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blog m kiwaïda

25/07/2018

ℓα √iε S℮ηṧї♭ℓε

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De la vie sensible
Cela arrive même les yeux clos ou quand tous les autres organes des sens semblent être fermés au monde. Si ce n’est pas le bruit de notre respiration, c’est un souvenir ou un rêve qui nous arrachent de notre isolement apparent pour nous replonger dans la mer du sensible. Nous considérons que nous sommes des êtres rationnels, pensants et parlants, et pourtant, pour nous, vivre signifie avant toutes choses regarder, goûter, toucher ou sentir le monde. Nous ne savons vivre, nous ne pouvons vivre qu’à travers le sensible, et non pas seulement pour connaître ce qui nous entoure. Ce n’est pas une question gnoséologique : la sensibilité n’est pas seulement une de nos facultés cognitives. Sensible, c’est notre corps même qui l’est : en tout et pour tout. Nous sommes sensibles dans la mesure même et à l’aune selon laquelle nous vivons du sensible : nous sommes pour nous-mêmes et nous ne pouvons être pour les autres qu’une apparence sensible. Notre peau et nos yeux ont une couleur, notre bouche a un certain goût, notre corps ne cesse d’émettre des lumières, des odeurs et des sons en se déplaçant, en parlant, en mangeant, en dormant. Nous vivons du sensible, mais la question ne saurait non plus se réduire à une nécessité physiologique. Dans tout ce que nous sommes et dans tout ce que nous faisons, nous avons affaire au sensible. Seule la médiation de la lueur de l’imagination sensible nous permet d’accéder à notre passé et à notre futur. Et surtout, nous nous rapportons à nous-mêmes non pas comme à une essence incorporelle et invisible, mais comme à quelque chose dont la consistance est avant tout sensible. Nous passons des heures, chaque jour à donner à nos corps et aux choses qui nous entourent des formes, des couleurs, des odeurs différentes de celles qu’ils devraient avoir naturellement. Nous voulons vraiment cette étoffe, cette coupe, cette couleur et ces rayures. Nous faisons tout ce qu’il faut pour qu’il y ait des odeurs ; et sur notre peau, comme sur notre visage et notre corps, nous traçons des signes, des couleurs autour de nos yeux ; nous peignons nos ongles comme s’il s’agissait de marques, de talismans efficaces dont dépend notre futur. Il ne s’agit pas d’une obsession pour l’image de soi. Le soin de soi et le soin du monde ne se confondent pas avec une activité immatérielle ou contemplative : ce n’est pas davantage une « pratique » ou une action ; ces soins se ramènent à une activité ininterrompue de production de réalités sensibles. Tout ce que nous créons, comme tout ce que nous produisons, est fait de matière sensible : outre nos propres mots, cela vaut pour le tissu des choses dans lesquelles nous objectivons notre volonté, notre intelligence, nos désirs les plus violents, nos imaginations les plus disparates. Le monde n’est pas une simple extension, il n’est pas non plus une collection d’objets et on ne saurait davantage le reconduire à une pure et simple possibilité abstraite d’existence. Être-au-monde signifie avant toutes choses être dans le sensible : s’y déplacer, le faire et le défaire sans interruption. La vie sensible n’est pas seulement ce que la sensation éveille en nous. C’est à la fois la manière par laquelle nous nous donnons au monde, la forme qui nous permet d’être dans le monde (pour nous-mêmes et pour les autres) et la voie par laquelle le monde se fait pour nous connaissable, praticable, vivable. Ce n’est que dans la vie sensible qu’un monde s’offre à nous, et ce n’est que comme vie sensible que nous sommes au monde.

La vie sensible  > Emanuele Coccia / Éditions Rivages (Philosophie Rivages - 2013)




































Spéciale dédicace à la Panthera Pardus et sa perle noire (photographies © Sonia Marques)



Philosophie Par kiwaïda at 15:45

17/07/2018

ⅤÅḺℒ☮††☮И

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Félix Vallotton, Soleil Couchant dans la Brume , 1911

Félix Vallotton, Soirée sur la Loire, 1923

Félix Vallotton, Coucher de soleil à Grasse, ciel orangé et violet, 1918

Félix Vallotton, La baie de Trégastel, 1917

Felix Vallotton, Paysage de la Creuse, 1925

J'aime beaucoup la peinture de Félix Vallotton et ses xylogravures. Je n'ai pas le souvenir, lors de mes études artistiques, d'avoir entendu son nom. Un article de Jaqueline Le Razan (Félix Vallotton : Un artiste étrange(r)?), lors de son exposition au Grand Palais en 2013-2014 (pas vue !) pose la question de sa mise à l'écart en France :

"Sa polyvalence artistique en irrite plus d’un. Originaire de suisse, Félix Vallotton  (1865-1925) a laissé à la postérité une œuvre abondante composée de 1600 peintures, 237 gravures et d’innombrables dessins. Et à ses heures perdues, l’artiste fait place à l’auteur. Vallotton échange alors le pinceau pour la plume et devient tour à tour critique d’art, essayiste et romancier.
(...)
Doté d’une sensibilité pour la ligne et d’un goût prononcé pour le décoratif, le peintre met en scène de mystérieuses représentations dans des ambiances feutrées. Afin de commenter la comédie humaine qui se déroule sous ses yeux, Vallotton démultiplie les styles et les supports. L’artiste bascule d‘une esthétique à une autre et ne cesse de surprendre le spectateur. Il retient d’Ingres la leçon du nu, d’Holbein le souci du réalisme et des Nabis la couleur.
(...)
Il semblerait donc que le mouvement de retrait si caractéristique de l’œuvre de Vallotton, cette distance que l’artiste établit entre son œuvre et le spectateur qui la contemple, soit projeté par le public français sur l’artiste lui-même. Félix Vallotton est perçu comme un étranger. Ce sentiment se cristallise d’ailleurs dans les nombreuses études consacrées à sa personne : il est le « Nabi étranger », il est « singulier », il est le « peintre de l’ambigu ».
(...)
Vallotton, était conscient de cet écart. Dans une lettre datant de 1898, envoyé depuis Paris, il écrit à son frère Paul, son confident et son premier marchand : « ma situation irrégulière ici devient intenable […] il est nécessaire que je la précise ; je vais donc demander ma naturalisation [….] je crois faisant cela, bien faire, car tel que je suis, je me sens trop à la merci de tout, et sans secours possible. Cela me paralyse aussi pour mes dessins et le titre d’étranger commence à devenir une gêne »
(...)
A l’aube de la première guerre mondiale, qui est accompagnée d’un endurcissement des valeurs nationalistes, Vallotton fait preuve de goûts suspicieux. L’étranger en vérité, dispose selon les critiques de l’époque d’un « goût trop allemand ». Admirant des peintres comme Holbein, Lucas Cranach et Albrecht Dürer, sa vision est trop sobre et n’est pas suffisamment « latine »[4]. Cette admiration est au demeurant partagé de l’autre côté du Rhin (les plus importants mécènes de son vivant sont allemands : Julius Meier-Graefe, Harry Graf Kessler, Otto Julius Bierbaum etc) et son influence sur les artistes allemands est irrévocable (Ludwig Kirchner, Bruno Paul etc). Aujourd’hui, cet héritage se perpétue à travers de nombreuses expositions destinées à l’artiste."



Félix Vallotton, La falaise de la grève blanche, 1913
Influencé par le peintre allemand Hans Holbein, Félix Vallotton (1865-1925) regarde les corps en clinicien, tenu par l'obligation de vérité héritée de son éducation protestante. Graveur et illustrateur subversif, dessinateur prolifique, peintre de portraits, de nus, de scènes mythologiques et de paysages, le peintre suisse est multiple. Fait rare, c’est aussi un homme de plume à qui l'on doit critiques d'art, essais, pièces de théâtre et romans. L'homme comme l'œuvre sont complexes.


Félix Vallotton, Hautes Alpes, glaciers et pics neigeux, 1919

"J'aurai toute ma vie été celui qui de derrière la vitre voit vivre et ne vit pas"

Voir documentaire : Félix Vallotton, la vie à distance (Bande-annonce)  : Une exploration de l'œuvre multiple de Félix Vallotton, peintre et écrivain suisse, qui, toute sa vie, se tint à l'écart du monde.


Felix Vallotton, Mont Blanc

Felix Vallotton, Mont-Rose, 1892

Felix Vallotton, Glacier du Rhône, 1892

Félix Vallotton, La Paresse, 1896

Félix Vallotton, Le beau soir, 1892



Art Par kiwaïda at 13:48

16/07/2018

∂Ѧℕϟ Ðℰ ℬℰ∀Ü✕ Ḏℰ∀ℙϟ !

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"Être dans de beaux draps" (Photographie © Sonia Marques)

Les "draps" ont longtemps désigné les "habits". Autrefois, on disait "être dans de beaux draps blancs". Cette expression décrivait une situation honteuse. En effet, à cette époque, les gens accusés de luxure devaient assister à la messe habillés de blanc, ce qui devait faire ressortir les aspects "noirs" de leur vie. Jusqu'à la fin du XVIIe siècle, "mettre un homme en beaux draps blancs" signifiait le critiquer. "Être dans de beaux draps blancs" voulait donc dire que l'on était sujet aux moqueries, que l'on était dans une mauvaise situation. Aujourd'hui le qualificatif "blanc" a disparu, mais le sens de l'expression n'a pas changé et veut dire : Être dans une situation compliquée. Les femmes étaient-elles épargnées ? On les trouvait, en France, appauvries dans les rues, un 15 juillet, en 2018, drapées de patriotisme, pour la fête des hommes millionnaires.

Appauvrir :
épuiser, déforcer, aveulir, ruiner, efflanquer, s'anémier, efféminer, débiliter, frelater, émasculer, alanguir, s'affadir, féminiser, s'atrophier, attiédir, ramollir 
[antonyme] : viriliser, fortifier 

Ramollir le peuple est une façon de viriliser la nation...

Vision d'une nuit :

La femme devient gardienne de la nation, lorsqu'elle est chaste. Elle incarne l'honneur du groupe. Toujours belle et désirable, la femme nationale incarne les espoirs investis dans la grandeur et le sentiment d'honneur. La Marianne française doit avoir une beauté éclatante, celle de la mère féconde, calme et sacrée et celle de la désirable à tous. Elle ne doit pas se laisser importuner, et, dans le même temps, être importunée tout le temps, par les assauts des hommes. La place des femmes est exigée pour érotiser la nation. Pas comme la vierge, trop hésitante, cette incarnation de la beauté chaste et respectable n'est ni passive, ni bousculable. Cette érotisation participe de la définition de la nation sexuelle : virile et hétérosexuelle avec le rejet de l'homosexualité et de positionnements ambigus. L'obligation du peuple de fanatiser les matchs fait œuvre de moralisme violent pour combattre une supposée dégénérescence des mœurs. Si la nation est belle et attirante, elle s'adresse en priorité aux hommes forts et convaincus de leur identité sexuelle, comme le guerrier, le combatif. La sauvegarde du corps national dépend de sa constante séduction et de son militarisme. Cette virilité s'exprime dans la violence, les carnages de tous les combats pour la procréation masculine. L'amour est tout entier au service de sa patrie. Les pratiques de violences sexuelles, faites aux femmes, affirment l'identité masculine exacerbée et démonstrative. La guerre apparait comme moyen de pallier aux manquements (crise, emplois) Les viols constituent des marques de pouvoir sur le corps national, non perçu comme une violence faite aux femmes, mais un déni de la force de l'homme protecteur et nourrisseur de la famille. C'est une atteinte sur l'honneur masculin. L'intégrité atteinte des femmes victimes de viol devient un langage entre hommes pour la nation, et la violence de l'acte est dénié. Les hommes se battent entre eux pour la victoire, à la place de faire l'amour entre eux, ils refoulent l'acte homosexuel. Les femmes sont des objets d'échanges. Les corps des femmes déshonorées deviennent des champs de bataille, et juridiques et médiatiques, des rituels, pour la parade du plus fort et de sa victoire. Longues, les joutes verbales entre avocats, s'illustrent dans les médias. La souffrance des victimes n'est pas reconnue, définies comme mortes. L'esclavage sexuel est la récompense du guerrier (prostitution) dans les climats enivrés militaristes et dans les victoires sportives. Le violeur n'est plus un délinquant mais un héros qui domine la femme de l'autre. Dans l'esclavage sexuel, les bourreaux protègent les victimes d'une mort certaine, en échange d'une soumission totale, renforçant l'homme dominant, seul maître de la survie des victimes, renforçant le machisme et le nationalisme. L'inaction de l'État et l'absence de reconnaissance des politiques discriminatoires engendrent les souffrances des communautés, des frustrations collectives. La violence devient la seule réponse aux situations d'injustice, de mépris.

