène a souhaité soutenir et financer son projet pour en faire une grande exposition, ce qui lui a fait changer tous ses plans jusqu'à reproduire sa maison. Puis elle est devenue nomade. Tout est là dans ses dessins à dessein, et des vidéos ont été réalisées, autobiographiques donc. À quelques jours de sa mort, il y travaillait encore. 

Mobile Homestead est le premier projet public de Mike Kelley qui sera installé de manière permanente dans sa ville. Réalisé avec le support de la LUMA Foundation et en collaboration avec le Museum of Contemporary Art Detroit (MOCAD), ce travail est aussi le premier projet d’art contemporain spécialement commandé pour le centre-ville de Detroit. Il y a quatre ans, le promoteur d’art public anglais Artangel contactait l’artiste pour démarrer une collaboration. Le projet en résultant est la première commande d’Artangel aux États-Unis. Cette œuvre est basée sur la maison d’enfance de l’artiste, à Westland, dans un quartier proche des trois grandes usines automobiles du pays : Ford, Chrysler et General Motors. La reproduction de sa maison d’enfance en mobile-home, commença son périple le 25 septembre partant du parc du MOCAD jusqu’à la véritable maison d’enfance de Kelley, dans la banlieue de Detroit. Le trajet passe par des lieux symboliques, comme l’ancien quartier irlandais et le musée Henry Ford. La maison qui voyage est également l’occasion à des œuvres caritatives et sociales. Le voyage du 25 septembre a ainsi permis de récolter de la nourriture pour le compte de diverses organisations communautaires. Le projet sera complètement terminé en 2011, lorsque le mobile-home sera rattaché à une reconstruction adaptée de la maison de Kelley qui devrait fonctionner comme un espace communautaire. 

Une maison blanche entreprend un voyage dans la banlieue de Detroit. Cette maison mobile pourrait être celle de Barbie. C’est en réalité la réplique à l’échelle 1:1 de la résidence familiale où Mike Kelley a passé son enfance. Tractée par un camion depuis plus d’un an, elle relie la ville de Détroit où l’artiste réside actuellement, à Westland, banlieue voisine où il a grandit. Traversant les différentes communautés qui entourent la ville, elle terminera son voyage courant 2011, posée, comme un double imperceptible, à côté de la maison originale des Kelley.

*

Je pense qu'il avait trop travaillé et que sa dépression fut niée afin qu'il produise toujours plus.
Ou bien, sa maison à oiseaux fut enfin libérée... RIP.
Moralité, les artistes, même jeunes, peuvent également prendre leur retraite plus tôt, comme les athlètes. C'est curieusement ce que j'ai pensé faisable pendant mes trentes années, penser autrement, réaliser autrement, vivre mieux. Cour-circuiter, sans escamoter son parcours alternatif.

ᕙ(`▽´)ᕗ

Ces jours-ci, Paris était sous un ciel bleu, les gens détendus mais nombreux. Le moindre mètre carré de verdure était pris d'assauts, les parcs avec des tas de personnes couchées, assises, les bordures du canal St Martin au touche-touche, comme si les appartements avaient été évidés et que tout le monde était dans la rue, d'où la fermeture à la circulation des voitures des rues adjacentes à la rive. Tout est devenu touristique, même une péniche, qui est disproportionnée par rapport au canal plus étroit, canauxrama, circule faisant ouvrir les écluses et attirant nombre de touristes. Je n'ai pas connu cela, au temps des thés à deux balles désaltérants dans les restaurants asiatiques, il y a une quinzaine d'années. À présent, nombre de boutiques de mode vous ferait hypothéquer votre salaire si vous habitiez dans ce quartier. Mais je ne peux qu'imaginer bêtement que les habitants ont également des places réservées aux concerts si rares de musiciens nordiques (Bouhhhh) Je préfère me tromper, puisque j'y suis allée, mais venant d'une région qui me permet de vivre décemment, chichement, mais un peu plus dignement.
Je n'avais jamais visité vraiment la Gaîté Lyrique, espace de cultures numériques, pourtant j'ai assisté directement à une conférence au sous-sol, sans prendre le temps pour moi de me balader un peu dans les étages supérieurs. Aborder topologiquement un espace, c'est bien mieux le saisir que partiellement ou via Internet, se faire son propre point de vue. C'est un espace très agréable, où l'on peut se documenter sur effectivement les cultures numériques en passant par l'architecture, les mots, les codes, le texte, les mangas, les catalogues d'exposition, où l'on peut avoir une connexion sur Internet, bref, le tout au calme, ce qui, à Paris, est plus que recommandable. J'avais informé les étudiants de l'école de Quimper de l'arrivée de l'exposition sur les Monstres de mode, sur le sujet de mon workshop, sans avoir pu la visiter (Karine nous a montré des photos) Après pour les concerts ou les manifestations, je ne sais pas, le lieu se cherche et de ce que j'ai pu en voir, ce n'est pas encore très libéré côté exposition-conférence artistique, un peu coincé comme approche, ou trop scolaire. Je l'imagine plus conçu pour des journalistes, ou des professeurs ou étudiants dans ces sphères digitales, noter quelques trucs sur son pad et se divertir le soir en concert. Ou boire un café tranquille, histoire de piocher dans les flyers de la capitale et des catalogues d'exposition en consultation, partager de l'information. Mais la création ne se situe pas là, évidement, parfois elle se suffit, sans information.
In fine, la création ne se situe-t-elle pas dans les connexions réalisées entre nos voyages, nos déplacements, nos aventures plutôt que dans les choses à voir ? Mais encore faut-il pouvoir les partager, c'est peut-être ce qui fait avancer la réflexion, et reculer nos préjugés. BaDaBadada.

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Canal St Martin / Exacompta / Langue de chien -Paris 2013 (photographie © Sonia Marques)

Gaîté Lyrique -Paris 2013 (photographie © Sonia Marques)

Jardin des plantes -Paris 2013 (photographie © Sonia Marques)

KIWAÏDA in front of the artwork of Mike Kelley "Memory Ware Flat #18" at the Pompidou Centre and the REDPANDA at the botanical garden in Paris
(photographie © JD & Sonia Marques)

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