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18/08/2018

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L'Enlèvement des Sabines (1574-1580), Florence, Loggia des Lanzi > Sculpture réalisée par Jean Bologne (Giambologna)

L’enlèvement des Sabines est, pendant la mythologie romaine, le moment durant lequel la première génération des hommes de Rome se procure des femmes en les enlevant aux autres villes de la région, notamment aux Sabins. Cette histoire a inspiré de nombreuses œuvres d’art de la Renaissance et de la post-Renaissance, puisqu’elle réunit des exemples propres à montrer le courage et la hardiesse des anciens Romains tout en ayant l’opportunité de dépeindre des personnages à moitié nus et dans une lutte intense et passionnée. On retrouve des sujets artistiques similaires dans l’Antiquité, comme la bataille entre les Lapithes et les Centaures ou celle entre Thésée et les Amazones, ou dans le christianisme, avec le massacre des Innocents.

Selon la Légende, Rome fut fondée en 753 av.J.C. par Romulus et son frère jumeau Rémus, mais ce dernier  est tué lors d’une querelle entre les deux frères. La ville et son enceinte construites, Romulus se proclama roi, créa des lois et une armée. Dans le but d’agrandir la population et sa force guerrière, il accueillit toutes personnes de sexe masculin, hommes libres, proscrits, esclaves qui le désiraient, si bien que très rapidement la ville se trouva en manque de femmes. Romulus, désireux de régler ce problème, envoya des émissaires dans les cités voisines, leur proposant une alliance confortée par des mariages, mais celles-ci refusèrent unanimement cette proposition. Romulus invita alors les populations voisines à assister aux fêtes de Consualia qu’il venait de créer en hommage au dieu Consus, assimilé à Neptune sous son aspect de dieu des chevaux. Au moment où toute l’attention se portait sur les jeux équestres, les jeunes romains surgirent et s’emparèrent des Sabines non mariées dont les plus belles furent amenées aux sénateurs de la ville. Les Sabins, venus non armés, s’enfuirent en maudissant ce peuple qui venait ainsi de violer les lois de l’hospitalité. Romulus se rendit le lendemain auprès des captives les assurant que ce mariage qui leur était imposé les rendra heureuses par l’amour de leur mari romain, les intégrera à la Cité et leur donnera ce que toute femme désire, des enfants. Les cités de Cenina, Crustumérie et d’Antemne dont les filles avaient été enlevées entrèrent en guerre avec Rome mais furent défaites les unes après les autres. Lorsque le roi Sabin, Titus Tatius, après une longue et dissimulée préparation, attaqua Rome, celle-ci fut tout près de succomber, et seule l’intervention des épouses sabines, à présent romaines, se jetant entre leurs maris et leurs pères et frères, mit fin au combat. A la grande joie des Sabines, le conflit se termina par la signature d’un traité créant un seul Etat avec à sa tête Romulus et Titus Tatius.

Pour le philosophe et moraliste Plutarque (45 - 120 ap.J.C.) qui suit ainsi Tite-Live, cet événement marque l’acte fondateur de Rome et son hégémonie sur l’Italie. D’après lui, la tradition pour le mari de porter sa jeune épouse pour franchir le seuil de sa nouvelle demeure est directement liée au souvenir de l’enlèvement des Sabines.

Jean Bologne (né Jehan Boulongne, anciennement Jean de Bologne, Jean Boulogne, italianisé en Giovanni Bologna plus tard contracté en Giambologna), est un sculpteur maniériste d'origine flamande né à Douai Flandre romane en 1529 et mort à Florence le 14 août 1608. C'est lui qui réalisa "L’enlèvement des Sabines".



J'ai grandi avec une copie en marbre de cette sculpture, ramenée d'Italie, par ma mère et posée sur une table, celle-ci fabriquée par mon père, en partie en marbre et en bois. Le socle est noir. La petite table disposée devant la télévision. Je pense que sans avoir vu l'original, j'ai eu bien l'occasion d’observer celle-ci et son mouvement hélicoïdal. À la période de mon adolescence, le sens de cette sculpture m'interrogeait, ces 2 hommes et cette femme qui semblait vouloir toucher le plafond, ou grandir. Je ne savais pas, alors, que j'étudierai dans une école des beaux-arts, celle de Paris, ni même que je serai artiste et que j'enseignerai l'art, d'une toute autre manière, que le maniérisme. Cette œuvre n'a jamais été commentée, ni montrée, ni le contexte de cette période de l'histoire de l'art, lors de mes études, dans l'institution parisienne des beaux-arts, et pour cause, si la misogynie est structurelle à ses formations et directions, cette sculpture ne peut être montrée, le sens est dénié, sinon, plus aucune femme ne viendrait passer le concours, ou alors, celui-ci serait actualisé, aurait beaucoup évolué. De mon côté, cette copie avait présagé quelque chose, de familier, puisque familiale, non loin de la télé. Elle avait annoncé quelque chose, qui ne pouvait s'énoncer. Elle était un motif de l'art, dans un décor contemporain, un signe associé aux médias et à l'information en continu. Ces temps-ci, je suis dans une lecture passionnante d'une recherche précise, celle de Jérôme Deplanche. Il est chercheur en histoire de l’art, spécialisé dans l’art des XVIIe et XVIIIe siècles.

Donc son enseignement, et ses études, bien que dans le même domaine, furent très différentes de ce que j'ai pu expérimenter lors mes activités artistiques. Il a publié un livre (Le ravissement) qui m'a rappelé à cette sculpture familiale de Giambologna. Si personne ne m'avait proposé un point de vue sur le sujet, j'avais eu le temps de consteller des signes, associés à ma prime enfance de l'art et à ma volonté de suivre un autre chemin, que celui des Sabines et de leurs représentations, classiques. Son livre rassemble une recherche sur la représentation du désir sexuel dans les œuvres d'art exprimée à travers l'iconographie du rapt amoureux : enlèvement de Proserpine, enlèvement des Sabines, enlèvement d'Europe ... Mettant en scène les rapports entre les sexes sur un mode à la fois passionné et conflictuel. Ces sujets ont permis aux artistes de déployer leur virtuosité dans la description du mouvement, du muscle et de la fuite contrariée. Dans son étude, est noté que la qualité de victime n'est pas reconnue à la femme enlevée. Son corps ravissant provoque le désir de l'homme, lui enlevant ainsi toute responsabilité dans sa prédation. Le mot ravissement, titre du livre, entre violence et jouissance, raconte l'ambiguïté entretenue par les artistes et l'histoire de l'art, tout ce qui a fabriqué et modelé une forme, des peintures, selon le regard masculin et uniquement selon son désir.

D'ailleurs cette dame à la Licorne, sur cette tapisserie mystérieuse, n'avait-elle pas lancé un message codé : À mon seul désir... resté si secret et pourtant bien affiché, bouleversant toutes ces histoires des enlèvements ?

L’auteur explique « Les représentations d’enlèvement définissent un système entièrement masculin. Ce sont des œuvres d’art créées par des hommes, pour des hommes, et illustrant des récits imaginés par des hommes, pour des hommes. Elles présentent les femmes enlevées de telle sorte que nous sommes associés à la convoitise masculine, nous offrant l’image érotisée et complaisante d’une victime frémissante ». L’auteur raconte comment le « rapt » serait aussi une autre face, désuète, pour parler de viol. L’enlèvement, le ravissement est donc, comme il l’affirme, « une forme de viol ».


Prenant l'exemple du thème de l'enlèvement des Sabines, Lomazzo insiste sur la nécessaire représentation de la résistance des femmes :

 Elles doivent se défendre, mélancoliques et souffrantes, frapper avec leurs poings, faire des gestes vifs, en agitant les jambes, en voulant échapper. Elles doivent aussi mordre, tirer les barbes, crier, implorer humblement leur liberté. Les ravisseurs doivent les tenir dans les bras de diverses façons. Cela ne peut réussir sans montrer des jambes nues, des vêtements déchirés, des bras et des poitrines, et des gestes violents faisant gonfler les seins, tourner les cous et ouvrir les bras. Il y a également de la sueur, des morsures, des griffures, des coups. Tous ces gestes réunis ensemble produisent un agréable spectacle de robustesse et violence.


L'auteur offre ici une description fort détaillée des facteurs qui rendent érotique un enlèvement. Le rapt devient « un dilettosa mostra di violenza ». Cette violence n'est pas seulement une exigence de vraisemblance par rapport au sujet : elle joue le rôle d'amplificateur de la charge érotique en insistant sur l'invasion transgressive qu'elle représente dans la conquête du corps de l'autre.

Soulignons que le texte de Lomazzo parut tout juste un an après le dévoilement de l'Enlèvement d'une Sabine de Giambologna sous la Loggia dei Lanzi à Florence (1583). Dans ce célèbre groupe de marbre qui devint rapidement l'archétype de la représentation d'un enlèvement, la combinaison des mouvements opposés est aussi variée que savante. Il faut tourner autour de l'œuvre pour découvrir les effets ménagés par le sculpteur. Vue depuis l'intérieur de la loggia, on découvre le détail du bassin sensuel de la jeune femme que le Romain presse contre sa poitrine. Le corps-à-corps de l'enlèvement est une sensualité contrainte. Certains artistes décrivent le rapt comme une fusion des êtres : peau contre peau, chairs qui se collent.

Extrait de l'article "Images d'une pulsion. Les représentations d'enlèvement à travers les arts", par Jérôme Delaplanche, Libres cahiers pour la psychanalyse, vol. 25, no. 1, 2012, pp. 151-164.

Cette œuvre réalisée entre 1575 et 1580 dans un seul bloc de marbre de 4m10 de haut devait prouver l’habileté de Giambologna. Le groupe de trois personnages placé, difficulté supplémentaire, sur une base unique doit être regardé sous différents angles. En effet l’œuvre,  réalisée dans un mouvement giratoire s’élevant sur un seul axe en spirale avec des corps à la musculature puissante et des visages expressifs, ne peut être appréciée dans sa totalité que de cette manière.

C'est un groupe de corps nus. Le Sabin, à la barbe abondante, est écrasé entre les jambes puissantes du romain, et le visage effrayé, impuissant, il tend sa main dans un geste implorant. Le ravisseur, la chevelure et la courte barbe bouclées, bien campé sur ses jambes, regarde avec attention sa captive, comme pour s’assurer d’avoir fait le bon choix. La Sabine, aux cheveux bouclés, ceints d’un étroit bandeau, crie son désespoir en tendant vers le ciel sa main ouverte. Elle est étroitement maintenue par les bras de son ravisseur qui la tient fermement par le dos et le bas du corps.

Giambologna était un admirateur de l’œuvre de Michel Ange et de la sculpture hellénistique. Une scène d’enlèvement offre l’opportunité aux sculpteurs de rivaliser avec la statuaire antique et même de la surpasser. Mais représenter dans un seul bloc de marbre et en grandes dimensions des personnages saisis en plein déséquilibre constitue un véritable défi technique et esthétique. Le sculpteur risque de voir sa statue se briser. La réalisation d’une telle œuvre relève de savants calculs sur la répartition des masses et leur équilibre. Le premier artiste à relever ce défi, en 1583, est donc Giambologna, le sculpteur officiel des Médicis, avec L’Enlèvement des Sabines pour la Loggia dei Lanzi à Florence. Un jeune homme y enlève une femme à un autre plus âgé. En forme de spirale, la composition offre de multiples angles de vue sans en privilégier aucun. Sa virtuosité formelle et technique a valu à ce groupe un immense succès.

« Au signal donné, la jeunesse romaine s’élance de toutes parts pour enlever les jeunes filles. » Raconté par l’historien Tite-Live, l’enlèvement des Sabines par les premiers Romains est un récit fondateur de l’histoire de Rome. Afin de former des familles, la première génération de Romains doit se procurer des épouses. Ici, la femme est une prise de guerre. Le fait de la considérer comme un objet, un bien à convoiter, vient d’un choc. Celui de la prise de conscience de la responsabilité des hommes dans la reproduction, racine de la fierté virile. Vers 330 av. J.-C, le philosophe grec Aristote l’explique dans De la Génération des animaux: les hommes possèdent le « pneuma », la puissance créatrice, dans leur sperme. Ce qui laisse au corps féminin le rôle de « contenant ». Cette vision de la femme-objet ne s’est pas éteinte avec l’Antiquité.

Au contraire, les thèmes antiques reviennent en force dans l’art après la Renaissance. Au XVIIe, sous le marbre sculpté par Le Bernin, les femmes sont des proies, comme dans L’Enlèvement de Proserpine. Elles le sont aussi sous le pinceau de Jean-Léon Gérôme, peintre du XIXe, avec sa Phryné devant l’Aréopage: le procès d’une prostituée mise à nue devant une assemblée d’hommes. Au cours du XXe siècle, malgré les mouvements pour l’égalité, cette violence symbolique perdure. Et elle se traduit en actes. Le 21 août 1974, dans les calanques de Marseille, deux femmes belges sont violées par trois hommes. Médiatisé, le procès de cette affaire révèle que la société, toutes sensibilités confondues, semble tolérer ces agissements et met en cause les victimes. « Le fait de porter des jeans moulants, de se parfumer, de se maquiller est-il sans effet? » s’interroge un commentateur classé à gauche, cité dans Et le viol devint un crime de Jean-Yves Le Naour et Catherine Valenti (éd. Vendémiaire). Le procès permet de faire évoluer les mentalités. Mais ce n’est qu’à partir de 1980 que le viol est défini dans le Code pénal comme un crime.

(Extrait de l'article de Anne-Laure Pineau, paru le 8 mars 2018, dans Ça m’intéresse)

Dans ces représentations du désir de l'homme, celui de la femme n'existe pas. Françoise Héritier, nous disait qu'il n'est pas moindre : Il est occulté et redouté.

"On observe toujours une image "duplice" des femmes : elles sont à la fois la vierge folle et la vierge sage. Ce sont des stéréotypes, des instruments de contrôle. Mais il existe aussi un stéréotype masculin dont les répercussions sont désastreuses : celle du mâle à la libido exacerbée, naturellement irrépressible, qui a besoin de corps disponibles pour s'épancher. Tous les hommes ne sont pas ainsi. Dans un autre discours, l'homme est un être de raison capable de se dominer et de résister à l'appel des sens. Il reste que ce discours dominant justifie le port du voile, du hidjab, la clôture des femmes, voire le viol : seule la femme est responsable du désir qu'elle suscite."

Pour exprimer le rapport orienté et hiérarchique entre les sexes, Françoise Héritier parle de la "valence différentielle des sexes". Ce rapport, profondément inscrit dans la structure sociale, a été construit sur la première différence observable, celle du corps des hommes et des femmes. Il s'ensuit que toute pensée de la différence est aussi une classification par doublets, comme on peut le voir dans les catégories cognitives : haut/bas, chaud/froid, sain/malsain, etc. C'est ainsi qu'hommes et femmes partagent des catégories "orientées" pour penser le monde. Or les valeurs masculines sont valorisées et les féminines dévalorisées. Ainsi en Europe, la passivité, assimilée à de la faiblesse, serait féminine tandis que l'activité, associée à la maîtrise du monde, serait masculine. Selon Françoise Héritier, ce rapport émanerait de la volonté de contrôle de la reproduction de la part des hommes, qui ne peuvent pas faire eux-mêmes leurs fils. Les hommes se sont appropriés et ont réparti les femmes entre eux en disposant de leur corps et en les astreignant à la fonction reproductrice.

Je me souvenais, et je glanais, ce que Françoise Héritier, notre anthropologue, ethnologue et féministe française racontait :

"Je ne nie pas le pouvoir des hormones, le fait que les femmes ont la voix douce et une pilosité réduite par exemple. Mais si elles n'avaient pas été culturellement contraintes, la différence de force si souvent évoquée n'aurait pas une telle importance. Le travail de Priscille Touraille, dont la thèse vient d'être publiée aux éditions de la Maison des sciences de l'homme, montre que la différence morphologique de poids et de taille entre homme et femme n'est pas une question de nature mais d'accès à la nourriture. Depuis la préhistoire, les hommes prennent pour eux les protéines, la viande, les graisses, tout ce qui est nécessaire pour fabriquer les os ; tandis que les femmes ont eu accès aux féculents, à ce qui est calorique, qui donne des rondeurs. C'est cette alimentation différentielle qui, au fil des millénaires, a " anormalement " et progressivement produit une sélection dangereuse pour les femmes au moment de l'accouchement. Aujourd'hui, dans les pays occidentaux, où les enfants des deux sexes ont accès à la même nourriture, la différence a tendance à se gommer. Mais il faudra encore des générations avant que les femmes atteignent leur réelle stature."

"Dans la majorité des sociétés, on a pensé que les hommes mettaient l'enfant dans la femme, par le sperme. Les hommes sont à l'origine des enfants et de la société. On trouve cette idée partout : chez Aristote et dans la culture grecque, par exemple, dans la tribu des Samos d'Afrique de l'Ouest, l'actuel Burkina Faso, ou chez les populations indiennes ou asiatiques… Dans certaines cultures, on disait que les ancêtres, petits dieux ou génies, mettaient dans le corps des femmes des graines déjà sexualisées, arrosées ensuite par le sperme de l'homme. Il faut l'intermédiaire masculin, pour que ces graines viennent au monde. On observe des traces de cette manière de penser dans des gravures du XVIe siècle, où l'on voit un corps de femme, habillée d'époque, dans un costume fait de collerettes, avec l'utérus ouvert, et des étagères, où sont rangés des petites filles en vertugadin et des petits garçons en pourpoint… « L'homme met l'enfant dans le corps de la femme » signifiait à leurs yeux que la nature ou les dieux le voulaient. Et cela avec le but de leur faire des fils. L'idée parcourt toute l'histoire de l'humanité : les femmes sont des corps, matrices, matériaux, marmites - métaphore culinaire que l'on retrouve en Afrique ou en Grèce, pour expliquer le rôle de marmite où l'homme fait cuire ce qu'il a de plus précieux, obtenir un descendant. A partir de là s'opère un dangereux glissement de la pensée qui va alors presque de soi : les hommes ont autorité et droit absolu sur le corps des femmes. Les femmes sont vues à la fois comme des cadettes et des enfants. Soumises doublement. On disait, dans beaucoup de sociétés, que les hommes sont aux femmes comme les parents aux enfants, et les aînés aux cadets. Ils sont donc supérieurs et elles sont inférieures. Tout se passe comme cela, avec cette représentation, pour que les hommes puissent avoir un droit sur leur corps."

