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J'ai réalisé une vidéographie d'une douzaine de minutes, intitulée Hansel.
Voici des captures de la page dédiée sur mon site Internet kiwaida.nu

Hansel est un film videographique en noir et blanc. Il raconte une histoire qui traverse des questions de survie sur une composition sonore. C'est un voyage à travers des images qui se lisent comme des cartographies de pixels. Par une navigation à l'écran, la figuration se transforme en abstraction, dans une grille imaginaire, jusqu'au noir ou au blanc. Le film fait appel à une mémoire intérieure. La cartographie poétique des trames redessine un territoire imaginaire, froid, blanc, ouvert, plat, en contraste avec le conte noir et erratique, racontée par la voix de la narratrice, sur un son s'engouffrant plus en profondeur, un drone. Les images retravaillées proviennent d'archives d'une documentation personnelle représentant des formes isolées, silhouettes, visages, animaux, constellés de pixels. La lecture analytique des images a été enregistrée en direct à l'oreille sur la musique, le son, les mots, comme l'on joue de la musique sur un film muet. Mais, ici, ce sont les images qui sont visionnées, jouées sur la composition sonore, la matière principale et narratrice de l'oeuvre.

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La main déplace des cubes noirs ou blancs, se perd dans l'espace, le vide, cherche quelque chose, et attrape ce qu'elle trouve, s'agrippe aux gros pixels, ou bien déplace et fait glisser à droite ou à gauche un visage, un geste, s'attarde, hésite, s'arrête, bref, la main tréssaute comme l'oeil qui scrute les images, l'un et l'autre sont reliés. Puis l'éloignement des cubes dans l'écran, peintures minimalistes et radicales, carré noir sur fond blanc, amène une myriade de pixels, un paysage la nuit, une cité le jour, ou bien la signalétique d'une route. On sort de l'oeil d'un enfant, on rentre dans la truffe d'une bête. On regarde leur motif qui deviennent des ornements de pixels, on s'éloigne d'une constellation fine d'étoiles blanches sur une masse noire informe, la paupière d'un homme, les cheveux hirsutes d'une femme. À ce moment, la perte de repère est le véhicule de l'imaginaire. Une errance écranique. L'oiseau nocturne du début diffuse tous ces paysages et les rassemble en lui à la fin dans son manteau de neige.

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J’ai réalisé une composition sonore début 2010, à l’issue de plusieurs recherches musicales que j’avais découvertes les années antécédentes sur les « drones ». Connectée par réseaux sociaux avec différents musiciens des pays du nord et partageant mes compositions, peu à peu, j’avais étendu mes possibilités d’écoutes musicales avec ces plages de sons dont les clusters maintenus offrent des variations dans le temps assez subtiles et ressemblent à des sons graves, sourds, voir dépressifs (dépression vient de depressio, en latin, d'enfoncement) Je pense que les effets de décompensation sonore, d'effondrement, d'enfoncement, forment alors des sortes de "lâcher prises", en deçà des rythmes musicaux populaires, qui eux, nous entraînent à travailler toujours plus, produire toujours plus et avec plus d'entrain. Je trouvais assez riches ces sonorités qui emmagasinent toute l'énergie et la gardent le long d'un morceau, sans limite de temps. Il n'y a pas de perte dans le geste d'étirer un son. Comme se retrouver dans une situation de pénurie, l'idée est de ne pas perdre une seule miette de ce qu'il se passe, mais de conserver au maximum les dénaturations des sons. Il y a une certaine serénité à l'issue de chaque voyage sonore, comme après être passé sous un tunnel.

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Captures du site Internet Kiwaida.nu, à la page de la vidéo Hansel © Sonia Marques

L’aspect sommaire et primitif des pixels, ses trames graphiques, la réduction en noir et blanc de la qualité des images plates me convenaient bien, face à l’épaisseur du son pénétrant. Elles étaient comme un écran de souvenirs, dans lequel on est pris au piège car on est obligé de voir autre chose que ce que l'on voit (comme un carré blanc ou noir), et on tente de s’échapper, mais en même temps, je souhaitais un vrai moment de contemplation, sans glissade facile, mais avec cette main (souris) dont les mouvements sont saccadés et légers, une ironie de nos outils et interfaces écraniques. Le nom de l'ensemble, de la vidéo, d’Hansel s’est imposé tout naturellement car c’est le double que s’invente la fille dans le texte pour s’échapper, ou comment inventer le mot « solidaire » dans l’infini « solitude », de l’être.