Synthèse : il n'y a plus d'idée de justice et d'égalité lorsque les priorités sont celles du guerrier. Il n'y a plus de place pour d'autres qualités, plus aucune. La nation s'installe dans de beaux draps blancs, son principe même, en représentation officielle et drapée.

...Une nuit de vision débile de l'état éthylique des habitants de ce pays, la France...


Philosophie Par kiwaïda at 11:45

12/07/2018

ℯηḟ@ᾔ¢ℯ

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Photographies © Sonia Marques

L'exposition, en ce moment au Palais de Tokyo :

Comment le sens de l’émerveillement, la capacité à inventer des mondes mais également les peurs et les angoisses enfantines se construisent et se déterminent- ils en fonction des contextes ? L’exposition "Encore un jour banane pour le poisson-rêve", d’après le titre modifié d’une nouvelle de J.D. Salinger, tente d’y répondre en nous faisant voyager de territoires quotidiens et intimes à des mondes fantasmés, qui sont autant de fragments d’une identité en construction permanente. Conçue avec la commissaire d’exposition japonaise Kodama Kanazawa et co-organisée avec la Fondation du Japon, l’exposition, qui fait partie de la manifestation Japonismes 2018, sera l’occasion pour le visiteur d’apprécier les œuvres d’une vingtaine d’artistes internationaux, dont six artistes japonais, et de découvrir une collaboration inédite avec le dessinateur de manga Yûichi Yokoyama.


Particulièrement apprécié les œuvres de l'artiste britanique Caroline Achaintre. Une de ses expositions (terminée en avril 2018), à la First Floor Gallery de La Warr Pavilion, (à Bexhill-on-Sean, en Angleterre, salle d'expo. en front de mer) nommée "Fantômas", dont une  vidéo retrace, avec elle, ses productions, raconte, qu'elle fait référence au masque porté par le criminel français Fantômas, inventé par les écrivains Marcel Allain et Pierre Souvestre en 1911. Dans les années 1960, une adaptation télévisée du roman a été faite, dans laquelle le visage de Fantômas était caché par un masque bleu à l'apparence rigide. Pour Achaintre, le masque est un lieu où la fantaisie et la réalité peuvent exister en même temps. Pour Fantômas, Achaintre a réalisé une série de nouvelles céramiques, accompagnées de nouvelles tentures murales. Elle a créé des céramiques avec une résidence conjointe  entre le pavillon De La Warr et le West Dean College, un collège d'arts et de conservation fondé par le poète britannique Edward James, un grand collectionneur d'art connu pour son soutien au mouvement surréaliste. Ses sculptures en céramique et ses décorations murales touffues à la main intègrent diverses références telles que la mode, le carnaval et l'iconographie death-metal, ainsi que le primitivisme et l'expressionnisme - mouvements artistiques occidentaux du début du XXe siècle et l'imagerie préhistorique.

Superbe vidéo "Lake Valley" de Rachel Rose et belle installation sur la moquette. Elle était exposée à la Biennale de Venise de 2017, à 30 ans, l'une des plus jeunes artistes de la Biennale. Coïncidence avec mon exploration du domaine de la cuniculture, l'animal de compagnie représenté ressemble à un lapin, mais peut aussi être un chien. Il vit dans une banlieue et est délaissé par son propriétaire qui emmène sa fille à l'école. Les points de vue de l’assujetti, ce pouvoir du tout petit, en bas, sur la terre, regardant les grandes choses, est techniquement bien réalisé et la création malaxée d'une pâte éblouissante de textures différentes, et de déplacements d'images et de points de vue, provoquent une immersion fantastique dans des rêves ou cauchemars. La sensation illustrée de l'eau, de ce que cet environnement peut engloutir, comme faire miroiter à sa surface est magique. Un œuf se casse et le jaune coule, mais comme coulent tant d'autres matières et découpages. Une fille rêve et flotte au-dessus de son lit, des feux d'artifice explosent. Les superpositions de films et séquences ne cessent de nous surprendre, et nous faire perdre pieds, et repères. C'est assez organique, et composé d'images transformées les unes par rapport aux autres, des torsions. Les images sont prises à partir de livres pour enfants du 19ème siècle, 12 vignettes dessinés à la main par seconde. C'est un whoosh, un souffle de stimuli sensoriels très enchanteurs.
À propos de la création de sa vidéo, elle écrit :

"Quand j'ai réfléchi à l'enfance, j'ai regardé des histoires écrites sur le fait d'être un enfant, des histoires pour enfants. Et l'un des thèmes qui ne cesse de se répéter est la solitude. Un enfant abandonné par sa famille, ou un enfant qui tente seul de retrouver sa famille."

De là, elle a développé un concept à partir duquel elle pouvait construire un récit solitaire depuis sa propre enfance. Elle a créé une banlieue fictive de New York appelée Lake Valley (un nom de lotissements de banlieue) et a développé son histoire sur la solitude. 

"Une créature vit dans une maison avec un père et sa fille, ils vaquent à leur vie quotidienne, et toute la journée, cette créature est toute seule"

Pour décrire à quoi ressemble la créature, il s'agit d'un hybride entre un lapin, un renard et d'un chien, d'après Rose.

"Elle cherche des moments de connexion, la nuit, elle sort pour sa promenade, et elle s'enfuit. Elle va dans une forêt, la seule verdure dans l'enclave suburbaine. Elle pense qu'elle se fait un ami, mais en fait c'était juste son imagination - c'est un tas de détritus avec des feux d'artifice dedans et les feux d'artifice explosent. Et peut-être que tout cela vient de son esprit - c'était l'affiche dans la cuisine."

En plus des 12 images par seconde nécessaires pour faire les animations, il y avait le collage des images des vieux livres pour enfants, pour créer le cadre que les créatures en mouvement occuperaient. Les objets familiers deviennent hyperréalistes.

"Tous les paysages suburbains familiers - à l'intérieur de la maison, l'enclave, le bureau, le parc, la voiture - je les composés à partir de ces milliers de sources d'illustrations de livres pour enfants que j'ai compilées pour créer cet espace hétérotopique. Les pâtes sont aussi des cheveux."

Cet état de solitude raconte la séparation avec son environnement, et le mélange de sensations et de souvenirs, d'interprétations fantasmagoriques qui en découle. Cet espace créé par Rose, m'a fait penser à un espace introspectif, intérieur, débarrassé du concept efficace et stratégique, une grande image en mouvement qui fait appelle à nos sens, bien plus qu'aux cases dans lesquelles sont attendues les réalisations artistiques.



Jean-Marie Appriou avait déjà exposé au Palais de Tokyo et c'était en 2014 (Sonde d’arc-en-taupe). Et l'une de ses sculptures représentait une phrase : "Le sang du poisson à l'odeur du métal". On est assez proche du titre de l'exposition collective du Palais de Tokyo, de la commissaire d’exposition japonaise Kodama Kanazawa, "Encore un jour banane pour le poisson-rêve".

La description de son exposition de 2014 révélait ceci :

Sonde d’arc-en-taupe

Les expérimentations de Jean-Marie Appriou dans le domaine de la céramique et de la fonte résultent d'un rapport technique singulier à la matière, rehaussé par un enchevêtrement de références culturelles (préraphaélites, musiques pop, artisanat, patinage artistique, mythologies médiévales, bande dessinée, etc.). Jean-Marie Appriou a conçu pour le Palais de Tokyo un parcours crépusculaire évoquant à la fois le plan basilical, la salle de concert, la grotte et le reliquaire. L’exposition est structurée par des assemblages en fonte composés d’éléments conçus dans l’atelier de l’artiste (coquillages, cristaux, tours de potier et personnages). À la fois sculptures et bas-reliefs, ces grilles reconfigurent l'espace au gré des jeux de transparence, de clair-obscur et de saturation.  Cet ensemble constitue une cosmologie personnelle élaborée par l’artiste, symbolisant le cycle des transformations naturelles et manufacturées de la matière. Le parcours évoque les états successifs du calcaire, depuis la sédimentation des coquillages au fond des océans jusqu’à la formation des stalactites. Il décrit également les métamorphoses de l’argile : l'extraction marécageuse, le façonnage, la cuisson. Cette approche tellurique et quasiment alchimique est soulignée par la dimension hermétique du titre de l’exposition : « Sonde d’arc-en-taupe » évoque deux motifs complémentaires, la galerie de la taupe et l’arc-en-ciel, formant un anneau qui réunit le cosmos et le monde chthonien, les étoiles et l’underground.









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Encore une jeune artiste britannique, Megan Rooney, (bien que canadienne, de Toronto, mais basée à Londres) Elle a rafraîchi le grand espace du Palais d'une peinture au mur, accueillant ainsi les œuvres des autres artistes. Il y a là, une veine picturale que j'avais pu accompagner, professeure, d'une artiste devenue, Emmanuelle Rosso, lorsqu'elle était étudiante, avec son travail sélectionné au salon de Montrouge, qui utilise à la fois la danse, la performance, la peinture, mais aussi les phrases jetées et la consumation de toutes ses œuvres. Une aparté :  j'ai reçu de beaux mots d'étudiantes, ou d'anciennes étudiantes (Limoges, Bourges, Grenoble), des remerciements, leurs excellents résultats, parmi les désastres de ce que peut produire une école d'art française sous une autorité mal placée, au sein de différentes écoles nationales. Cette année fut, ma foi, une belle réussite, en tant que professeure, pour ces étudiantes, et un bel échec quand à la reconnaissance de la tutelle complètement à côté de la plaque. Il faut voir l'impuissance des directions à faire évoluer les formations, et le capharnaüm des syndicats se mêlant au pouvoir, au service des mauvaises rumeurs, et des frustrations hissées, comme modèles principaux d'expression. C'est très moche, tout cela ne nous élève pas. La mauvaise tendance est de marquer des buts, peu importe le chemin de trahison. Mais plus dure sera la chute. Heureusement, que les chemins artistiques divergent et cheminent sans ces paniers de crabes. Ce sont bien les artistes accompagnant les étudiants dans leurs études en art, qui sont les mieux placés pour les orienter dans une voix singulière. Je pense aussi à Xu Lu, ses équilibres et sa grâce, aux félicitations des jurys de ces étudiantes, je pense aussi au travail de Kadi Diedhiou, une évidence, et sa poésie qu'elle m'avait fait découvrir, et tant d'autres, Bahâr Kocabey, Anna Couder, ou Iris, de niveaux différents, et parties dans d'autres pays, poursuivre leurs routes et déroutes, toutes ingénieuses... et celles qui ont encore des études à explorer, à apprendre dans un cadre scolaire. Ou encore, Anaïs Docteur, que j'ai rencontré par hasard en sortant du Palais, et qui avait été diplômée l'année dernière avec mention, que de parcours ! Je ne suis pas surprise de leurs avancées, mais infiniment heureuse. Et oui, il n'est pas facile d'être reniée par le système des écoles renfermées, et en même temps, pouvoir réussir accompagner à bien des étudiants, afin de les faire sortir du système, et qu'ils volent de leurs propres ailes... C'est un peu ce que l'on attend, finalement, des artistes professeurs, mais sans jamais comprendre la méthode, ou attendre d'eux des méthodes d'un autre temps, afin que des personnels remplissent des cases de plus en plus divisées, et sans aucune couleur.

