Thomas Azier (photographie de son site Internet)

Clip vidéo : Red Eyes

(directed by Sander Houtkruijer and Imri Kahn, cinematography by Lauro Cress)


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She could never be closer
And ever closer then tales can tell
But i can't fail
She could never be closer
And who's the one who casts the spell
Oh I can't tell
Pieces falling in the games we play
And even castles couldn't get away

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Clip vidéo : Angelina

(Directed by Sander Houtkruijer, Cinematography by Lauro Cress, Produced by Daniel Franke)

Le printemps de Bourges 2013. Entre deux journées, 10 degrés de différence. Du contraste, l'étude de nouveaux sons électroniques, ou bien des ramifications, des pairs, des grands-pères, des histoires d'Afrique, de varan, de la deglet nour arabe, les doigts de lumière, des palmeraies et des déserts... Merci René, la jonquille et merci le poussin, sacré tandem berruyer. Une belle journée, un temps délicieux et très ensoleillé d'été et un lendemain très froid et complètement pluvieux non stop, d'hiver. Mais nous sommes au printemps, celui de Bourges et des festivaliers. Je découvre l'ambiance côté scène électronique. Quelques morceaux écoutés, des concerts sélectionnés, des désirs de voir et écouter, Tomorrow's World, le nouveau couple Jean-Benoît Dunkel (moitié de Air) et sa sirène, Lou Hayter (claviériste de New Young Pony club) dont l'album et un clip en plein phare femme fatale, une bande son idéale et langoureuse pour un road movie, aussi le désir de voir en vrai la belle Mesparrarow, mademoiselle moineau, celle qui a fait une école des beaux-arts et s'est échappée à Londres, dont j'ai apprécié écouter son singulier album "Keep this moment alive" tout en voix et échos, son clip de miroir, aussi un Lescop qui s'annonçait très revival années 80, une voix à la Étienne Daho, le chouchou des castelroussins…

Mais avant la balade des marais de Bourges. Incroyable territoire, paisible et enchanteur. Les pommiers blancs en fleurs.

 

Lou Hayter, du groupe Tomorrow's World, fondé avec Jean-Benoît Dunkel (photographies © Sonia Marques, au Printemps de Bourges 2013)

Clip vidéo : So long my love

(Starring : Jean-Benoît Dunckel & Lou Hayter, Produced by Prototyp Recording, Producer : Jean-Benoît Dunckel, Director : James D. Kelly)

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it breaks my heart to let you go
you were the man that i’m in sorrow
too much love drivin’ me away
too much love can feel like pain

don’t cry for me and you
if i could mention how i ..
so long, my love
so long, my love

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Nous étions dans le noir debout, assis. Qui allait passer après qui d'autres ? Quarante minutes chacun. C'est serré, c'est minuté, difficile d'être dans l'improvisation, totale en osmose avec un public… Mais qui est ce public ? Je vois des tas de personnes avec des badges, des hommes middle age, des bruns, la barbe, sur un petit ventre, sous le tee shirt noir, buvant une bière. Qui sont-ils, tous les mêmes ? Des journalistes et des photographes, des personnes à l'entrée gratuite, des blasés, bandes de copains. Surement ont-ils l'habitude depuis tant d'années, de voir et d'écouter. Ils se connaissent tous. Pourtant il y a peu d'articles de fond sur les groupes et musiques entendues, sur ce qu'il s'y passe. Quelques lignes par-ci, par-là, parfois complètement inventées. Alors que font tous ces gens introduis ? De mon côté, c'est l'initiation, mais pas tout à fait débutante dans l'écoute et les sons et les styles. On m'ordonne de boire ma bouteille d'un litre à l'entrée de la salle, sous peine de ne pas rentrer. Je glougloute la totale. Le lendemain, on me consigne mon petit appareil photo dans une grosse malle, toujours la même femme un peu forte, un peu pas heureuse. Elle est agressive. Tous les photographes rentrent gratuitement avec leur énorme appareil photo qui mesurent des kilomètres et jouent des coudes pour mitrailler les groupes qui se succèdent, comme s'ils tuaient les artistes. Tout le monde rentre avec son téléphone portable, fait des photos et des films. Elle ne confisque pas les téléphones, mais la grosse femme me consigne mon appareil, de fortune. Car un téléphone portable c'est fait pour téléphoner et elle doit appliquer les consignes de sécurité. Le jeune homme doux, gardien de la malle, se montre plus compréhensif. Je le récupère discrètement plus tard. J'imagine à cet instant le nombre de délit de faciès qui interdisent de passer des portiques de sécurité, les boîtes de nuit, les entrées de bars et de cafés, de ciné-concert, où des vigiles, hommes ou femmes, des brutes épaisses, sélectionnent eux-mêmes celles et ceux qui ont le droit d'entrer, d'écouter de la musique, fouillent ou pas les sacs, tâtent les corps, palpent et questionnent toutes les personnes qui ont déjà payées leurs places, c'est une donnée, qui, aujourd'hui n'est pas décrite, mais apporte sa note colorée ou pas.