"Le genre est ce que l'on attend de l'un et l'autre sexe en fonction d'une culture donnée. Cela n'est rien de plus, mais ça marche extrêmement fort. Prenez un exemple qu'on trouve dans les médias, quand on y parle de la place des femmes ou des hommes dans l'entreprise. On annonce qu'il est bien d'embaucher davantage de femmes. Pourquoi ? Parce qu'on apprécie les « qualités féminines » qu'elles apportent au fonctionnement de l'entreprise : l'attention portée au travail des autres, par exemple… La capacité de décider seul ou occuper la place du chef demeure des qualités listées dans l'entreprise comme étant principalement masculine. Si la parité est de principe, le leadership revient toujours à l'homme, perçu comme meilleur pour mener les projets. Or, les qualités réelles, l'homme et la femme les possèdent tous les deux, de manière égale, par le jeu naturel des gènes."

"Je fais le constat historique et anthropologique que le corps des femmes est mis à la disposition des hommes. Et cela, sur l'enchaînement des millénaires, a entraîné un destin. Cette position a perduré. La conséquence culturelle et sociale est terrible : c'est l'impossibilité pour les femmes de décider de ce qu'il advient de leur corps. Tout mon travail sert à mettre au jour comment les femmes sont conçues comme des cadettes. Au mieux des objets à protéger, au pis des objets à exploiter. Non pas des objets comme un vase - encore qu'on dise bien des femmes qu'elles sont parfois « potiches » -, mais je dis bien « objet », en ce sens que les femmes ne sont pas encore, loin de là, les sujets de leur propre vie. Il faudra encore longtemps avant d'y parvenir."

"Dans nos pays à nous, un phénomène reste puissant : l'inégalité d'accès des femmes aux situations de pouvoir. Monter dans l'échelle professionnelle ou politique reste difficile. Il y a là encore beaucoup à faire. Cette injustice et cette inégalité sont parallèles à un système de représentations mentales, système permanent de mépris et de dénigrement. Les stéréotypes sur les femmes sont tenaces : « frivoles », « paresseuses », « fragiles », « menteuses », « coquettes », « imprévisibles », « dénuées du sens de l'orientation, au volant »."

Et puis, je me disais que c'est tout un rapport au pouvoir qui change, et non pas d'égalité. Cette copie de sculpture me fait penser à tout cela, c'est un poids, mais la copie est très légère. Je ne crois pas qu'un monde qui continue à glorifier le pouvoir et l'échelle professionnelle, l'exploitation des uns, des unes, des ressources, soit un monde meilleur, qu'il soit diriger par des femmes ou des hommes. Et puis, je me suis dit, que le droit à la paresse était formidable. Ne dit-on pas de femmes dévouées qui travaillent trop, au bord du burn out, qu'elles sont "faignasses" ? Histoire d'entretenir tout harcèlement ? C'est une rumeur qui confirme le mode du pouvoir et l'exploitation des uns des unes et des autres, les animaux, les organismes... Surtout si ces rumeurs sont relayées par des femmes, c'est que le pouvoir est bien en place, il est confirmé. Il y a celles et ceux qui seraient observateurs-trices et dicteraient leurs lois, celles de la performance, de la prédation, et décideraient que les autres seraient corvéables à merci et toujours traités de faignants, de ratés, celles et ceux qui n'ont pas réussi... Réussi à quoi déjà ?

La paresse de penser est au pouvoir, et chacun, chacune à le pouvoir de changer.
Et là, ont grandi des sujets, près de cette sculpture en copie. Elles ont quitté la destinée des objets et ne seront jamais des marmites.

Art Par kiwaïda at 17:25

16/08/2018

ÅṲ✞ѺℳÅ✝∃

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Après l'île aux chiens...

Photographies © Sonia Marques


Art Par kiwaïda at 17:30

15/08/2018

ḎѺℝÐ☮ḠИℰ

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Ci-dessus, sculpture en bronze de Gérard Auliac (2002) / Le badaud de Sarlat

Toutes les photographies © Sonia Marques

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La Dordogne à Carennac : peinture de Félix Vallotton (1925)

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Paysage de Rocamadour : peinture de Félix Vallotton (1925)



Paysage Par kiwaïda at 20:32

ℳ∀Ḳi

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Les makis nos amis...

Le Maki catta (Lemur catta, aussi appelé Maki mococo, maki à queue annelée ou encore lémur à queue annelée) est un lémuriforme appartenant à la famille des lémuriens, il est le seul représentant du genre Lemur. Ils vivent dans le sud de l'île de Madagascar, dans la savane arbustive. Les lémuriens (ordre des Lemuriformes), leur nom dérive des lémures (des fantômes ou esprits de la mythologie romaine) en raison de leurs vocalisations rappelant les bruits attribués aux fantômes, de leurs grands yeux réfléchissant la lumière et des habitudes nocturnes de certaines espèces. Bien que les lémuriens soient souvent confondus avec les premiers primates, ils ne sont pas les ancêtres des primates anthropoïdes (singes, grands singes et humains) avec lesquels ils partagent des caractères morphologiques et comportementaux trouvés chez les primates primitifs.

Ce sont des adorateurs du soleil.

Le Vari noir-et-blanc & le lémur à ventre roux

Leurs mains sont proches de celles de l'homme. Tout comme les pieds, elles comportent cinq doigts très minces, dont l'un est opposable aux autres, élargis à leur extrémité et munis d'ongles, sauf le deuxième, qui possède une griffe leur permettant de gratter leur fourrure ou celle de leurs congénères. Leur nom vient des Lémures, car ils sont si farouches et peu visibles qu'ils ont fait penser à des fantômes. Les lémures sont des spectres malfaisants issus des croyances de l'antiquité romaine.

Antiquité romaine

La mythologie romaine assimile les lémures aux âmes damnées d’hommes et de femmes ne pouvant trouver le repos car ils ont connu une mort tragique ou particulièrement violente. Ils viennent souvent hanter les demeures des vivants. Pour les mettre en fuite (car leur révocation n’est pas possible), le peuple romain célébrait la fête dite de Lémuria les 9, 11 et 13 mai. Des fèves noires étaient ainsi jetées par-dessus l’épaule gauche de chaque père de famille dans chaque foyer. Les croyances rapportent que les fèves représentent la nourriture des morts. Cette pratique vise à apaiser d'éventuelles apparitions pour épargner les vivants.
Ensuite afin de précipiter leur déroute on frappait de grands vases d’airain toute la nuit durant.
Pendant la célébration, les mariages étaient interdits et tous les temples étaient condamnés.

Paracelse (médecin-chirurgien suisse innovateur en thérapeutique, un philosophe de la nature, théoricien des forces surnaturelles et un rebelle s'en prenant parfois avec virulence aux institutions et aux traditions (1493-1541)

Paracelse compte sept races de créatures sans âme : les génies à forme humaine mais sans âme ni esprit (inanimata) des Éléments, les géants et les nains, les nains sur la terre. Il croit aux génies des quatre Éléments. La Terre, par génération spontanée, produit des nains qui gardent les trésors sous la montagne ; l'Eau produit les ondines ; le Feu, les salamandres ; l'Air, les elfes. Ensuite viennent les géants et les nains issus de l'air, mais qui vivent sur la terre. L'ouvrage de Paracelse a pour titre Le livre des nymphes, des sylphes, des pygmées, des salamandres et de tous les autres esprits

"Le mot inanimatum désigne six familles d'hommes sans âme... Ces hommes sans âme sont d'abord ceux des quatre familles qui habitent les quatre Éléments : les nymphes, nymphae, filles de l'eau ; les fils de la terre, lémures, qui habitent sous les montagnes ; les esprits de l'air, gnomi ; les génies du feu, vulcani. Les deux autres familles sont composées d'hommes qui sont également nés sans âme; mais qui, comme nous, respirent en dehors des Éléments. ce sont d'une part les géants et d'autre part les nains qui vivent dans l'ombre des forêts, umbragines... Il existe des êtres qui demeurent naturellement au sein d'un même Élément. Ainsi le phénix, qui se tient dans le feu comme la taupe dans ta terre. Ne soyez pas incrédules, je le prouverai ! Quant aux géants et aux nains de la forêt, ils ont notre monde pour séjour. Tous ces êtres sans âme sont produits à partir de semences qui proviennent du ciel et des Éléments, mais sans le limon de la terre... Ils viennent au monde comme les insectes formés dans la fange [par génération spontanée]."

(Paracelse, La grande astronomie. Astronomia magna (1537), trad., Dervy, 2000, p. 159-160).

Le saïmiri à tête noire

Appelé également singe écureuil, le saïmiri à tête noire est un petit primate au pelage jaune beige, au front noir et au oreilles blanches. On le trouve au Brésil, en Bolivie, au Pérou, au Vénézuéla, en Colombie et au Costa Rica. Il vit dans les Forêts tropicales.

Toutes les photographies © Sonia Marques & JD


Animal Par kiwaïda at 09:16

14/08/2018

Ḡ∀ḠÅTiϟℳ€

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GAGA / les petites sculptures de l'été © Sonia Marques

Gagatisme > État de celui qui est gaga.
Popelin me donnait des renseignements sur l'état de douce imbécillité, de gai gagatisme, dans lequel serait tombé Burty, ne trouvant plus ses mots, appelant Louis XV, « quinze, quinze », et s'amusant de son aphasie, de son déménagement de cervelle (Goncourt, Journal,1887, p. 724).
Ga-ga > Onomatopée faite à l'imitation du bredouillement des personnes retombées en enfance; le rapprochement avec gâteux n'est que secondaire.

Au pied d'un château j'ai rencontré une sculpteure. Elle m'a ouvert son atelier. Quelques années à apprendre à modeler la terre, dans tous ses états, avec différents médiums, qu'elle allait chercher dans différentes villes. Autodidacte depuis 5 ans, des iguanes, des bisons, un paresseux, tout était merveilleux. Secrètes sont ses réalisations singulières, je me suis dit qu'aucune école d'art ne formait en 5 années les étudiants aussi bien. Cette femme a fait un parcours seule, loin des écoles et des ateliers de sculptures, par ailleurs trop fermés. Mais avec une expérience de vie. Je venais de réaliser de modestes sculptures, très différentes, en argile blanche, elles ressemblent à un biscuit de porcelaine, une expression du gagatisme, de la gaga au gogo, des expressions de ce que je ressens, en regardant mes lapins. C'est que l'on a quitté depuis trop longtemps, la figure, dans ces écoles financées par l'État. Depuis longtemps, on a répudié toute étude de la figuration, de l'expression, humaine, animale, végétale. Et le petit, tout ce qui était petit. On a mis de côté, on a marginalisé. Certes, ce ne fut pas aussi radical, ainsi, on a oublié peu à peu, l'expression de la figure, les attachements, les choses délicates et tout ce qui serait bon. Le cynisme a emporté tout regard encore allumé par l'attachement aux jolies choses, reléguant aux niaiseries toute sensibilité intacte, toutes les premières fois possibles et imaginables. Pour pouvoir étudier, j'ai gardé secret ce regard, et toutes mes réalisations, comme beaucoup, ne sommes nous pas en attente d'un bonheur du faire, sans autorité pour nous sermonner ce que serait l'art contemporain ? Cette liberté là, d'enseigner, sans juger, je suis parvenue à l'engager et à la réaliser, malgré nombre d'obstacle. Je pense avoir résisté longtemps, pour aider les autres. À présent, je pense que la figure peut s'affirmer, sans mépris.

"Quand il était devenu complètement gaga de son état, il s'en était parfaitement rendu compte et en avait profité pour dire aux gens toutes les choses désagréables qu'il n'avait pu leur dire pendant toute sa vie"

Goncourt, Journal,1895, p. 811.
Cette rencontre et l'échange avec la sculpteure a mieux développé mes questionnements sur les formations artistiques aujourd'hui, sur la valorisation de tel ou tel artiste institutionnel, leur soutien excessif et répétitif, et la marginalisation d'artistes par millier, dans toutes les terres de ce pays, leurs secrets de fabrication, heureusement bien gardés, et la liberté de créer, d'apprendre. Ainsi étaient conservés les châteaux et patrimoines, pour que les visites soient payantes et que les touristes comprennent en toutes les langues une légende, un fauteuil poussiéreux, afin de les restaurer et faire la publicité d'un village à l'abandon, où l'art et la culture ont déserté les terres, jusqu'à ignorer les artistes qui modèlent encore des formes. Quelque chose me fait penser que l'on peut se passer de formations dans des écoles, aujourd'hui, quand la vie vous apprend, quand l'envie vous prend, quand il n'y a pas d'autres moyens pour survivre, pour guérir, pour aimer vivre et créer. Quand on peut voir ce qui se trame dans les rigoles et les petits chemins de traverse. J'écris cela, pourtant j'ai recherché à étudier dans des écoles, à y enseigner ensuite, jusqu'à comprendre que des dégâts pouvaient être plus grand sur d'autres, lorsque l'on empêche des personnes d'étudier, d'apprendre, ou qu'on leur supprime le sel de la vie, par jalousie. Il y a donc, dans des lieux sauvegardés, des trésors, qui ne savent rien des écoles et ont progressé en faisant des recherches. Rechercher par soi-même une couleur, un pigment, un médium, sans jamais cloisonner, un peu de sable, un peu de photographie, un peu de flou et de sagacité, des arts artisanaux de logiciels, d'apprentissages, finalement, n'est-ce pas ainsi que je défile les choses ? La culture, c'est dans ces familles où l'on comprend une sœur artiste, un frère artiste, une mère qui se découvre sculpteur à 50 ans, et quand tous vont se trouver solidaires autours de l'art, pour que tout progresse, pour que toute rencontre infra-familiale devienne le lieu d'une expression plastique, inaugurale d'un champs nouveau, singulier... La main à la pâte.
Et aujourd'hui, il est bien plus accessible d'apprendre, il y a des tuteurs, des livres, Internet, des vidéos pédagogiques. Quand aimer est bien plus fort, quand l'émotion peut se canaliser à travers un objet et se frayer un chemin, parfois, de frayeur, comme se faire peur, comme découvrir par mégarde que ce que l'on imagine est très différent de ce que l'on créé. Mais, comme me disait cette sculpteure, si exposer n'est pas une priorité, le retour est important, et cette rencontre, fut, pour elle, tout aussi importante que pour moi.
De la bonté.




Art Par kiwaïda at 19:00

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Le grand Limousin, le grand soleil, le grand jardin, le grand château, le petit festival de musique, les petites chaussures, les petites pommes, les grands espaces, les petites choses...


Paysage Par kiwaïda at 18:25

09/08/2018

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 L'Île aux chiens (Isle of Dogs) est un film américain écrit et réalisé par Wes Anderson, sorti cette année.Technique : animation en volume (stop-motion). Wes Anderson remporte l'Ours d'argent du meilleur réalisateur, mais, le Chien d'or aurait été plus judicieux ;.)

Synopsis :

Dans un futur dystopique, dans la ville japonaise de Megasaki, un virus de la grippe se propage dans toute la population canine. Le maire autoritaire, Kobayashi, signe un décret bannissant tous les chiens à Trash Island ("l'île des déchets" où sont stockés les détritus de la ville), bien que le scientifique Watanabe fasse savoir qu'il est sur le point de trouver un remède. Le premier chien à être banni est Spots, qui appartenait à Atari Kobayashi, le neveu orphelin et pupille du maire. Six mois plus tard, Atari s'enfuit de chez lui, vole un avion et s'envole vers Trash Island pour retrouver Spots. Après un crash, l'enfant est sauvé par les chiens Rex, King, Duke, Boss et Chief. Ces derniers décident d'aider Atari à retrouver Spots, bien que Chief, un ancien chien errant, se refuse à fraterniser avec les humains. Croyant initialement que Spots est mort après qu'Atari a trouvé la cage de Spots verrouillée et des ossements à l intérieur, les chiens apprennent que Spots est vivant ailleurs sur l'île. Après une escarmouche avec une équipe envoyée par Kobayashi pour récupérer Atari, et sur l'insistance d'une chienne nommée Nutmeg, Chief change d'avis et décide d'accompagner Atari et les autres chiens dans leur quête. Ils cherchent conseil auprès des chiens sages Jupiter et Oracle, qui les informent qu'une tribu cannibale de chiens se trouve sur une partie isolée de l'île. Pendant ce temps, le professeur Watanabe découvre un remède, mais est empoisonné par Kobayashi afin que les chiens restent sur l'île. Tracy Walker, une étudiante étrangère, soupçonne une conspiration et commence à enquêter. Elle exhorte à l'action l'assistante scientifique de Watanabe, Yoko Ono, qui confirme ses soupçons et lui donne la dernière dose restante du remède. Au cours du voyage à travers l'île, Atari et Chief sont séparés des autres. En lavant Chief, Atari remarque qu'il est de la race de Spots et en déduit qu'il pourrait être son frère. Chief révèle qu'il a été autrefois un animal domestique, forcé de fuir après avoir mordu la main de son maître, probablement par crainte. Ils rejoignent le groupe des autres chiens, arrivent à localiser la tribu isolée, mais se retrouvent une fois de plus dans une embuscade tendue par les hommes de Kobayashi. Spots arrive avec une petite armée de chiens, qui aident à repousser les assaillants. Grâce à des flashbacks, il révèle qu'il a été sauvé à son arrivée par cette tribu et est devenu plus tard leur chef. Spots confirme également que Chief est son frère, et demande à Atari de transférer ses fonctions de protection à ce dernier : les deux sont d'accord. Un hibou arrive, révélant que Kobayashi prévoit d'exterminer tous les chiens sur Trash Island lors de sa réélection imminente. Atari et la tribu des chiens décident de retourner à Megasaki City pour tenter d'empêcher cela. Lors de la réunion électorale, le maire se prépare à donner l'ordre, mais Tracy présente la preuve de sa corruption et de l'existence du remède. Atari et les chiens arrivent aussi et prouvent que le remède est efficace. Kobayashi réalise que ses actions étaient cruelles, mais son bras droit, le major Domo, insiste pour l'extermination des chiens. Une bagarre s'ensuit au cours de laquelle le bouton d'activation de l'opération extermination est enfoncé, mais le poison destiné à euthanasier les chiens est envoyé aux assaillants grâce à un piratage informatique réalisé par un ami de Tracy. Pendant la bagarre, Atari et Spots sont gravement blessés. Le seul rein restant d'Atari est abîmé, mais Kobayashi, admettant ses erreurs, donne le sien pour sauver le garçon. Selon la loi électorale, la fonction de maire de la ville échoit à Atari, qui décrète aussitôt que les chiens sont autorisés à réintégrer la société. Spots se remet de ses blessures et élève ses chiots sous le manoir Kobayashi, Tracy et Atari forment un couple, tandis que Chief se rapproche de Nutmeg et assume le rôle de garde du corps d'Atari.