Pour en revenir à Megan Rooney, d'autres de ses œuvres, MOMMA! MOMMA!, Tramway, (Glasgow, 2017) se suffisent à elles-seules et ne figurent pas dans l'exposition collective du Palais.

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Une vidéo montre plusieurs autres installations. Spéciale dédicace au bienheureux qui a arrêté de fumer, des cigarettes comme autrefois, avec des filtres jaunes... À la galerie Division de Montréal, on peut voir, avec si peu d'expositions à son actif, ses toiles. La question de l'exposition est quelque chose de toujours mystérieux pour les étudiants. Elle le devient moins pour tout professeur encore en activité, étant donné que le temps de sacrifice à enseigner est aussi un temps de sagesse sur ces systèmes de mise en exposition par untel, untelle, et toutes les critiques autours. Il y a les hasards de rencontres aux sorties des écoles, mais seulement des écoles avec un "haut" pouvoir (économique, côte, intérêts divers...) et rares sont les valeurs basées sur la qualité, le parcours et la richesse humaine de ces rencontres. Il y a des montées en épingle, dont, souvent, les artistes ignorent tout, de ce que l'on met en relief à leur insu. C'est de cette "apparition-disparition" que se joue ce système des expositions, et la course, parfois effrénée, de quelques artistes à espérer décrocher le Graal d'une visibilité tant attendue : une illusion de plus. De mon point de vue, je considère toute cette économie, d'affamée. Tant de structures et de personnels, un nombre considérable, dépendent des artistes, surtout de leurs productions (oui il faut bien exposer quelque chose, et trouver à écrire dessus), alors même que les artistes, la majorité, vivent dans un dénuement (volontaire ou subi) total. Ils et elles ne sont, le plus souvent, jamais rémunérés de leurs différentes expositions, en tous cas, en France, c'est indigne de ce qu'avancent les politiques. Et ce sont les personnels dépendants, qui sont rémunérés, ou éternels stagiaires, entre revenu minimum d'insertion et insertion au travail pour la médiation, avec un diplôme de cinq années derrière et une piaule en colocation chez la grand-mère d'un ami chômeur, qui a vécu les 2 guerres. C'est toujours frappant. Longtemps, on a considéré normal, la maltraitance, en France, des artistes. Après, il est très difficile de mener une politique sur "la liberté d'expression" ou des notions de "culture", quand celles-ci, sont massacrées et déniées. Challenge impossible, mais aux stratégies mesquines multiples sur tout le territoire. Le plus facile, est de favoriser des artistes ayant déjà un "haut" pouvoir économique. On ne présente jamais d'artistes plus pauvres, et surtout pas français. Car, les plus pauvres, seraient, vue, d'ici, toujours vivant dans des pays lointains. Ces gestes et actions (car ce sont des gestes, des comportements, des vues de l'esprit rabougries) sont aussi visibles dans les écoles d'art. On préfère garder des professeurs, ayant un peu d'économie, car il faut les user, plutôt que de plus pauvres, dont une centaine d'euros piqués dans leur salaire les feraient arrêter toute activité, tant le péril, à cette micro échelle devient non négligeable. C'est parce qu'ici, la négligence est au pouvoir, que les formes de pouvoir ne s'adressent pas aux plus démunis. Parce que ces gestes ont attribué leurs négligences aux plus pauvres, ils sont devenus "les négligés", alors qu'ils n'ont absolument rien demandé, ni fait pour avoir ce statut là. Ainsi, le pouvoir est devenu affamé et puise dans tous les négligés, qui ne peuvent se défendre par l'argent, en les faisant disparaître et faisant apparaître d'autres négligés, qui disparaîtront plus tard. Le pouvoir fait apparaître, puis disparaître, à mesure qu'il a besoin d'argent, de renommée, il se veut juge et initiateur. C'est de cette impuissance-là que questionnent les expositions. On ne peut qu’observer ces gestes d'impuissance, ces illusions. Les magiciens, eux, sont nombreux et savent les trucages. C'est de cette sagesse que les étudiants, certains, certaines, n'ont pas encore l'expérience. Il y aura toujours des biens vus et des mal vus, et des bien en vus, et des inconnus, même les plus âgés, celles et ceux avec une expérience incontournable. Il n'est pas un jugement qui puisse les distinguer, ni les qualifier, tant leur magie a dépassé toute méthode cartésienne.

Your age and my age and the age of the rainbow (2014)
Images du catalogue : Vocabulary of solitude / Museum Boijmans Van Beuningen / Ugo Rondinone



Vocabulary of solitude (2014) Ugo Rondinone
Images du catalogue : Vocabulary of solitude / Museum Boijmans Van Beuningen / Ugo Rondinone
Lors d'un de mes déplacements, j'avais fait le choix du catalogue "Vocabulaire de la solitude" de l'artiste Ugo Rondinone, avec ses clowns et ses arc-en-ciel. C'était il y a quelques semaines, et je n'imaginais pas pouvoir visiter une exposition, en présence de ses clowns. Voilà qui est réalisé ! Au Palais de Tokyo, une salle est destinée à cette grande installation, (une variante) que l'on ne peut photographier. Il faisait très chaud et l'air était irrespirable, un peu comme dans toutes les salles ces jours-ci, sans climatisation, mais particulièrement celle-ci, car la verrière, laissait transparaître le soleil intense (mais coloré par les filtres de la pièce d'Ugo Rondinone) L'atmosphère donc, de ces clowns était encore plus inquiétante et je souhaitais leurs demander à chacun, s'ils n'avaient pas trop chaud sous leurs masques, ou avec leurs chaussettes colorées, quand un gardien complètement accablé par la chaleur crie dans l'espace : "Pas de photo, pas de photo !" devant un visiteur plus malin que les autres sortant son téléphone pour viser l'un de ces clowns avachi, sans espoir aucun. J'aime beaucoup cette installation, mais j'avoue la préférer dans le catalogue que j'ai, et les autres, car visiter l'installation, avec les gardiens, et la chaleur, n'est pas tout à fait propice à la réflexion que promet cette création.

breathe. sleep.dream. wake, rise. sit. hear. look. think. stand. walk. pee. shower. dress. drink...

Autant de noms à ces 45 clowns, qu'ils ont de positions. L'artiste et ses figures tragi-comiques, aux couleurs gaies, expriment la tristesse, et la déception. Les visiteurs circulent dans un espace où rien ne se passe, et pourtant, la réflexion est au centre des activités représentées. C'est un artiste suisse et je suis ses réalisations qui impliquent différents médiums, je me sens assez proche de cette multitude. Suisse, né en 1964, Ugo Rondinone a ce point de vue sur une société dont les valeurs n'ont aucun sens, il est mélancolique. Photographe, sculpteur, dessinateur, et peut-être triste, cet univers est pourtant teinté de psychédélismes, d’hallucinations colorées. D'autres parties de son travail n'ont pas cette coloration, et peuvent nous renvoyer à une préhistoire imaginaire (ses sculptures  Moonrise). Cette installation, ultra protégée, figurait, dans l'exposition collective, sur l'enfance. Mais ici, un monde d'adultes a envahi les espaces depuis longtemps.








Keita Miyazaki
réalise de petites fleurs, de papiers pour carnaval, c'est ainsi que je l'ai entre-aperçu, dans un couloir. Ces petites machines sont des décorations enveloppant des tuyaux plus solides et même assez rustiques, contrastant avec la fragilité du papier. Mais tout cela pour masquer des enceintes, du son. Alors ces choses, sont des surprises, des bêtes au sol qui tentent de faire leur intéressantes. Avant, j'allais à la "Maison du papier" dans ma ville, actuellement remplacée par une boutique pour le CSP de Limoges (Cercle Saint Pierre), club de de basket-ball français, une des valeurs sûre ici, avec la porcelaine. Et cette maison était remplie d'accordéons et banderoles et toutes sortes de costumes et cotillons, c'était absolument créatif, pour tout artiste et tout enfant, et pour les grands, les grands-parents qui achetaient quelque chose pour les enfants. Seule la "Maison du fromage" est restée, avec la "Maison de la pantoufle" diffusant dans cette allée vers l'église Saint Pierre, des mélanges d'odeurs nauséabondes, infectes parfois par temps de chaleur, qui ne manquent pas de rappeler aux touristes, que dans le folklore français, il y a cette odeur indéfectible et repérable à plusieurs mètres, mêlée aux jeux d'équipes sportives dédiés aux hommes exclusivement portés sur le but (le foot en est devenue une expression patriotique, sorte de défouloir de haines racistes), avec la pause pantoufle indispensable. Donc exit le papier, la création et la décoration, notre pays n'a gardé que peu de belles inventions culturelles pour ne favoriser que l'argent et le pouvoir et le beuglement des soirs d'ivresse. Comprenez qu'il ne faille plus attendre de médailles dans ces contrées, elles ont toutes un goût qui beugle, pour le plus fanfaron des débiles. Notre victoire est pourtant notre chemin, et non le but, et c'est tout un art...



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Tomoaki Suzuki était déjà passé au Musée d'art moderne de la ville de Bordeaux (CAPC) dont cette vidéo retrace l'installation. Division, isolement, et même indifférence, ces miniatures ne le sont pas en définitive. Mais c'est que notre format du Musée et de l'exposition, s'est peu à peu orienté vers le monumental. Et les pièces de Musée sont si vastes que les œuvres de Suzuki nous apparaissent comme rapetissées. Touts est question d'échelle et notre société a accordé au visible une très grande échelle, nous empêchant de voir de plus près, mais aussi de plus proche. Comme l'Alice au pays des merveilles, ces personnages nous inspectent comme si nous nous étions un peu trop avancés sur notre époque, alors qu'ils semblent sortir des années 50 ou 60. J'ai eu cette impression que cette moquerie provocante de ces petits personnages qui posent avec nonchalance, face au mitraillage des téléphones portables de ces touristes s'agenouillant pour les capturer dans leur petit écran digital, nous toisaient, avec détermination.