Alors, on comprend que c'est un système, que les artistes sont aussi minutés, qu'ils ont tous un bracelet au poignet avec un numéro, qu'ils sont surveillés dans leur show, que rien ne doit dépasser, surprendre, dans leurs petits mètres carrés. C'est là où l'on se dit que beaucoup doivent perdre leur fraîcheur… S'exprimer et offrir sa voix, qu'elle soit subtile, volatile, puissante, cassée, nappée… devient un exploit dans ces freins policiers.

Voici Mesparrow, timide qui s'est enfumée. On ne la voit pas bien, mais elle chante déjà a cappella. Son album, Keep this moment alive, est sorti en mars dernier. Elle a participé également à la 16e édition du festival Les femmes S'en Mêlent, qui célèbre la scène féminine indépendante. Là j'entends des influences de Cat Power, évidemment, à son clavier, lentement, la voix un peu cassée, l'ambiance intime. Des sons presque de jungle, d'oiseaux, d'instruments de musique, à elle seule. Un peu de CocoRosie aussi là-dessous, sans les maquillages trans/genre. Elle fait tout, toute seule et passe rapidement du clavier aux baguettes à sa pédale à effets, avec des gestes mesurés, paramétrés, l'énergie rentrée. Elle ne se déploie que furtivement et rentre se cacher de nouveau dans sa bulle où tout est calibré. Une grande maîtrise, un classique un peu fantaisiste, mais très réservé, une voix grave et pleine de volonté.
Mesparrow déroule tout son programme, fidèle à l'album, quasiment aucune différence. On l'écoute chez soi, on l'écoute sur scène, cette jeune femme orchestre pare à tous changements. La fumée se dégage, on l'aperçoit, elle va vite et chante son répertoire enfilant ses titres et n'attendant pas les applaudissements. Elle semble, elle aussi appliquer les consignes, il faut faire vite et bien, elle enchaîne, c'est vite et bien. Elle remercie le festival et celles et ceux qui l'ont aidé, en oublie le public. Ce n'est pas grave, on la retrouve le lendemain, docile pour des signatures à la FNAC, refaire tout son répertoire et s'octroyer 2 chansons en plus, 2 reprises, dont la dernière, a cappella, nous donne l'impression qu'elle s'énerve enfin, qu'elle répond, ce qu'elle n'a pas pu faire la veille au festival minuté. Elle déborde, teste un peu le public, ralentit et fait une sorte de performance, mimant l'endormissement. J'entends là des influences de Laurie Anderson, mon artiste favorite, américaine. Mais toc, toc ! On est à la FNAC ! C'est courageux de faire son petit théâtre intime au clavier devant les clients de la FNAC, les passants à la recherche d'un bouquin, d'une souris d'ordinateur ou d'un DVD. Mais c'est pas beau un gros logo au dessus de soi, sur une belle voix. Moi cela me gène beaucoup. Un album dédicacé et hop, je la retrouve aux toilettes le lendemain lors d'un autre concert, en festivalière, avec son sac du festival Les femmes S'en Mêlent. Oui parce que la salle d'un concert de ce festival, tout comme l'entrée gratuite à tous les hommes barbus munis d'un flingue, l'appareil photo, ne possède qu'un seul toilette pour femme !!! Un seul !!! Et deux pissotières devant. Les personnes qui ont pensé ces agencements, doivent avoir des idées bien reculées sur la vie/talité...

