Hacking playground (photo © Sonia Marques)

Affiche du workshop Hacking playground mené par Sonia Marques et Jonathan Bass à l'ENSA de Limoges (mars 2012)

Dans le cadre d'un workshop, faisant partie de l'atelier de recherche et de création "Fantomas" (initié par Catherine Geel, historienne et critique du design en partenariat avec Loïc Artiaga, historien, maître de conférence, Université de Limoges), j'ai proposé, avec le professeur d'anglais Jonathan Bass, une initiation à Arduino, sous l'intitulé : HACKING PLAYGROUND (voir affiche ci-dessus), dans la salle d'infographie, lieu de mon enseignement en multimédia depuis mon arrivée à l'École Nationale supérieure des Arts de Limoges en 2010. Cette année plus chaotique (je me suis retrouvée sans cet outil de travail, cette salle, entre autre) en Fantomas coéquipière, je réintégrais la salle et ses outils, avec les étudiants que j'avais formés l'année précédente (notamment sur la cartographie et la visualisation de données, sur des sites Internet) pour 4 jours récréatifs basés sur la recherche expérimentale et l'autonomie à l'aide de l'électronique couplée à l'informatique. Il y avait d'autres étudiants, d'autres années  (option Art et Design) et également une ribambelle d'étudiants angevins. Car cet atelier est en partenariat avec l'ESBA d'Angers, où j'ai également enseigné pendant 9 ans, dans les mêmes fonctions. David Énon, designer, Alain Declerc, artiste (proposant un workshop sur le film en caméra cachée), sont venus accompagner les étudiants, aussi avec le professeur sur place, Monika Brugger, orfèvre-plasticienne (proposant un workshop en réponse à Adolf Loos pour qui l'ornement est un crime) Durant ces 3-4 jours, il y a eu beaucoup de choses (visite théâtre, Musée, soirées barbecue, expérimentations bijoux et arduino et caméra infiltrée, exposition, démonstration robotique...) et comme rare, dans cette école, de la circulation dans les espaces, du travail jour et nuit, de la souplesse d'esprit, de la contamination positive. Le temps nous était favorable, c'était l'été en plein mars, remue-méninges. Étrange boucle, certains étudiants angevins présents se souvenaient de mes actions artistiques à Angers et étaient bien au courant de celles réalisées à Limoges depuis. J'étais surprise d'apprendre, alors qu'ils étaient dans les premières années, avant que je quitte cette école, notamment, ils avaient assisté à ma performance Kiwaïda Karaoké au Musée des Beaux-Arts d'Angers. Tout cela est très étrange, entre fiction et réalité. En engageant Jonathan sur cet espace de création, c'était aussi lui permettre de transmettre son expérience pragmatique de l'électronique et de l'informatique. C'est ainsi que le robot Nao est venu jusqu'à nous avec la démo de Luc Boutin, docteur en biomécanique et robotique. Tout cela est très étrange, entre fiction et réalité.

Hacking playground (photo © Sonia Marques)

Photo du workshop Hacking playground mené par Sonia Marques et Jonathan Bass à l'ENSA de Limoges (mars 2012)

Les composants : des arduinos, câbles USBA, diodes, straps, barettes mâles, micro buzzer, leds, résistances, bouton-poussoirs, capteur infrarouge, capteur de force, module boussole, piezo,  transistors, fer à souder... et le logiciel arduino à télécharger gratuitement.

Le système Arduino est un outil pour fabriquer de petits ordinateurs qui peuvent capter et contrôler davantage de choses du monde matériel que votre ordinateur de bureau. C'est une plateforme open-source d'électronique programmée qui est basée sur une simple carte à microcontrôleur (de la famille AVR), et un logiciel, véritable environnement de développement intégré, pour écrire, compiler et transférer le programme vers la carte à microcontrôleur. Arduino peut être utilisé pour développer des objets interactifs, pouvant recevoir des entrées d'une grande variété d'interrupteurs ou de capteurs, et pouvant contrôler une grande variété de lumières, moteurs ou toutes autres sorties matérielles. Les projets Arduino peuvent être autonomes, ou bien ils peuvent communiquer avec des logiciels tournant sur votre ordinateur (tels que Flash, Processing ou MaxMSP). Les cartes électroniques peuvent être fabriquées manuellement ou bien être achetées pré-assemblées; le logiciel de développement open-source peut être téléchargé gratuitement.