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Yûichi Yokoyama au Palais de Tokyo

Yûichi Yokoyama était un peu devenue la carotte de cette exposition au Palais, mais aussi, il exposait à la galerie Anne Barault. En 2012, j'écrivais un article sur ce japonais (article nommé "Yapool"), mais bien avant, j'avais eu connaissance de cet auteur par Thejazzist, lui-même auteur de vignettes abstraites, avec qui, nous échangeons souvent sur certaines créations, entre géométries et figurations. Il m'a offert le premier livre aux éditions Matières et depuis, celui que j'ai préféré c'est Baby Boom, pour le dessin, pour l'histoire de l'oiseau-bébé, pour tout en fait et bien différent des autres, je trouve. J'avais beau le référencer dans mes cours à destination des étudiants, que de suites, les bibliothécaires avides de mes trouvailles, s'empressaient de l'ajouter dans leurs achats, car leur rayon était si pauvre et réduit, en école d'art, que je devenais, la pourvoyeuses de contenus, mais interdite ensuite d'emprunt dans ces mêmes bibliothèques... Hum, hum. Ou accusée d'avoir emprunté des livres jamais empruntés et de devoir les rembourser à l'école limougeaude (si, si, ils sont capable des pires mensonges) Il en est, que ce pauvre Yûichi Yokoyama, se trouva pris d'une effervescence médiatique, ici, dans le petit milieu parisien. De sortes, que le jour où je visite l'exposition collective au Palais de tokyo, et que je trouve un petit moment pour faire un tour à la galerie Anne Barrault, le matin même, un article sur Libération dont il est le héro paraissait. L'assistante me le brandissait très fière et je la remercie car elle m'a transmis un article plus intéressant, celui de Laurent Bruel : Durant l’hiver 2012-2013, Laurent Bruel a rendu visite à Yûichi Yokoyama. Il en est revenu avec un reportage publié en novembre 2013 dans le numéro spécial Japon de la revue Back Cover.

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Article de Libération du 9 juillet sur de Yûichi Yokoyama, à la galerie Anne Barrault (merci Manon !)

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Et photos d'une partie des œuvres présentées à la galerie.
L’article, abondamment illustré, expose pour la première fois l’environnement, les conditions et les méthodes de travail de Yûichi Yokoyama. Je ne saurai flatter la galerie, car j'ai trouvé ce qui était exploité moins exaltant que ce que j'ai pu lire et voir dans les éditions. Mais je pense, que c'est bien l'intention de l'auteur, de réduire sa portée, et travailler avec peu. J'ai beaucoup aimé ses grandes peintures, qu'il ne réalise plus faute de place. La galerie présente des rébus mis en boîtes. Ses réalisations de personnages assez froids, sont plutôt significatif d'une solitude effrayante où le lien affectif semble être rompu. Paris s'est emballé littéralement pour ses œuvres, nous pensions l'avoir connu en secret, et d'un coup, nous le voyons exposé dans 2 lieux différents à Paris, certains, ces lieux d'être les premiers à le découvrir et le montrer au public ! Ce que je trouve très intéressant, c'est que la culture du manga, populaire, par l’intermédiaire du livre, diffuse bien plus largement au public, qu'un lieu d'exposition ne sait le faire. C'est comme si un Musée avec beaucoup d'argent pensait montrer quelque chose de nouveau à une élite, que nombre d'amateurs et fans, connaissaient déjà depuis quelques temps, sans en faire tout un plat. Un jour, je discutais avec un artiste professeur français reconnu, plus âgé, et je lui apprenais qui était Hokusaï, il ne savait pas qui était-ce malgré nombre de voyages officiels et très institutionnels qu'il faisait au Japon. C'est symptomatique de ce que l'on nomme "la culture" en France et de ce qu'elle entend nous faire connaître de l'étranger (une vue très tronquée) Je déjeunais avec mes amis japonais, Aki et Makoto, je ne sais pas comment non plus cette journée rassemblait autant de coïncidences, de plus Aki Ikemura, fut artiste à la galerie Anne Barrault. Et je disais avec magie, qu'elle avait pris la photo de nous, le collectif Téléférique, dont j'avais gardé, la seule, cette photo nous rassemblant. Et tout cela lors de l'exposition personnelle de Makoto Yoshihara "Horse trailer studiolo" à la galerie ColletPak à Paris, en décembre 2009, qui était très belle. J'allais les jours suivants déménager à Limoges. Je souriais encore sur la photo ;.) J'allais m'armer de courage pour apprendre à apprendre.
Yûichi Yokoyama s'amuse un peu de ces décalages entre institution, école, Musée, tout ce qui concerne l'élection, la sélection, l'élite et le populaire, le pauvre et le riche, l'ermite et le médiatique, le médiocre reconnu socialement pour cela puis porté aux nues (Cette expression date du XVIIIe siècle. Auparavant, les nues désignaient les nuages. De ce fait, lorsque l'on porte quelque chose aux nues, c'est qu'on le met très haut, on le place sur un piédestal, on l'admire de façon démesurée) Ses propos sont rapportés ainsi :

«Au lycée, j’étais médiocre. Je suis allé à l’université par pression sociale. Naturellement, j’ai fait des études d’art. A Musashino, dans le département Peinture à l’huile. En Asie, on considère que c’est le domaine le plus généraliste de l’art, celui à partir duquel on peut tout apprendre. En sortant de la fac, j’étais un bon imitateur d’artistes. J’ai passé plusieurs concours. Vingt-quatre tentatives en tout. Aujourd’hui, quand on expose mes dessins ou mes toiles, j’ai l’impression de faire le deuil des "enfants avortés" de ma carrière de plasticien. Surtout quand on expose les œuvres réalisées pour ma 24e tentative…»

S'il adule encore des artistes de l'époque conceptuelle et minimaliste, comme ce que l'on peut encore étudier dans une école d'art en France, il est persuadé que ce n'est plus de notre temps, et pour lui, le médium n'est plus la sculpture ou la peinture, mais le livre. Quand d'autres peuvent prendre la tangente de l'immatériel, sans même matérialiser dans le livre, leurs dessins, leurs desseins. C'est que nous vivons un peu, dans des moments non linéaires, et qu'il n'y a plus de suite logique, dans l'histoire et la réappropriation de médiums, de formes. Quand l'un peu découper toute sa vie sans avoir d'outils lié à la télé (téléphone, téléchargement, téléobjectif...) l'autre coupe sur écran avec la matière déposée sur Internet, et l'autre encore, pour déplaire aux plus fanfarons français, peut faire du tricot ou repasser ses peintures au fer à repasser, tout en restant le plus macho du monde... Et un autre s'occupe de ses coiffes et bijoux, dans des peintures immenses et chiadées afin de mettre en valeur des chaussures de grandes marques... Que rajouter ? L'art est surprenant et n'a que faire des grand discours persuasifs et des tendances... Et même empiler des pierres sur la plage, est encore un acte courageux, qui brise la terreur, et notre propension à subir la violence invasive de l'espèce humaine, sans savoir jamais la raisonner, et encore moins la moraliser.


Photo de l'article de Laurent Bruel en visite à Yûichi Yokoyama

L'article raconte l'histoire d'un ermite, qui n'aime ni où il vit, ni ce qu'il y a autours. Chichement, dans une location de fortune, dans une des baraques d'un propriétaire qui exploite les ouvriers, dans ces mêmes autres baraques. Isolé, il ne connait ni les noms de ses voisins, et eux, ne le connaissent pas. C'est la source de son inspiration, avec une distance paradoxale et ses dessins de voyages futuristes, dont ses personnages aux costumes robotiques et mutiques parcourent ses vignettes, s'arment sous les avions. Dans ces conditions non confortables, on se plait à dire, oui c'est comme nous, nous sommes aussi des artistes dans nos bicoques louées ! Mais il y a quelque chose d'un peu triste. Même si, par l'imagination sublime, l'existence tel un moine peut expliquer ce dénuement, on vit dans cette solitude, que ces animaux domestiqués racontent bien (dans la vidéos de Rose). Un monde parallèle, où l'imagination serait au pouvoir, et où personne, même les voisins ne pourraient atteindre ce niveau extatique. Dans le même temps, il est poursuivis par des commissaires d'exposition et des galeristes, de vrais professionnels en business, capables de parcourir le monde jusqu'à sa bicoque pour trouver quelque chose à vendre, là où les planches sont pourries et le vent écaille la peinture des murs, et un poêle à essence, dont l'odeur est intenable, espère encore réchauffer l'humain. S'il exprime attendre les moyens pour déménager, pour sa santé, on se demande comment ces vitrines de l'art exploitant ses rébus et ses traits criants, de bruits, ne parviennent pas à le nourrir. Petite claque pour celles et ceux qui vendraient père et mère pour exposer leurs détritus, rien n'est plus enviable qu'une baraque à frites pour y parvenir ! Pas d'ordinateur, pas de lecture de média, pas d'Internet et pourtant des réalisations qui semblent sortir directement d'un as des outils numériques. Pour Yûichi, le plus important c'est le livre. C'est ainsi que j'ai connu son travail. Les expositions collectives, les produits dérivés, les dessins isolés, rien de tout cela ne l'intéresse. Il veut bien transmettre, si on lui demande, mais c'est le livre qui est prioritaire. Avant il était illustrateur pour gagner sa vie. Ce sont les éditions Matières, en France, et au Japon, la Maison East Press, qui ont changé la donne.

Beauty and the Beasts / La Belle et la Bête, exposition de Kent Monkman au Centre Culturel Canadien (extrait d'une peinture)

Plus de 3 mètres de peinture... et de bijoux

Que me reste-t-il de l’exposition de l'artiste Laure Provost, au Palais de Tokyo, ces jours-ci. Pas grand chose à vrai dire. En 2015, je la découvrais au Musée départemental d'art contemporain de Rochechouart, et je lui ai dédié un article nommé "Désir d'ailleurs désir d'être plus proche", assez élogieux. Dans le même élan, je suis allée voir l’exposition de Kent Monkman au nouveau centre culturel canadien à Paris, assez grandiloquente, très (trop ?) communicante et vendeuse, et, de même, j'ai nettement préféré ma découverte de son œuvre au Musée départemental d'art contemporain de Rochechouart, en 2014, dont j'avais écris également un article, nommé "Château, sur BMK, le blog en avance... C'est que ce Musée, à Rochechouart, il y a quelque temps, amenait dans le Limousin des formes artistiques d'ailleurs mais avec des scénographies chaleureuses qui conféraient aux œuvres, un sentiment de proximité, dans des odeurs boisées de ce château, au milieu d'un paysage vert et enchanteur. Alors, nous avons eu de la chance de voir ces expositions avant celles parisiennes. Le Palais de Tokyo est immense, et parfois, les artistes, perdus dans cette immensité, sont dans l'obligation de voir "grand" et d’avoisiner l'idée du monumental. Hors, je suis persuadée, que, de nos jours, ce monumental a perdu de sa superbe, et que notre regard se perd dans ces statures de grandeur, pure folie. Le Palais de Tokyo peine à combler des salles, restées vides, à croire qu'il n'y a plus assez de budget pour payer les artistes exposés ou commissaires, ou peu d'artistes (alors qu'ils sont si nombreux) sont connus des institutions, et donc les espaces dédiés sont devenus trop grands pour accueillir si peu de recrues. Souvent sont-elles puisées dans d'autres expositions, elles ont déjà tournées et se sont déjà retournées et passées à autre chose, qu'un amateur, une amatrice qui se déplace, comme nous tous, tombe fatalement sur les mêmes, qui ornent des espaces différents, avec des allures fatiguées parfois. On voit cela, alors qu'on ne connait aucun rouage ou presque, mais cela se voit, se ressent. Un épuisement. J'apprécie toujours autant visiter des expositions, bien plus par les rencontres que je peux y faire et les échanges ensuite, mais ces expositions sont quasiment inaccessibles au grand public. Tout d'abord l'accès physique, il faut au moins une voiture dans le Limousin pour visiter des expositions d'art contemporains, situées à des heures de route (et pourtant on se vante de décrire que le territoire est balisé en art contemporain, et bien pas pour tous !) et de nos jours qui a une voiture ??? Pas les artistes. Puis le prix, ce que coûte une exposition pour le grand public, dans des institutions publiques est indécent. L'accès à la culture pour tous, ce n'est pas pour demain ! Par contre, des matchs de foot retransmis partout dans les bars chaque soir, oui, il y a quelque chose de pensé là-dedans, quand ce n'est pas l'hôtel de ville qui s'y met, en fermant les stations de métro, ou bien les conducteurs de TGV (ceux-là même qui sont pour les grèves) qui nous annoncent fièrement les résultats des matchs pendant nos déplacements, au cas où, nous ne serions pas assez informés des buts de l'équipe de France. Et bien non, la culture que pour certains, et généralement, cette culture n'est adaptée que pour les fonctionnaires ayant défini cette culture et ayant décidé qu'elle serait "La culture". Donc, on comprend bien, qu'ils puissent avoir accès à toute cette culture définie et délimitée par leurs soins, tous les chemins leurs sont connus et accessibles et défrayés, toutes leurs réunions sont basées sur cette culture au format, toutes leurs discussions, mais rien, absolument rien, en dehors de ces sentiers battus, une sécheresse, le désert, rien plus n'existe à part ce qu'ils ont décidé. Et leurs maillages cartographiques sont plus des mines qu'autre chose, sur lesquelles il ne vaut mieux pas tomber, au risque d'être emprisonné par le maillage stratégique du pouvoir.