J'ai trouvé une petite vidéo, Intoxicate me, qu'elle a fait en 2005, depuis les beaux-arts de Tours, une parodie de Britney Spears ("Toxic") que je trouve très intuitive, ludique, décalée. Une amorce de son laboratoire artistique en gestation.

Mesparrow (photographies © Sonia Marques, au Printemps de Bourges 2013)

Clip vidéo : Locked in my Thoughts

(Music Vidéo by Pascaline Blanchecotte)

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I feel as if I was locked in an hospital
Leaving everything through a window
Because every morning, when I wake up in my large bed
It is impossible for me to stand up on my legs

I don’t know if my dreams are under control
but i can’t extract my body from this dark hole
and every movement I try to do
is a river of dark thoughts pulling me back from the real

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Bio :

Mesparrow est Marion Gaume. Une jeune femme originaire de Tours, qui s’est trouvé un nom d’artiste, ou plutôt de plume («sparrow » = « moineau »), idéal pour une chanteuse prête à s’envoler. Au départ, elle se faisait appeler Miss Sparrow, Mademoiselle Moineau. Mais Marion n’est pas la môme Piaf (même si, petite, elle se rêvait parfois en chanteuse de rues). Et elle n’aimait pas les trois « s » dans Miss Sparrow. Du coup, elle en a enlevé deux, mais elle a gardé les ailes, la Tourangelle. Mesparrow, « moi Moineau ». Dans Mesparrow, il y a aussi « arrow », la flèche. Suivez-là du regard, et surtout des oreilles : elle sort son premier album, elle est sur le point d’atteindre la cible, en plein dans le mille, après une trajectoire en boucles…
 
Marion est devenue Mesparrow lorsqu’elle était aux Beaux-arts de Tours (après cinq ans d’études de piano, de chant et quelques groupes de rock au collège-lycée). Normalement, aux Beaux-arts, on n’apprend pas la musique. Mais il n’est pas interdit d’en faire. « Je me suis demandée si je devais choisir entre l’art et la musique. Et je me suis rendue compte que plein de choses étaient liées». C’est donc pendant son cursus universitaire, et dans les soirées étudiantes, qu’elle commence à présenter des performances voix/vidéo. « Des choses très courtes, avec ma pédale de boucles et un micro. Je superposais des respirations, des sons abstraits. En fin d’études, j’ai animé une chorale dont j’étais la seule chanteuse, avec des images de mon visage en boucle et des couches de voix. C’était le vrai début de Mesparrow ». Le moineau déploie ses ailes, puis migre à Londres. « Je voulais juste vivre là-bas, et parler anglais. Je me suis retrouvée en coloc avec des gens que je ne connaissais pas. J’ai commencé par m’enfermer dans ma chambre avec un ampli et ma pédale de boucles. Je fais tout à la voix, quand j’entendais une guitare ou une batterie, je les faisais à la voix. Les chansons sont venues comme ça ». Marion finit par sortir de sa chambre. Elle rencontre des musiciens, fait ses premiers concerts, rejoint la petite communauté anti-folk du 12 Bar Club de Soho. Elle apprend, elle prend de l’assurance, elle rôde son live. Elle tourne un peu, mais aussi en rond, sans le sou. Au bout de deux ans, retour à Tours, où tout va s’accélérer. Sur la foi de concerts tourangeaux impressionnants – seule sur scène, avec son clavier, ses boucles et sa chorale fantôme – elle est programmée au Printemps de Bourges, puis au Chantier des Francos à la Rochelle. Mesparrow n’est plus seule, elle a quitté son nid : elle emballe le public et les médias sans avoir sorti un seul disque, par l’intensité magique de ses concerts uniquement.
 