Le téléphérique que prennent les chiens et autres déchets pour aller et venir sur l'île

Une fable fantastique sur l'exclusion. Je découvre ce film d'animation, sorti en salle, en avril dernier. Ce film a mobilisé durant près de deux ans, dans un studio londonien, plusieurs centaines de savoir-faire : 700 personnes, dont plus de 70 aux commandes du département des marionnettes et 38 au sein du département d’animation. 1 000 marionnettes ont été confectionnées de manière artisanale – 500 chiens et 500 humains –, et les poupées de chaque personnage principal ont été déclinées en cinq échelles différentes, d’un modèle d’une quinzaine de centimètres à des figurines miniatures, destinées aux plans très larges. Il faut 4 mois de travail pour fabriquer chaque marionnette d’un personnage clé. Et pour donner vie à toutes ces poupées, dans des décors fabuleux, une tâche de titan a été confiée à Kim Keukeleire, cheffe animatrice sur "L’Île aux chiens" ! Plusieurs défis techniques l'attendaient, Kim Keukeleire fut formée à La Cambre, en Belgique, même si elle n'était pas assidue, puis a déménagé à Londres, et dans d'autres pays, tâter du terrain et apprendre son métier.


Kim Keukeleire en train d'animer l'un des chiens (voir son interview)

Ce que je relève de ce film, c'est la précision, les détails, la maniaquerie, les émotions de ces marionnettes, leurs larmes...  mais surtout, l'histoire. Force est de constater que cette thématique de l'exclusion, des déchets et de la saleté, depuis l'affreuse expérience qu'il m'est arrivé dans mon lieu professionnel, une école d'art, se trouve être la même réflexion, pour plusieurs créateurs, créatrices. Ici, le dictateur (Le maire autoritaire, Kobayashi), n'est pas une directrice, mais, il fait aussi signer des décrets pour bannir les chiens et les éloigner de leurs lieux de vie, en transformant une île comme isolement total des déchets, de l'immondice, une vraie expression xénophobe. Dans le film, ce maire change de point de vue à la fin, ce qui ajoute du sel à l'espoir, dans de telles situations à venir. J'en ai même fait des rêves-cauchemars, à la suite d'avoir vu ce film, et mon retour, dans l'école qui m'a rejetée, dans une île à déchet social : celle des artistes !
Ce que nous apprend le film : la mise en place d'une résistance, le développement de la propagande institutionnelle, et peut-être même, l'invention du virus, afin de faire peur à la population et exterminer les races qui dérangent, telle une épuration ethnique. Cette épidémie de grippe canine, cette menace de la pandémie (telle la peste noire ou le Sida) est un moteur législatif tenu en laisse par l'édile tyrannique, afin que la population puisse l'élire de nouveau, prolonger son mandat. La petite bande de résistants, née dans les écoles et seule soutien du scientifique-chercheur qui a trouvé le remède, l'anti-virus (il sera tué), cartographie le pouvoir, les héros (le petit pilote et la bande de chiens solidaires) recherchent la vérité en-deça des discours officiels et démiurgiques. Les détails sont de véritables éclosions techniques miniatures de fleurs, comme ce parachute argenté, qui s'ouvre et se referme et disparaît. Automates, marionnettes, poupées, tout ce qui est à la portée de la main, de l'enfant. Imaginons que de grands enfants fabriquent des décors pour animer leurs poupées et partager leurs créations, leurs histoires, à travers un grand écran, des heures, des années de manipulations, d'espoirs et de rêves, d'erreurs, d'accidents, de découragements, de rencontres, de pressions, d'humilités, toute une esthétique de la manipulation. Ce film se passe au Japon, et il est dit que dans cette île-pays, l’opposition entre le naturel et l’artificiel est amoindrie par une sorte de continuité entre l’homme et ses créations. Le théâtre du vivant se substitue à la précision des manipulations techniques des marionnettistes et des fabricants d’automates. Robotique, théâtres de marionnettes, pantomime de poupée, pantins d'autorités, bunraku, ningyo karakuri, kabuki, noh, kyogen, autant d'histoires ancestrales, au Japon, et avec l’apogée d’une société de plus en plus technique, tout repose sur l'idée de contrôle.

Bunraku : Femme montrant une marionnette

rebut  

      nm 
  • 1    ce qui est considéré comme sans valeur 
  • 2    lettre sans destinataire stockée au service des rebuts de la Poste 

mettre au rebut 
se débarrasser 
rebut de l'humanité
ce qu'il y a de plus vil 

rebut , s 
rognure, déchet, détritus, ordure, lie, scorie, dépôt, résidu, battiture, ramas, débris 
[antonyme]   élite     (au figuré)   racaille, tourbe    (vieilli)   populace 
[antonyme]   gratin 

au rebut 
      adv   à jeter 
jeter au rebut 
      v   jeter à la poubelle, se débarrasser de quelque chose, jeter au rencart 
matières de rebut 
      nfpl   déchets 
mettre au rebut 
      v   ranger, exclure, mettre au pilon 

rebuter :
rebuter, rebut de l'humanité, mettre au rebut, se rebuter
rebuter n.
décourager, dégoûter, détourner, ennuyer


Et dans une poésie du détritus, ici, vraiment, remarquable ;.) Là, oui, on peut écrire : une saleté remarquable ! C'est ce que la directrice, si propre et point rebutante, de l'école d'art de Limoges, m'a écrit plusieurs fois, définissant à la lettre, mes qualités pédagogiques, dans ses missives, dénuées d'analyses, mais point de cruauté, histoire d'inverser la réalité par abus de pouvoir, mais aussi bêtise maîtresse... et crasse (effet boomerang très lisible). Dans le film, la saleté révèle le sens poétique de la beauté, celle que la cruauté rejette, et souhaite exterminer. Les chiens pouilleux et ingénieux, fatigués et malades, contaminés, sont magnifiés dans la représentation de leurs poils où circulent et frémissent des tiques, des mouches et tant d'autres insectes. La poussière, dans cette île, les ordures et la vermine deviennent des textures brillantes, scintillantes, gigotantes, les souris, les rats, les animations de toutes vies après la mort, dans cette morbide insularité un combat valeureux surgit des tréfonds de solitudes.
C'est le merveilleux.
"Abandonnés comme des chiens", peut-on entendre des âmes tristes et errantes humaines. L'identification et l'interaction entre animal et être humain est formidable. On aimerait voir d'autres films avec d'autres espèces, s'animer de telles inventions artistiques. Ici, l'attention à l'animal domestique et la fonction de la domestication, celle du soin apporté et des échanges entre l'animal et son maître, sa maîtresse, la fidélité, la loyauté à toute épreuve, orientent les imbéciles qui osent encore abandonner leurs animaux, ou les maltraiter, vers une prise de conscience, comme celle du maire, qui comprendra cet enfant, parti à la recherche de son chien. Notre société et ses amoncellements de déchets, ces monstres de nos consommations excessives et destructrices de notre environnement, trouvent, dans ce film, une représentation d'un avenir peu ragoûtant, mais si semblable aux esprits qui rejettent la saleté en eux, loin, ailleurs, et si proche. La résistance, face au lavage de cerveaux, représentée par des hordes de gens assis dans des séminaires retransmis par écrans vers des lieux privés (restaurant, famille, etc.), des gens muets, soumis, qui se taisent, et obéissent, votent, elle, cette résistance, est tenue par l'obligation de rechercher la vérité, par comparaison, confrontation des sources, analyses, rechercher le bien à travers ce qui est montré de mauvais, puant, malade, contagieux, néfaste, et mal. Cette déconstruction, de ce qui est admis comme pensée unique, n'est pas l'axe principal du film. Le décor sublime de la décharge gargantuesque, ou des mécanismes de gazages, ou d'incinérations (qui ne fonctionnent pas bien, heureusement pour la bande des chiens solidaires) est une ruine pestiférée grandiose, presque romantique, car la romance entre chien et chienne se frotte un peu, par hasard et dépression, ou pessimisme, et la rencontre s'effectue par renoncement à l'amour et la procréation plus que par un coup de foudre gâté par une vie matérialiste, dans un carrosse doré et une filiation bien déterminée. La filiation, est souvent, dans ce film, un questionnement, "d'où je viens", "qui sommes-nous". Les races sont mélangées, les repères sont perdus et les pères et mères aussi. Les chiens sont contaminés et n'ont plus d'espoir de faire de famille, ou même de s'accoupler. L'errance, la violence, la fièvre et les jours sont comptés, comme autant de zombis parmi des carcasses qui jonchent les sols. La cage est ici représentée comme un objet qui permet d'abandonner l'animal, mais aussi de le laisser sans possibilité d'en sortir, voir de mourir dedans. Il y a dans ce film, une réflexion sur le deuil de l'animal et son impossibilité de retrouver ceux que l'on a perdu, comme autant de noms, de médailles, perdues, d'enterrements et cimetières non rendus possible, et sur la recherche du caractère unique de l'être aimé. Une truffe rose ou noire, un humour, un numéro de cirque... Une voix susurrée dans l'oreille... inoubliable.

Une fable sur les attachements, les détachements, les liens qui nous unissent et désunissent, sur l'abandon, et l'espoir de guérir des pestes des diktats.


C'est Katsuhiro Ōtomo, le célèbre dessinateur de manga, scénariste et réalisateur de films d'animation, et créateur d'Akira, qui a réalisé ce poster pour le film L'île aux chiens de Wes Anderson





Et une chanson, rien à voir avec ce film... ou presque, de Miel de montagne :
"Slow pour mon chien"

 

Film Par kiwaïda at 11:19

05/08/2018

ÐÅЇ♏ϟ

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J'aperçois en haut d'une colline, par hasard, près d'une rive, de petites chèvres blanches qui me regardent. Mais en me rapprochant, j'hésite, qu'ai-je vu ?
Des biches, des chevreuils ? Des daims ? Des bambis ? Je ne me souviens pas avoir vu le film Bambi des studio Disney qui date des années 40. Bambi n'existe pas, c'est un faon de fiction créé par le romancier Felix Salten (Bambi, l'histoire d'une vie dans les bois, paru en 1923). Puis je vois un tout petit suivre sa mère blanche, et puis ils bondissent et s'en vont. Ai-je rêvé ? À la recherche de ces animaux, ce sont des daims regroupés, et quelques mâles portant de grands bois plats et palmés, que j'aperçois. Mon appareil photo est tout petit, pas le meilleur pour les capter de loin, mais assez suffisant pour me souvenir de cette scène subliminale. Ce sont des daims de la famille des cervidés, ainsi ai-pu les confondre avec des chèvres blanches, mais qu'ai-je vu ? Ils m'ont entrainée plus loin. Entre le chevreuil et le cerf. Leurs pelages sont tachetés de blanc, leurs queues ressemblent à des pinceaux. Je vois des daines, grâce à leurs arrière-train. Si légère et petite, la mère et son petit, j'ai pu les confondre avec des chevreuils. Et son jeune daim était un « faon ».

Ils m'ont vue et me regardent.

Lorsque j'ai appris la danse classique, à l'âge de 6 ans, (ou 5 ?), la professeure était très sévère, et il y avait, parmi toutes les petites danseuses en "tutu" rose, un seul garçon. Il était habillé tout en noir. Cette professeure n'avait d'yeux que pour lui. Elle lui demandait de faire le cheval en cercle, sur le vieux parquet, et nous, les petites grassouillettes aux collants blancs, nous devions le regarder tourner autours de nous. Plus tard, je me suis souvenue de cette scène, car ce petit garçon tout de noir vêtu, ressemblait à un faon, et cette professeure le nommait "fanfan la tulipe". Pourquoi n'était-il pas vêtu d'un "tutu" ? Où avait-il trouvé ces vêtements très près du corps, noirs, et ses chaussons noirs ? Je l'ai interrogé, mais lui, aurait souhaité avoir un "tutu" rose, mais ce n'est pas possible. Je ne comprenais pas pourquoi ? Je ne connaissais pas, à ce moment, la référence au film français. Mais je retenais "fan", comme "faon". Alors que "Fanfan", est un terme dont les mères et les nourrices se servaient en parlant aux enfants, dans les années 30 (Aphérèse d’enfant avec redoublement hypocoristique de la syllabe obtenue) Je trouvais cela "neuneu" déjà enfant, et je n'enviais pas le sort de ce jeune garçon élu, forcé à faire le cheval sous le martinet, cette caresse de cuir, ni faire le trot. Fanfan, Tutu, Neuneu, c'était trop. J'ai arrêté la danse classique et ce n'est que plus tard, que je me suis lancée dans la danse contemporaine, en gardant la souplesse acquise de cette professeure d'antan. Elle nous écrasait les jambes, afin que toutes petites, nous sachions faire le grand écart. Le grand écart, c'est certain, je sais faire.

Souvent, le long de mon parcours, je rencontrais cette typologie de femme, dans les arts, où il y a peu de garçons étudiants et de jeunes hommes et bien plus de filles, de jeunes femmes. Les rares femmes professeures, plus âgées, car le corps enseignant n'était composé que d'hommes (cela n'a pas changé), élisaient un garçon, plus tard, un jeune homme, parmi toutes les filles étudiantes, et le suivaient, comme s'il était ce fanfan, celui qui devait être exposé, l'élu. On pouvait le voir, le fanfan, faire son jeu de piste et recevoir les éloges de ces femmes acariâtres pour les corps féminins et leurs expressions artistiques et mielleuses pour ces jeunes hommes, les observant comme l'on façonne l'idée d'un homme, de ce qu'il exprimera dans la société. Dans les arts appliqués, et dans la mode, on se demande toujours pourquoi les stylistes sont le plus souvent des hommes élus à dessiner des robes pour les femmes. Comment font-ils leurs études ? Parmi des étudiantes, toutes excellentes, mais aucune d'elles n'est aussi bien élue. Dans les arts plastiques, j'observais également le même rituel. C'est qu'il y a un mépris des idées des femmes, et, dans le même temps une envie posée sur leurs corps gracieux et élégants. Dans une société patriarcale, la nôtre, les arts doivent copier le corps des femmes, ce sont des modèles, mais ce sont les idées des hommes qui les façonnent et perçoivent à leurs manière. Ce sont bien les enseignements qui sont conçus sur ce schémas de la captation (castration ?), et du voir. Les écoles sont vieilles et acariâtres. Elles gagneraient à être toutes réformées, sans ces professeures à cravache qui empêchent toute idée nouvelle d'émerger. Et puis, en y pensant, je reste cet enfant, regardant les élus faire leur numéro de piste, sous la pression d'un martinet invisible, car les daims, se protègent. Et finalement, c'est ainsi que la création se réalise, à l'abri des regards mal placés, sans pression.

Sans le savoir au préalable, c'est un parc à daims qui occupe une parcelle communale d'environ 13 ha, dans un parc clôturé, que l'on peu observer une cinquantaine de daims qui évoluent librement. Un sentier longeant le parc permet à chacun d’admirer et se familiariser avec ces animaux. C'est superbe !

Nous avons entendu et dansé sur l'Eyo’nlé Brass Band  (« Réjouissons-nous » en Yoruba) une musique béninoise bien rythmée. J'ai trouvé cela très proche des batucadas brésiliennes, cuivres, chants, rites initiatiques... et fanfare !