Synthèse, ce qui est grand n'est pas signe de grandeur, c'est Lapin (Tur) qui le dit.

Lapin Tur est une nouvelle écrite en 1976, une petite fable allégorique pleine d’humour qui relate l’histoire d’un lapin dénommé Tur. Méprisé par ses petits frères, Lapin Tur est mis à l’eau et, de rage, passe par toutes les couleurs avant de finir par amuser la galerie… En fait, une condamnation sans appel de la peinture de chevalet, bien mise à mal dans les années 1970.

Et oui : La peinture !


Art Par kiwaïda at 09:44

11/07/2018

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Panna cotta de Makoto à Abri Soba

Le goût des retrouvailles

Fleur des princesses qui s'ignorent

Petit séquoia deviendra grand

Toutes les béquilles sont uniques et se fichent du design

Sous le saule ils pleurent de joie

Wordwide

Dieu nous voit

Bisou pastèque

Le paysage des bientôts

Plier bagage

C'est quoi le titre ?

La vie sensible

Le courage

Les vertus et l'amour

Personne ne le sait

Sauf quelques uns

Sauf une pierre précieuse

La vue des humbles libres

Pirate, ton noir est bleu

(Photographies © Sonia Marques)


Enseignement Par kiwaïda at 17:17

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Date inconnue, les années 70 en France, une photo à l'école...

Est-ce que l'on change ?

J'aurai l'audace de penser non, je n'ai pas changé. Pourtant tout a changé, l'esprit s'est adapté aux terres rencontrées où son corps s'est mis à pousser. Mais l'enfant que j'étais, dont je me souviens très bien, même de ce qu'il pensait, est toujours là et il se souvient de tout. Cet enfant sage qui n'enlevait pas sa blouse pour la photographie, en col blanc, afin de garder ce qu'il pense intacte. Cet enfant n'a pas changé, il savait déjà tout et tout lui fut difficile, l'exprimer dans les mots des grands. Alors, à travers la poésie, l'art, cet enfant a trouvé d'autres formes d'expressions, en attendant de parler, écrire pour tous ces grands imbéciles.

Années 2015 à Limoges... 
Photographies de mon amoureux, et avec Nougat, une chatte en liberté avec une petite queue.
Elle attendait des petits, notre amie d'un été.

Années 2012, la porcelaine.

Les changements de vies... Le compagnon fidèle, le bien aimé, Pépino.

Je lis sur un lit...

Années 2000, je lis sur un futon, je lis toujours n'importe comment et à travers plusieurs livres, en déplacement, en mangeant, en écrivant, mon amoureux me disait que j'avais des yeux de celle qui lit, et celle qui savait.

Année 2010, je n'aime plus que la clarté et la lumière, les livres sont lourds et remplis de mots, alors que voir et percer à jour est beaucoup plus facile et immédiat. Je sais qui tu es.

Une parenthèse, c'est l'arbre de ce qu'on devient, sans changer les racines, photo de mon amoureux, dans sa ville.

Une des seules photos que j'utilise dans mes curriculums, réalisée à la cité de la céramique, par mon amoureux... je lui souris, ce n'est pas donné à tout le monde, je n'aime pas les photographes...
Et ces curriculums ne servent à rien en réalité, alors ne reste que le sourire dédié à l'amour et pas au travail...

2018, je me rapproche de l'enfant que j'étais et qui savait déjà tout, je le vois.

Il y a quelques jours : mes racines ressemblent à ma lapine Satori japonaise (3 couleurs) celles de mon enfance à laquelle je pense.
Car dans la première photo avec ma blouse et mon col blanc, enfant, j'ai des lapins dans la tête qui retiennent mes cheveux.

Et bien, c'est ce matin au réveil ! Après un voyage plein de sagesse, comme la première photo...

Je suis cette Kiwaïda, ce yeti crabe aux bras poilus soyeux, découvert il y a quelques temps dans les profondeurs de l'océan, près de la Polynésie... Alors que je suis née il y a 45 ans d'après mes papiers d'identité...

(Photographies © Sonia Marques)

Philosophie Par kiwaïda at 16:09

06/07/2018

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Image du film français réalisé par Quentin Dupieux : Au poste ! , sorti en 2018.
Synopsis : Le commissaire Buron est chargé d'enquêter sur le meurtre d'un homme retrouvé gisant dans son sang par Fugain. Celui-ci est logiquement considéré comme le principal suspect, s'en suit alors un interrogatoire qui va durer toute la nuit.

Au-delà du référencement ou du côté absurde souvent décrit pour ce film, Au poste ! révèle une société psychotique. De situations administrativement considérées comme normales, le sens a perdu la tête, ou la tête a perdu le sens. Nous sommes témoins d'une situation normée, et notre expérience en société, nous a prouvé combien celle-ci, même dans des dialogues ou échanges presque banals, pouvait devenir psychotique. Le comique intellectuel de la scène, de cet entretien, émaillé de petites incursions surréalistes (parfois avec des effets spéciaux, comme l'absence d'un œil, joyaux de notre réalité virtuelle et si manifeste) se joue dans le pire de notre réalité : l'ennui. Cet art de l'ennui (j'avais publié un écrit philosophique sur l'art de bailler sa vie) s'écoule dans des vies ordinaires et le commissaire Buron le dira souvent : quel ennui que votre vie, en s'adressant à l'homme qui décrit ses journées, car c'est tout ce qu'il y a de plus normal, il ne se passe rien, rien d'excitant. Sauf, que dans tout ce qui semble normal, la psychose s'installe progressivement et l'homme interrogé, Monsieur Fugain, tente de rester lucide et clairvoyant, et même innocent. Cette innocence sera mise en abîme dans une scène théâtrale finale, et cette mise en boîte, désignera cet innocent, comme le con, du dîner de con. Ce parfait homme normal (comme notre ancien président avait tenté de jouer ce rôle), se transforme peu à peu en manipulé et idiot, juste un acteur auquel "on" a désigné un rôle à jouer, dans une pièce de théâtre qu'il ignore, et non pas dans un commissariat de police, convoqué pour un meurtre qu'il n'a pas commis. Cet acteur de la pièce de théâtre qui s'ignore n'a jamais répété son texte et ne le connait pas. C'est le bleu en quelque sorte, bien que ce film soit volontairement de couleur beige, mais ne nous égarons pas.

> Un bleu est une personne nouvellement arrivée dans une organisation (armée, police...). Elle garde souvent ce titre jusqu'à sa complète intégration. Un bleu, est une expression française dont les origines remontent au début du XIXème siècle qui viendrait du milieu de l’armée et des militaires où le bleu serait une jeune recrue sans expérience et ce vu sa tenue de circonstance qui serait de cette couleur.

Ce que j'ai trouvé d'évident, dans ce film, c'est l'expression d'une société psychotique. La psychose est une défaillance dans la mise en place de l'altérité, présente chez l'humain mais aussi dans la société, dans des systèmes, des structures. La psychanalyse tente de prendre soin des humains entraînés dans le vacillement mortifère de la défaillance et de l'altérité. Mais lorsqu'une société est psychotique, on peut difficilement discerner le réel de la fiction. Et ce film est exactement dans cette lisière là, car elle rivalise avec le documentaire, tout en restant une fiction. Dans des sociétés de dictature ou des structures tyranniques, chez les théocrates, les formes politiques produites promeuvent la domination en visant l'abolition du sujet. Ainsi la psychanalyse représente un danger pour ces systèmes. On peut espérer que les structures psychotiques collectives peuvent être combattues par la démocratie et la lutte des idées, mais aujourd'hui, dans notre situation démocratique, où la corruption s'est hissée au pouvoir, comment lutter ?

Monsieur Fugain représente chacun de nous. Il joue dans une pièce de théâtre mais il ne le sait pas. On lui a attribué un rôle, mais il ignore tout. Il est accusé d'office et est convoqué. Toute son existence ne tient qu'à démontrer, d'une part, qu'il existe vraiment (mais dans une pièce de théâtre déjà organisée, pas facile), donc que c'est un sujet, et d'autre part, qu'il est innocent pour le crime dont il est accusé. Il devient donc un objet, et perd sa qualité de sujet. Le film ingénieux nous disposera, en transfert, dans ce personnage, le bleu, qui passe son temps à décrire le fil de sa vie, sans aucune analyse ni pathos, avec des faits très plausibles, et d'une platitude remarquable (fermer ou ouvrir une porte, aller acheter des chips, regarder un documentaire très intéressant-ennuyant sur les chevaux...), sans jamais analyser ces faits. Sans aucune psychanalyse donc. Ainsi, dans notre siège de bleu, nous arrivons au final, à notre siège de spectateur d'un théâtre, notre siège au cinéma. Ce Monsieur Fugain symbolise le monsieur Tout le monde vivant dans une société psychotique :  il vit une existence suspendue, comparable à un état de pétrification, d’hibernation à l’intérieur d’une carapace autistique. Il ne peut expliquer ce qu'il voit, ce qu'il vit, ce qu'il se passe, car il se passe des choses surréalistes (un inspecteur de police se tue lui-même, et est disposé dans un placard) à double sens, car pas si surréalistes, mais bien réelles (dans le film) Cette scène symbolise le réel (un inspecteur "placardisé", mis à l'écart dont on a ôté progressivement ses prérogatives et responsabilités) On pourrait même étirer l'illustration, en imaginant, que tout administratif, serait placardisé, de nos jours, dans une incapacité totale d'exercer sa fonction, ses missions et même de l'exprimer. Un grand blank organisé, dont les actions doivent volontairement effacer tout indice suspect, pouvant révéler cette impuissance.