« En général, les artistes sortent un disque et sont attendus sur le live. Moi, c’est le contraire ». Ça valait le coup d’attendre. Mesparrow a enregistré son premier album au studio Black Box, près d’Angers. Les chansons sont celles de la scène, adaptées à l’enregistrement. « Le live, c’est toujours en évolution. L’album, c’est un vrai tournant, il fallait figer les chansons, c’était compliqué pour moi. J’ai donc gardé la ligne directrice de ma musique : la voix en boucle. Puis j’ai ajouté des instruments. Mais des ambiances, des textures, plutôt qu’un gros son de groupe ». Pour habiller ses chansons, Mesparrow fait appel à Thomas Poli (instrumentiste), musicien du groupe Montgomery (et occasionnellement guitariste de Miossec ou Dominique A). Et François, de Frànçois & The Atlas Mountains, est passé pour un beau duo chanté en français.
 
Mesparrow aime Billie Holiday, Barbara, PJ Harvey, Shannon Wright, les Doors, Cat Power, Patti Smith, un album de chants Inca et tout un tas d’autres choses. Mais ça ne s’entend pas forcément. Ce qu’elle partage avec ses idoles, c’est une personnalité musicale singulière, le goût des expériences, une voix qui transporte les émotions. Du coup, les étiquettes ne collent pas sur ses chansons. C’est de la pop au sens large. De la musique d’aujourd’hui, avec une histoire qui remonte au gospel, au cabaret et au vécu. C’est de la soul blanche, de la musique du corps, qui vient des tripes, remonte et s’affine le long des cordes vocales. Cet album, c’est autre chose que le live, mais c’est beaucoup plus qu’une cage dorée pour les chansons indomptables de Mesparrow. C’est un moment important, qu’elle veut garder en vie, Keep This Moment Alive.

Après Melody's Echo Chamber, avec I Follow You. Un air de déjà vu. Difficile d'apprécier le sable et les cheveux salés sucrés, l'ombré hair ou tie & dye lorsqu'il pleut dehors. Un festival au bord de mer serait approprié, mais sans consignes. Pop et psychédélique, hippie bohème, Melody Prochet a 26 ans. Cela m'a fait penser à un genre d'Endless Summer, plage de surf australienne, eau lumineuse, que j'aurai sans doute savourés dans un autre lieu. Mais les chansons s'enchaînaient avec peu de variation sonore, toutes dans la même intensité. Je ne sais si le côté minuté du festival empêchait les artistes d'improviser, mais la plage était bien loin. La caverne noire n'avait pas de pitié pour les pieds nus.
Puis sont arrivés les imprévus. Les membres danois, du groupe Efterklang, libres, partageurs, amusants, joueurs, malicieux, communicatifs, quelque chose qui passait, simplement. Musique aux jeux multiples, jeu de scène ample, de la maturité, du voyage. Casper Clausen avec sa voix velours un peu Tinderstick, sans le côté nasillard, mais aussi terriblement charismatique, laissant de grands espaces vides mélancoliques pour se libérer de la salle, du chronomètre. Cela créé de suite une autre dimension, on prend la route, on s'évade, là oui, on s'évade, on s'improvise soyeux, distant et très présent, il ne nous lâche pas. Superbe voix aérienne. Avec Katinka Fogh Vindelev, il entame des dialogues captivants aux voix perchées. Les instruments divers attrapés au vol avec une nonchalance désarmante forment ce que l'on croit d'improvisé. Freeform-jazz, percussions, montagnes, Leonard Cohen, Lou Reed, Sigur Rós. Ce groupe de rock indépendant originaire de Copenhague existe depuis 2000. C'est leur quatrième album (Piramida) qui est en tournée. Majestueux bravo !