Un petit tour dans ce festival joyeux, à travers la campagne limousine, verte, assurément verte et extrêmement chaude, ces temps-ci. Une rencontre surprise à travers le bijou. Claire-Marie Steimetz est une créatrice de bijoux précieux. C'est sur une de ses bagues, un beau "ring" en argent, un grand cercle, que j'échange sur sa formation. Depuis peu, elle a quitté la région parisienne pour vivre à Felletin, une ville que j'ai pu visiter il y a quelques années afin de faire mes recherches sur la tapisserie. D'ailleurs, un cerf tissé, fut l'une de mes découvertes... Ce département était inconnu pour elle, tout comme moi, j'ai appris qu'elle était issue de la région parisienne, et qu'elle avait suivi une formation à l'école Boulle. Je lui racontais que j'avais étudié à l'école Duppéré, aussi l'une des 4 écoles d'arts appliqués de la capitale, mais il y a déjà une trentaine d'années ! Elle me demandait si j'étais toujours dans la mode. Car l'école Duppérré est réputée pour être spécialisée dans la mode. En quelque sorte, je n'ai jamais quitté la mode, mais je m'en suis largement libérée aussi, depuis une réflexion sur les fanfans. Ainsi, cette rencontre est le fruit de connaissances et de reconnaissances du savoir faire. Elle est passée par un CAP, avant l'école Boulle, en section bijouterie (école supérieure des arts appliqués et un lycée des métiers d'art, de l'architecture intérieure et du design) Elle dessine ses modèles au crayon avant de passer à l'ordinateur. Elle m'expliquait qu'elle procédait par impressions, et pour cette bague que j'ai choisie, elle a imprimé sur l'argent des motifs de dentelles, comme de la gravure. J'ai vu qu'elle pouvait utiliser des plumes, du textile. J'aime beaucoup cette bague, pour plusieurs raisons, je procède toujours par rencontre, comme avec les daims. Cela me rappelait le "Magic ring" sur lequel j'ai travaillé et inventé le nom, pour l'école d'art de Limoges et de Toulouse. Je trouve toujours cela étonnant les parcours et, ici, le courage de femmes. Elles s'installent dans des régions inconnues, y enseignent (comme j'ai pu le faire) parfois dans des milieux hostiles, et avec peu de soutien, totalement autonomes. Il peut leurs arriver de rencontrer des acariâtres, très soutenues, mais cela ne les empêche pas de poursuivre leurs routes, en toute indépendance, et aussi de trouver des partenaires, et ici, une cliente, par constellations. Reconnaître ? Ou renaître ? À chaque rencontre.

Cette bague est très simple, minimale. C'est presque une erreur. La forme devait être pensée pour une boucle d'oreille, un cercle et une tige au milieu, puis, après observation Claire-Marie l'a transformée en une bague, assez large. J'ai trouvé qu'un cercle et un demi-cercle étaient des lignes parfaites pour un anneau et aussi, antique. Il me semble que le dessin est important, trouver la ligne. Celle-ci fut adaptée à mon doigt. Et, ce n'est plus une coïncidence, j'avais porté sur l'autre main, une bague, avec un cercle, un ovale en plaqué argent, sans aucun doute, la bague test, avant de trouver la bonne. J'apprécie la générosité de ce cercle, comme un astre, et la finesse de ses impressions. Légèrement incurvée, pas totalement ronde. c'est ce dessin singulier, qui m'a attiré. Ce dessin argenté. Merci pour cette création !

Le cheval en cercle...

Photographies © Sonia Marques / ci-dessus © JD)


Animal Par kiwaïda at 15:12

04/08/2018

ḉυηї¢ʊł⊥üґ℮ ¢αηḯ¢υℓε ¢αяяεLαℊε

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CANICULA / Petite chienne

Le terme de canicule se rapporte à une vague de chaleur très forte qui se produit en été et qui dure plusieurs jours et nuits. La caractérisation thermique d'une canicule est subjective, car elle dépend de la sensibilité des populations et donc du lieu où elle se produit. En Europe de l'Ouest, il est considéré qu'une canicule correspond à une température de nuit supérieure à 18-20 °C et une température de jour supérieure à 30-35 °C. En France métropolitaine, la période la plus propice aux canicules s'étend du 15 juillet au 15 août. Les services météorologiques préviennent qu'il existe un risque de canicule lorsque pendant au moins trois jours, les températures minimales, en particulier la nuit, sont au-dessus de 20 °C et les températures maximales supérieures à 33 °C. Mais cette définition peut même varier. Le terme canicule est apparu aux alentours de 1500. Il vient de l'italien canicula qui signifie petite chienne. L’étoile Sirius, Canicula, est l’astre le plus brillant de la constellation du Grand Chien qui se levait avant le Soleil (lever héliaque), durant l'antiquité, pendant la période des grandes chaleurs. du ciel après le Soleil. Les Égyptiens qui associaient cette étoile au culte d’Isis lui concédaient des pouvoirs surnaturels, notamment dans la régulation des crues du Nil. Levée et couchée avec le Soleil, du 24 juillet au 24 août, elle double l’activité de ses feux et donc du climat solsticiale. Elle est considérée comme l’étoile de la chaleur. « Canicule » désigne donc tout naturellement les périodes marquées par une forte hausse des températures.

Source : Futura Science

Écaille de tortue

Les robes écaille de tortue (ou tortoiseshell) sont définies par la présence de teintes à la fois de roux et de noir dans le pelage des chats. Lorsque du blanc est également présent, la robe prend le nom de tricolore (ou isabelle, calico ou chatte d'Espagne / tortoiseshell-and-white). Pour des raisons génétiques, elles sont portées presque exclusivement par les femelles.

Carrelage

« carrelage »; forme altérée dosirâcum, du grec ostrakon, «coquille», «écaille», puis « carreau de brique ».
Étymologie de la langue française - 1938

Le terme de carrelage désigne à l'origine l'action de poser des carreaux, puis, par métonymie, le résultat de cette action. Il désigne alors un revêtement de sol ou de murs formé de carreaux de céramique - terre cuite, carreaux de faïence, carreaux de grès (souvent appelés grès-cérame) - ou bien carreaux de marbre ou de ciment ou encore carreaux de vinyle. Ces différents types de carreaux sont juxtaposés puis collés ou scellés. Un carrelage est couramment utilisé pour la finition et la décoration des sols et des murs pour les habitations et autres locaux, aussi bien à l'intérieur qu'en extérieur.

Parmi les plus connus, on peut citer les Azulejos, carreaux bleus d'Espagne, Portugal, Mexique. Les carreaux sont depuis l'origine très utilisés dans la civilisation musulmane, en particulier les lieux de culte, en utilisant essentiellement les formes et les effets géométriques, les représentations humaines ou animales étant interdites par la religion.

Les premiers carreaux apparaissent en France dans les édifices religieux au VIIIe siècle et se développe dans les maisons de notables au XVIIIe siècle, l'application de faïence peinte sur les carreaux datant du XVIe siècle tandis que leur usage se démocratise à partir du XIXe siècle. Concurrencé par les parquets de bois, il se destine alors aux lieux moins nobles (passages, pièces de service) des bâtiments. 

Dans la construction, le carrelage est réalisé par le carreleur. Les carreaux peuvent être en grès émaillé, grès brut, grès cérame, grès cérame pleine masse, grès cérame rectifié, grès cérame poli (lalmatto), émaux, pâte de verre, ciment ou encore terre cuite.

    Tomette
    Opus incertum
    Azulejos
    Carreaux de Delft
    Carreau ciment

Source : wikipédia

Sur le carreau /

Cette expression, qui existe depuis le tout début du XVIIe siècle, est en général précédée de verbes comme 'être', 'rester', 'envoyer' ou 'laisser'. Depuis 1160, le 'carreau' désigne un pavé plat de terre cuite servant à paver un sol. Par extension, le terme sert aussi à désigner toute surface couverte par des carreaux. Et c'est parce qu'une personne blessée ou tuée à l'intérieur d'une habitation gisait sur le carreau que notre expression est née. Actuellement, elle s'utilise aussi dans des situations moins extrêmes, simplement lorsque quelqu'un est en difficulté.


Patio pour canicule et cuniculture

Vernissage des écailles

Le lapin japonais

Le japonais est une race de lapin domestique issue vraisemblablement de la sélection du hollandais tricolore pour lui faire perdre ses marques blanches.

Extraits du livre de 1900  « Les Races de Lapins » d’Eugène Meslay :

 « Nous avons vu figurer lors du concours général de 1887 dans la classe des lapins communs, une variété qui avait vivement excité la curiosité. Ils étaient tricolores et portaient le nom de Japonais. » M. Naudin   Revue Avicole 1894.
Depuis trois ou quatre ans, il paraît dans les expositions du Concours Général Agricole, du Jardin d'Acclimatation et de la Société nationale d'Aviculture, sous le nom de Lapin Japonais, une race de lapins composée d'animaux remarquables...» M. Mégnin, édit. 1891.

 «... Les Japonais, comme couleur et marques, ressemblent assez au tortoiseshell cat; leur aspect est très séduisant et certainement ils ne tarderont pas à prendre rang parmi nos principales races... » Dans un entrefilet (F. and F, 1899)

« Le Japonais a la robe étrange, jaune, noire, orange... Mme de Boislandry, Sic. MM. Naudin, Mégnin. »
En France et en Belgique, nous appelons Japonais le lapin écaille ( tortoiseshell, tricolore) jaune, brun et noir, parfois, jaune, brun, gris, noir et blanc...»

En France, il est souvent appelé « écaille de tortue ». Mais où donc est le blanc dans la carapace de la tortue commune? Les anglais le nomment « tortoiseshell » ; le Chat tortoiseshell est noir, orange, jaune. F. and F. 1897.

Dans tout Japonais, le noir est nécessaire, car c'est cette couleur qui constitue les marques (tête et zébrures). En dehors du noir, les nuances qui se rencontrent le plus fréquemment sont l'orange et le jaune. Mme de Boislandry, MM. Mégnin, de Foucault. L

e gris et le bleu se voient plus rarement ; ces nuances sont d'ailleurs moins estimées. « On aime les couleurs bien marquées et ne tirant pas trop sur le gris cendré ou pâle... M. Brulhart. « Les plus recherchés sont ceux qui présentent les couleurs les plus franches... »

Avic. Zébrures : «... Le dos étant plutôt zébré... Le dos zébré de bandes noires et roussâtres...» M. Naudin. « ... Le noir est constitué par des charbonnures formant deux, trois, ou plus, larges zébrures transversales sur le dos et descendant sur les côtés...») Sic M. Mégnin, Brulhart.


Négus sur volets écaillés

> Photographies © Sonia Marques


Animal Par kiwaïda at 11:16

28/07/2018

Ї﹩¢нηʊя@ ℮ł℮❡αᾔṧ

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Blue Samouraï (© Sonia Marques)

Toute mouillée, sortant de l'eau chlorée de la piscine bleue, elle se dirige vers les cabines blanches. Elle pousse la porte, il y a un petit insecte sur la tablette pour poser ses affaires, il sautille. Non ! Pas cette cabine, elle repousse la porte et choisi la porte d'à côté. Non ! Elle veut revoir quel est cet insecte, elle repousse la première porte et s'abaisse pour observer cet étrange moustique plus grand que les autres, qui saute de plus en plus haut. Elle le regarde de très près : c'est une libellule, peut-être un bébé libellule, avec une longue queue bleue et de gros yeux bleus globuleux qui scintillent, de fines ailes transparentes. C'est merveilleux. La libellule souhaite s'envoler mais se cogne aux parois de la cabine, si blanches. Elle trouve un petit trou au bout de la tablette mais ne peut s'y faufiler, alors elle saute, elle vole haut mais se cogne contre les parois de nouveau. Quels efforts pour ce petit Samouraï ! Elle décide de l'aider, minutieusement, ses gestes d'humains se transforment en ceux d'un fil de pêche, mais sans le harpon. Elle suit la libellule et l'invite à sauter sur sa main. La libellule se cogne de nouveau contre les parois blanches puis se dépose délicatement sur son doigt. Là, elle ne bouge plus, elle se sent bien. Et bien, les voici toutes deux bien avancées ! L'une devrait se changer, l'autre devrait voler de ses propres ailes ! Elle décide de sortir vite afin de libérer la libellule dehors. Elle sort de sa cabine et voit une énorme cabine ouverte destinée aux handicapés. Elle traverse cette immense cabine, toujours avec sa libellule sur le doigt, et vêtue de son maillot de bain mouillé chloré. Elle ouvre une porte, avec un signe interdit rouge dessus, elle atterrit dans une salle pour les personnes habillées qui mettent leurs chaussures aux pieds et tombe nez à nez avec une dame outrée de la voir en maillot mouillé avec un doigt tendu devant. Personne ne doit sortir de là, normalement. Elle referme vite cette porte et repasse par la grande cabine abandonnée, puis revient dans sa petite cabine blanche. Elle dépose la libellule sur la tablette et lui dit : "Tu vas bien m'écouter, il faut que tu me fasses confiance, j'ai trouvé un passage secret et je vais te libérer, pour cela, tu dois m'attendre, le temps que je me change, car je dois m'habiller de vêtements secs, afin que je puisse t'emmener plus facilement à travers le passage interdit, ainsi, nous sortirons directement dehors et tu verras, la nature sera là."

La libellule patiente sur cette page blanche, cette cabine blanche. Elle se change à toute vitesse comme par magie, et passe du mouillé au sec, en un clin d’œil. Elle met son sac sur le dos, ses nageoires, elle invite de nouveau la libellule bleue à venir sur son doigt, et les voilà parées toutes deux : À l'aventure ! Elles passent la cabine des handicapés, elles ouvrent la porte interdite, et traversent glorieusement l'espace des personnes affairées à remettre leurs chaussures. Occupées à regarder par terre, chacune à récupérer leurs chaussures et sandalettes diverses, les personnes, toutes individualistes, ignorent la magie qui s'opèrent sous leurs yeux. Une libellule chevronnée qui aime la piscine, va regagner sa liberté, sa nature. Bien évidement, toutes deux, elles zappent l'étape des chaussures, elles montent l'escalier, elle avec son bébé libellule sur le doigt tendu, son gouvernail : c'est par là ! Personne ne voit le petit Samouraï bleu, chacun, chacune voit une femme discrète avec un doigt tendu devant, comme si elle montrait une direction. Elle passe le tourniquet électronique, la libellule ne s'affiche même pas à l'écran, le passager est invisible pour les scanneurs. De gros hommes musclés sont devant, elles se faufilent, transparentes et fines. Elles passent toutes les portes et arrivent dehors. Elle dit à la libellule : "Tu vois, ici c'est la nature, attends un peu, je vais te déposer sur un arbuste japonais, près des marais". Fièrement, elles arrivent toutes deux, en redescendant un grand escalier en bois, devant un arbuste japonais, un saule crevette, de couleur crème avec des tâches vertes et des pointes roses. Elle dépose délicatement l'élégante libellule, qui la regarde avec ses yeux bleus immenses, comme si elle venait de réaliser quelques longueurs avec son masque et son tuba dans la piscine et lève sa longue queue et la dépose en signe de reconnaissance et de fratrie sur son doigt. Sa queue forme un arc de cercle. Puis elle vole vers une pétale de l'arbuste japonais, nommé Hakuro Nishiki. "Bonne chance dans ta vie petite libellule bleue !" Son amoureux assiste à la scène finale de la libération, avec un sourire.

Cette libellule est une demoiselle, plus exactement une Agrion jouvencelle (Coenagrion puella) Une espèce d'odonates zygoptères (demoiselles) de la famille des Coenagrionidae et du genre Coenagrion. Elle est commune dans la plupart des pays d’Europe. L'espèce a été décrite en 1758 par le naturaliste suédois Carl von Linné sous le nom initial de Libellula puella. L'Agrion jouvencelle, est aussi appelée : l'Agrion fillette, l'Amélie, la Libellule Amélie, la sophie (en anglais : Azure Damselfly )

LIBELLULE, subst. fém.

De libella « niveau », allusion au vol plané de l'insecte.

Dans le Dictionnaire des symboles, on découvre que"la libellule, admirée pour son élégance et sa légèreté, est en outre un symbole du Japon, qu'on désigne parfois sous le nom d'Île de la libellule (Akitsu-chima). Cette dénomination, qui s'explique par la forme générale de l'île de Hondo, proviendrait de l'exclamation légendaire de Jimmu-tennô, fondateur de la dynastie, alors qu'il contemplait le pays d'une hauteur : on dirait une libellule !..."

Avec la fleur de cerisier (さくら : sakura), la libellule était bien souvent affiliée aux samuraïs. En effet la libellule symbolise pour les japonais la force et le courage, voire la victoire. Il semblerait même qu’elle était pendant longtemps dénommée « kachimushi » : l’insecte de la victoire. L’une des principales raisons du rattachement aux samuraïs tient à ce que la libellule a la particularité de toujours aller de l’avant et de ne jamais faire demi-tour. Elle peut certes faire « marche arrière » mais elle reste toujours de face, tel le samurai faisant continuellement face à ces adversaires sans jamais leur tourner le dos et ce quelque soit la situation.

❤ Dragonfly

Pour les Celtes, la libellule était un symbole de transformation pour arriver au but ultime : la libération de tout son potentiel. La libellule le montrait bien par ses étapes successives de métamorphose, de l'état larvaire sous l'eau jusqu'à la magnifique libellule volante, vive et rapide dans les airs. La libellule enseignait qu'en chaque être vivant se trouvent des ressources cachées capables de se libérer et de s'épanouir. Dans la pratique chamanique celtique, tout pratiquant allait régulièrement contacter l'esprit de la libellule pour travailler dans son quotidien cette libération des ressources cachées. Celles-ci pouvaient se révéler dans n'importe quel domaine, permettant à la personne de déployer ses capacités profondes et devenir maître-artisan, expert dans l'utilisation des plantes, spécialiste de la communication avec les esprits de la nature, astrologue, chaman ou druide spécialisé dans un domaine précis, etc. Il pouvait également s'agir d'une ou plusieurs facultés qui s'exprimaient enfin dans toute leur ampleur : sagesse, empathie, intelligence, patience, calme, amour, compassion, sérénité... Le phénomène de cette libération des ressources cachées pouvait être progressif ou se produire quasiment du jour au lendemain ; dans ce cas il était beaucoup plus spectaculaire. L'esprit de la libellule était le guide par excellence que nos ancêtres consultaient pour découvrir les ressources de leur être profond. Et lorsqu'une telle métamorphose avait lieu, la personne concernée gagnait en ardeur, en passion dans chacun de ses actes, ce qui ne manquait jamais de rejaillir positivement sur son environnement.