Voir aussi un article de Poptronics, qui date déjà de 2010 : "Arduino, la carte au trésor ?"

Hacking playground (photo © Sonia Marques)

Photo du workshop Hacking playground mené par Sonia Marques et Jonathan Bass à l'ENSA de Limoges (mars 2012)

Les étudiants, une dizaine, de la 2e année à la 5e année, option art et option design (ENSA Limoges et ESBA Angers), filles et garçons, se sont vite mis à manipuler les éléments et tester les connexions, allumages et chip music. C'était aussi un défi de proposer à l'issu de ce workshop des idées et du hacking colloque universitaire Fantomas prévu au théâtre de l'Union en 2013, en juxtaposition avec les autres propositions (du workshop film ou bijoux) Évidemment la transversalité possible entre ces workshops rendait cet ARC monstre d'autant plus frustrant et appropriable. Les possibles dépendent, d'une part, des idées des étudiants, et d'autre part, de leur capacité à les développer, quasiment en dehors d'un cadre scolaire encore trop étriqué. Car il faut bien du courage et de la création manifeste pour amener de l'astuce et du précieux dans une école d'art entre technologie et tradition des beaux-arts, sans que l'herbe soit coupée sous le pied, avant même de pouvoir expérimenter les belles choses. Mon rôle, se résumant souvent à installer un cadre de réflexion et d'expérimentation sans jugement, mais c'est aussi installer un temps, dans un autre, très séquencé (le seul communiqué d'ailleurs) sachant, qu'in fine, je travaille dans des zones qui sont d'emblée invisibilisées par l'institution. Cette proposition de hacking, mobile, infiniment paramétrable et associative donne des clés également pour connecter des éléments, outils, lieux, assez séparés dans un cadre scolaire où chaque espace est encore territorialisé. Luc Boutin, passé un peu avant sa démonstration, est venu aider une étudiante qui étudiait un capteur de flexion, mais dont le circuit ne fonctionnait pas encore. Assez participatif ce workshop. Je m'étais mise dans la situation d'étude également, mais l'encadrement m'a rattrapé et j'ai juste testé mon circuit avec Leds. J'imagine de micro-sculptures avec arduino et j'imagine quelques projets futurs collectifs, précieux et astucieux.

Hacking playground (photo © Sonia Marques)

Hacking playground (photo © Sonia Marques) Hacking playground (photo © Sonia Marques)

Photo du workshop Hacking playground mené par Sonia Marques et Jonathan Bass à l'ENSA de Limoges (mars 2012)

Les étudiants ne s'en rendent peut-être pas compte encore, mais la mixité aidant, les projets qui émanent de ces expérimentations, sont rarement inspirés de stéréotypes dominants. Les modèles étant à créer ou recréer, fabriquer, refabriquer, à partir de l'ancien ou complètement futuristes, les concepts de genres, lorsqu'on y est attentif, sont alors repensés, re-conçus plus facilement. La liberté et l'autonomie sont des facteurs d'anticipation qui élaguent assez vite les étiquettes, garçons = technique, fille = ornement, réalisateur = manipulation des actrices, professeur = théorie. Il me semble que ces équations ont été ici ré-agencées, étant donnés les protagonistes repositionnables, aussi car les étudiants ont parfois pris la parole de façon assez courageuse. L'empathie et le crime fantômasique ont été nos ressorts humains.