Casper Clausen, du groupe Efterklang (photographies © Sonia Marques, au Printemps de Bourges 2013)

Clip vidéo : Sedna

Le vidéoclip de 'Sedna' est créée par le photographe Brüssel l'artiste Hana Miletic et édité par Jesse Van Bauwel. Il présente une collection de portraits vidéo de jeunes adolescents au cours de l'été 2012 dans un parc (populairement appelé Zrinjevac) dans le centre de Zagreb, en Croatie. Pendant des années, le parc est devenu le lieu favori pour trainer, pour autre jeunesse locale, durant les mois d'été, quand l'école est finie et que les parents sont en vacances à la plage. Chaque soir, les enfants se rassemblent, font de la musique, tombent amoureux.

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Your ways
Tipping me over
Darkest woman
Taking all

Your ways
Taking me over
bottom talked to the hook

I'll let him
I'll fall

You spend the night
without love

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Le groupe est composé de 3 amis d'enfance Mads Brauer, Casper Clausen et Rasmus Stolberg. Des gens talentueux rejoignent le groupe comme Martyn Heyne (piano, guitare, chant), Tatu Rönkkö (batterie), Katinka Fogh Vindelev (piano, chant) avec des orchestres symphoniques complets. Efterklang a sorti son 4ème album «Piramida» en septembre 2012. Depuis le mois de décembre 2012 Efterklang est en tournée.

Le lendemain, Thomas Azier débute tout en force douce, envoûtant, encore une surprise ! Telle la photographie choisie en haut de cet article, Azier illustre bien l'expression de la voix, dans un contexte qui l'en empêche. Il sort, elle émerge de loin, sa voix, et il l'envoie, il nous l'apporte, un peu par surprise. Stylé, aquilin, mes souvenirs d'une vague berlinoise, je ne me suis pas trompée, il vit à Berlin après avoir quitté ses Pays-Bas. Électro-pop et profond, le public un peu sage se déchaîne. Une jeune femme enlève ses vêtements et les place sur la scène pour danser, en l'adulant comme si elle l'avait en poster dans sa chambre. Elle se tortille et lui lance des mots passionnels en anglais, comme si c'était enfin le petit prince qu'elle attendait depuis le début du festival. Il marche le long de la scène et s'adresse directement au public, marche sur les vêtements déposés délicatement, comme un animal qui rode sur sa scène en nous scrutant. Il nous montre du doigt, a le souhait d'en dire plus et de dépasser le temps, il nous entraîne. Le batteur est complètement déchaîné et rigolo, un contraste, moins médusant, mais participatif à fond les manettes à chaque battement de ses baguettes, punk mais nounours grand sourire, il fait sa maman cuisine les casseroles et des gouttes tombent de sa tête chancelante, tandis que le garçon angélique et scénique mime l'homme hypnotisant obscur. Le claviériste est discret et élégant. Thomas Azier est à couper le souffle, s'arrête froidement et lance ses cris sensuels, sur des mélodies interminables sinusoïdales qui traversent la salle. Il rentre directement en communication avec nous, assisté de ses basses profondes et des battements de tambour, il nous interpelle. De l'émotion, il veut. Là encore de l'espace s'installe, donne du volume, met en valeur le public qui se terrait dans le noir, nous sommes illuminés, par le futuriste aux yeux métalliques, un peu rétro, dans le sens où Depeche mode, ou Duran Duran se réveillent sous nos yeux ébahis devant ce jeune de 25 ans. Mais j'y ai vu plus un peu de Koudlam, que j'aime beaucoup, dans l'énergie, la démesure. Vidéos réussies, la cave de la salle se transforme en une virée nocturne. Cela me rappelle beaucoup de choses du début des années 90, issues des années 80, les photographies de Wolfgang Tillmans, son look, son style versus 2013, chemise à motif qui casse le glacé des belles bottines noires et le bombers urbain, la coupe étudiée... Une gravure de mode qui sait jouer avec son côté androgyne. Passer après, dur dur...