Dans ce film, les victimes se tuent toutes seules. Qu'est-ce que cela veut dire ? Mais de façon différentes : le cadavre s'avère, non pas avoir été tué, mais il est mort par une "explosion interne" décrite par les 2 policiers dans un moment absurde d'interprétation médicale, assez cocasse. L'un des policiers va lui-même se tuer par accident, aussi cocasse, mais tout aussi plausible, tant la dextérité au préalable de ce policier à manier une équerre nous alerte de sa maladresse angoissante, tout comme sa débilité est sidérante et ses raisonnements crédibles de folie. Le fils du commissaire, dans une banale conversation de quelques mots, apprend à son père, sa volonté de se tuer, mettre fin à ses jours. Ce passage est symptomatique de la surdité des autorités (ici un parent) face à la souffrance des plus jeunes, mais surtout de la banalisation de la violence, du mal. Tous ces phénomènes, ces personnes meurent seules mais cette société tente encore de trouver des coupables ou, avec de faibles moyens (techniques et humains, intelligence médiocre), elle tente de se déculpabiliser et de déplacer la cause, faute de pouvoir l'analyser.

Cette société décrite par le truchement d'un seul face à face, d'un interrogatoire, remet en perspective le nombre d'interrogatoires que l'on subit, de nos jours, sans être dans un commissariat de police. Dans toute administration, ou même une famille, ou tout lieu public ou privé, une école, la rue, que sais-je, nous subissons des interrogatoires absurdes, des formes de suspicions, qui n'ont d'autres objectifs que de nous transformer en paranoïaque du quotidien, pris en otage et tiraillés entre un état d'urgence et l'exclusion de tout étranger, ou étrangeté (fermer la porte) d'un côté, - se taire, se terrer -, et de l'autre, avec ce devoir devenu de l'expression pour la liberté obligatoire (ouvrir la porte), - dénoncer, dire - afin de cliver le sujet, et qu'il ne trouve que cette position de pétrification décrite, de sidération, d'hibernation (au choix !) La confiance pourrait définitivement disparaître et les expressions humaines, nous transformer en inspecteurs, telles celles du commissaire Buron, celui qui est là pour douter constamment, se méfier, mais en réalité, il n'aspire qu'à rentrer chez lui, comme tous, et vivre sa vie banale.

L’interprétation du policier placardisé est magistrale et inattendue. C'est une incursion au pays de Magritte, du Ceci n'est pas une pipe. Car, dans ce film : Ceci n'est pas un œil. Après avoir côtoyé quelques minutes, ce personnage, nous, en le regardant dans les yeux, ce policier qui "doit garder un œil sur l'accusé, nous ne parvenons pas à nous accoutumer de cette absence surnaturelle, de cet œil. Même dans ce détail, nous devrions, comme l'accusé, garder l’innocence de notre croyance en notre monde réel, nos habitudes rétiniennes... mais nous ne réussissons pas à déterminer la gêne occasionnée par la vision de ce cyclope, de cet handicapé (mental ? physique ?) C'est que l'absence de l’œil est un simple effacement par effet spécial cinématographique. Cela ressemble aux débuts des arts numériques où n'importe quel gugusse qui savait une seule fonction du logiciel Photoshop, pouvait se réclamer artiste contemporain, car personne ne savait encore cliquer, période du Président Chirac.

Petite aparté explicative historique :

Pendant l’hiver 1996, Jacques Chirac visite l’espace de recherche grand public de la Bibliothèque nationale de France (BnF). La perplexité du président de la République pendant la démonstration qui lui est faite, sur un ordinateur, des usages permis par Internet n’échappe pas aux journalistes présents sur place. À un moment, Jacques Chirac interrompt l’explication technique d’un spécialiste pour demander : «  La souris ? Qu’est-ce qu’on appelle la souris ? » La séquence, diffusée au journal télévisé de France 2, sera vite reprise par les Guignols de l’info, qui immortaliseront la formule du « mulot » pour moquer l’ignorance totale du président de la République en matière d’informatique.

Et cet effacement devient symptomatique de notre effort à "bien voir" ce personnage, car on ne peut que "mal" le voir. Dans notre réel, nous connaissons ce type de personnage, d’ailleurs tous les types, ne sont que des stéréotypes de notre société. Celui-ci, c'est l'handicapé qui n'a pas eu besoin de concours pour rentrer dans la fonction d'état, car son père (dans la police) a falsifié les résultats de son concours raté. Sa petite amie est aussi dans la police, on peut penser là, que toute la famille, s'est invitée dans la police. Ces rouages administratifs sont là bien décrits, et nous les côtoyons, dans notre société où l'emploi est une priorité nationale, mais où il est impossible de trouver du travail, avec ces rouages bien connus. Ce personnage est aussi handicapé, mais le respect des handicapés impose aux collègues, de donner des tâches subalternes à ces employés particuliers. Le risque, dans notre société, c'est que ces employés, ont souvent des responsabilités importantes, et d'encadrement, ce qui entraîne des dérives non négligeables, et le film raconte une dérive incroyable. Le policier est tenu de garder un œil sur un accusé pour meurtre, le temps que le commissaire puisse partager un bref moment (de non communication totale) avec son fils (suicidaire), de pause sandwich, ce temps se transforme en démonstration de la folie. Cette responsabilité de surveillance sera mise à mal lorsqu'il perdra la vue, par un malencontreux accident, dû à son égo, représenté par le badge de la police (son insigne, la preuve qu'il est bien intégré, par son père) L'équerre est aussi l'arme ridicule, celle de l'écolier, de cet homme qui n'a pas grandi, dressée contre lui, contre tous. Nous avons là la démonstration du zèle d'une administration à la pointe de la technologie. Il y a des petits tours qui s'apprennent entre initiés, et non plus les bleus. Comme celui de brûler ses empreintes à l'aide d'un briquet. Tout innocent arrive à employer ces tactiques dans une société psychotique, tant la pathologie des accusateurs est impossible à qualifier (puisque sans psychanalyse)

Le Monsieur normal, comme le Président, efface ses traces, ses empruntes, pour éviter toute accusation. L'administration entière est employée à effacer les traces ou les transformer afin de trouver un coupable "idéal". Si la pression de l'opinion est trop forte, à l'aide de fausses rumeurs, de délits et d'abus de pouvoirs divers, des syndicats, chacun trouvera le coupable pour sauver sa peau et garder en poste ses copains, ses proches, sa famille.

Il est à noter la formidable interprétation des employés, tous des cas sociaux avec de grandes responsabilités, celui à la jambe qui boîte, et ce commissaire installé sur son siège bien au fond, les chaussures sur la table, comme bien assis sur son statut, sa fonction, intouchable, qui méprise Monsieur Fugain, lui si humain, car il n'est concentré que sur son ventre, son deuxième cerveau, il a faim, et tout semble s'opposer à ce besoin vital. C'est un motif, un "pattern", que l'on peut reconnaître, dans tout interlocuteur (à mettre au féminin également, en zappant l'écriture inclusive) que l'on rencontre dans une administration (école, police, hôpitaux...) exerçant un pouvoir par le siège. Le siège devient tout un symbole du pouvoir administratif.

Aujourd'hui, ne pas avoir de siège, est peut-être la chance la plus viable ? C'est aussi élever l'imagination au pouvoir, que de se retrouver à la place du "e", de La disparition (Roman de George Perec) Et quel défi ! Mais que terrifiante est cette analyse, que tous ces "e", ces lettres les plus utilisées, disparaissent, sans même que l'on puisse le voir, le comprendre, car le sens est celui d'une autre histoire que celle de la dispartion, d'un roman. Toutes ces personnes normales qui disparaissent dans une société psychotique qui s'administre plus qu'elle ne se pense, ne posent aucune question. La société répète l'extermination, sans le savoir, avec une forme d'innocence participative (Paris c'est la fête) et une inconscience déculpabilisante, pourvu que le siège soit encore confortable, et que l'on défende, de ce siège, la cause des migrants en réalisant des œuvres d'art exposées dans les vitrines capitalistes des hontes du siècle. Des indignités disparues.

On soumet aux penseurs l’hibernation, en ces temps de réchauffement climatique, car on oublie que chacun de nous pense. Nous pensons et pas seulement les penseurs dont on a attribué le rôle de penser médiatiquement notre monde et nos paysages. Pour finir cet article, je pense fondamentalement, que penser ne peut-être une action pleinement dévolue, que lorsque le retrait, un minimum de retrait, du flux des actions et pressions médiatiques et politiques, se réalise. Sa réalisation, n'est efficiente que si l'action de penser le monde, devient prioritaire, et de la manière, comme la manière de faire des mondes, la plus singulière qu'il soit, celle encore de l'être et de son ontologie, sa capacité d'être au monde.

Pour ma part, parfois ma pensée s'accroche à un film, une exposition, une situation, du réel, ou de la fiction, afin de développer ce qu'elle travaille. Je suis créatrice, donc, parfois encore, c'est dans l'acte de créer, par mes réalisations artistiques, que je devine ma pensée, à postériori, mais jamais par à priori. Ainsi, elle se diffuse aussi, par constellation, se rencontre-t-elle par hasard, et n'est nullement destinée aux penseurs. Il n'y a là aucun égarement mais une volonté de ne pas ignorer l'autre. J'ai l'intime conviction, que l'acte de penser appartient à chacun, et, dans ma vie quotidienne, je partage cet acte, sans en faire un sacre. En fait, sans badge de police aucun, juste en cheminant, de façon distraite.


Film Par kiwaïda at 09:23

03/07/2018

ʟα ßℯʟʟ℮

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Philosophie Par kiwaïda at 11:08

01/07/2018

€$ℙѦ☾ℰ iℒℒi♏ЇTÉ

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Nadir Afonso Rodrigues GOSE (Chaves, 4 de dezembro de 1920 — Cascais, 11 de dezembro de 2013) foi um arquitecto, pintor e pensador português. Diplomado em arquitectura, trabalhou com Le Corbusier e Oscar Niemeyer. Nadir Afonso estudou pintura em Paris e foi um dos pioneiros da arte cinética, trabalhando ao lado de Victor Vasarely, Fernand Léger, August Herbin e André Bloc. Nadir Afonso é autor de uma teoria estética, tendo publicado em vários livros onde defende que a arte é puramente objectiva e regida por leis de natureza matemática, que tratam a arte não como um acto de imaginação, mas de observação, percepção e manipulação da forma. Nadir Afonso alcançou reconhecimento internacional e está representado em vários museus. As suas obras mais famosas são a série Cidades, que sugerem lugares em todo o mundo. Com 92 anos de idade, ainda trabalhava activamente na pintura.

(Wikipedia)

Kuala Lampur, 2008. Acrílico sobre tela, 190 x 210 cm

J'aime beaucoup celle-ci (ci-dessus) !

Vraiment, je vois là aussi Vieira Da Silva, dont j'avais écrit un article en portugais là > Jutinhos

Magnifique !

Très belle, année 30 ! Petit bijou !

ALDEIA E MONTE, c. 1938, Óleo sobre tela. 22 x 31,3 cm

SEM TÍTULO, 1963, Óleo sobre tela. 68,8 x 99,5 cm

Période baroque ! Pour mon génial amoureux, même pas portugais, qui m'a fait découvrir son œuvre,
qui nous rassemble ! Il a d'ailleurs réalisé plein de nouvelles formes : Thejazzist

Estação de Metropolitano de Lisboa - Restauradores. Azulejos de Nadir Afonso

Hâte de voir tout cela !