Alors il existe un dragon qui vole, et qui parfois nage comme un poisson... dans des piscines conçues pour les êtres humains. Libellule, elle se métamorphose même dans les cabines...


Art Par kiwaïda at 13:25

27/07/2018

℘℮⊥i⊥ℯ Lʊηℯ ḓℯ ṧ@ηℊ

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Photographie d'un téléphone © Sonia Marques / 22H00

Vendredi 27 juillet 2018, éclipse de lune totale, un phénomène qui se produit lorsque la Lune pénètre dans l'ombre de la Terre, observée pendant près de deux heures, entre 22h20 : l'éclipse lunaire est "lune de sang". A minuit, la Lune côtoie un autre astre brillant dans le ciel : la planète Mars, ce que l'on appelle le phénomène d'opposition de mars. La Terre se situe exactement entre le Soleil et la planète rouge, ce qui arrive une fois tous les deux ans environ. Sang ? Ou Lune rousse : Les rayons blancs sont “filtrés” de leurs teintes bleues. Ne reste donc que les couleurs rouges et orangées, qui sont ensuite réfléchies par la poussière lunaire, appelée régolithe, direction la Terre.

La lune s'est absentée, puis elle a réapparu. Disparition / Apparition devant nos yeux : être de nouveau visible !
Se manifester de nouveau tel un sourire qui réapparaît !

Renaître.

Photographie d'un téléphone © Sonia Marques / 22H00

Photographie d'un téléphone © Sonia Marques / 22H00

Photographie de la petite lune de sang © Sonia Marques / 23H00

Paysage Par kiwaïda at 23:36

25/07/2018

ℓα √iε S℮ηṧї♭ℓε

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De la vie sensible
Cela arrive même les yeux clos ou quand tous les autres organes des sens semblent être fermés au monde. Si ce n’est pas le bruit de notre respiration, c’est un souvenir ou un rêve qui nous arrachent de notre isolement apparent pour nous replonger dans la mer du sensible. Nous considérons que nous sommes des êtres rationnels, pensants et parlants, et pourtant, pour nous, vivre signifie avant toutes choses regarder, goûter, toucher ou sentir le monde. Nous ne savons vivre, nous ne pouvons vivre qu’à travers le sensible, et non pas seulement pour connaître ce qui nous entoure. Ce n’est pas une question gnoséologique : la sensibilité n’est pas seulement une de nos facultés cognitives. Sensible, c’est notre corps même qui l’est : en tout et pour tout. Nous sommes sensibles dans la mesure même et à l’aune selon laquelle nous vivons du sensible : nous sommes pour nous-mêmes et nous ne pouvons être pour les autres qu’une apparence sensible. Notre peau et nos yeux ont une couleur, notre bouche a un certain goût, notre corps ne cesse d’émettre des lumières, des odeurs et des sons en se déplaçant, en parlant, en mangeant, en dormant. Nous vivons du sensible, mais la question ne saurait non plus se réduire à une nécessité physiologique. Dans tout ce que nous sommes et dans tout ce que nous faisons, nous avons affaire au sensible. Seule la médiation de la lueur de l’imagination sensible nous permet d’accéder à notre passé et à notre futur. Et surtout, nous nous rapportons à nous-mêmes non pas comme à une essence incorporelle et invisible, mais comme à quelque chose dont la consistance est avant tout sensible. Nous passons des heures, chaque jour à donner à nos corps et aux choses qui nous entourent des formes, des couleurs, des odeurs différentes de celles qu’ils devraient avoir naturellement. Nous voulons vraiment cette étoffe, cette coupe, cette couleur et ces rayures. Nous faisons tout ce qu’il faut pour qu’il y ait des odeurs ; et sur notre peau, comme sur notre visage et notre corps, nous traçons des signes, des couleurs autour de nos yeux ; nous peignons nos ongles comme s’il s’agissait de marques, de talismans efficaces dont dépend notre futur. Il ne s’agit pas d’une obsession pour l’image de soi. Le soin de soi et le soin du monde ne se confondent pas avec une activité immatérielle ou contemplative : ce n’est pas davantage une « pratique » ou une action ; ces soins se ramènent à une activité ininterrompue de production de réalités sensibles. Tout ce que nous créons, comme tout ce que nous produisons, est fait de matière sensible : outre nos propres mots, cela vaut pour le tissu des choses dans lesquelles nous objectivons notre volonté, notre intelligence, nos désirs les plus violents, nos imaginations les plus disparates. Le monde n’est pas une simple extension, il n’est pas non plus une collection d’objets et on ne saurait davantage le reconduire à une pure et simple possibilité abstraite d’existence. Être-au-monde signifie avant toutes choses être dans le sensible : s’y déplacer, le faire et le défaire sans interruption. La vie sensible n’est pas seulement ce que la sensation éveille en nous. C’est à la fois la manière par laquelle nous nous donnons au monde, la forme qui nous permet d’être dans le monde (pour nous-mêmes et pour les autres) et la voie par laquelle le monde se fait pour nous connaissable, praticable, vivable. Ce n’est que dans la vie sensible qu’un monde s’offre à nous, et ce n’est que comme vie sensible que nous sommes au monde.

La vie sensible  > Emanuele Coccia / Éditions Rivages (Philosophie Rivages - 2013)




































Spéciale dédicace à la Panthera Pardus et sa perle noire (photographies © Sonia Marques)



Philosophie Par kiwaïda at 15:45

17/07/2018

ⅤÅḺℒ☮††☮И

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Félix Vallotton, Soleil Couchant dans la Brume , 1911

Félix Vallotton, Soirée sur la Loire, 1923

Félix Vallotton, Coucher de soleil à Grasse, ciel orangé et violet, 1918

Félix Vallotton, La baie de Trégastel, 1917

Felix Vallotton, Paysage de la Creuse, 1925

J'aime beaucoup la peinture de Félix Vallotton et ses xylogravures. Je n'ai pas le souvenir, lors de mes études artistiques, d'avoir entendu son nom. Un article de Jaqueline Le Razan (Félix Vallotton : Un artiste étrange(r)?), lors de son exposition au Grand Palais en 2013-2014 (pas vue !) pose la question de sa mise à l'écart en France :

"Sa polyvalence artistique en irrite plus d’un. Originaire de suisse, Félix Vallotton  (1865-1925) a laissé à la postérité une œuvre abondante composée de 1600 peintures, 237 gravures et d’innombrables dessins. Et à ses heures perdues, l’artiste fait place à l’auteur. Vallotton échange alors le pinceau pour la plume et devient tour à tour critique d’art, essayiste et romancier.
(...)
Doté d’une sensibilité pour la ligne et d’un goût prononcé pour le décoratif, le peintre met en scène de mystérieuses représentations dans des ambiances feutrées. Afin de commenter la comédie humaine qui se déroule sous ses yeux, Vallotton démultiplie les styles et les supports. L’artiste bascule d‘une esthétique à une autre et ne cesse de surprendre le spectateur. Il retient d’Ingres la leçon du nu, d’Holbein le souci du réalisme et des Nabis la couleur.
(...)
Il semblerait donc que le mouvement de retrait si caractéristique de l’œuvre de Vallotton, cette distance que l’artiste établit entre son œuvre et le spectateur qui la contemple, soit projeté par le public français sur l’artiste lui-même. Félix Vallotton est perçu comme un étranger. Ce sentiment se cristallise d’ailleurs dans les nombreuses études consacrées à sa personne : il est le « Nabi étranger », il est « singulier », il est le « peintre de l’ambigu ».
(...)
Vallotton, était conscient de cet écart. Dans une lettre datant de 1898, envoyé depuis Paris, il écrit à son frère Paul, son confident et son premier marchand : « ma situation irrégulière ici devient intenable […] il est nécessaire que je la précise ; je vais donc demander ma naturalisation [….] je crois faisant cela, bien faire, car tel que je suis, je me sens trop à la merci de tout, et sans secours possible. Cela me paralyse aussi pour mes dessins et le titre d’étranger commence à devenir une gêne »
(...)
A l’aube de la première guerre mondiale, qui est accompagnée d’un endurcissement des valeurs nationalistes, Vallotton fait preuve de goûts suspicieux. L’étranger en vérité, dispose selon les critiques de l’époque d’un « goût trop allemand ». Admirant des peintres comme Holbein, Lucas Cranach et Albrecht Dürer, sa vision est trop sobre et n’est pas suffisamment « latine »[4]. Cette admiration est au demeurant partagé de l’autre côté du Rhin (les plus importants mécènes de son vivant sont allemands : Julius Meier-Graefe, Harry Graf Kessler, Otto Julius Bierbaum etc) et son influence sur les artistes allemands est irrévocable (Ludwig Kirchner, Bruno Paul etc). Aujourd’hui, cet héritage se perpétue à travers de nombreuses expositions destinées à l’artiste."



Félix Vallotton, La falaise de la grève blanche, 1913
Influencé par le peintre allemand Hans Holbein, Félix Vallotton (1865-1925) regarde les corps en clinicien, tenu par l'obligation de vérité héritée de son éducation protestante. Graveur et illustrateur subversif, dessinateur prolifique, peintre de portraits, de nus, de scènes mythologiques et de paysages, le peintre suisse est multiple. Fait rare, c’est aussi un homme de plume à qui l'on doit critiques d'art, essais, pièces de théâtre et romans. L'homme comme l'œuvre sont complexes.


Félix Vallotton, Hautes Alpes, glaciers et pics neigeux, 1919

"J'aurai toute ma vie été celui qui de derrière la vitre voit vivre et ne vit pas"

Voir documentaire : Félix Vallotton, la vie à distance (Bande-annonce)  : Une exploration de l'œuvre multiple de Félix Vallotton, peintre et écrivain suisse, qui, toute sa vie, se tint à l'écart du monde.


Felix Vallotton, Mont Blanc

Felix Vallotton, Mont-Rose, 1892

Felix Vallotton, Glacier du Rhône, 1892

Félix Vallotton, La Paresse, 1896

Félix Vallotton, Le beau soir, 1892



Art Par kiwaïda at 13:48

16/07/2018

∂Ѧℕϟ Ðℰ ℬℰ∀Ü✕ Ḏℰ∀ℙϟ !

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"Être dans de beaux draps" (Photographie © Sonia Marques)

Les "draps" ont longtemps désigné les "habits". Autrefois, on disait "être dans de beaux draps blancs". Cette expression décrivait une situation honteuse. En effet, à cette époque, les gens accusés de luxure devaient assister à la messe habillés de blanc, ce qui devait faire ressortir les aspects "noirs" de leur vie. Jusqu'à la fin du XVIIe siècle, "mettre un homme en beaux draps blancs" signifiait le critiquer. "Être dans de beaux draps blancs" voulait donc dire que l'on était sujet aux moqueries, que l'on était dans une mauvaise situation. Aujourd'hui le qualificatif "blanc" a disparu, mais le sens de l'expression n'a pas changé et veut dire : Être dans une situation compliquée. Les femmes étaient-elles épargnées ? On les trouvait, en France, appauvries dans les rues, un 15 juillet, en 2018, drapées de patriotisme, pour la fête des hommes millionnaires.

Appauvrir :
épuiser, déforcer, aveulir, ruiner, efflanquer, s'anémier, efféminer, débiliter, frelater, émasculer, alanguir, s'affadir, féminiser, s'atrophier, attiédir, ramollir 
[antonyme] : viriliser, fortifier 

Ramollir le peuple est une façon de viriliser la nation...

Vision d'une nuit :

La femme devient gardienne de la nation, lorsqu'elle est chaste. Elle incarne l'honneur du groupe. Toujours belle et désirable, la femme nationale incarne les espoirs investis dans la grandeur et le sentiment d'honneur. La Marianne française doit avoir une beauté éclatante, celle de la mère féconde, calme et sacrée et celle de la désirable à tous. Elle ne doit pas se laisser importuner, et, dans le même temps, être importunée tout le temps, par les assauts des hommes. La place des femmes est exigée pour érotiser la nation. Pas comme la vierge, trop hésitante, cette incarnation de la beauté chaste et respectable n'est ni passive, ni bousculable. Cette érotisation participe de la définition de la nation sexuelle : virile et hétérosexuelle avec le rejet de l'homosexualité et de positionnements ambigus. L'obligation du peuple de fanatiser les matchs fait œuvre de moralisme violent pour combattre une supposée dégénérescence des mœurs. Si la nation est belle et attirante, elle s'adresse en priorité aux hommes forts et convaincus de leur identité sexuelle, comme le guerrier, le combatif. La sauvegarde du corps national dépend de sa constante séduction et de son militarisme. Cette virilité s'exprime dans la violence, les carnages de tous les combats pour la procréation masculine. L'amour est tout entier au service de sa patrie. Les pratiques de violences sexuelles, faites aux femmes, affirment l'identité masculine exacerbée et démonstrative. La guerre apparait comme moyen de pallier aux manquements (crise, emplois) Les viols constituent des marques de pouvoir sur le corps national, non perçu comme une violence faite aux femmes, mais un déni de la force de l'homme protecteur et nourrisseur de la famille. C'est une atteinte sur l'honneur masculin. L'intégrité atteinte des femmes victimes de viol devient un langage entre hommes pour la nation, et la violence de l'acte est dénié. Les hommes se battent entre eux pour la victoire, à la place de faire l'amour entre eux, ils refoulent l'acte homosexuel. Les femmes sont des objets d'échanges. Les corps des femmes déshonorées deviennent des champs de bataille, et juridiques et médiatiques, des rituels, pour la parade du plus fort et de sa victoire. Longues, les joutes verbales entre avocats, s'illustrent dans les médias. La souffrance des victimes n'est pas reconnue, définies comme mortes. L'esclavage sexuel est la récompense du guerrier (prostitution) dans les climats enivrés militaristes et dans les victoires sportives. Le violeur n'est plus un délinquant mais un héros qui domine la femme de l'autre. Dans l'esclavage sexuel, les bourreaux protègent les victimes d'une mort certaine, en échange d'une soumission totale, renforçant l'homme dominant, seul maître de la survie des victimes, renforçant le machisme et le nationalisme. L'inaction de l'État et l'absence de reconnaissance des politiques discriminatoires engendrent les souffrances des communautés, des frustrations collectives. La violence devient la seule réponse aux situations d'injustice, de mépris.

Synthèse : il n'y a plus d'idée de justice et d'égalité lorsque les priorités sont celles du guerrier. Il n'y a plus de place pour d'autres qualités, plus aucune. La nation s'installe dans de beaux draps blancs, son principe même, en représentation officielle et drapée.

...Une nuit de vision débile de l'état éthylique des habitants de ce pays, la France...


Philosophie Par kiwaïda at 11:45

12/07/2018

ℯηḟ@ᾔ¢ℯ

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Photographies © Sonia Marques

L'exposition, en ce moment au Palais de Tokyo :

Comment le sens de l’émerveillement, la capacité à inventer des mondes mais également les peurs et les angoisses enfantines se construisent et se déterminent- ils en fonction des contextes ? L’exposition "Encore un jour banane pour le poisson-rêve", d’après le titre modifié d’une nouvelle de J.D. Salinger, tente d’y répondre en nous faisant voyager de territoires quotidiens et intimes à des mondes fantasmés, qui sont autant de fragments d’une identité en construction permanente. Conçue avec la commissaire d’exposition japonaise Kodama Kanazawa et co-organisée avec la Fondation du Japon, l’exposition, qui fait partie de la manifestation Japonismes 2018, sera l’occasion pour le visiteur d’apprécier les œuvres d’une vingtaine d’artistes internationaux, dont six artistes japonais, et de découvrir une collaboration inédite avec le dessinateur de manga Yûichi Yokoyama.


Particulièrement apprécié les œuvres de l'artiste britanique Caroline Achaintre. Une de ses expositions (terminée en avril 2018), à la First Floor Gallery de La Warr Pavilion, (à Bexhill-on-Sean, en Angleterre, salle d'expo. en front de mer) nommée "Fantômas", dont une  vidéo retrace, avec elle, ses productions, raconte, qu'elle fait référence au masque porté par le criminel français Fantômas, inventé par les écrivains Marcel Allain et Pierre Souvestre en 1911. Dans les années 1960, une adaptation télévisée du roman a été faite, dans laquelle le visage de Fantômas était caché par un masque bleu à l'apparence rigide. Pour Achaintre, le masque est un lieu où la fantaisie et la réalité peuvent exister en même temps. Pour Fantômas, Achaintre a réalisé une série de nouvelles céramiques, accompagnées de nouvelles tentures murales. Elle a créé des céramiques avec une résidence conjointe  entre le pavillon De La Warr et le West Dean College, un collège d'arts et de conservation fondé par le poète britannique Edward James, un grand collectionneur d'art connu pour son soutien au mouvement surréaliste. Ses sculptures en céramique et ses décorations murales touffues à la main intègrent diverses références telles que la mode, le carnaval et l'iconographie death-metal, ainsi que le primitivisme et l'expressionnisme - mouvements artistiques occidentaux du début du XXe siècle et l'imagerie préhistorique.