Tomorrow's World, j'avais bien aimé l'album sorti il y a peu, à l'écoute tout semblait présager d'un envoûtant scénario. Entre temps, les techniciens s'affairaient avec une pression chaotique à changer les lumières et nettoyer la scène, avec des tests sonores qui m'ont fait deviner que la voiture et le Driiiiiive de Dunkel n'étaient pas loin. Mais c'est Lou Hayter qui la conduit... dans le clip. Il faut dire que l'ambiance cinématographique de Lynch peinait à séduire le public qui venait d'être hypnotisé par l'aigle Azier, tétanisant. N'envoûte pas qui veut, même avec une robe de naïade, sequins multicolores. Il faut avouer que lorsque la sirène arrive, moulée, après le passage de son petit roi qui la surveille, nous sommes bouche bée, comme le rôle le veut bien. Mais quelques différences, entre l'album et le live. Il y a des moments comme ça, où ce n'est pas le moment. Nous avons attendu "Pleurer et chanter" comme promis, puis nous avons pleurer sans chanter car la chanson n'est pas venue, comme promis. Quelques problèmes de sons n'ont pas laissé de bonnes notes face à un public qui somnolait, pas assez contemplatif ni planant, dans l'esprit. Tandis que la belle, un peu coincée, nous allumait tous. Superbe plastique à faire des images. Je me suis amusée dans les couleurs... Nous étions avec eux, les soutenant, mais elle était ailleurs et peut-être attendait-elle que cela passe plus vite, même si la lenteur est l'apanage des sons de Air, que j'affectionne particulièrement. "Mariage glamour pop de l’année : Jean-Benoît Dunckel et Lou Hayter voix contre voix sur un disque conçu comme une balade fantôme en voiture." Certes et les vidéos sont sublimes, l'enregistrement bien nappé, les agencements, l'espace lorsqu'on écoute au casque, le live ne supporte pas les patchworks des autres chanteurs et chanteuses, on n'a pas le temps de prendre son temps, aurions-nous dû être installés et plus sereins !
Dunkel a cette image pour parler de sa façon de travailler :

"Bouddha a voulu atteindre le nirvana en devenant un ascète : faire de l’exercice, ne pas manger… Et il a inventé la voie médiane, c’est-à-dire de ne pas faire d’excès en visant le nirvana. En musique c’est pareil. Il faut travailler intensément, mais ne pas être extrême. C’est comme une transe."

Sur scène, il est certainement en transe, tandis que sa sirène craint la marre humaine. Il faut dire que les photographes se léchaient les babines aux pieds de la femme fatale qui ne peut pas trop se protéger, en plein phare. L'inverse total de Mesparrow qui s'enfume pour qu'on ne la voit pas, et chante dans le creux de ses mains afin d'envoyer ses messagers, ses voix diverses très loin. Ici l'anglaise Lou Dayter, retenait tout, dans son corps gainé, sa voix, ses yeux absents. Brrr, je l'imagine, enlever sa robe à paillette, magnifique, de stars, et mettre un gros pull informe et des chaussettes, siroter un thé chaud au miel et regarder des séries télévisées comiques, après le show, loin des photographes. Bon, j'étais plus discrète pour la photo, mais chapeau la robe ! Je suis une fan du groupe Air, de ses moogs, ses bandes sons de films, ses voyages dans la lune, en astronautes blanc, sexy boy et femme d'argent... À suivre...

      

Lou Hayter, du groupe Tomorrow's World, fondé avec Jean-Benoît Dunkel (photographies © Sonia Marques, au Printemps de Bourges 2013)

Lescop qui nous avait séduit, son clip vidéo baskets, j'aimais bien "la forêt" et ses paroles découpées, sa voix complètement Étienne Daho, termine la soirée. Attendu, le public est totalement conquit et avec lui. Lui assuré de les avoir dans la poche, démonstratif, nerveux, un peu maniéré, complètement rétro. Cela fait du bien aux nostalgiques mais il ne faut pas le dire, il est sur la défensive. Daniel Darc lui sourit d'en haut surement. Il est petit Lescop, je le croyais plus grand, il se débat, les yeux enfoncés, ombragés par ses sourcils noirs, il démarre au quart de tour, annonce tout ce qu'il va faire, se déhanche comme un effronté qui se fou de la critique qu'il connaît par coeur. Oui c'est très années 80, influences cold wave. Il a 35 ans. France 3 a écrit quelques lignes, "Des textes affûtés en français, sur une rythmique efficace..." et une petite vidéo de quelques secondes...
Lescop a la même intensité sur tout le parcours, devant toujours devant. Je crois que les chanteurs scéniques qui ont dessiné un espace m'ont plus marqué, Efterklang et Thomas Azier, les seuls dont je n'avais pas écouté leur album, ou presque. C'est très différent le live, et très personnel aussi, selon le mood, le temps, l'exotisme, ou le chauvinisme... La mode, la voix, la joie. En relation avec ce que l'on créé à côté, ce que l'on vit.