Et bien, ce dessin, c'est l'un de mes "Mouvance", et rare, c'est un autoportrait parmi les autres figures en mouvement ! Il date de quelques année déjà, mais je n'avais pas vu une seule œuvre de Nadir à ce moment ! Que le savoir est inattendu et la création sans savoir, divine !

Finalement, je pourrai me présenter ainsi aujourd'hui : Sonia Marques (Kiwaïda), dessinatrice, photographe, philosophe, à l'écoute et la création musicale avérée, passionnée d'éthologie et de non violence, pas du tout figée dans un seul domaine... et écrivain... Je nage aussi, mais en écrivant dans ma tête... Poète. Tout cela saupoudré, pas du tout acharnée à la tâche, mais constellée (ma tâche fut l'enseignement). Qui sait, cela peut changer, quelques cordes sont venues s'ajouter à mon arc. Pas trouvé encore les flèches...
Les artistes se font rares.

Nadir est un bonheur ! Et quel beau prénom ;.)


Art Par kiwaïda at 14:32

30/06/2018

∀ḉ¢èṧ ґéṧℯяVéṧ

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Lettre lue le 28 juin par des étudiants, destinée au directeur de l'école nationale des beaux-arts de Paris

Pour mémoire, le ministère de la culture a nommé un directeur il y a quelques années, tout en connaissance de ses idées contre les femmes artistes et l'accès aux études en art pour les étudiantes.
Reconnu pour ses propos misogynes dans la presse :

"L'homme a besoin de conquérir des territoires, la femme trouve son territoire et elle y reste ; alors que les femmes cherchent un homme, un homme veut toutes les femmes. La femme, dès qu'elle a trouvé son territoire, elle y reste, d'Agnes Martin à Tracey Emin. Les hommes sont toujours dans la recherche de territoires vierges."

Ou encore :

"Les hommes prennent des risques beaucoup plus grands, comme d'être détesté, d'être dans la polémique, d'être longtemps dans des champs difficiles."


Ces opinions sur les femmes artistes sont énoncées par l'artiste français Jean-Marc Bustamante au cours d'un entretien avec Christine Macel, conservatrice au Centre Pompidou, et Xavier Veilhan, autre artiste. Leur dialogue figure dans la monographie consacrée à Bustamante publiée par Flammarion, en 2005, dans la collection "La création contemporaine". Elles seraient peut-être passées inaperçues si l'artiste française Orlan ne les avait lues et n'avait attiré l'attention sur elles pour en dénoncer ce qui lui apparaît comme un machisme flagrant. Depuis quelques jours, le milieu de l'art contemporain parisien fait de cette polémique son premier sujet de conversation.
Il existerait donc une essence de la femme et une essence de l'homme et leurs différences se révéleraient de façon particulièrement frappante dans l'activité artistique. L'artiste masculin serait possédé par le désir de conquête, la dépense d'énergie, l'invention permanente. L'artiste féminine aurait "du mal à tenir la distance". Donc, elle s'installerait dans un système : "Chez Nan Goldin et Cindy Sherman, tout est au point très vite, et après elles ne bougent plus vraiment", affirme Bustamante. En réplique, Orlan fait observer que cette remarque s'appliquerait de façon plus juste à bien des créateurs masculins, de Daniel Buren à Niele Toroni en passant par James Turrell ou Lawrence Weiner.
Au cours du dialogue, les deux interlocuteurs de Bustamante ne marquent aucun désaccord avec lui, encore moins une gêne. Xavier Veilhan s'en prend "à ces femmes artistes qui se retranchent dans la case sociale où l'on veut bien les voir". Christine Macel paraît tout aussi convaincue. Après avoir lancé "que peu de femmes arrivent à dépasser les dix ans", elle répond à Bustamante : "Je dois être un homme, alors", et voit dans les thèses qu'il affirme la raison pour laquelle l'exposition "Dionysiac", qu'elle a organisée à Beaubourg en janvier 2005, ne comptait aucune artiste.

(article de Dagen, de 2006)

En 2018, rien n'a bougé en fait. Cette école fut l'une de mes écoles où j'ai étudié, dès 1996. Ce directeur était l'un des professeurs de celle-ci. On peut constater l'impuissance du ministère (de la culture) et nos différents présidents, à faire évoluer ces idées préconçues de l'homme au gourdin et la femme que l'on tabasse auprès de sa marmite artistique, la sorcière, et celle aussi belle de l'homme colonialiste conquérant de nouveaux territoires et corps vierges pour déterminer les castes en accès réservés et les nouveaux artistes esclaves ; avec la confirmation et la validation de telles attitudes de rejet. Ces attitudes, ou comportements, deviennent des idées, mais elles ne sont ni idées, ni projets. Hélas, ces vues de l’esprit, rabougries, deviennent des modèles, auxquels, femmes et hommes de toutes origines, de tout milieu social, dans les familles, dans les milieux de travail, que ce soit dans les domaines artistiques ou pas, dans des moments où les étudiants souhaitent faire des études en art et où l'on observe, dans les familles, de mêmes attitudes de rejets, alors même que ces familles n'ont ni accès aux expositions, ni aux études et aux idées des femmes artistes, les mêmes attitudes d'indifférences, de violences, de négations, de dénis. Ce sont des parcours de vies impactées par ces vues de l'esprit rabougries.
> Comment sommes-nous passés de ces comportements à des idées, que l'on applique lors de sélection, de candidatures, par exemple ?

Professeure dans les écoles d'art depuis 2001, artiste, et enseignante auparavant dans des ateliers en banlieue 93, depuis les années 90, je ne peux qu'observer l'ignorance, de celles et ceux à des postes de directions, pesante, de tout leurs poids, afin de faire disparaître les noms des femmes artistes "vivantes" (parce que les mortes, un paquet de femmes sont utilisées pour utiliser leurs temps de cerveau disponible pour le matrimoine, on préfère toujours les femmes mortes à vivantes), et de ne pas projeter les jeunes femmes étudiantes dans un avenir où elles auront une place décisive. J'ai œuvré pour mes idées, des explorations, mais rien n'était vierge, sur le terrain, ce serait considérer qu'il n'y a point de culture, et j'ai transmis mes savoirs, à mon niveau, celui admissible, que j'ai toujours dépassé. C'est de ma pensée, cette inconnue, que je découvre sans cesse, et rien de ces modèles ne peut s'y accrocher. Elle passe, elle avance vite. Lorsque je lis ces tentatives, cet enfarinage (le directeur a été enfariné lors de son discours le 28 juin dernier) cela fait partie de notre folklore, comme les syndicats. Cela ne pense pas mais cela fait manifestation. Il n'y aura jamais rien dans la presse de ce que notre quotidien et nos avancées abritent, car trop en avance. Il y a toujours des vues de l'esprit rabougries, parfois elles se propagent de façon assez étonnantes, déguisées avec des machines, pour donner l'illusion d'être "dans le coup". N'est-ce pas là, des illustrations pour des vues de l'esprit rabougries ? Pour exemple, je viens d'être remplacée dans mes fonctions par un homme, certainement ignorant de ma situation, à l'école où j'ai enseigné 8 années et dans la ville où j'habite, et c'est la décision d'une femme directrice, validée par le ministère (donc une femme ministre) et peut-être des professeurs syndiqués sous anonymat (en majorité des femmes). Intéressant non ? Et de toutes, elles affichent "le féminisme" comme argument de vente sociale (afin de garder leur emploi et le faire perdre aux autres) Ainsi, comme les Christine Macel, les Catherine Millet, qui sont dans l'ignorance, des directrices décident de suivre ces préceptes contre les femmes, contre les études artistiques, contre notre avenir et pour l'exclusion, tout cela afin de garder leur emploi au sein du patriarcat. Sans le savoir et par ignorance, elles perpétuent le système qu'elles dénoncent à tort et à travers : continuons à être importunées et importunons davantage. Faire du sur-place et accepter toutes les violences. Ces modèles de rejets sont validés et confirment les places attribuées aux uns aux unes et aux autres avant même que les plus jeunes aient pu expérimenter, étudier, devant même l’expérience des plus âgés. Je pense que le pire sera dans le domaine du multimédia, ce que l'on a fait des arts dits "numériques" et leurs enseignements, ce que l'on donne comme crédits à l'intelligence artificielle (beau nom n'est-ce pas) pour l'avoir vu de très près, tant d'ignorance et d'inculture se trouvent hissées en modèle, en professionnalisation, dans les écoles d'art, et là, le rejet des femmes est flagrant, indécent. Soyons certaines d'observer tous les petits cerveaux égocentriques exposer leur rejet, et leurs progénitures, et des femmes pour les applaudir. C'est là tout le paradoxe de notre société, elles leurs donnent tout le crédit qu'elles ont obtenu, toutes leurs économies. Nous sommes restés au temps où les femmes donnaient tout leur salaire à leur père, lorsqu'elles commençaient à travailler. Toutes ces vues de l'esprit rabougries peuvent se propager, avec le soutien indéfectible, de toutes ces femmes aux différents salaires, à différents niveaux, les secrétaires, les directrices restées secrétaires, les ministres restées secrétaires, les cheffes et les surveillantes, les greffières et les juristes, les factrices et les journalistes, ainsi va notre société : avec un gros melon, à présent miniaturisé. Nos intelligences artificielles ont un avenir invisible devant elles, sans résistance mais que des applaudimètres génétiquement modifiés.

Et que diront les ignares : tous ces gens sont des privilégiés, l'art ne sert à rien dans la vie. C'est ignorer beaucoup, et à commencer qu'il n'y a pas de société civilisée sans culture et que l'art arrive bien après, lorsque la culture est reconnue, par nos sœurs, nos frères, nos mères, nos pères et les adoptifs, nos amoureux, nos anciens amoureux, nos grands-parents, de pays différents, nos enseignants, nos commerçants, nos médecins, ce que font les animaux, ce qu'ils fabriquent, ce qu'ils créent, toutes ces espèces capables de création et d'invention, pour vivre, survivre, pour enterrer leurs proches ou les incarner dans le minéral, l'eau, le vent, les nuages. Il n'y a donc pas de jugement sur ce que les uns seraient capables de faire mieux que d'autres ou que les autres seraient incapables de faire et d'apprendre, tellement, ces autres seraient incapables de penser, se mouvoir, s'émouvoir, fabriquer, vivre en paix. Là commencent les divisions, les communautés, les sectes, les critères de sélections, qui abolissent l'accès aux études supérieures, qui terrorisent et participent des idées terroristes, elles bien fertiles, dans notre pays.