Superbe vidéo "Lake Valley" de Rachel Rose et belle installation sur la moquette. Elle était exposée à la Biennale de Venise de 2017, à 30 ans, l'une des plus jeunes artistes de la Biennale. Coïncidence avec mon exploration du domaine de la cuniculture, l'animal de compagnie représenté ressemble à un lapin, mais peut aussi être un chien. Il vit dans une banlieue et est délaissé par son propriétaire qui emmène sa fille à l'école. Les points de vue de l’assujetti, ce pouvoir du tout petit, en bas, sur la terre, regardant les grandes choses, est techniquement bien réalisé et la création malaxée d'une pâte éblouissante de textures différentes, et de déplacements d'images et de points de vue, provoquent une immersion fantastique dans des rêves ou cauchemars. La sensation illustrée de l'eau, de ce que cet environnement peut engloutir, comme faire miroiter à sa surface est magique. Un œuf se casse et le jaune coule, mais comme coulent tant d'autres matières et découpages. Une fille rêve et flotte au-dessus de son lit, des feux d'artifice explosent. Les superpositions de films et séquences ne cessent de nous surprendre, et nous faire perdre pieds, et repères. C'est assez organique, et composé d'images transformées les unes par rapport aux autres, des torsions. Les images sont prises à partir de livres pour enfants du 19ème siècle, 12 vignettes dessinés à la main par seconde. C'est un whoosh, un souffle de stimuli sensoriels très enchanteurs.
À propos de la création de sa vidéo, elle écrit :

"Quand j'ai réfléchi à l'enfance, j'ai regardé des histoires écrites sur le fait d'être un enfant, des histoires pour enfants. Et l'un des thèmes qui ne cesse de se répéter est la solitude. Un enfant abandonné par sa famille, ou un enfant qui tente seul de retrouver sa famille."

De là, elle a développé un concept à partir duquel elle pouvait construire un récit solitaire depuis sa propre enfance. Elle a créé une banlieue fictive de New York appelée Lake Valley (un nom de lotissements de banlieue) et a développé son histoire sur la solitude. 

"Une créature vit dans une maison avec un père et sa fille, ils vaquent à leur vie quotidienne, et toute la journée, cette créature est toute seule"

Pour décrire à quoi ressemble la créature, il s'agit d'un hybride entre un lapin, un renard et d'un chien, d'après Rose.

"Elle cherche des moments de connexion, la nuit, elle sort pour sa promenade, et elle s'enfuit. Elle va dans une forêt, la seule verdure dans l'enclave suburbaine. Elle pense qu'elle se fait un ami, mais en fait c'était juste son imagination - c'est un tas de détritus avec des feux d'artifice dedans et les feux d'artifice explosent. Et peut-être que tout cela vient de son esprit - c'était l'affiche dans la cuisine."

En plus des 12 images par seconde nécessaires pour faire les animations, il y avait le collage des images des vieux livres pour enfants, pour créer le cadre que les créatures en mouvement occuperaient. Les objets familiers deviennent hyperréalistes.

"Tous les paysages suburbains familiers - à l'intérieur de la maison, l'enclave, le bureau, le parc, la voiture - je les composés à partir de ces milliers de sources d'illustrations de livres pour enfants que j'ai compilées pour créer cet espace hétérotopique. Les pâtes sont aussi des cheveux."

Cet état de solitude raconte la séparation avec son environnement, et le mélange de sensations et de souvenirs, d'interprétations fantasmagoriques qui en découle. Cet espace créé par Rose, m'a fait penser à un espace introspectif, intérieur, débarrassé du concept efficace et stratégique, une grande image en mouvement qui fait appelle à nos sens, bien plus qu'aux cases dans lesquelles sont attendues les réalisations artistiques.



Jean-Marie Appriou avait déjà exposé au Palais de Tokyo et c'était en 2014 (Sonde d’arc-en-taupe). Et l'une de ses sculptures représentait une phrase : "Le sang du poisson à l'odeur du métal". On est assez proche du titre de l'exposition collective du Palais de Tokyo, de la commissaire d’exposition japonaise Kodama Kanazawa, "Encore un jour banane pour le poisson-rêve".

La description de son exposition de 2014 révélait ceci :

Sonde d’arc-en-taupe

Les expérimentations de Jean-Marie Appriou dans le domaine de la céramique et de la fonte résultent d'un rapport technique singulier à la matière, rehaussé par un enchevêtrement de références culturelles (préraphaélites, musiques pop, artisanat, patinage artistique, mythologies médiévales, bande dessinée, etc.). Jean-Marie Appriou a conçu pour le Palais de Tokyo un parcours crépusculaire évoquant à la fois le plan basilical, la salle de concert, la grotte et le reliquaire. L’exposition est structurée par des assemblages en fonte composés d’éléments conçus dans l’atelier de l’artiste (coquillages, cristaux, tours de potier et personnages). À la fois sculptures et bas-reliefs, ces grilles reconfigurent l'espace au gré des jeux de transparence, de clair-obscur et de saturation.  Cet ensemble constitue une cosmologie personnelle élaborée par l’artiste, symbolisant le cycle des transformations naturelles et manufacturées de la matière. Le parcours évoque les états successifs du calcaire, depuis la sédimentation des coquillages au fond des océans jusqu’à la formation des stalactites. Il décrit également les métamorphoses de l’argile : l'extraction marécageuse, le façonnage, la cuisson. Cette approche tellurique et quasiment alchimique est soulignée par la dimension hermétique du titre de l’exposition : « Sonde d’arc-en-taupe » évoque deux motifs complémentaires, la galerie de la taupe et l’arc-en-ciel, formant un anneau qui réunit le cosmos et le monde chthonien, les étoiles et l’underground.









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Encore une jeune artiste britannique, Megan Rooney, (bien que canadienne, de Toronto, mais basée à Londres) Elle a rafraîchi le grand espace du Palais d'une peinture au mur, accueillant ainsi les œuvres des autres artistes. Il y a là, une veine picturale que j'avais pu accompagner, professeure, d'une artiste devenue, Emmanuelle Rosso, lorsqu'elle était étudiante, avec son travail sélectionné au salon de Montrouge, qui utilise à la fois la danse, la performance, la peinture, mais aussi les phrases jetées et la consumation de toutes ses œuvres. Une aparté :  j'ai reçu de beaux mots d'étudiantes, ou d'anciennes étudiantes (Limoges, Bourges, Grenoble), des remerciements, leurs excellents résultats, parmi les désastres de ce que peut produire une école d'art française sous une autorité mal placée, au sein de différentes écoles nationales. Cette année fut, ma foi, une belle réussite, en tant que professeure, pour ces étudiantes, et un bel échec quand à la reconnaissance de la tutelle complètement à côté de la plaque. Il faut voir l'impuissance des directions à faire évoluer les formations, et le capharnaüm des syndicats se mêlant au pouvoir, au service des mauvaises rumeurs, et des frustrations hissées, comme modèles principaux d'expression. C'est très moche, tout cela ne nous élève pas. La mauvaise tendance est de marquer des buts, peu importe le chemin de trahison. Mais plus dure sera la chute. Heureusement, que les chemins artistiques divergent et cheminent sans ces paniers de crabes. Ce sont bien les artistes accompagnant les étudiants dans leurs études en art, qui sont les mieux placés pour les orienter dans une voix singulière. Je pense aussi à Xu Lu, ses équilibres et sa grâce, aux félicitations des jurys de ces étudiantes, je pense aussi au travail de Kadi Diedhiou, une évidence, et sa poésie qu'elle m'avait fait découvrir, et tant d'autres, Bahâr Kocabey, Anna Couder, ou Iris, de niveaux différents, et parties dans d'autres pays, poursuivre leurs routes et déroutes, toutes ingénieuses... et celles qui ont encore des études à explorer, à apprendre dans un cadre scolaire. Ou encore, Anaïs Docteur, que j'ai rencontré par hasard en sortant du Palais, et qui avait été diplômée l'année dernière avec mention, que de parcours ! Je ne suis pas surprise de leurs avancées, mais infiniment heureuse. Et oui, il n'est pas facile d'être reniée par le système des écoles renfermées, et en même temps, pouvoir réussir accompagner à bien des étudiants, afin de les faire sortir du système, et qu'ils volent de leurs propres ailes... C'est un peu ce que l'on attend, finalement, des artistes professeurs, mais sans jamais comprendre la méthode, ou attendre d'eux des méthodes d'un autre temps, afin que des personnels remplissent des cases de plus en plus divisées, et sans aucune couleur.

Pour en revenir à Megan Rooney, d'autres de ses œuvres, MOMMA! MOMMA!, Tramway, (Glasgow, 2017) se suffisent à elles-seules et ne figurent pas dans l'exposition collective du Palais.

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Une vidéo montre plusieurs autres installations. Spéciale dédicace au bienheureux qui a arrêté de fumer, des cigarettes comme autrefois, avec des filtres jaunes... À la galerie Division de Montréal, on peut voir, avec si peu d'expositions à son actif, ses toiles. La question de l'exposition est quelque chose de toujours mystérieux pour les étudiants. Elle le devient moins pour tout professeur encore en activité, étant donné que le temps de sacrifice à enseigner est aussi un temps de sagesse sur ces systèmes de mise en exposition par untel, untelle, et toutes les critiques autours. Il y a les hasards de rencontres aux sorties des écoles, mais seulement des écoles avec un "haut" pouvoir (économique, côte, intérêts divers...) et rares sont les valeurs basées sur la qualité, le parcours et la richesse humaine de ces rencontres. Il y a des montées en épingle, dont, souvent, les artistes ignorent tout, de ce que l'on met en relief à leur insu. C'est de cette "apparition-disparition" que se joue ce système des expositions, et la course, parfois effrénée, de quelques artistes à espérer décrocher le Graal d'une visibilité tant attendue : une illusion de plus. De mon point de vue, je considère toute cette économie, d'affamée. Tant de structures et de personnels, un nombre considérable, dépendent des artistes, surtout de leurs productions (oui il faut bien exposer quelque chose, et trouver à écrire dessus), alors même que les artistes, la majorité, vivent dans un dénuement (volontaire ou subi) total. Ils et elles ne sont, le plus souvent, jamais rémunérés de leurs différentes expositions, en tous cas, en France, c'est indigne de ce qu'avancent les politiques. Et ce sont les personnels dépendants, qui sont rémunérés, ou éternels stagiaires, entre revenu minimum d'insertion et insertion au travail pour la médiation, avec un diplôme de cinq années derrière et une piaule en colocation chez la grand-mère d'un ami chômeur, qui a vécu les 2 guerres. C'est toujours frappant. Longtemps, on a considéré normal, la maltraitance, en France, des artistes. Après, il est très difficile de mener une politique sur "la liberté d'expression" ou des notions de "culture", quand celles-ci, sont massacrées et déniées. Challenge impossible, mais aux stratégies mesquines multiples sur tout le territoire. Le plus facile, est de favoriser des artistes ayant déjà un "haut" pouvoir économique. On ne présente jamais d'artistes plus pauvres, et surtout pas français. Car, les plus pauvres, seraient, vue, d'ici, toujours vivant dans des pays lointains. Ces gestes et actions (car ce sont des gestes, des comportements, des vues de l'esprit rabougries) sont aussi visibles dans les écoles d'art. On préfère garder des professeurs, ayant un peu d'économie, car il faut les user, plutôt que de plus pauvres, dont une centaine d'euros piqués dans leur salaire les feraient arrêter toute activité, tant le péril, à cette micro échelle devient non négligeable. C'est parce qu'ici, la négligence est au pouvoir, que les formes de pouvoir ne s'adressent pas aux plus démunis. Parce que ces gestes ont attribué leurs négligences aux plus pauvres, ils sont devenus "les négligés", alors qu'ils n'ont absolument rien demandé, ni fait pour avoir ce statut là. Ainsi, le pouvoir est devenu affamé et puise dans tous les négligés, qui ne peuvent se défendre par l'argent, en les faisant disparaître et faisant apparaître d'autres négligés, qui disparaîtront plus tard. Le pouvoir fait apparaître, puis disparaître, à mesure qu'il a besoin d'argent, de renommée, il se veut juge et initiateur. C'est de cette impuissance-là que questionnent les expositions. On ne peut qu’observer ces gestes d'impuissance, ces illusions. Les magiciens, eux, sont nombreux et savent les trucages. C'est de cette sagesse que les étudiants, certains, certaines, n'ont pas encore l'expérience. Il y aura toujours des biens vus et des mal vus, et des bien en vus, et des inconnus, même les plus âgés, celles et ceux avec une expérience incontournable. Il n'est pas un jugement qui puisse les distinguer, ni les qualifier, tant leur magie a dépassé toute méthode cartésienne.

Your age and my age and the age of the rainbow (2014)
Images du catalogue : Vocabulary of solitude / Museum Boijmans Van Beuningen / Ugo Rondinone



Vocabulary of solitude (2014) Ugo Rondinone
Images du catalogue : Vocabulary of solitude / Museum Boijmans Van Beuningen / Ugo Rondinone
Lors d'un de mes déplacements, j'avais fait le choix du catalogue "Vocabulaire de la solitude" de l'artiste Ugo Rondinone, avec ses clowns et ses arc-en-ciel. C'était il y a quelques semaines, et je n'imaginais pas pouvoir visiter une exposition, en présence de ses clowns. Voilà qui est réalisé ! Au Palais de Tokyo, une salle est destinée à cette grande installation, (une variante) que l'on ne peut photographier. Il faisait très chaud et l'air était irrespirable, un peu comme dans toutes les salles ces jours-ci, sans climatisation, mais particulièrement celle-ci, car la verrière, laissait transparaître le soleil intense (mais coloré par les filtres de la pièce d'Ugo Rondinone) L'atmosphère donc, de ces clowns était encore plus inquiétante et je souhaitais leurs demander à chacun, s'ils n'avaient pas trop chaud sous leurs masques, ou avec leurs chaussettes colorées, quand un gardien complètement accablé par la chaleur crie dans l'espace : "Pas de photo, pas de photo !" devant un visiteur plus malin que les autres sortant son téléphone pour viser l'un de ces clowns avachi, sans espoir aucun. J'aime beaucoup cette installation, mais j'avoue la préférer dans le catalogue que j'ai, et les autres, car visiter l'installation, avec les gardiens, et la chaleur, n'est pas tout à fait propice à la réflexion que promet cette création.

breathe. sleep.dream. wake, rise. sit. hear. look. think. stand. walk. pee. shower. dress. drink...

Autant de noms à ces 45 clowns, qu'ils ont de positions. L'artiste et ses figures tragi-comiques, aux couleurs gaies, expriment la tristesse, et la déception. Les visiteurs circulent dans un espace où rien ne se passe, et pourtant, la réflexion est au centre des activités représentées. C'est un artiste suisse et je suis ses réalisations qui impliquent différents médiums, je me sens assez proche de cette multitude. Suisse, né en 1964, Ugo Rondinone a ce point de vue sur une société dont les valeurs n'ont aucun sens, il est mélancolique. Photographe, sculpteur, dessinateur, et peut-être triste, cet univers est pourtant teinté de psychédélismes, d’hallucinations colorées. D'autres parties de son travail n'ont pas cette coloration, et peuvent nous renvoyer à une préhistoire imaginaire (ses sculptures  Moonrise). Cette installation, ultra protégée, figurait, dans l'exposition collective, sur l'enfance. Mais ici, un monde d'adultes a envahi les espaces depuis longtemps.








Keita Miyazaki
réalise de petites fleurs, de papiers pour carnaval, c'est ainsi que je l'ai entre-aperçu, dans un couloir. Ces petites machines sont des décorations enveloppant des tuyaux plus solides et même assez rustiques, contrastant avec la fragilité du papier. Mais tout cela pour masquer des enceintes, du son. Alors ces choses, sont des surprises, des bêtes au sol qui tentent de faire leur intéressantes. Avant, j'allais à la "Maison du papier" dans ma ville, actuellement remplacée par une boutique pour le CSP de Limoges (Cercle Saint Pierre), club de de basket-ball français, une des valeurs sûre ici, avec la porcelaine. Et cette maison était remplie d'accordéons et banderoles et toutes sortes de costumes et cotillons, c'était absolument créatif, pour tout artiste et tout enfant, et pour les grands, les grands-parents qui achetaient quelque chose pour les enfants. Seule la "Maison du fromage" est restée, avec la "Maison de la pantoufle" diffusant dans cette allée vers l'église Saint Pierre, des mélanges d'odeurs nauséabondes, infectes parfois par temps de chaleur, qui ne manquent pas de rappeler aux touristes, que dans le folklore français, il y a cette odeur indéfectible et repérable à plusieurs mètres, mêlée aux jeux d'équipes sportives dédiés aux hommes exclusivement portés sur le but (le foot en est devenue une expression patriotique, sorte de défouloir de haines racistes), avec la pause pantoufle indispensable. Donc exit le papier, la création et la décoration, notre pays n'a gardé que peu de belles inventions culturelles pour ne favoriser que l'argent et le pouvoir et le beuglement des soirs d'ivresse. Comprenez qu'il ne faille plus attendre de médailles dans ces contrées, elles ont toutes un goût qui beugle, pour le plus fanfaron des débiles. Notre victoire est pourtant notre chemin, et non le but, et c'est tout un art...



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Tomoaki Suzuki était déjà passé au Musée d'art moderne de la ville de Bordeaux (CAPC) dont cette vidéo retrace l'installation. Division, isolement, et même indifférence, ces miniatures ne le sont pas en définitive. Mais c'est que notre format du Musée et de l'exposition, s'est peu à peu orienté vers le monumental. Et les pièces de Musée sont si vastes que les œuvres de Suzuki nous apparaissent comme rapetissées. Touts est question d'échelle et notre société a accordé au visible une très grande échelle, nous empêchant de voir de plus près, mais aussi de plus proche. Comme l'Alice au pays des merveilles, ces personnages nous inspectent comme si nous nous étions un peu trop avancés sur notre époque, alors qu'ils semblent sortir des années 50 ou 60. J'ai eu cette impression que cette moquerie provocante de ces petits personnages qui posent avec nonchalance, face au mitraillage des téléphones portables de ces touristes s'agenouillant pour les capturer dans leur petit écran digital, nous toisaient, avec détermination.