 

Lescop (photographies © Sonia Marques, au Printemps de Bourges 2013)

Clip vidéo : LA FORÊT

(lyrics & music © LESCOP and POP NOIRE RECORDS
produced by johnny hostile , filmed by jehnny beth)

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Un coup de feu dans la nuit
Une douleur glaciale qui s'élance
La Foret soudain qui frémit
Puis s'installe le silence

Tu te tiens là assourdie
Tu prononces la sentence
Le deuxième coup est parti
Et fait bientôt la différence

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Lescop, de son vrai nom Mathieu Peudupin, né le 2 novembre 1978 à Châteauroux, est un chanteur français de pop, cold wave. Il a été le chanteur du groupe Asyl. Son projet naît à Londres en collaboration avec John & Jehn ; John produit, Jehn filme. Lescop propose, John canalise, jehn montre. Le résultat : De la variété bi-polaire. Lescop cherche à faire danser les gens en parlant de ses obsessions: les rapports humains complexes, l'amour, le cinéma, le punk, et toute une galeries de héros. Parmi eux Yukio Mishima, Marlene Dietrich, Jean Pierre Melville, Jesse Owens, Georges Guynemer et le Baron Rouge etc... Lescop nourri par Strychnine, Taxi Girl et Polnareff, écrit en français et ce depuis longtemps, conscient que la pop française doit se réécrire, se mettre en danger, "concilier l'inconciliable" comme disait Daniel Darc. Qui de mieux que John, français expatrié, pour s'associer dans ce projet ? Pour créer une alternative, faire renaître ce rock français qui ne veut plus se faire, concilier la disco avec Mishima, Daho avec le hip hop décomplexé, le Bowie berlinois avec Yves Simon etc... "on ne s'épargne rien, on cherche sans fin toutes les contradictions musicales possibles, on pense que c'est la ou ça se passe on veut de la chanson avec du punk , de la variété bipolaire; on lutte contre l'ennui musical, c'est un chaos contrôlé , une collaboration amoureuse". Lescop ramène ses textes, sa musique, john revisite l'univers à chaque proposition, jehn filme en parallèle l'ébullition artistique, et crée des clips à l'image de la musique qui est proposée, tendus, coupants, et sexy. La collaboration s'agrandit ensuite avec gaël etienne, ex koko von napoo, graphiste auteur de la pochette de l'EP ( avec Devalence) et musicien atypique donc parfait pour Lescop. John & Jehn créent alors le label pop noire, structure fédératrice de toutes ces identités pour les diriger dans un seul but: être différents. « la forêt » premier titre - sortie prévue le 10 octobre 2011 - se pose déjà en synthèse totale de ce chaos contrôlé.

Lescop (photographies © Sonia Marques, au Printemps de Bourges 2013)

Patti Smith avait réalisé son concert dans la cathédrale gothique. Les 1000 places se sont rapidement vendues, donc impossible de pouvoir y participer, à moins d'être l'ami de l'ami de l'ami qui sait avant tout le monde quand il faut pendre sa place, dans l'heure. Invitée renommée de la 37e édition du festival, la chanteuse de 66 ans s'y est produite hors de toute tournée. J'ai lu attentivement son livre "Just Kids" à sa sortie, superbe livre poétique et cartographique sur son parcours, sa vie avec Robert Mapplethorpe dans le New York underground des sixties-seventies, pas forcément sur sa vie de création musicale, mais sur un contexte de survie. Une force, une foi et beaucoup d'amour. Pas étonnant qu'elle ait accepté cette invitation dans une cathédrale gothique. Une petite interview il y a quelques jours d'elle dans le lieu où il y avait une petite exposition à son sujet, dans le festival de Bourges, ici. J'ai lu ceci à propos de son concert dans la cathédrale :