Souvenir 2007

femmeusesaction#18

les femmes ont du mal à tenir la distance

Vidéo de 6’11 réalisée par Cécile Proust et Jacques Hoepffner, reprenant l'intégralité des inoubliables propos de Jean-Marc Bustamante (nommé directeur de l'école nationale des beaux-arts de Paris, par notre gouvernement, suite à ces propos misogynes) et Xavier Veillant, 2 artistes français avec Christine Macel, commissaire d'exposition qui rejetait les femmes artistes dans son exposition…CNDC Angers 2007



Art Par kiwaïda at 09:14

25/06/2018

♭εαü⊥¥ & ßε@﹩⊥

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beauté

bête

okaïdo

fin de l'école

sagesse

apache

(Photographies ci-dessus © Sonia Marques)

© Kent Monkman, Miss Chief’s Wet Dream, 2018, (detail)

Art Par kiwaïda at 23:13

24/06/2018

ƒευ ∂εṧ αм@η⊥ṧ

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Chez le rêve, ses mains, son bol, ses chats, ses ciels, sa lune

Chez les ponticauds, leur feu, leur joie

Chez les artificiers, leur folie, leurs couleurs

Dans mes photographies, mes peintures, mon regard

Aux amants, à l'amour

(Photographies © Sonia Marques)


Paysage Par kiwaïda at 13:26

23/06/2018

∃ẌЇḺ∃

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Geoffrey Oryema

Quelle voix ! Une de mes Cendrillons... cheveux décolorés, peau noire...


Musique Par kiwaïda at 12:12

22/06/2018

℃ḯ☂éε ∂εṧ ℬѺℕs À ℝi∃ℵ

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❤ J'aime ma ville (Photographies © Sonia Marques)


Musique Par kiwaïda at 11:02

21/06/2018

Ð∀Ḱiℵi

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La subjugation de l’ego (tradition tantrique) (interprétation visuelle et synesthésique d'une Dakini : Sonia Marques)

La nudité de la dākinī symbolise l'état naturel et sauvage, et selon l'interprétation bouddhiste l'absence d'ego ou d'obstacle mental, la nature propre révélée. Généralement le terme dākinī semble provenir de la racine de daksha, signifiant capacité, habilité. La libératrice Verte – Divinité la plus populaire au Tibet. Protège des lions et de l’orgueil, des éléphants sauvages et de la confusion mentale, du feu et de la haine, des serpents et de la jalousie, des voleurs et des vues fausses, de la prison et de l'avarice, des inondations et des désirs, des démons et des doutes. Et tout cela sans jamais faire la grève !


Philosophie Par kiwaïda at 12:31

17/06/2018

♭я@♥ε

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Animal Par kiwaïda at 17:15

13/06/2018

ґїḓεαυ

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Le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas (photographies © Sonia Marques)


Enseignement Par kiwaïda at 23:57

09/06/2018

L@ ß☺ᾔᾔε ḉ☺ηⅾʊї⊥ε

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Photographies © Sonia Marques


Just Another Dance, exposition au CCS d'Urs Lüthi


Essayer encore, rater encore, rater mieux, exposition Rosa Brux avec les Archives contestataire (Ah ! les suisses )


Affiche dans le métro


Permis sans voiture, conduite sans pneu


Anticipation ? Rem Koolhaas & Lafayette


À l'ombre des cruautés


La dignité


À la conquête du goût


L'indignité


La dignitaire


De la hauteur


Philosophie Par kiwaïda at 13:09

16/05/2018

€Ḻ€Ṕℋ∀ℵ✝

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"My Greatest Friend. A circus elephant and the trainer's daughter were the best of friends."
Photo by John Drysdale, England, 1986

L'éléphant dans le noir

"Des Indous avaient amené un éléphant; ils l'exhibèrent dans une maison obscure. Plusieurs personnes entrèrent, une par une, dans le noir, afin de le voir. Ne pouvant le voir des yeux, ils le tâtèrent de la main. L'un posa la main sur sa trompe; il dit : "Cette créature est-elle un tuyau d'eau ?" L'autre lui toucha l'oreille : Elle lui apparut semblable à un éventail. Lui ayant saisi la jambe, un autre déclara : "L'éléphant a la forme d'un pilier." Après lui avoir posé la main sur le dos, un autre dit : "En vérité, cet éléphant est comme un trône." De même, chaque fois que quelqu'un entendait une description de l'éléphant, il la comprenait d'après la partie qu'il avait touchée. Leurs affirmations variaient selon ce quils avaient perçu : l'un l'appelait "dal", l'autre "alîf"*. Si chacun d'eux avait été muni d'une chandelle, leurs paroles n'auraient pas différé. L’œil de la perception est aussi limité que la paume de la main qui ne pouvait pas cerner la totalité de l'éléphant. L’œil de la mer est une chose, l'écume en est une autre; délaisse l'écume et regarde avec l'oeil de la mer. Jour et nuit, provenant de la mer, se meuvent des flocons d'écume; tu vois l'écume, non la mer. Que c'est étrange ! Nous nous heurtons les uns contre les autres comme des barques; nos yeux sont aveuglés; l'eau est pourtant claire. Ô toi qui t'es endormi dans le bâteau du corps, tu as vu l'eau; contemple l'Eau de l'eau. L'eau a une Eau qui la pousse, l'esprit un Esprit qui l'appelle."

Rûmi
Le nom complet de Rûmî (1207-1273), poète mystique persan qui a profondément influencé le soufisme, il est Mawlânâ Jalâl alDîn Muhammad ibn Muhammad al-Balkhî al Rûmî.
("Hier, j'étais intelligent et je voulais changer le monde. Aujourd'hui, je suis sage et je me change moi-même" / "Ne reste que parmi les amoureux, des autres éloigne-toi")

Je pensais à la quête de la vérité, que ceux qui prétendent détenir la vérité sont ceux qui ont abandonné la poursuite du chemin vers elle, dans le sens où la vérité ne se possèderait pas, elle se chercherait. Rûmi, ce poète écrivait ceci :
"La Vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s’est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la Vérité s’y trouve."


Son conte de l'éléphant rassemble ces aveugles qui tâtonnent et cherchent la vérité. Ils ne peuvent voir l'éléphant dans sa totalité, tout entier, car ils sont dans le noir, l'éléphant est au centre de la maison dans l'obscurité (version parfois trouvée). Chacun touche une partie et interprète selon son expérience, à quoi lui fait penser cette partie et le dit à haute voix. Mais aussi, chacun entendant ce que l'autre dit est influencé et transforme son interprétation, en fonction de ce que l'autre à dit, et de sa propre expérience sensorielle, du toucher. Aucune de ces interprétations ne se ressemblent, elles sont toutes différentes, elles ne sont pas éclairées, l'éléphant est dans le noir, l'obscurité. On trouve même des versions, comme celle ci-dessus, qui qualifient l'obscurité, le noir. Même éclairée à la chandelle, à la bougie (donc faiblement), cela ne révèlera pas la vision de la totalité de l'éléphant, et les versions de chaque personne seront chacune différente, incomparable. Le conte raconte. Toutes ces versions sont aussi des vérités et entendables, mais elles ne sont pas la vérité, ne parlent pas de l'éléphant. Celui-ci est si gros (un animal au milieu de la pièce) que dans l'obscurité, personne ne le voit, chacun interprète, marche à tâtons dans son raisonnement. C'est une belle "figure" et une énorme, que de ne pas voir la vérité et seulement entendre les rumeurs, ou les lire, les mots des rumeurs. Ne pas voir, ne pas comprendre, dans la totalité, ne pas pouvoir embrasser le tout, résume cette vision éléphantesque de la vérité.

Il y a aussi une autre petite histoire, dont le nom de l'auteur (ou du gourou, du sage, enfin peu importe) je ne l'ai pas trouvé, et cela tombe bien, qui est celle-ci :

Le diable et son ami marchaient dans la rue. Ils aperçurent un homme qui se baissait pour ramasser quelque chose et le mettre dans sa poche.
L’ami dit au diable : « Qu’est‑ce que cet homme vient de ramasser ?
« Un petit bout de Vérité » répondit le diable.
« Mauvaise affaire pour vous ! » remarqua l’ami.
« Pas du tout ; répliqua le diable, car je la lui laisserai l’organiser !»


Ici, le mal, représenté par le diable, qui a toujours un complice, s'amuse de ce qu'un homme a trouvé et pris possession, un bout de miroir dans sa poche. Car, le diable, n'a besoin de rien faire, il sait que cet homme ne trouve pas la vérité avec une partie du tout et qu'il pourra l'interpréter comme bon lui semble, c'est-à-dire de façon confuse et partielle, tronquée, érronée, et mieux, que ses interprétations emmêlées ne seront que le cafouillis de son esprit et de ses tromperies. Le diable se réjouit de savoir que cet homme peut croire n'importe quoi, il se réjouit de semer la zizanie ainsi en n’intervenant surtout pas et en laissant les êtres humains organiser comme bon leur semble, la vérité, c'est à dire, en se disputant, voire en s'entretuant. Que le doute soit semé, certes, mais qu'il le soit, sans besoin de faire le mal, sans que le diable n'agisse, ni ne trouble, est bien là la perversité du diable. Il peut garder l’apparence du bien, de celui qui n'y est pour rien dans tout le mal. Tout du moins, peut-il, à loisir, observer le désastre, et même s'en moquer, rajouter du grain à moudre. Il suffit que ce modèle fonctionne et que d'autres fassent de même, le mal ne peut être localisé, il est partout à la fois, dès qu'il a su se transmettre. La donne changerait si les personnes se solidarisent et optent pour le respect et l'écoute et qu'ils ne se fassent pas du mal, sachant que chacun se trouve fragilisé, avec seulement, un bout de vérité. Chez les sages, l'écoute se trouve peut-être, mais, dans nos sociétés, où les harcèlements et les rumeurs sont des outils pour semer le trouble, avoir du pouvoir, dominer, détruire, tuer, il devient plus facile d'épouser l'objectif du mal et de le perpétuer, que de réfléchir, méditer, penser ou se mettre en quête de soi, de la vérité.

Quand une zizanie est semée dans une société et que le dirigeant ou la dirigeante, le sait, l'observe, et ne rétabli pas l'ordre ou ne déplie pas, ce qui est resté caché dans les plis, des uns et des autres, c'est qu'il ou elle jouit de ce climat, où les suspicions et les délations sans dessous-dessus, la haine... déclareront une guerre quotidienne aux êtres qui évoluent dans un système clôt, plus ou moins fermé, sectaire, un groupe, une école, un réseau, une institution, etc. (qui n'extériorise jamais ses pratiques et méthodes) Mais à la plus perverse des situations, le dirigeant ou la dirigeante est manipulé.e par un simple collègue, ou des complices, il ou elle ne dirige plus rien, et c'est dans l'ombre qu'agissent les employés, certains, pas tous, manipulant, à leur tour, les plus fragilisés. J'ai publié un texte, long, peut-être inachevé, en 2016, sur cette quête (Marée irisée) qui ouvre plusieurs pistes. Il puise dans ce que sont devenues nos communications avec les médias, mais aussi ce que l'intelligence artificielle promet et défait. Il n'est pas étonnant que j'y suis revenue ces jours-ci à l'aune de nouvelles découvertes et organisations secrètes démasquées. Ce que j'aime dans cette photographie (sans doute une carte postale) c'est qu'elle n'a rien à voir avec mon article philosophique. Et peut-être que c'est ce que je préfère, cette dernière découverte. Cet enfant qui s'attache à un éléphant, dans l'image, ils sont comme amis, mais aussi comme rassurés ensemble de s'être trouvés. Et bien si, il y a en fait un rapport, mais pas sur la suspicion, l'ignorance, comme l'avancent mes phrases. Sur l'apaisement. Cette image vient annuler le doute semé.
L'enfant a trouvé l'éléphant tout entier et c'est devenu son ami.

Philosophie Par kiwaïda at 17:10

08/05/2018

ℱεṽ℮я ℜαƴ

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Musique Par kiwaïda at 22:50

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