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Yûichi Yokoyama au Palais de Tokyo

Yûichi Yokoyama était un peu devenue la carotte de cette exposition au Palais, mais aussi, il exposait à la galerie Anne Barault. En 2012, j'écrivais un article sur ce japonais (article nommé "Yapool"), mais bien avant, j'avais eu connaissance de cet auteur par Thejazzist, lui-même auteur de vignettes abstraites, avec qui, nous échangeons souvent sur certaines créations, entre géométries et figurations. Il m'a offert le premier livre aux éditions Matières et depuis, celui que j'ai préféré c'est Baby Boom, pour le dessin, pour l'histoire de l'oiseau-bébé, pour tout en fait et bien différent des autres, je trouve. J'avais beau le référencer dans mes cours à destination des étudiants, que de suites, les bibliothécaires avides de mes trouvailles, s'empressaient de l'ajouter dans leurs achats, car leur rayon était si pauvre et réduit, en école d'art, que je devenais, la pourvoyeuses de contenus, mais interdite ensuite d'emprunt dans ces mêmes bibliothèques... Hum, hum. Ou accusée d'avoir emprunté des livres jamais empruntés et de devoir les rembourser à l'école limougeaude (si, si, ils sont capable des pires mensonges) Il en est, que ce pauvre Yûichi Yokoyama, se trouva pris d'une effervescence médiatique, ici, dans le petit milieu parisien. De sortes, que le jour où je visite l'exposition collective au Palais de tokyo, et que je trouve un petit moment pour faire un tour à la galerie Anne Barrault, le matin même, un article sur Libération dont il est le héro paraissait. L'assistante me le brandissait très fière et je la remercie car elle m'a transmis un article plus intéressant, celui de Laurent Bruel : Durant l’hiver 2012-2013, Laurent Bruel a rendu visite à Yûichi Yokoyama. Il en est revenu avec un reportage publié en novembre 2013 dans le numéro spécial Japon de la revue Back Cover.

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Article de Libération du 9 juillet sur de Yûichi Yokoyama, à la galerie Anne Barrault (merci Manon !)

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Et photos d'une partie des œuvres présentées à la galerie.
L’article, abondamment illustré, expose pour la première fois l’environnement, les conditions et les méthodes de travail de Yûichi Yokoyama. Je ne saurai flatter la galerie, car j'ai trouvé ce qui était exploité moins exaltant que ce que j'ai pu lire et voir dans les éditions. Mais je pense, que c'est bien l'intention de l'auteur, de réduire sa portée, et travailler avec peu. J'ai beaucoup aimé ses grandes peintures, qu'il ne réalise plus faute de place. La galerie présente des rébus mis en boîtes. Ses réalisations de personnages assez froids, sont plutôt significatif d'une solitude effrayante où le lien affectif semble être rompu. Paris s'est emballé littéralement pour ses œuvres, nous pensions l'avoir connu en secret, et d'un coup, nous le voyons exposé dans 2 lieux différents à Paris, certains, ces lieux d'être les premiers à le découvrir et le montrer au public ! Ce que je trouve très intéressant, c'est que la culture du manga, populaire, par l’intermédiaire du livre, diffuse bien plus largement au public, qu'un lieu d'exposition ne sait le faire. C'est comme si un Musée avec beaucoup d'argent pensait montrer quelque chose de nouveau à une élite, que nombre d'amateurs et fans, connaissaient déjà depuis quelques temps, sans en faire tout un plat. Un jour, je discutais avec un artiste professeur français reconnu, plus âgé, et je lui apprenais qui était Hokusaï, il ne savait pas qui était-ce malgré nombre de voyages officiels et très institutionnels qu'il faisait au Japon. C'est symptomatique de ce que l'on nomme "la culture" en France et de ce qu'elle entend nous faire connaître de l'étranger (une vue très tronquée) Je déjeunais avec mes amis japonais, Aki et Makoto, je ne sais pas comment non plus cette journée rassemblait autant de coïncidences, de plus Aki Ikemura, fut artiste à la galerie Anne Barrault. Et je disais avec magie, qu'elle avait pris la photo de nous, le collectif Téléférique, dont j'avais gardé, la seule, cette photo nous rassemblant. Et tout cela lors de l'exposition personnelle de Makoto Yoshihara "Horse trailer studiolo" à la galerie ColletPak à Paris, en décembre 2009, qui était très belle. J'allais les jours suivants déménager à Limoges. Je souriais encore sur la photo ;.) J'allais m'armer de courage pour apprendre à apprendre.
Yûichi Yokoyama s'amuse un peu de ces décalages entre institution, école, Musée, tout ce qui concerne l'élection, la sélection, l'élite et le populaire, le pauvre et le riche, l'ermite et le médiatique, le médiocre reconnu socialement pour cela puis porté aux nues (Cette expression date du XVIIIe siècle. Auparavant, les nues désignaient les nuages. De ce fait, lorsque l'on porte quelque chose aux nues, c'est qu'on le met très haut, on le place sur un piédestal, on l'admire de façon démesurée) Ses propos sont rapportés ainsi :

«Au lycée, j’étais médiocre. Je suis allé à l’université par pression sociale. Naturellement, j’ai fait des études d’art. A Musashino, dans le département Peinture à l’huile. En Asie, on considère que c’est le domaine le plus généraliste de l’art, celui à partir duquel on peut tout apprendre. En sortant de la fac, j’étais un bon imitateur d’artistes. J’ai passé plusieurs concours. Vingt-quatre tentatives en tout. Aujourd’hui, quand on expose mes dessins ou mes toiles, j’ai l’impression de faire le deuil des "enfants avortés" de ma carrière de plasticien. Surtout quand on expose les œuvres réalisées pour ma 24e tentative…»

S'il adule encore des artistes de l'époque conceptuelle et minimaliste, comme ce que l'on peut encore étudier dans une école d'art en France, il est persuadé que ce n'est plus de notre temps, et pour lui, le médium n'est plus la sculpture ou la peinture, mais le livre. Quand d'autres peuvent prendre la tangente de l'immatériel, sans même matérialiser dans le livre, leurs dessins, leurs desseins. C'est que nous vivons un peu, dans des moments non linéaires, et qu'il n'y a plus de suite logique, dans l'histoire et la réappropriation de médiums, de formes. Quand l'un peu découper toute sa vie sans avoir d'outils lié à la télé (téléphone, téléchargement, téléobjectif...) l'autre coupe sur écran avec la matière déposée sur Internet, et l'autre encore, pour déplaire aux plus fanfarons français, peut faire du tricot ou repasser ses peintures au fer à repasser, tout en restant le plus macho du monde... Et un autre s'occupe de ses coiffes et bijoux, dans des peintures immenses et chiadées afin de mettre en valeur des chaussures de grandes marques... Que rajouter ? L'art est surprenant et n'a que faire des grand discours persuasifs et des tendances... Et même empiler des pierres sur la plage, est encore un acte courageux, qui brise la terreur, et notre propension à subir la violence invasive de l'espèce humaine, sans savoir jamais la raisonner, et encore moins la moraliser.


Photo de l'article de Laurent Bruel en visite à Yûichi Yokoyama

L'article raconte l'histoire d'un ermite, qui n'aime ni où il vit, ni ce qu'il y a autours. Chichement, dans une location de fortune, dans une des baraques d'un propriétaire qui exploite les ouvriers, dans ces mêmes autres baraques. Isolé, il ne connait ni les noms de ses voisins, et eux, ne le connaissent pas. C'est la source de son inspiration, avec une distance paradoxale et ses dessins de voyages futuristes, dont ses personnages aux costumes robotiques et mutiques parcourent ses vignettes, s'arment sous les avions. Dans ces conditions non confortables, on se plait à dire, oui c'est comme nous, nous sommes aussi des artistes dans nos bicoques louées ! Mais il y a quelque chose d'un peu triste. Même si, par l'imagination sublime, l'existence tel un moine peut expliquer ce dénuement, on vit dans cette solitude, que ces animaux domestiqués racontent bien (dans la vidéos de Rose). Un monde parallèle, où l'imagination serait au pouvoir, et où personne, même les voisins ne pourraient atteindre ce niveau extatique. Dans le même temps, il est poursuivis par des commissaires d'exposition et des galeristes, de vrais professionnels en business, capables de parcourir le monde jusqu'à sa bicoque pour trouver quelque chose à vendre, là où les planches sont pourries et le vent écaille la peinture des murs, et un poêle à essence, dont l'odeur est intenable, espère encore réchauffer l'humain. S'il exprime attendre les moyens pour déménager, pour sa santé, on se demande comment ces vitrines de l'art exploitant ses rébus et ses traits criants, de bruits, ne parviennent pas à le nourrir. Petite claque pour celles et ceux qui vendraient père et mère pour exposer leurs détritus, rien n'est plus enviable qu'une baraque à frites pour y parvenir ! Pas d'ordinateur, pas de lecture de média, pas d'Internet et pourtant des réalisations qui semblent sortir directement d'un as des outils numériques. Pour Yûichi, le plus important c'est le livre. C'est ainsi que j'ai connu son travail. Les expositions collectives, les produits dérivés, les dessins isolés, rien de tout cela ne l'intéresse. Il veut bien transmettre, si on lui demande, mais c'est le livre qui est prioritaire. Avant il était illustrateur pour gagner sa vie. Ce sont les éditions Matières, en France, et au Japon, la Maison East Press, qui ont changé la donne.

Beauty and the Beasts / La Belle et la Bête, exposition de Kent Monkman au Centre Culturel Canadien (extrait d'une peinture)

Plus de 3 mètres de peinture... et de bijoux

Que me reste-t-il de l’exposition de l'artiste Laure Provost, au Palais de Tokyo, ces jours-ci. Pas grand chose à vrai dire. En 2015, je la découvrais au Musée départemental d'art contemporain de Rochechouart, et je lui ai dédié un article nommé "Désir d'ailleurs désir d'être plus proche", assez élogieux. Dans le même élan, je suis allée voir l’exposition de Kent Monkman au nouveau centre culturel canadien à Paris, assez grandiloquente, très (trop ?) communicante et vendeuse, et, de même, j'ai nettement préféré ma découverte de son œuvre au Musée départemental d'art contemporain de Rochechouart, en 2014, dont j'avais écris également un article, nommé "Château, sur BMK, le blog en avance... C'est que ce Musée, à Rochechouart, il y a quelque temps, amenait dans le Limousin des formes artistiques d'ailleurs mais avec des scénographies chaleureuses qui conféraient aux œuvres, un sentiment de proximité, dans des odeurs boisées de ce château, au milieu d'un paysage vert et enchanteur. Alors, nous avons eu de la chance de voir ces expositions avant celles parisiennes. Le Palais de Tokyo est immense, et parfois, les artistes, perdus dans cette immensité, sont dans l'obligation de voir "grand" et d’avoisiner l'idée du monumental. Hors, je suis persuadée, que, de nos jours, ce monumental a perdu de sa superbe, et que notre regard se perd dans ces statures de grandeur, pure folie. Le Palais de Tokyo peine à combler des salles, restées vides, à croire qu'il n'y a plus assez de budget pour payer les artistes exposés ou commissaires, ou peu d'artistes (alors qu'ils sont si nombreux) sont connus des institutions, et donc les espaces dédiés sont devenus trop grands pour accueillir si peu de recrues. Souvent sont-elles puisées dans d'autres expositions, elles ont déjà tournées et se sont déjà retournées et passées à autre chose, qu'un amateur, une amatrice qui se déplace, comme nous tous, tombe fatalement sur les mêmes, qui ornent des espaces différents, avec des allures fatiguées parfois. On voit cela, alors qu'on ne connait aucun rouage ou presque, mais cela se voit, se ressent. Un épuisement. J'apprécie toujours autant visiter des expositions, bien plus par les rencontres que je peux y faire et les échanges ensuite, mais ces expositions sont quasiment inaccessibles au grand public. Tout d'abord l'accès physique, il faut au moins une voiture dans le Limousin pour visiter des expositions d'art contemporains, situées à des heures de route (et pourtant on se vante de décrire que le territoire est balisé en art contemporain, et bien pas pour tous !) et de nos jours qui a une voiture ??? Pas les artistes. Puis le prix, ce que coûte une exposition pour le grand public, dans des institutions publiques est indécent. L'accès à la culture pour tous, ce n'est pas pour demain ! Par contre, des matchs de foot retransmis partout dans les bars chaque soir, oui, il y a quelque chose de pensé là-dedans, quand ce n'est pas l'hôtel de ville qui s'y met, en fermant les stations de métro, ou bien les conducteurs de TGV (ceux-là même qui sont pour les grèves) qui nous annoncent fièrement les résultats des matchs pendant nos déplacements, au cas où, nous ne serions pas assez informés des buts de l'équipe de France. Et bien non, la culture que pour certains, et généralement, cette culture n'est adaptée que pour les fonctionnaires ayant défini cette culture et ayant décidé qu'elle serait "La culture". Donc, on comprend bien, qu'ils puissent avoir accès à toute cette culture définie et délimitée par leurs soins, tous les chemins leurs sont connus et accessibles et défrayés, toutes leurs réunions sont basées sur cette culture au format, toutes leurs discussions, mais rien, absolument rien, en dehors de ces sentiers battus, une sécheresse, le désert, rien plus n'existe à part ce qu'ils ont décidé. Et leurs maillages cartographiques sont plus des mines qu'autre chose, sur lesquelles il ne vaut mieux pas tomber, au risque d'être emprisonné par le maillage stratégique du pouvoir.

Synthèse, ce qui est grand n'est pas signe de grandeur, c'est Lapin (Tur) qui le dit.

Lapin Tur est une nouvelle écrite en 1976, une petite fable allégorique pleine d’humour qui relate l’histoire d’un lapin dénommé Tur. Méprisé par ses petits frères, Lapin Tur est mis à l’eau et, de rage, passe par toutes les couleurs avant de finir par amuser la galerie… En fait, une condamnation sans appel de la peinture de chevalet, bien mise à mal dans les années 1970.

Et oui : La peinture !


Art Par kiwaïda at 09:44

11/07/2018

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Panna cotta de Makoto à Abri Soba

Le goût des retrouvailles

Fleur des princesses qui s'ignorent

Petit séquoia deviendra grand

Toutes les béquilles sont uniques et se fichent du design

Sous le saule ils pleurent de joie

Wordwide

Dieu nous voit

Bisou pastèque

Le paysage des bientôts

Plier bagage

C'est quoi le titre ?

La vie sensible

Le courage

Les vertus et l'amour

Personne ne le sait

Sauf quelques uns

Sauf une pierre précieuse

La vue des humbles libres

Pirate, ton noir est bleu

(Photographies © Sonia Marques)


Enseignement Par kiwaïda at 17:17

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Date inconnue, les années 70 en France, une photo à l'école...

Est-ce que l'on change ?

J'aurai l'audace de penser non, je n'ai pas changé. Pourtant tout a changé, l'esprit s'est adapté aux terres rencontrées où son corps s'est mis à pousser. Mais l'enfant que j'étais, dont je me souviens très bien, même de ce qu'il pensait, est toujours là et il se souvient de tout. Cet enfant sage qui n'enlevait pas sa blouse pour la photographie, en col blanc, afin de garder ce qu'il pense intacte. Cet enfant n'a pas changé, il savait déjà tout et tout lui fut difficile, l'exprimer dans les mots des grands. Alors, à travers la poésie, l'art, cet enfant a trouvé d'autres formes d'expressions, en attendant de parler, écrire pour tous ces grands imbéciles.

Années 2015 à Limoges... 
Photographies de mon amoureux, et avec Nougat, une chatte en liberté avec une petite queue.
Elle attendait des petits, notre amie d'un été.

Années 2012, la porcelaine.

Les changements de vies... Le compagnon fidèle, le bien aimé, Pépino.

Je lis sur un lit...

Années 2000, je lis sur un futon, je lis toujours n'importe comment et à travers plusieurs livres, en déplacement, en mangeant, en écrivant, mon amoureux me disait que j'avais des yeux de celle qui lit, et celle qui savait.

Année 2010, je n'aime plus que la clarté et la lumière, les livres sont lourds et remplis de mots, alors que voir et percer à jour est beaucoup plus facile et immédiat. Je sais qui tu es.

Une parenthèse, c'est l'arbre de ce qu'on devient, sans changer les racines, photo de mon amoureux, dans sa ville.

Une des seules photos que j'utilise dans mes curriculums, réalisée à la cité de la céramique, par mon amoureux... je lui souris, ce n'est pas donné à tout le monde, je n'aime pas les photographes...
Et ces curriculums ne servent à rien en réalité, alors ne reste que le sourire dédié à l'amour et pas au travail...

2018, je me rapproche de l'enfant que j'étais et qui savait déjà tout, je le vois.

Il y a quelques jours : mes racines ressemblent à ma lapine Satori japonaise (3 couleurs) celles de mon enfance à laquelle je pense.
Car dans la première photo avec ma blouse et mon col blanc, enfant, j'ai des lapins dans la tête qui retiennent mes cheveux.

Et bien, c'est ce matin au réveil ! Après un voyage plein de sagesse, comme la première photo...

Je suis cette Kiwaïda, ce yeti crabe aux bras poilus soyeux, découvert il y a quelques temps dans les profondeurs de l'océan, près de la Polynésie... Alors que je suis née il y a 45 ans d'après mes papiers d'identité...

(Photographies © Sonia Marques)

Philosophie Par kiwaïda at 16:09

06/07/2018

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Image du film français réalisé par Quentin Dupieux : Au poste ! , sorti en 2018.
Synopsis : Le commissaire Buron est chargé d'enquêter sur le meurtre d'un homme retrouvé gisant dans son sang par Fugain. Celui-ci est logiquement considéré comme le principal suspect, s'en suit alors un interrogatoire qui va durer toute la nuit.