Hacking playground (photo © Sonia Marques)

Affiche de la démo du robot Nao à l'ENSA de Limoges - mars 2012)

Luc Boutin, docteur en biomécanique et robotique, est venu nous faire une démonstration d'un robot Nao, en cours de développement par la société Aldabaran, (lire la Thèse de Luc Boutin sur « BIOMIMÉTISME : génération de trajectoires pour la robotique humanoïde à partir de mouvements humains ») Nao est un petit robot humanoïde qui pèse 5 kilos. Il se lève, marche, parle, interagit, lance une balle, danse, est programmable et même ici, (il faisait très chaud sous les vitres de verre de l'immense architecture de l'école), s'évanouit devant nous. Actuellement, la plateforme robotique Nao est principalement utilisée au sein de laboratoires de recherche et pour l'enseignement. Plus de 400 établissements l'utilisent tant pour explorer ses capacités d'interaction (comme avec des enfants autistes ou des personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer ...) que comme plateforme pédagogique. J'ai pu observer l'empathie que génère ce robot auprès des spectateurs ou spectatrices, ou pas et j'imagine assez bien comment il peut être utilisé auprès d'autistes. Comment d'un seul coup l'humanoïde devient l'autre humain, ici l'enfant, comment pour les uns et les autres, il reste un assemblage de plastique avec des capteurs aux articulations... et comment pour d'autres, il est émouvant de le voir reculer, avoir peur des éléments devant lui, hésiter ou même nous faire un micro-saut, tel un astroboy en apprentissage. Oui c'est toujours fascinant et bien que le robot soit programmé, les interactions sont toujours nouvelles et surprenantes.

Hacking playground (photo © Sonia Marques)

Démo du robot Nao à l'ENSA de Limoges par Luc Boutin - mars 2012

J'ai profité d'une très brève présentation pour parler du film franco-espagnol de SF, Eva, que je venais de voir au cinéma et que j'ai beaucoup apprécié :

2041. Alex, un ingénieur de renom, est rappelé par la Faculté de Robotique, après dix ans d'absence, pour créer le premier robot libre : un enfant androïde. Il retrouve alors Lana, son amour de jeunesse, et son frère David, qui ont refait leur vie ensemble. Et il va surtout faire la connaissance d'Eva, sa nièce, une petite fille étonnante et charismatique. Entre Eva et Alex se crée une relation particulière, et ce dernier décide alors, contre l'avis de sa mère Lana, de prendre Eva pour modèle de son futur androïde...

L'univers féérique et poétique du film, cyberpunk séduisant, tourné dans des paysages enneigés et dont les intérieurs chaleureux (on rêve de devenir chercheur dans ces lieux 'habités', avec les canapés et les cristaux d'émotion mordorés) nous installent dans une atmosphère délicieuse... Dans ce film, des androïdes suivent le héro, comme le majordome, un monsieur qui fait très bien le ménage et possède des niveaux différents d'émotion. Ce qui lui permet, outre de savoir cuisiner à merveille, de faire un 'hug' lorsque l'on est triste. Il y a le chat, animal de compagnie, avec son caractère singulier et un robot pour effectuer des tests, qui si l'on y prend garde, ou selon la dose d'émotion, se rebelle par trop d'orgueil... Seuls indices de technologie, des ordinateurs et interfaces transparentes, sortes d'hologrammes malléables, mais le tout disposé dans un quotidien, le nôtre, de bibelots, d'anciennes choses attachantes et poussiéreuses et couleurs naturelles. Le calme ambiant et la vétusté de l'environnement s'harmonisent avec l'étonnante fiction qu'amène la jeune enfant, Eva, aux réponses de petit bout de femme. Ce qui colore la narration d'une ambiguïté subtile entre : est-ce un enfant de son âge ou est-elle programmée pour séduire, jouer, divertir ? La deuxième option sera révélée. La fable humaine de ce film porte sur l'empathie justement et sur le modèle (toujours dans la robotique) Et bien sûr, l'amour et la procréation dans tout cela amènent la mère et le père, chercheurs et anciens amants, à donner vie à une progéniture pas comme les autres. Eva n'a pas passé les tests de sécurité et comporte des "bugs". La mort du robot s'exécute lorsque cette phrase est prononcée, en cas de force majeure : Que vois-tu quand tu fermes les yeux ?

Eva

Visuel du film Eva de Kike Maillo (2011)