"Je pense que la relation à Dieu n'est pas toujours sérieuse. Je pense que Dieu aime le rire, qu'il a envie de joie autant que d'entendre des considérations plus sérieuses. Nous ne devons pas être effrayés d'être humains".

Un extrait de son livre Just  kids :

"Je peux encore me connecter à la personne que j’ai été à tous les âges de ma vie, depuis l’enfance jusqu’à aujourd’hui. En fait, depuis que j’ai commencé à lire des livres. A partir du moment où j’ai lu, j’ai su que je voulais écrire. Dès que j’ai réalisé que des êtres humains avaient fait de l’art, que c’était une façon de contribuer à la société, j’ai su que je voulais être artiste. Ma mère travaillait dur comme serveuse, elle faisait en plus du repassage pour les autres. Mon père était ouvrier. J’ai grandi dans un quartier très pauvre du sud du New Jersey, où les gens étaient tous des travailleurs manuels qui s’épuisaient à la tâche. Très jeune, j’ai décidé que cette vie n’était pas pour moi, que je contribuerai à la société par l’art. Dans ce sens, je n’ai pas changé."


Des questions sociétales me sont venues à propos de ces séances musicales. La crise, me semble-t-il, rend la création plus conservatrice et aussi, j'ai senti une nostalgie dont les racines musicales sont très marquées, très répertoriées. Les jeunes artistes s'attachent à revisiter le passé. Pas étonnant que la fosse soit composée de personnes plus âgées que les chanteurs. Cela m'a beaucoup étonnée. Il n'y a pas, dans ce festival, de mouvement musical qui tranche, pas de coupure mais de sérieuses révérences, les influences sont parfois intégrées et recopiées, comme si revivre les choses pouvaient restituer une histoire que l'on perd chaque jour. Les chanteurs, les chanteuses aiment à citer leurs icônes, les genres musicaux, etc. C'est aussi la même chose dans les arts visuels. Une chose a fondamentalement changé, ce sont les capacités et aussi l'une des grandes contraintes de la création aujourd'hui, des plus jeunes à être transversaux. Chanter, composer de la musique ne va pas sans avoir un regard sur la mode, aimer la coupe et le design, s'associer avec des stylistes et vidéastes et des graphistes qui vont réaliser un site Internet complètement accessible sur tous les réseaux sociaux. Ou bien être tout cela à la fois, s'autoproduire.

Si je repense au set de Thomas Azier assez représentatif de ce que je souhaitais exprimer ici, il y avait comme un deuil d'une jeunesse qui s'enterre (trop) vite, avec les réminiscences des influences passées, certes écrasantes, mais l'expression d'une jeunesse très rapide. J'assistais à la procession de la fin d'une innocence. Pour reprendre ses terme au sujet d'une de ses chansons, c'est un peu cela et cela m'a fait penser à ma dernière expression visuelle et sonore, noire, (Hansel) :

Fire Arrow est une métaphore de la jeunesse qui brûle. C’est comme dans un enterrement viking lorsque pour célébrer les morts, on les met en mer sur un bateau pour ensuite les brûler en envoyant des flèches enflammées. On les regarde s’éloigner. Fire Arrow est donc une métaphore : elle parle d’un enterrement de la jeunesse parce qu’on le ressent tel quel lorsqu’on grandit. C’est comme si on disait au revoir à tout qu’il y avait d’innocent, de beau. Tout devient noir et violent parce qu’on ne comprend pas, parce qu’on est dans une phase où l’on doit prendre plein de responsabilités. J’ai donc voulu symboliser cet enterrement de la jeunesse à travers cette chanson.