Au-delà du référencement ou du côté absurde souvent décrit pour ce film, Au poste ! révèle une société psychotique. De situations administrativement considérées comme normales, le sens a perdu la tête, ou la tête a perdu le sens. Nous sommes témoins d'une situation normée, et notre expérience en société, nous a prouvé combien celle-ci, même dans des dialogues ou échanges presque banals, pouvait devenir psychotique. Le comique intellectuel de la scène, de cet entretien, émaillé de petites incursions surréalistes (parfois avec des effets spéciaux, comme l'absence d'un œil, joyaux de notre réalité virtuelle et si manifeste) se joue dans le pire de notre réalité : l'ennui. Cet art de l'ennui (j'avais publié un écrit philosophique sur l'art de bailler sa vie) s'écoule dans des vies ordinaires et le commissaire Buron le dira souvent : quel ennui que votre vie, en s'adressant à l'homme qui décrit ses journées, car c'est tout ce qu'il y a de plus normal, il ne se passe rien, rien d'excitant. Sauf, que dans tout ce qui semble normal, la psychose s'installe progressivement et l'homme interrogé, Monsieur Fugain, tente de rester lucide et clairvoyant, et même innocent. Cette innocence sera mise en abîme dans une scène théâtrale finale, et cette mise en boîte, désignera cet innocent, comme le con, du dîner de con. Ce parfait homme normal (comme notre ancien président avait tenté de jouer ce rôle), se transforme peu à peu en manipulé et idiot, juste un acteur auquel "on" a désigné un rôle à jouer, dans une pièce de théâtre qu'il ignore, et non pas dans un commissariat de police, convoqué pour un meurtre qu'il n'a pas commis. Cet acteur de la pièce de théâtre qui s'ignore n'a jamais répété son texte et ne le connait pas. C'est le bleu en quelque sorte, bien que ce film soit volontairement de couleur beige, mais ne nous égarons pas.

> Un bleu est une personne nouvellement arrivée dans une organisation (armée, police...). Elle garde souvent ce titre jusqu'à sa complète intégration. Un bleu, est une expression française dont les origines remontent au début du XIXème siècle qui viendrait du milieu de l’armée et des militaires où le bleu serait une jeune recrue sans expérience et ce vu sa tenue de circonstance qui serait de cette couleur.

Ce que j'ai trouvé d'évident, dans ce film, c'est l'expression d'une société psychotique. La psychose est une défaillance dans la mise en place de l'altérité, présente chez l'humain mais aussi dans la société, dans des systèmes, des structures. La psychanalyse tente de prendre soin des humains entraînés dans le vacillement mortifère de la défaillance et de l'altérité. Mais lorsqu'une société est psychotique, on peut difficilement discerner le réel de la fiction. Et ce film est exactement dans cette lisière là, car elle rivalise avec le documentaire, tout en restant une fiction. Dans des sociétés de dictature ou des structures tyranniques, chez les théocrates, les formes politiques produites promeuvent la domination en visant l'abolition du sujet. Ainsi la psychanalyse représente un danger pour ces systèmes. On peut espérer que les structures psychotiques collectives peuvent être combattues par la démocratie et la lutte des idées, mais aujourd'hui, dans notre situation démocratique, où la corruption s'est hissée au pouvoir, comment lutter ?

Monsieur Fugain représente chacun de nous. Il joue dans une pièce de théâtre mais il ne le sait pas. On lui a attribué un rôle, mais il ignore tout. Il est accusé d'office et est convoqué. Toute son existence ne tient qu'à démontrer, d'une part, qu'il existe vraiment (mais dans une pièce de théâtre déjà organisée, pas facile), donc que c'est un sujet, et d'autre part, qu'il est innocent pour le crime dont il est accusé. Il devient donc un objet, et perd sa qualité de sujet. Le film ingénieux nous disposera, en transfert, dans ce personnage, le bleu, qui passe son temps à décrire le fil de sa vie, sans aucune analyse ni pathos, avec des faits très plausibles, et d'une platitude remarquable (fermer ou ouvrir une porte, aller acheter des chips, regarder un documentaire très intéressant-ennuyant sur les chevaux...), sans jamais analyser ces faits. Sans aucune psychanalyse donc. Ainsi, dans notre siège de bleu, nous arrivons au final, à notre siège de spectateur d'un théâtre, notre siège au cinéma. Ce Monsieur Fugain symbolise le monsieur Tout le monde vivant dans une société psychotique :  il vit une existence suspendue, comparable à un état de pétrification, d’hibernation à l’intérieur d’une carapace autistique. Il ne peut expliquer ce qu'il voit, ce qu'il vit, ce qu'il se passe, car il se passe des choses surréalistes (un inspecteur de police se tue lui-même, et est disposé dans un placard) à double sens, car pas si surréalistes, mais bien réelles (dans le film) Cette scène symbolise le réel (un inspecteur "placardisé", mis à l'écart dont on a ôté progressivement ses prérogatives et responsabilités) On pourrait même étirer l'illustration, en imaginant, que tout administratif, serait placardisé, de nos jours, dans une incapacité totale d'exercer sa fonction, ses missions et même de l'exprimer. Un grand blank organisé, dont les actions doivent volontairement effacer tout indice suspect, pouvant révéler cette impuissance.

Dans ce film, les victimes se tuent toutes seules. Qu'est-ce que cela veut dire ? Mais de façon différentes : le cadavre s'avère, non pas avoir été tué, mais il est mort par une "explosion interne" décrite par les 2 policiers dans un moment absurde d'interprétation médicale, assez cocasse. L'un des policiers va lui-même se tuer par accident, aussi cocasse, mais tout aussi plausible, tant la dextérité au préalable de ce policier à manier une équerre nous alerte de sa maladresse angoissante, tout comme sa débilité est sidérante et ses raisonnements crédibles de folie. Le fils du commissaire, dans une banale conversation de quelques mots, apprend à son père, sa volonté de se tuer, mettre fin à ses jours. Ce passage est symptomatique de la surdité des autorités (ici un parent) face à la souffrance des plus jeunes, mais surtout de la banalisation de la violence, du mal. Tous ces phénomènes, ces personnes meurent seules mais cette société tente encore de trouver des coupables ou, avec de faibles moyens (techniques et humains, intelligence médiocre), elle tente de se déculpabiliser et de déplacer la cause, faute de pouvoir l'analyser.

Cette société décrite par le truchement d'un seul face à face, d'un interrogatoire, remet en perspective le nombre d'interrogatoires que l'on subit, de nos jours, sans être dans un commissariat de police. Dans toute administration, ou même une famille, ou tout lieu public ou privé, une école, la rue, que sais-je, nous subissons des interrogatoires absurdes, des formes de suspicions, qui n'ont d'autres objectifs que de nous transformer en paranoïaque du quotidien, pris en otage et tiraillés entre un état d'urgence et l'exclusion de tout étranger, ou étrangeté (fermer la porte) d'un côté, - se taire, se terrer -, et de l'autre, avec ce devoir devenu de l'expression pour la liberté obligatoire (ouvrir la porte), - dénoncer, dire - afin de cliver le sujet, et qu'il ne trouve que cette position de pétrification décrite, de sidération, d'hibernation (au choix !) La confiance pourrait définitivement disparaître et les expressions humaines, nous transformer en inspecteurs, telles celles du commissaire Buron, celui qui est là pour douter constamment, se méfier, mais en réalité, il n'aspire qu'à rentrer chez lui, comme tous, et vivre sa vie banale.

L’interprétation du policier placardisé est magistrale et inattendue. C'est une incursion au pays de Magritte, du Ceci n'est pas une pipe. Car, dans ce film : Ceci n'est pas un œil. Après avoir côtoyé quelques minutes, ce personnage, nous, en le regardant dans les yeux, ce policier qui "doit garder un œil sur l'accusé, nous ne parvenons pas à nous accoutumer de cette absence surnaturelle, de cet œil. Même dans ce détail, nous devrions, comme l'accusé, garder l’innocence de notre croyance en notre monde réel, nos habitudes rétiniennes... mais nous ne réussissons pas à déterminer la gêne occasionnée par la vision de ce cyclope, de cet handicapé (mental ? physique ?) C'est que l'absence de l’œil est un simple effacement par effet spécial cinématographique. Cela ressemble aux débuts des arts numériques où n'importe quel gugusse qui savait une seule fonction du logiciel Photoshop, pouvait se réclamer artiste contemporain, car personne ne savait encore cliquer, période du Président Chirac.

Petite aparté explicative historique :

Pendant l’hiver 1996, Jacques Chirac visite l’espace de recherche grand public de la Bibliothèque nationale de France (BnF). La perplexité du président de la République pendant la démonstration qui lui est faite, sur un ordinateur, des usages permis par Internet n’échappe pas aux journalistes présents sur place. À un moment, Jacques Chirac interrompt l’explication technique d’un spécialiste pour demander : «  La souris ? Qu’est-ce qu’on appelle la souris ? » La séquence, diffusée au journal télévisé de France 2, sera vite reprise par les Guignols de l’info, qui immortaliseront la formule du « mulot » pour moquer l’ignorance totale du président de la République en matière d’informatique.

Et cet effacement devient symptomatique de notre effort à "bien voir" ce personnage, car on ne peut que "mal" le voir. Dans notre réel, nous connaissons ce type de personnage, d’ailleurs tous les types, ne sont que des stéréotypes de notre société. Celui-ci, c'est l'handicapé qui n'a pas eu besoin de concours pour rentrer dans la fonction d'état, car son père (dans la police) a falsifié les résultats de son concours raté. Sa petite amie est aussi dans la police, on peut penser là, que toute la famille, s'est invitée dans la police. Ces rouages administratifs sont là bien décrits, et nous les côtoyons, dans notre société où l'emploi est une priorité nationale, mais où il est impossible de trouver du travail, avec ces rouages bien connus. Ce personnage est aussi handicapé, mais le respect des handicapés impose aux collègues, de donner des tâches subalternes à ces employés particuliers. Le risque, dans notre société, c'est que ces employés, ont souvent des responsabilités importantes, et d'encadrement, ce qui entraîne des dérives non négligeables, et le film raconte une dérive incroyable. Le policier est tenu de garder un œil sur un accusé pour meurtre, le temps que le commissaire puisse partager un bref moment (de non communication totale) avec son fils (suicidaire), de pause sandwich, ce temps se transforme en démonstration de la folie. Cette responsabilité de surveillance sera mise à mal lorsqu'il perdra la vue, par un malencontreux accident, dû à son égo, représenté par le badge de la police (son insigne, la preuve qu'il est bien intégré, par son père) L'équerre est aussi l'arme ridicule, celle de l'écolier, de cet homme qui n'a pas grandi, dressée contre lui, contre tous. Nous avons là la démonstration du zèle d'une administration à la pointe de la technologie. Il y a des petits tours qui s'apprennent entre initiés, et non plus les bleus. Comme celui de brûler ses empreintes à l'aide d'un briquet. Tout innocent arrive à employer ces tactiques dans une société psychotique, tant la pathologie des accusateurs est impossible à qualifier (puisque sans psychanalyse)

Le Monsieur normal, comme le Président, efface ses traces, ses empruntes, pour éviter toute accusation. L'administration entière est employée à effacer les traces ou les transformer afin de trouver un coupable "idéal". Si la pression de l'opinion est trop forte, à l'aide de fausses rumeurs, de délits et d'abus de pouvoirs divers, des syndicats, chacun trouvera le coupable pour sauver sa peau et garder en poste ses copains, ses proches, sa famille.

Il est à noter la formidable interprétation des employés, tous des cas sociaux avec de grandes responsabilités, celui à la jambe qui boîte, et ce commissaire installé sur son siège bien au fond, les chaussures sur la table, comme bien assis sur son statut, sa fonction, intouchable, qui méprise Monsieur Fugain, lui si humain, car il n'est concentré que sur son ventre, son deuxième cerveau, il a faim, et tout semble s'opposer à ce besoin vital. C'est un motif, un "pattern", que l'on peut reconnaître, dans tout interlocuteur (à mettre au féminin également, en zappant l'écriture inclusive) que l'on rencontre dans une administration (école, police, hôpitaux...) exerçant un pouvoir par le siège. Le siège devient tout un symbole du pouvoir administratif.

Aujourd'hui, ne pas avoir de siège, est peut-être la chance la plus viable ? C'est aussi élever l'imagination au pouvoir, que de se retrouver à la place du "e", de La disparition (Roman de George Perec) Et quel défi ! Mais que terrifiante est cette analyse, que tous ces "e", ces lettres les plus utilisées, disparaissent, sans même que l'on puisse le voir, le comprendre, car le sens est celui d'une autre histoire que celle de la dispartion, d'un roman. Toutes ces personnes normales qui disparaissent dans une société psychotique qui s'administre plus qu'elle ne se pense, ne posent aucune question. La société répète l'extermination, sans le savoir, avec une forme d'innocence participative (Paris c'est la fête) et une inconscience déculpabilisante, pourvu que le siège soit encore confortable, et que l'on défende, de ce siège, la cause des migrants en réalisant des œuvres d'art exposées dans les vitrines capitalistes des hontes du siècle. Des indignités disparues.

On soumet aux penseurs l’hibernation, en ces temps de réchauffement climatique, car on oublie que chacun de nous pense. Nous pensons et pas seulement les penseurs dont on a attribué le rôle de penser médiatiquement notre monde et nos paysages. Pour finir cet article, je pense fondamentalement, que penser ne peut-être une action pleinement dévolue, que lorsque le retrait, un minimum de retrait, du flux des actions et pressions médiatiques et politiques, se réalise. Sa réalisation, n'est efficiente que si l'action de penser le monde, devient prioritaire, et de la manière, comme la manière de faire des mondes, la plus singulière qu'il soit, celle encore de l'être et de son ontologie, sa capacité d'être au monde.

Pour ma part, parfois ma pensée s'accroche à un film, une exposition, une situation, du réel, ou de la fiction, afin de développer ce qu'elle travaille. Je suis créatrice, donc, parfois encore, c'est dans l'acte de créer, par mes réalisations artistiques, que je devine ma pensée, à postériori, mais jamais par à priori. Ainsi, elle se diffuse aussi, par constellation, se rencontre-t-elle par hasard, et n'est nullement destinée aux penseurs. Il n'y a là aucun égarement mais une volonté de ne pas ignorer l'autre. J'ai l'intime conviction, que l'acte de penser appartient à chacun, et, dans ma vie quotidienne, je partage cet acte, sans en faire un sacre. En fait, sans badge de police aucun, juste en cheminant, de façon distraite.


Film Par kiwaïda at 09:23

03/07/2018

ʟα ßℯʟʟ℮

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Philosophie Par kiwaïda at 11:08

01/07/2018

€$ℙѦ☾ℰ iℒℒi♏ЇTÉ

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Nadir Afonso Rodrigues GOSE (Chaves, 4 de dezembro de 1920 — Cascais, 11 de dezembro de 2013) foi um arquitecto, pintor e pensador português. Diplomado em arquitectura, trabalhou com Le Corbusier e Oscar Niemeyer. Nadir Afonso estudou pintura em Paris e foi um dos pioneiros da arte cinética, trabalhando ao lado de Victor Vasarely, Fernand Léger, August Herbin e André Bloc. Nadir Afonso é autor de uma teoria estética, tendo publicado em vários livros onde defende que a arte é puramente objectiva e regida por leis de natureza matemática, que tratam a arte não como um acto de imaginação, mas de observação, percepção e manipulação da forma. Nadir Afonso alcançou reconhecimento internacional e está representado em vários museus. As suas obras mais famosas são a série Cidades, que sugerem lugares em todo o mundo. Com 92 anos de idade, ainda trabalhava activamente na pintura.

(Wikipedia)

Kuala Lampur, 2008. Acrílico sobre tela, 190 x 210 cm

J'aime beaucoup celle-ci (ci-dessus) !

Vraiment, je vois là aussi Vieira Da Silva, dont j'avais écrit un article en portugais là > Jutinhos

Magnifique !

Très belle, année 30 ! Petit bijou !

ALDEIA E MONTE, c. 1938, Óleo sobre tela. 22 x 31,3 cm

SEM TÍTULO, 1963, Óleo sobre tela. 68,8 x 99,5 cm

Période baroque ! Pour mon génial amoureux, même pas portugais, qui m'a fait découvrir son œuvre,
qui nous rassemble ! Il a d'ailleurs réalisé plein de nouvelles formes : Thejazzist

Estação de Metropolitano de Lisboa - Restauradores. Azulejos de Nadir Afonso

Hâte de voir tout cela !

Et bien, ce dessin, c'est l'un de mes "Mouvance", et rare, c'est un autoportrait parmi les autres figures en mouvement ! Il date de quelques année déjà, mais je n'avais pas vu une seule œuvre de Nadir à ce moment ! Que le savoir est inattendu et la création sans savoir, divine !

Finalement, je pourrai me présenter ainsi aujourd'hui : Sonia Marques (Kiwaïda), dessinatrice, photographe, philosophe, à l'écoute et la création musicale avérée, passionnée d'éthologie et de non violence, pas du tout figée dans un seul domaine... et écrivain... Je nage aussi, mais en écrivant dans ma tête... Poète. Tout cela saupoudré, pas du tout acharnée à la tâche, mais constellée (ma tâche fut l'enseignement). Qui sait, cela peut changer, quelques cordes sont venues s'ajouter à mon arc. Pas trouvé encore les flèches...
Les artistes se font rares.

Nadir est un bonheur ! Et quel beau prénom ;.)


Art Par kiwaïda at 14:32

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